BAIN ALCALIN DE VIRAGE DES ÉPREUVES SUR PAPIER
sont très-riches en iode. La différence qui existe entre les titres de l’iodure d’ammonium (836) et de celui de calcium (841 bis) est insignifiante.
§ 106. L’iodure de sodium (29, III) devrait être employé à la place de celui de potassium (848), parce qu’il est plus riche en iode, et qu’il est bien plus soluble dans l’alcool.
L’iodure de strontium est très-peu soluble dans l’alcool, et est assez pauvre en iode. Il ne présente qu’un intérêt de curiosité.
L’iodure de baryum (840) est trop pauvre en iode et trop facilement décomposable par l’acide carbonique de l’air, pour qu’on puisse songer à l’utiliser en photographie.
§ 107. Mais tous ces divers iodures présentent un défaut capital, c’est la solubilité, si faible qu’elle soit, de leurs oxydes correspondants, et l’instabilité de certains d’entre eux. Aussi engagerons-nous les photographes à renoncer à leur emploi. Ainsi qu’ils le verront dans l’étude des métaux des sections suivantes, il est possible d’obtenir un iodure très-riche en iode et présentant toutes les garanties de stabilité.
Nous joindrons à cette étude un tableau synoptique, présentant les caractères distinctifs des sels des métaux précédents. Y. 192, 193, 853 — 72, III. ( Sera continué ).
139. — BAIN ACIDE DE VIRAGE des Epreuves positives sur papier. Ses inconvénients. (. Phot .). V. 149, IV, § 18, 22.
140. — BAIN ALCALIN LE VIRAGE des Epreuves positives sur papier. Ses défauts, sa lenteur, et manière de le corriger. [Phot.]. V. 149, IV, §13, 21.
141. — BAIN NEUTRE DE VIRAGE des Epreuves positives sur papier. Moven de le conserver et de le faire marcher. ( Phot.).\ . 149, IV, § 3, 20. "
C0LL0D10N NÉGATIF RAPIDE PRÉSERVÉ AU TANNIN
142. — C0LL0D10N NÉGATIF RAPIDE PRÉSERVÉ AU TANNIN, développement alcalin : (Th. Sutton, 1863). ( Thot .). V. 93, 94, 93, 126, 137, 246, 346, III — 66, 67, 106, IY.
§ 1. Le développement alcalin des plaques sèches paraît devoir produire une révolution dans les habitudes de la photographie employée à l’extérieur, qu’il s’agisse d’épreuves instantanées ou à longue pose. Surtout pour les premières, ce procédé offre des avantages considérables et une continuité de succès que nul procédé n’avait encore pu atteindre.
§ 2. On prépare une solution saturée de bicarbonate de soude (209 ter) dans beau froide et l’on filtre. On fait également une solu-
tion de :
Acide pyrogallique (1239) 2 gr.
Eau 100
et l’on filtre également.
Ceci fait, le développement marche comme il suit sur les plaques qui n’ont pas été exposées à la lumière plus longtemps qu’une glace recouverte du meilleur collodion humide.
§ 3. On mouille bien également la glace avec de l’eau distillée oii de l’eau de pluie très-pure ; puis, on mêle dans un verre à expérience :
Solution de soude ci-dessus (§2) 10 c. c.
Eau 100 gr.
et l’on en couvre la couche. Il est probable que cela ne produira encore aucun effet apparent, mais cependant cela dépendra du mode de préparation préalable de la glace.
Dès que la couche sera bien pénétrée par la solution de soude, on ^reversera celle-ci dans le verre, on y ajoutera' quelques gouttes de la solution pyrogallique § 2, et l’on reversera le tout sur l’épreuve. A. ce moment se produit un effet appréciable, les parties noires de l’image sortent immédiatement et deviennent très-distinctement visibles, quoique encore sans grande intensité.
§ 4. On laisse cette solution reposer V sur la couche, de manière à développer tous les détails de l’image, puis on lave, et l’on renforce ce négatif de la manière suivante :
On couvre la couche d’un développement à l’acide pyrogallique fait à la manière ordinaire, mais sans y ajouter d’argent, ce qui n'augmente pas l’intensité de l’épreuve, mais neutralise l’alcalinité de la couche et prévient les taches dans la suite des opérations.
