‹ Répertoire du théâtre français (volume 5)Chapitre 4 sur 424 · ACTE I, SCÈNE I. ii · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE I. ii

PLORIMOND.

Trop de gaieté , vois-tu , me lasse et m'étourdit : Qui rit à tout propos ne peut que me déplaire.

CRISPIN

Sans doute , Léonor n'étoit point votre affaire. Un enfant de seize ans,'riche, ayant mille attraits, Qui n'a pas un défaut , qui ne boude jamais ! Bon! vous en seriez las au bout d'une semaine. Mais que dira de vous monsieur le capitaine?

FLORIMOMD.

Qu'il en dise , parbleu , tout ce qu'il lui plaira : Mais pour gendre jamais Kerbanton ne m'aura. Qui? moi ! bon Dieu! j'aurois le courage de vivre Auprès d'un vieux marin , qui chaque jour s'enivre ; Qui fume à chaque instant, et, tous les soirs d'hiver, Vondroit m'entretenir de ses combats de mer!... Laissons là pour jamais et le père et la fille.

CRISPIM. #

Parlons donc de Justine. Est-elle assez gentille ? Des défauts , elle en a; mais elle a mille appas. Elle est gaie et folâtre , et je ne m'en plains pas ; Voilà ce qu'il me faut, à moi qui ne ris guère. Enfin , elle n'a point de vieux marin pour père. Pauvre Justine !*Hélas, je lui donnai ma foi : Que va-t-elle à présent dire et penser de moi?

PLORIMOND.

Elle est déjà peut-être amoureuse d'un autre.

CRISPIN

Nos deux cœurs sont, monsieur, bien différents d« v6tr D'avoir perdu Crispin^ jamais cette enfant-là ,

C'est moi qui vous le dis, ne se consolera.

FLORIMOND

Va , va , dans sa douleur le sexe est raisonnable , Et je n'ai jamais vu de femme inconsolable : Laissons cela.

CRISFIN.

Fort bien. Mais au moins dites-moi Pourquoi vous descendez dans un hôtel?

FLORIMOND

Pourquoi?

CRISPIN

Oui , monsieur. Vous avez un oncle qui vous aime^ Dieu sait !

FLORIMOND

De mon côté, je le chéris de môme; Mais je ne logerai pourtant jamais' chez lui. Je crus bien , l'an passé , que j'en mourrois d*ennui : C'est un ordre , une régie en toute sa conduite ! Une assemblée hier, demain une visite.

Ce qu'il fait aujourd'hui, toujours il le fera: Il ne manque jamais un seul jour d*opéra. La routine est pour moi si triste , si maussade ! Et puis sa politique, et sa double ambassade ! Car tu sais que mon oncle étoit ambassadeur. J'essuyois des récits... mais d'une pesanteur! Tu vois que tout cela n'est pas fort agréable. D'ailleurs je me suis fait un plSisir délectable De venir habiter dans un hôtel garni.

Tout cérémonial de ces lieux est banni:

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