‹ Répertoire du théâtre français (volume 5)Chapitre 107 sur 424 · ACTE m, SCÈNE IX. i · texte numérisé non relu

ACTE m, SCÈNE IX. i

Et daus ce monde eofiD , s'il faut que je le dise, On De voit que noirceur, et misère, et sottise.

M. DE PLINVILLE.

Voilà ce qui s'appelle un tableau consolaot ! Vous ne le croyez pas, vous-même, ressemblant. De cet excès d'humeur je ne vois point la cause. Pourquoi donc s'emporter, mon ami, quand on cause? Vous parlez de volcans, de naufrage... Eh ! mon cher. Demeurez en Touraine, et n'allez point^sur mer. Sans doute, autant que vous je déteste la guerre; Mais on s'éclaire enHn, on ne l'aura plus guère. Bien des gens, dites-vous, doivent : sans contredit , Ils ont tort ; mais pourquoi leur a-t-on fait crédit ? L'hymen est sans amour? Voyez dans ma famille. L'amour n'est nulle part? Demandez à ma fille.. Les femmes sont un peu coquettes ? Ce n'est rien : Ce sexe est fait pour plaire ; il s'en acquitte bien. Tons nos plaisirs sont faux? Mais quelquefois, à table. Je vous ai vu goûter un plaisir véritable. On fait de méchants vers? £h ! ne les lisez pas. Il en paroit aussi dont je fais très grand cas. On déraisonne? Eh oui, parfois, im faux système Nous égare... Entre nous, vous le prouvez vous-même. Calmez donc votre bile ; et croyez qu'en un mot L'homme n'est ni méchant, ni malheureux, ni sot.

M. DE MORINVAL.

Fort bien ! Cette réponse est très satisfaisante.

M. DE PLINVILLE.

Eh ! je ne réponds point, mon ami ; je plaisante. Car, si je répUquois, nous ne finirions pas;

i54 L'OPTIMISTE.

Et ce seroit matière à d'éternels débats. Pardon : de disputer vous avez la manie ; Oui , vous semblez goûter une joie inBnie A ces tristes tableaux; d'honneur^ vous affectez De voir tous les objets par leurs mauvais côtés.

M. DE MORINVAL.

Ah ! j'ai grand tort !...

M. DE PLINVILLE.

Peut-être: oui, celui d'être extrême, Et sur-tout de juger en moi comme un système Ce qui n'est que l'effet d'un heureux naturel, Qu'on peut blâmer, dont moi je rends grâces au ciel. Je n'ai point cet esprit de fiel et de critique : Simple, et me piquant peu de vaste politique, Je supporte les maux, je savoure les biens ; J'en jouis, à-la-fois , pour moi-même et les mietis. Car, mes soins ne pouvant embrasser tous les hommes , Je tâche , ici du moins , que tous'tant que nous sommes Goûtions la paix, l'aisance et le bonheur... , bonheur Que je trouve sur-tout dans le fond de mon cœur.

M. DE MOHINVAL.

Je vois bien qu'avec vous je n'ai plus qu'à me taire. Gardez, monsieur, gardez votre heureux caractère.

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