COLLODION NÉGATIF RAPIDE PRÉSERVÉ AU TANNIN
On reverse dans le verre et Ton y ajoute quelques gouttes d'une solution d’argent à 1 0/o, et l’on répand le tout sur la couche. On voit alors le négatif (rouge) que l’on avait obtenu par l’action du développement alcalin, prendre graduellement de l’intensité, et les détails, dans les ombres les plus épaisses^ apparaître et acquérir une vigueur remarquable.
§ 5. Le reste de l’opération se fait à la manière ordinaire.
Mais ce ne sont pas les premières couches sèches venues, ni préparées d’une manière quelconque, qui peuvent doiîner ces résultats instantanés comparables à ceux du meilleur collodion humide. Le collodion doit être bromô-ioduré et fait d’éther (657) et d’alcool (68) purs, sans trace de méthyle (930, II) ou de mauvais éther, et à peine teinté d’iode libre. Un collodion rouge qui libère de l’acide nitrique (1002) dans le bain, ne peut pas servir, non plus qu’un collodion simplement ioduré, quoique très-bon employé humide.
§ 6. La meilleure proportion comme dose de bromure dans le collodion semble être celle dans laquelle il contient un nombre égal d’atomes de brome (183) et d’iode (828). La couche doit être assez opaline, mais sans que la dose d’iodure et de bromure accumulée compromettre la solidité du pyroxyle. Une couche trop iodurée ne vaut rien et doit être rejetée.
§ 7. La force du bain doit être au moins :
Nitrate d’argent (983) 5g*--50
Eau distillée 100
Le nitrate doit être pur et recristallisé, parfaitement neutre; s’il est acide, il devra contenir de l’acide acétique (19) plutôt que de l’acide nitrique (1002), car ce dernier est un agent retardateur. Suivant la saison, le temps d’imprégnation dans le bain variera aux environs de 3r. Il faut aussi que le bain ne contienne pas d’acétate d’argent (9).
§ 8. Quant au préservateur, celui qui réussit le mieux est le tan-
nin :
Tannin (1398) 3 gr.
Eau 100
soit qu’on le laisse sécher sur la plaque, soit qu’on l’enlève, par un lavage, immédiatement après son application. On a soin de protéger le bord de la couche par un vernis mis en bande au pinceau.
§ 9. 11 existe encore un autre préservateur qui réussit parfaitement et augmente la sensibilité de la couche, c’est un mélange d’albumine (46), de miel (935) et de carbonate de soude (209 ter).
La gomme arabique (737) ne semble pas bien réussir avec un développement alcalin. Elle marche mieux avec le développement ordinaire .
Par dessus tout, il faut préférer le tannin seul ou le tannin mélangé au miel.
143. — COTON-POUDRE (Etude chimique sur le). (Chim.). V. 144,
ÉTUDE CHIMIQUE SUR LE COTON-POUDRE
144. — ÉTUDE CHIMIQUE SUR LE COTON-POUDRE : (Ch. Blondeau, 1864). ( Chim .). V. 407, 408, 409, 410, 713, 714, 715, 716, 1241 — 13, III, 38, III — 8, IV.
§ 1 . Le coton-poudre offre un des exemples les plus curieux de ces combinaisons produites par des substances organisées auxquelles viennent s'unir des corps inorganiques ; combinaisons qui s’effectuent contrairement à toutes les lois qui président aux combinaisons de la chimie ordinaire, et qui généralement sont accompagnées de circonstances particulières servant à distinguer les premières réactions des dernières.
M. Schœnbein, en faisant connaître le coton-poudre, ce produit si singulier par sa nature, si extraordinaire par ses effets, a, du même coup, proposé plusieurs problèmes intéressants à résoudre. Quelle est la nature de la substance organique qui entre dans la constitution de la poudre-coton? à quel acide cette substance se trouve-t-elle associée? quel est le rôle que joue l’acide sulfurique dans la préparation de la poudre-coton? enfin, ce corps peut -il être considéré comme un composé défini?
