ACTINOGRAPHE CHIMIQUE : (Poey, 1863). [Phot.]. V
§ 1. Cet appareil, beaucoup plus simple que le tithonomètre de tb'aper, modifié par Bunsen, Roscoë et Naudier, se compose d'une petite boîte presque carrée, en bois 'mince, ayant à l’intérieur 0“.108 de côté, sur 0“.il5 de hauteur, et peinte en noir à l’intérieur. Un cylindre creux et mobile de 0“.323 de circonférence, également en bois plus mince ou en gros carton, est traversé par un axe central dont l’extrémité inférieure pénètre de 0“.0t0 dans le fond de la boîte, tandis que son extrémité supérieure traverse le couvercle par une ouverture concentrique, et ressort jusqu’à 0“. 03 au-dessus.' On enroule sur ce cylindre une bande de papier sensibilisé ayant 0“.06 de largeur, et on recouvre aussi la base supérieure d’une autre feuille de même nature, comme il sera dit plus loin. Sur le couvercle, un peu en avant, ainsique sur chaque côté de la boîte, et à des hauteurs différentes, se trouvent de petites ouvertures circulaires correspon* N® 12. Décembre 1863. 27
ACTINOGRÂPIIE CHIMIQUE.
dantes aux quatre points cardinaux et au zénith. Ces ouvertures ont 0“.004 de diamètre, et sont découpées, afin que les bords soient bien nets, dans une petite plaque de laiton fixée aux parois. C"est par ces cinq ouvertures que la bande photographique est uniquement impressionnée, produisant ainsi une tache circulaire qui se renouvelle à chaque déplacement du cylindre. L’intervalle qui sépare ces taches étant de 0“.02, on obtient facilement une impression de quart-d’heure en quart-d’heure, pendant toute la journée; du reste, en augmentant la dimension du cylindre, on pourrait les répéter aussi fréquemment qu'on le voudrait. Au-dessus du couvercle est encore fixé un cercle divisé en heures et en demi-heures, et muni d’un pointeur mobile qui traverse l’axe. Plus haut, se trouve un bras de levier qui permet à la main de tourner le cylindre dans l’intérieur de la boîte.
§ 2. L’appareil étant placé dans le méridien, ou à peu près, on obtient simultanément cinq séries d’impressions correspondantes au nord, à l’est, à l’ouest, au sud et au zénith. On a tâché d’éliminer autant que possible l’action des rayons obliques, en plaçant devant chaque ouverture de petits tubes de même diamètre qu’elles et de 0“.0n de longueur, de manière à laisser un écartement de 0“.02 entre le bord antérieur de ces tubes et la surface du papier sensible qui entoure le cylindre. En variant légèrement cet écartement, l’action chimique diminue dans de si grandes proportions, qu^’avec un tube de longueur double, c’est-à-dire de 0“.034, elle n’est plus sensible. Au zénith, on a obtenu des effets inverses; car, en supprimant le tube, et laissant le même écartement de 0“.017 entre la surface de l’ouverture et la base supérieure du cylindre, la feuille sensible restait inaltérable, tandis qu"en concentrant les rayons lumineux à Laide du petit tube, l’impression avait presque toujours été à son maximum d’intensité. De sorte qu’il y a unrapport direct entre le pouvoir lumineux et l’action chimique des- rayons diffus, rapport déjà formulé par Draper en 1843, et confirmé par Bunsen et Roscoë avec plus d’exactitude. Ce rapport doit, jsn outre, différer grandement, suivant les latitudes, l’azimut, les saisons, les heures et la diapbanéité du ciel.
§ 3. Cet appareil pourra, par la suite, être perfectionné en faisant tourner, par exemple, le cylindre intérieur à l’aide d’un mouvement d’horlogerie, ou encore monté sur un piedparallactique. 11 permettra de déterminer astronomiquement la distribution de l’action chimique de la lumière diffuse de notre atmosphère.
