ACTE III, SCÈNE IX. i5i
De uos afFectiûDs ce n'est pas la moitié: Ne comptez'vous pour rien ravarice sordide , L'ambition, l'envie, et la haine perfide? Vous, monsieur, qui peignez toutes choses en beau, Je vous défie ici dégayer le tableau.
' M. DE PLINVILLE.
Oui, ces noms sont affreux, mais les choses sont rares. Au siècle où nous vivons il est fort peu d'avares ; D'envieux, Dieu merci , je n'en connois pas un ; lia haine enfin n'est pas un vice très commun. L'ambition, peut-être, est un peu plus commune ; Mais, soit qu elle ait pour but les honneurs, la fortune, C'est un beau mouvement qui n'est pas défendu : Souvent, loin d'être un vice, elle est une vertu. Chaque chose a son temps. L'enfance est consacrée Aux doux jeux; la jeunesse à l'amour est livrée. Et l'âge mûr au soin d'établir sa maison. Croyez-moi , le bonheur est de toute saison.
M. DE MOAINVAL.
Vous allez voir qu'il est aussi dans la vieillesse !
M. DE PLINVILLE.
Sans doute , Morinval. Ainsi que la jeunesse, A le bien prendre, elle a ses innocents plaisirs. Cest l'âge du repos, celui des souvenirs. J'aime à voir d'un vieillard la vénérable marche. Les cheveux blancs; je crois revoir un patriarche. Il guide la jeunesse, il en est respecté; Il raconte une histoire, et se voit écouté.
M. DE MORINVAL.
Et tout cela finit?
i52 L'OPTIMISTE.
, M. DE PLINVILLE.
Mais... par la dernière heure.
Je suis né , Mortnval; il faut donc que je meure. £h bien ! tranquille et gai jusqu'au dernier instant, Comme je vis heureux, je dois mourir content.
M. DE MORINVAL.
Et moi..., car à mon tour il faut que je réponde, Et que par mille faits, enfin , je vous confonde, Je vous soutiens, morbleu ! qu'ici-bas tout est mal, Tout, sans exception , au physique, au moral. Mous souffrons en naissant, pendant la vie entière. Et nous souffrons sur-tout à notre heure dernière. Nous sentons, tourmentés au-dedans, au-debors, Et les chagrins de l'ame, et les douleurs du corps. Les fléaux avec nous ne font ni paix ni trêve : Ou la terre s'entr'ouvre, ou la mer se soulève. Nous-mêmes, à l'envi, déchaînés contre nous, Comme si nous voulions nous exterminer tous, Nous avons inventé les combats, les supplices. C'étoit peu de nos maux, nous y joignons nos vices: Aux riches, aux puissants l'innocent est vendu; On outrage l'honneur, on flétrit la vertu. Tous nos plaisks sont faux, notre joie indécente : On est vieux à vingt ans, libertin à soixante. L'hymen est sans amour, Famour n'est nulle part. Pour le sexe on n'a plus de respect ni d'égard. On ne sait ce que c'est que de payer ses dettes. Et de sa bienfaisance on remplit les gazettes. On fait de plate prose et de plus méchants vers ; On raisonne de tout, et toujours de travers;