Telle est, en résumé, la série de questions qu’on était en droit de poser au lendemain de la découverte d’un composé dont l’apparition a beaucoup intéressé le monde savant. Mais on était loin de s’attendre à ce que 1 8 ans après, on en fût encore à se demander quelle est la véritable nature d'un corps qu’ont étudié un si grand nombre de chimistes.
§ 2. — i° Quelle est la matière organisée qui entre dans la constitution de la poudre-coton? D’après nos recherches, nous avons été conduit à reconnaître que cette substance est une modification de la cellulose, laquelle se produit sous l’influence des acides et à laquelle nous avons donné le nom de fulminose, parce qu’étant portée à -1- 140°, elle détone et se décompose spontanément en carbone (210) et vapeur d’eau, propriété que ne possède pas la cellulose qui résiste à une température de -f- 300° environ sans se décomposer; et qui, lorsqu’elle se trouve soumise à une température plus élevée, se transforme en divers produits au nombre desquels on constate la présence des carbures d’hydrogène, de l’acide acétique (19) et de la vapeur d’eau.
§ 3. Il était facile de prévoir que la cellulose, mise en contact avec des acides énergiques à l’action desquels elle se trouve exposée pen-
ÉTUDE CHIMIQUE SUR LE COTON-POUDRE
dant un temps assez long, subirait une modification profonde, lorsqu'on savait que, même sous l’influence d’acides peu concentrés, la cellulose éprouve un changement complet.
^ Il suffit de faire passer au travers d’un filtre de l'eau acidulée par de l’acide sulfurique (1380), de l’acide azotique (1002) ou même de l’acide chlorhydrique (254), pour qu'en desséchant ce filtre on le voie se désagréger et tomber en poussière.
Si la dessiccation a lieu à une température supérieure à -J- 130°, température à laquelle la cellulose est complètement inaltérable, ce filtre se charbonne et laisse pour résidu un charbon très-divisé et très-inflammable.
Cet effet est dû à ce que la cellulose possède de l'affinité pour les acides, qu'elle les retient entre ses pores, où ils se concentrent de plus en plus à mesure que l’eau s’évapore, et c’est lorsque l'acide est suffisamment concentré qu’il fait éprouver au papier joseph la modification que nous venons de signaler. Ce changement d'état peut, du reste, être obtenu directement en trempant le même papier dans de l’acide sulfurique et lavant aussitôt le produit, afin de le dépouiller de tout l'acide sulfurique qu'il peut entraîner mécaniquement. Le papier qui a subi cette préparation (1092, III) prend l'apparence d’une membrane animale, dont il possède, d’ailleurs , la ténacité, et ressemble à du parchemin sur lequel on peut écrire comme sur du papier parfaitement collé. Cette nouvelle substance est particulièrement remarquable par son inaltérabilité dans l’eau et dans les acides même concentrés.
L'acide sulfurique l’attaque avec peine, l’acide azotique (1002) fumant qui dissout le papier ordinaire, se combine directement au fulminose et constitue du pyroxyle.
§ 4. Le fulminose se distingue immédiatement de la cellulose, en ce qu’étant porté et maintenu pendant quelque temps à -)- 100°, il devient très-cassant, et en ce que, lorsqu’on vient à élever la température jusqu’à -f- 140°, il se décompose instantanément en carbone et vapeur d’eau. Le carbone (210) qui résulte de cette décomposition est très-divisé et très-inflammable.
Le fulminose préparé par le procédé que nous venons de faire connaître est une simple modification isomérique de la cellulose qui, dans cette circonstance, n’a rien perdu ni rien gagné, ainsi qu’il est facile de s'en convaincre en pesant la feuille de papier avant et après la préparation, et qui fournit le même poids dans les deux cas. C’est, d’ailleurs, une substance isomère de la cellulose.
§ 5. — 2° Quelle est la nature de V acide qui entre en combinaison avec le fulminose 'pour constituer la poudre-coton ?
Plusieurs faits tendent à établir que c’est l’acide azotique (1002) qui s’est combiné au fulminose.
