‹ Répertoire du théâtre français (volume 4)Chapitre 426 sur 465 · ACTE III, SCÈNE IV · texte numérisé non relu

ACTE III, SCÈNE IV

IPHICRATB.

« Il est vrai; mais qui marche à tâtons et dans Forabre , « Qui bronche à chacpie pas, chancelle à cha<{ne point, « Et qui les craint si peu que c est n'en croire point. « Les dieux doivent leur être aux foiblesses des hommes.

ÉSOPE

« Ne convenez-vous pas que vous et moi nous sommes?

IPHICRATE

• Sans doute.

ÉSOPE

Croyez-vous que nous venions de rien?

m Mon père avoit son père , et son père le sien ; « Et, que nous parcourions mes aïeux ou les vôtres, « n en fout un premier d'où soient venus les autres : m Vous êtes trop prudent pour me nier cela. /

« Eh ! qui donc , je vous prie , a fait ce premier-là ? « Voilà sur quel article il faut qu'on me réponde.

IPHICRATE

m Je crois rhomme étemel de même que le monde.

ÉSOPE

• Peut41 être étemel et sujet au trépas?

M II commence et finit, vous ne l'ignorez pas. « Tout être dépendant vient d'un être suprême; « Et ce que nous voyons ne s'est point fait soi-n^éme. « Jetez les yeux pai^tout : lair, la terre , les eaux, « Le del , où jour et nuit brillent des feux si beaux , « L'ordre toujours égal des saisons, des planètes, m Prouvent par quelles mains elles ont été faites. « Vous qui paroissez être homme ferme, esprit fort , « Parceqae d'un peu loin vous croyez voir la mort ,

a8o ÉSOPE A LA COUA.

m Si par quelque accident, maladie, ou blessure,

• Dans une heure, au plus tard, votre mort étoit sûre, « Penseriei-VQUS des dieux ce que vous en pensez?

• Et pour n'y croire pas series-Tons ferme assez? « Parlez de bonne foi sur le fait que je pose.

IPHICHATB^

« Si je devois mourir dans une heure?...

ESOPE

Oui.

IPHICRATB.

La chose « Est an peu délicate, et je ne sais pas bien...

ESOPE

u Groiriez-vous quelque chose , ou ne croiriez-vous rien? « Vous, et tous vos pareils, qui semblez intrépides, « A l'aspect de la mort vous êtes si timides « Qae pour un insensé qui craint d ouvrir les yenz ,

• Mille de cris perçants importunent les dieux. « S'il vous falioit mourir, que croiriez-vous?

IPHICBATE.

Peut-être « Que mon cœur combattu par la peur du non-étre...

ESOPE

« Eh ! monsieur, le non-étre est ce qu'on craint le moins : « La peur d'être toujours caose bien d'autres soins; « Le passé fait trembler , l'avenir embarrasse. «( Mais , sans nous écarter, répondez-moi , de grâce. « Si vous deviez mourir dans une heure, au plus tard, «Que croiriez-vous? Pariez sans énigme et sans lard.

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