MERCURE, SOSIE
MiîRcuRE, SOUS la figure de Sosie , sortant de la maison
dAmphitryon.
Sous ce minois qui lui ressemble, Chassons de ces lieux ce causeur, Dont l'abord importun troubleroit la douceur Que nos amants goûtent ensemble.
SOSIE, sans voir Mercure.
Mon cœur tant soit peu se rassure, Et je pense que ce n*est rien.
Crainte pourtant de sinistre aventure, Allons chez nous achever Fentretien.
MERCURE, àpart.
Tu seras plus fort que Mercure, Ou je t'en empêcherai bien, SOSIE, sans voir Mercure.
Cette nuit en longueur me semble sans pareille. Il faut , depuis le temps que je suis en chemin. Ou que mon maître ait pris le soir pour le matin, On que trop tard au lit le blond Phébus sommeille, Pour avoir trop pris de son vin.
MERCURE, à part.
Comme avec irrévérence '
Parle des dieux ce maraud !
Mon bras saura bien tantôt Châtier cette insolence;
326 AMPHITBYON.
£t je vais m*égayer avec lui comme il faut. En lui volant son nom avec sa ressemblance. SOSIE, aperceiMUit Mercure dun peu loin. Ah ! par ma foi , j'avois raison :
Cest fait de moi , chétive créature I Je vois devant notre maison Certain homme dont l'encolure Ne me présage rien de bon.
Pour faire semblant d'assurance, Je veux chanter un peu d'ici, {Il chante.)
MERCURE
Qui donc est ce coquin qui prend tant de licence
Que de chanter et m'étourdir ainsi?
( ji mesure que Mercure parle , la voix de Sosie s'affaiblit
peu'à-peu. ) Veut-il qu'à l'étriller ma main un peu s'applique?
SOSIE, à par^.
Cet homme assurément n'aime pas la musique.
MERCURE
Depuis plus d'une semaine Je n*ai trouvé personne à qui rompre les os ; I^a vigueur de mon bras se perd dans le repos;
Et je cherche quelque dos
Pour me remettre en haleine.
SOSIE, à part.
Quel diable d'homme est-ce ci !
Pe mortelles frayeurs je sens mon ame atteinte.
Mais pourquoi trembler tant aussi?
Peut-être a-t-il dans l'ame autant que moi decraintf.