Lorsqu’on fait bouillir de la poudre-coton dans une dissolution de potasse (1209), le fulminose se dissout dans ce liquide, l’acide azotique
ÉTUDE CHIMIQUE SUR LE COTON-POUDRE
se combine à la potasse et on trouve comme résultat de ce traitement de l’azotate dépotasse (995).
Lorsqu'on traite le fùlmi-coton par l'acide sulfurique (1380) concentré, la dissolution ne tarde pas à se produire; l’acide sulfurique se combine au fulminose et chasse l’acide azotique que l’on peut facilement retrouver dans les produits de ce traitement. Il suffit, en effet, de saturer le liquide résultant de l’action de l’acide sulfurique sur le pyroxyle, par du carbonate de chaux (208), de filtrer, puis de faire cristalliser, pour obtenir de beaux cristaux d’azotate de chaux (132,111).
D’après ces résultats, nous avons été conduit à considérer la poudrecoton comme un composé de fulminose et d’acide azotique ; composé qui possède tous les caractères d’une bonne poudre lorsque la quantité d’acide azotique est telle que le carbone de la substance organisée puisse être transformé en oxyde de carbone par l’oxygène (1033) de l’acide azotique (1002), tandis que l'azotate (125) du même acide est mis en liberté; c’est-à-dire que, pour constituer une poudre de bonne qualité, il faudrait pouvoir unir à 1 équivalent de fulminose représenté par : C12 H10 O10, 2-j -2/5 équivalents d’acide azotique, ce qui représente 80 d'acide azotique pour 100 de fulminose; et le résultat de la combustion de ce produit serait pour 1 gr. de sub-
stance :
Oxyde de carbone 450 c.c.
Vapeur d’eau 430
Azote 100
C’est-à-dire qu’un gramme de coton-poudre devrait, en brûlant, produire environ 1 litre de gaz qui, par suite de la température élevée à laquelle il se trouve porté, donnerait naissance aux effets puissants de projection que l’on observe.
§ 6. Nous nous proposons actuellement de prouver que le composé, sujet de nos recherches, n’est, point un composé défini; qu’on peut combiner au fulminose autant d’acide azotique qu’on le désire et que l’acide sulfurique intervient dans la formation de ce produit en s’emparant d’une partie de la matière organique à laquelle s’était fixé l’acide azotique, ce qui pour effet d’augmenter la proportion de ce dernier par rapport à la matière organique.
Bien des formules ont été proposées dans le but de représenter la constitution de la poudre-coton, et généralement on s’est accordé à considérer ce qui se passe dans la préparation du fulmi-coton comme un simple phénomène de substitution, dans lequel un certain nombre d'équivalents d’eau appartenant à la cellulose, seraient remplacés par un nombre plus ou moins considérable d’équivalents d’acide azotique.
Suivant M. Pelouze, qui s’est occupé un des premiers de déterminer la composition du pyroxyle , la cellulose dont l’équivalent se-
ÉTUDE CHIMIQUE SUR LE COTON-POUDRE
rait représenté par la formule C20H20O20, perdrait 3 équivalents d'eau qui seraient remplacés par 5 équivalents d’acide azotique, de telle sorte que la poudre-coton aurait pour expression de sa constitution la formule :
C24H170475AzOs.
Cette manière de voir a été adoptée par M. Régnault, qui fait également autorité dans la science.
D’après M. Cahours et quelques autres chimistes, la substitution aurait lieu équivalent à équivalent, et, en outre, il existerait 3 espèces de poudre-coton bien distinctes.
La première résultant de la substitution de 3 équivalents d’acide azotique à la place de 3 équivalents d’eau ; la seconde de 4 équivalents d’acide azotique à la place de 4 équivalents d’eau; et la troisième produite par la substitution de 5 équivalents d’acide azotique à la place de 5 équivalents d’eau; de telle sorte que les trois celluloses nitriques seraient représentées dans leur constitution par les formules suivantes :
Cellulose trinitrique C2*H47047 3AzOs;
Cellulose tétranitrique C24 H16 O16 4Az05;
Cellulose pentanitrique C2*H15015 5AzOs.
