ACTE I\\ SCÈNE III. i6i
M. DDBRIAGE.
Il est vrai : j'aime à vous voir dans Tame Ces principes d'honneur, cette élévatioo.
C'est l'heureux fruit, monsieur, de l'éducation : Je le garde avec soin ; c'est mon seal héritage.
M. BVBRIAOE.
Oui , c'est nn vrai trésor qu'an pareil avantage : Vous devez donc le jour à d'honnêtes parents?
£AORE.
Honnêtes, oui, monsieur; mais non pas dans le sens Que lui donne l'orçueil ; dans le sens véritable. Mes père et mère étoient nn couple re^ctabie, *" Placé dans cette classe où l'homme dédaigné Mange à peine un pain noir de ses sueurs baigné; Où , privé trop souvent d'un bien mince salaire , Un ouvrier utile est nommé mercenaire.
Quand on devroit bémtr ses travaux bienfaisants : Mes parents f en un mot, étoieot des artisan».
M. DUBRIAGB.
Artisans! Croyez-vous qu'un riche oisif les vaille? Le plus homme de bien est celui qui travaille. Poursuivez.
EAtJRE.
Chaque soir, aux heures de loisirs, A me former le cœur ils mettoient leurs plaisirs. Leurs préceptes étoient simples comme leur ame. « Crains Dieu, sers ton prochain, et sois honnête femme ;» C'étoient là leurs seuls mots, qu'ils répétoient toujours. Leur exemple parloit bien mieux que leurs discours.
i6a LE VIEUX CÉLIBATAIRE.
Ils sembloient pressentir, hélas ! leur fin prochaine. Depuis qu'ils ne sont plus , j'ai bien eu de la peine; Mais j'ai toujours trouvé dans l'occupation Subsistance à-la-fois et consolation.
M. DU BRI AGE
Je vois que vos parents vous ont bien élevée. Quoi! de tous deux déjà vous êtes donc privée?
LAURE
Un cruel accident tout-à-coup m'a ravi Mon père, et de bien près ma mère l'a suivi.
M. DUBRtAGE.
Perdre ainsi ses parents, de tels parents encore!^. Car, sans les avoir vus, tous deux je les honore... Ma fille , je vous plains.
LADRE
Que) excès de bonté, Monsieur ! Le ciel pourtant ne m'a pas tout ôté : Il me reste un ami , mais un ami solide. Qui m'a jusqu'à Paris daigné servir de guide.
M. DUBRIAGE.
Vous êtes de province?
LAURE
Ooi, de bien loin : aussi J'ai mis dix jours entiers pour venir jusqu*ici.
( On entend une, voix du dehors , appelant. ) « Laure ! Laure ! »
LAURE
Je crois qu'on m'appelle.
N'importe.