Plusieurs essais ont été successivement tentés pour obtenir une bande de papier photographique à la fois inaltérable et la plus sensible possible au rayonnement chimique de la lumière diffuse.
§4. Ayant employé au début une bande de papier à filtre, blanc et ordinaire, recouverte d’une couche d’azotate d’argent (983) à 6 pour 100, l’argent se réduisait même dans l’obscurité la plus profonde. Le même papier chloruré dans une dissolution de chlorure de sodium (277), puis trempé dans un autre bain d’azotate d’argent à 10 pour 100, se
ACTINOGRAPHE CHIMIQUE.
conserva dans l’obscurité au-delà de 15 jours, et donna de fort belles épreuves sans altération, lorsque le temps était sec et le ciel clair ; mais aussitôt qu’il se couvrait et que l’humidité augmentait, le sel d’argent se réduisait encore dans l’appareil fermé. On a dû substituer au chlorure de sodium, qui est très-déliquescent, le chlorure d’ammonium (261) à 6 pour 100, et dès lors, Targent ne s’étant plus réduit, c’est cette dernière préparation que Ton a définitivement adoptée. Ces résultats prouvent que la chaleur humide de l’atmosphère exercerait, sur les sels d’argent, une puissante action chimique, ,supérieure à celle de la chaleur sèche. Il reste à savoir l’effet des forts orages électriques qui se manifestent presque journellement en été, dans les pays chauds.
§ 5. Les premières tentatives du mécanisme de l’appareil et du réactif photographique une fois surmontées, il restait encore une troisième question à résoudre : il fallait trouver une méthode, jusqu’à un certain point comparable, qui permît d’apprécier avec assez d’exactitude la valeur du ton des douze impressions obtenues journellement; il importait surtout de fixer l’heure du maximum d’action chimique. De nouvelles expériences ont fourni une série ascendante de teintes qui représentent l’action graduellement prolongée de la lumière diffuse, sur la feuille de papier sensibilisée au chlorure d’argent, ainsi qu’il suit :
durée de l’impression 2® — -
: violet clair ; violet obscur ; rouge d’oxyde clair; rouge d’oxyde obscur ; vert métallique ; l’argent se métallisé.
Le maximum d’action chimique obtenu de janvier à mai, n’a pas encore dépassé la teinte rouge d’oxyde obscur. Peut-être, durant les grandes chaleurs humides des jours d’été, la teinte arrivera-t-elle jusqu’au vert métallique qu’on a obtenu aux rayons directs du soleil. ,
§ 6. Les principaux résultats obtenus sont : que le maximum d’action chimique de la lumière diffuse coïncide également avec le maximum de la chaleur, du pouvoir lumineux et de l’obliquité diurne et mensuelle du rayonnement solaire.
L’impression, ou l’activité chimique du zénith, a presque toujours été la plus énergique, sauf quelques cas rares; puis celle du nord qui fournit la seconde intensité, et prédomine après le zénith.
En mars seulement, il n’y a eu que deux jours durant lesquels le zénith a marqué plus fort que le nord. En janvier seulement, l’est a été plus intense que l’ouest ; mais, à partir de février, cette dernière direction a constamment surpassé la première, tant sous le nombre de jours qu’en intensité. Enfin, l’impression la plus faible a été en janvier celle du sud, et, depuis février, celle de l’est. De sorte que l’activité chimique des quatre points cardinaux et du zénith doit, depuis
ANALYSE CHIMIQUE APPLIQUÉE A LA PHOTOGRAPHIE
février, les faire ranger dans l’ordre suivant ; le zénith, le nord, Touest, le sud et hest.
§ 7. On doit remarquer encore, dans ces expériences, l’influence qu’exerce la double révolution sidérale, diurne et annuelle de la terre, sur la répartition et la puissance de l’activité chimique de la lumière diffuse; bien entendu, en dehors des perturbations atmosphériques.