Cette dernière manière de concevoir et de représenter la constitution de la poudre-coton paraît, au premier abord, plus exacte que celle que nous avons mentionnée en premier lieu, laquelle est complètement en opposition avec la loi des substitutions, qui veut que les corps se substituent équivalent à équivalent dans les divers composés; mais en y regardant de près, on s’aperçoit bientôt que cette interprétation n’est pas complètement d'accord avec cette même loi, car les substitutions n’ont lieu, en général, qu’entre corps isomorphes, et, par sa constitution, l’acide azotique diffère tellement de l’eau qu'on ne saurait admettre que ces corps puissent se substituer l’un à l'autre équivalent à équivalent; et, en effet, la chimie ne nous offre pas un seul exemple d’une pareille substitution, qui est tout-àfait anormale. Cependant, on a admis généralement ce mode de constitution, et on considère la poudre-coton comme un éther composé, dans lequel la cellulose, privée d’un certain nombre d'équivalents d’eau, serait combinée à de l’acide azotique anhydre.
La diversité des formules à l’aide desquelles on a cherché à représenter la constitution du coton-poudre, ne prouve qu’une chose, c’est que cette substance n’est pas toujours identique à elle-même.
§ 7. Lorsqu'on met en rapport l’acide sulfurique et le fulminose, et que l’action a pu s’exercer pendant un temps suffisant, l’acide se combine à la matière organique pour former un composé analogue à la poudre-coton et que nous avons désigné sous le nom d’acte sulfo ligneux , sans qu’il y ait élimination d’eau ; et si l’acide sulfurique, qui a de si grandes affinités pour ce liquide, ne parvient pas, dans ce cas, à éliminer les éléments de l'eau contenue dans le fulminose, on ne saurait réellement admettre que l’acide azotique soit susceptible
ÉTUDE CHIMIQUE SUR LE COTON-POUDRE
d’effectuer cette élimination. La seule raison qui ait conduit à admettre qu’il y ait élimination d’eau de la cellulose lorsqu’elle se transforme en coton-poudre, c’est qu’on avait observé que l’acide sulfurique, dont on fait usage dans la préparation de cette substance, s’affaiblissait et par suite devenait moins apte à déterminer la production d’une nouvelle quantité de poudre. Mais ce résultat tient à une toute autre cause que celle qu’on avait admise. L’acide sulfurique, surtout, lorsqu’il est employé en excès, dissout une certaine quantité de cellulose pour former de l’acide sulfo-ligneux, lequel ne peut plus agir sur la cellulose, et par suite l’acide paraît s’être affaibli, tandis que dans la réalité il est entré en combinaison.
Le rôle que joue l’acide sulfurique dans la préparation de la poudre-coton est des plus importants et a été jusqu'ici mal interprété. La présence de cet acide dans le mélange est indispensable, car la poudre-coton préparée avec l’acide azotique est de qualité inférieure, et cela tient à ce que lorsqu’on se borne à l’emploi de cet acide, on ne parvient à fixer sur la cellulose que des quantités d’acide azotique trop faibles et qui dépassent à peine 30 0/o du coton employé, tandis qu’en faisant usage du mélange des deux acides, on parvient à en fixer des quantités qui peuvent atteindre et même dépasser 100 p. 100 de la matière organique employée. L’acide sulfurique, en réagissant sur la cellulose transformée en fulminose, s’empare d’une certaine quantité de cette substance pour former de l’acide sulfo-ligneux qui reste en dissolution dans la liqueur, et c’est faute d’avoir tenu compte de cette circonstance, qu’on a déterminé d’une manière inexacte la quantité d’acide azotique fixée à la cellulose, que l’on a cru ne pouvoir dépasser 75 0/o de la matière organique employée. Si on additionne d’alcool étendu d’eau le mélange qui a servi à la préparation de la poudre-coton, on en précipite l’acide sulfo-ligneux, et l’on peut ainsi reconnaître qu’une partie de la matière organique a été enlevée par l’acide sulfurique, et déterminer la proportion de cette matière soustraite à sa combinaison avec l’acide azotique.
§ 8. Nous avons déjà dit que pour qu’une poudre-coton soit de bonne qualité, il faut que la quantité d’oxygène de l’acide azotique soit suffisante pour transformer en oxyde de carbone tout le carbone contenu dans la matière organique.
En représentant donc l’équivalent du fulminose par C12 H10 O10, il faut, pour que cette transformation ait lieu, que l’acide azotique puisse fournir 12 équivalents d’oxygène, et par suite, que la quantité de cet acide fixé à la matière organique, soit représentée par 22,5 équivalents, ce qui correspond à 80 0/o de la matière organique.
Or, dans la pratique, lorsqu’on se sert d’acide azotique seul, on ne parvient jamais à fixer cet acide en quantité supérieure à 30 0/o du poids du coton j et en se servant d’un mélange d’acide azotique et d’acide sulfurique fait dans les proportions les plus convenables, on n’obtient jamais pour résultat un composé dont le poids dépasse 75 0/o celui du coton employé.
ÉTUDE CHIMIQUE SUR LE COTON-POUDRE
D'après cela on serait tenté de croire que, même dans les conditions les plus favorables, on ne parviendrait jamais à fixer sur le coton la quantité d’acide azotique nécessaire pour en faire une poudre de bonne qualité, qui ne produise, en brqlant, que de l’oxyde de carbone, de l’azote et de la vapeur d’eau. Mais il faut avoir égard à ce que, comme il y a eu une partie de la matière organique dissoute par l’acide sulfurique, l’augmentation de poids de 75 0/o ne représente point la quantité d’acide azotique fixée sur le fulminose, mais une quantité bien inférieure à celle qui s’y trouve réellement, ainsi que nous l’apprend l’analyse d’une poudre-coton obtenue dans les meilleures conditions.
§ 9. En faisant usage du liquide que l’on considère comme le plus favorable à la production de la poudre-coton et qui consiste dans le mélange de : 3 volumes acide azotique, et 5 volumes acide sulfurique monohydraté, on obtient, après un séjour de 20' dans ce mélange, une poudre qui aura une augmentation de poids de 75 0/q de la matière organique.
C’est-à-dire que ce coton-poudre contient en réalité 90 d’acide azotique pour 100 delà matière organique employée.
§ 10. Pour donner une preuve de la variété des produits que l’on peut obtenir, en faisant usage de mélanges acides constitués dans des proportions différentes, et qu’on fait réagir pendant des temps plus ou moins longs, nous ferons connaître les résultats de quelques expériences.
3 gr. de coton immergés pendant 1 0' dans l’acide azotique fumant, ont gagné en poids : 0&r.553, ou 18 0/o- Le même poids de coton maintenu pendant 30' dans le même acide a gagné 27 0/0 de son poids.
En employant un mélange formé d’un équivalent d’acide sulfurique et d’un équivalent d’acide azotique (S O3 HO-(- Az O5 HO),2sr.410 de coton, immergés pendant 30', ont donné : 3«r.554 de poudrecoton; ce qui représente un gain de 47,6 0/o.
Ces résultats nous apprennent que le mélange d’acide sulfurique et d’acide azotique détermine la fixation sur le coton d’une bien plus grande proportion de ce dernier que lorsqu’on l’emploie seul, et encore l’augmentation de poids observée est loin de représenter la quantité d’acide azotique fixé , puisqu’il y a eu une partie du coton dissoute par l’acide sulfurique.
Si on emploie un mélange formé de 2 équivalents d’acide sulfurique pour un équivalent d’acide azotique :
(2S0H03+Az05H0) les résultats obtenus sont un peu différents.
38r.182 de coton, après un séjour de 30' dans le même mélange acide, ont donné : 4*r.785 poudre-coton, ce qui représente un gain de 53 0/o-
§ 11. Ces expériences tendent à établir que le mélange constitué
ÉTUDE CHIMIQUE SUR LE COTON-POUDRE
dans les proportions que nous venons d’indiquer est plus convenable que le précédent, pour déterminer la fixation de l’acide azotique en plus grande quantité, et le temps pendant lequel le coton reste plongé dans le mélange acide ne paraît pas avoir d’influence sur les résultats obtenus.
11 n'en est pas de même lorsqu’on fait usage du mélange représenté dans sa constitution par la formule :
(3S 03H0 + Az05H0).
4 gr. coton, immergés dans le même mélange pendant 1 5', ont donné 7 gr. poudre-coton; ce qui représente un gain de 75 0/o-
En augmentant la dose d’acide sulfurique, nous ne sommes jamais parvenu à dépasser les limites que nous venons d'indiquer.
§ 12. Si donc, on prend le mélange représenté par la formule :
(3S O3 H O -f- Az O5 H 0),
et si on laisse séjourner dans ce mélange pendant 10', 5 gr. de coton, on obtient après lavage et dessiccation : 8 gr. de poudre-coton, ce qui représente une augmentation de 63 0/o de la matière employée.
En précipitant par l’alcool étendu d’eau le mélange acide qui a servi à la préparation de la poudre, il se produit un précipité d’acide sulfo-ligneux, lequel, recueilli avec soin et lavé à l’alcool dans lequel il est insoluble, puis desséché dans le vide, a donné à la balance un poids de 0sr.214 cellulose, c’est-à-dire 1/38 environ de la matière organique employée. Il en résulte que dans 8 gr. de coton-poudre, il n’entre que 4sr.866 coton et 3&r. 1 34 acide azotique, ce qui représente 64 d’acide azotique pour 100 de coton.
La poudre obtenue dans ces . conditions et que je désignerai sous le nom de pyroxyle n° 1, est de mauvaise qualité, son inflammation n'est pas instantanée et elle laisse, en brûlant, un léger dépôt de charbon.
§ 13. La constitution de ce pyroxyle peut être représentée par la formule :
C12 HloO102AzO5,
ainsi que le prouve l’accord assez satisfaisant entre le calcul et l’expérience. D’ailleurs, cette poudre qui ne contient que 60 0/o de coton, ne renferme pas une quantité suffisante d’oxygène (1033) pour que tout le carbone (210) de la substance organique soit brûlé, et c’est ce qui explique pourquoi cette poudre laisse un résidu charbonneux.
Nous avons préparé un second échantillon de poudre-coton en faisant usage du même mélange acide, mais nous avons laissé séjourner le coton dans son intérieur pendant 1/4 d'heure. 5 gr. de coton soumis à ce traitement ont donné, après lavage et dessiccation : 8&r.5 de poudre; ce qui représente une augmentation de poids de 65 0/o- Cette poudre ainsi préparée et que nous désignerons sous le nom de pyroxyle n° 2, est de bonne qualité, elle brûle rapidement en ne laissant point de résidu. Elle est soluble dans un mélange (654) d’alcool N» 8. Août 1864. 16
ÉTUDE CHIMIQUE SUR LE COTON-POUDRE
(68) et d’éther (657). Le mélange acide qui a servi à la préparer a été précipité par l’alcool et a donné : lgr.284 acide suîfo-ligneux qui représente 0gr.64 de cellulose; ce qui nous apprend que 1/15 environ de la matière organique est entré- en dissolution dans l’acide sulfurique.
La composition de cette poudre peut être représentée par la formule :
C12H10O102 1/2 AzO5.
Dans cette poudre, le rapport entre la matière organique et l’acide azotique, serait de 100 à 78,5 ; rapport très-voisin de celui de 100 à 80 que nous avons considéré plus haut comme constituant la poudrecoton normale.
§ 14. Un troisième échantillon de poudre-coton a été préparé en employant le même mélange acide et en laissant séjourner le coton pendant 25' dans l’intérieur de ce mélange. Dans ces conditions, 5gr. de coton ont donné, après lavage et dessiccation, 8gr.5 de cotonpoudre; ce qui représente une augmentation de poids de 65 0/o- Le mélange acide, étendu d’eau et additionné d’alcool, a laissé déposer 2gr 4 d'acide sulfo-ligneux, correspondant à l§r.2 de fulminose; ce qui nous apprend que dans ces conditions 1 /5 environ de la matière organique s'est combiné à l’acide sulfurique.
Cette poudre, que nous désignerons sous le nom de pyroxyle n° 3, est de bonne qualité , elle brûle très-rapidement sans laisser de résidu; elle se dissout en grande quantité dans l’alcool éthéré (654).
Ces nombres conduisent à représenter la constitution du pyroxyle n° 3 par la formule :
C12 H10O10 3 Az O5.
Dans ce composé, le rapport entre la quantité de matière organique et l’acide azotique est de 100 à 96; ce qui prouve qu’on peut fixer sur le fulminose des quantités d’acide azotique bien supérieures à celles qui suffisent pour constituer un pyroxyle de bonne qualité; et cela nous apprend encore qu’un séjour prolongé dans l’intérieur du mélange acide a pour effet d’augmenter la quantité d’acide azotique fixé au fulminose; ce qui provient sans doute de ce que l’acide sulfurique enlève peu à peu la matière organique sur laquelle s’était fixé l’acide azotique.
§ 15. Nature de la poudre-coton qui doit être employée à la préparation du collodion.
La poudre-coton est d’autant plus soluble dans un mélange d’alcool et d’éther (654) qu’elle contient une plus grande quantité d’acide azotique. De là, la nécessité de modifier un peu le mode de préparation du pyroxyle pour le rendre propre à l’usage auquel on le destine. Pour que le collodion soit de bonne qualité, il faut qu’il soit très-fluide, afin qu’il puisse s’étendre facilement sur la glace qu’il s’agit de collodionner. Il faut, en outre, que dans le liquide employé, il se trouve une quantité suffisante de collodion pour
ÉTUDE CHIMIQUE SUR LE COTON-POUDRE
former une couche d’une certaine épaisseur, laquelle devient plus facilement impressionnable et ne présente point ces solutions de continuité qu’on observe lorsque la couche déposée est trop mince. Si donc on fait usage pour préparer le collodion d'une poudre-coton peu soluble dans le mélange éthéré, ce mélange devra, pour conserver sa fluidité, n'admettre qu'une faible quantité de collodion, ou, si on force la dose, on obtient un liquide sirupeux, s’étendant difficilement sur la glace et produisant une surface ondulée tout-àfaitimpropre à la production des images photographiques. C’est ce qui explique pourquoi, généralement dans la production de la poudrecoton dont on fait usage en photographie, on élève la température du mélange acide, afin d’activer l'action de l’acide sulfurique qui s’empare alors d’une portion plus considérable de fulminose, et laisse une poudre plus chargée d’acide azotique.
§ 16. Pour nous rendre compte de la différence de solubilité des différentes poudres-coton dans un mélange d’alcool et d’éther, fait dans la proportion de deux volumes d’éther contre un volume d'alcool, nous avons opéré de la manière suivante :
Nous avons introduit dans trois flacons bouchés à l’émeri et à peu près semblables, contenant chacun 30 grammes du mélange éthéré, un poids égal des trois types de pyroxyle déterminés ci-dessus.
Après les avoir agités de la même manière pendant quelques instants, nous les avons abandonnés au repos quelques heures; puis, après avoir décanté le liquide qui surnageait la poudre-coton non dissoute, nous avons trouvé que dans le flacon qui contenait le pyroxyle n° 1 qui renferme 66 O/o d'acide azotique , il y avait un résidu de 2gr.251 de pyroxyle non dissous, c’est-à-dire les 11/100 du cotonpoudre employé. Dans le flacon qui contenait le pyroxyle n° 2, lequel renferme 78,5 O/o d’acide azotique, le résidu était de lg<\886, c’est-àdire les 9/10 du coton-poudre employé.
Enfin, dans le flacon où l’on avait placé le pyroxyle n° 3, contenant 96 O/o d’acide azotique, le résidu n’était que de 0sr.216 ou 1/100 du coton-poudre employé, et, encore bien que le pyroxyle entré en dissolution fût en quantité plus considérable, le liquide avait une fluidité plus grande que celle des collodions préparés avec les poudres précédentes.
De là, nous avons conclu qu’il y a intérêt, dans la pratique, à forcer autant que possible la dose d’acide azotique qui peut être fixée au fulminose; ce à quoi on parvient, soit en augmentant la quantité d’acide sulfurique introduite dans le mélange, soit en augmentant la durée du temps pendant lequel l’immersion a lieu, soit enfin en élevant la température du mélange acide.