REPRODUCTIONS DES GRAVURES, PHOTOGRAPHIES
180. — REPRODUCTIONS DES GRAVURES, PHOTOGRAPHIES, etc. (Phot.).V. 1277 — 1281 — 1282 — 110, III.
§ 1 . La reproduction est de toutes les branches de la photographie, celle qui prouve le mieux l’habileté d’un artiste ou d’un amateur.
Ce fait provient de la difficulté qu’on éprouve à mettre au point d’une manière exacte et à placer la gravure ou la peinture à reproduire dans un plan qui soit parfaitement perpendiculaire à Taxe de l’objectif, c'est-à-dire à la ligne qui passe par les centres des lentilles antérieure et postérieure.
Il y a, d’ailleurs, deux méthodes de faire les reproductions; la première, au moyen du rayon direct du soleil, et la seconde, au moyen de la lumière diffuse. Nous allons les passer successivement en revue.
§ 2. Le pouvoir de l’objectif et la grandeur de la chambre noire varient évidemment avec la dimension de la gravure de l’épreuve de l’image à reproduire. Par exemple, supposons que l’on veut reproduire une œuvre d'un artiste célèbre. En ce cas, un objectif 1/4 orthoscopique de Yoigtlander peut remplir cet objet, à moins que l'on ne veuille se servir d’un objectif à stéréoscope, mais l’ orthoscopique est supérieur. La chambre noire doit être assez longue pour permettre une extension nécessairement égale au foyer conjugué; par exemple, si le foyer principal de l’objectif est à 25 cent., la glace dépolie doit pouvoir être reculée jusqu’à 50 cent, du centre de l’objectif.
§ 3. Supposons que le foyer équivalent ou principal de l’objectif ait 25 cent, de long, on construit une table de 1 mètre de longueur et assez large pour contenir la largeur .de la chambre noire, et portant un bord de chaque côfé contre lequel la chambre puisse glisser. Ces bords ou coulisses de bois seront solidement attachés par des vis sur le dessus de la table et sur les côtés.
Faites attention que l’extrémité de la table soit parfaitement d’équerre et fixez-y par des vis un morceau de planche de la largeur de la table et de la hauteur de la chambre noire, de manière à former
REtRODUCTIONS DES GRAVURES, PHOTOGRAPHIES.
une espèce (TL avec la table. Cette planche sera fixée solidement au moyen d'une attache triangulaire sur le côté gauche.
§ 4. Ceci fait, on place la chambre noire sur la table, l’objectif faisant face à la planche de l’extrémité : faites glisser alors la chambre noire vers la planche jusqu’à ce que le tube de cuivre soit en contact avec elle et marquez-y un cercle tout autour du tube avec un crayon noir. Retirez la chambre noire, cherchez le centre de ce cercle, et au moyen d’une équerre, faites passer par ce point une ligne perpendiculaire à la table. Tirez une seconde ligne parallèle à cette première passant par le même centre et prolongez-la des deux côtés, c’est-àdire à droite et à gauche. Divisez ces deux lignes en 8 centimètres ou plus s’il est besoin, en partant du centre en dessus et en dessous à droite et à gauche, et numérotez ces divisions.
§ 5. Maintenant mesurez la longueur et la largeur de l’image à reproduire. Supposons que ces dimensions soient respectivement 7 centimètres dans un sens et 3 d/2 dans l’autre. Placez alors l’image l’envers sur la planche et fixez-la au moyen de petites épingles ou de petits clous placés obliquement, de manière que l’une des extrémités touche 3 cent. 1/2 à partir du centre à droite, et que la partie supérieure atteigne 1 cent. 3/4 à partir du centre en dessus. Le centre de l’image coïncidera alors avec le centre de l'objectif. Faites attention que les côtés de l’image soient parallèles à la surface de la table, et que l’épreuve s’applique parfaitement dans toutes ses parties.
§ 6. Nous allons à présent nous occuper d’obtenir une mise au point exacte et facile, et en même temps le moyen de faire une épreuve absolument de la même grandeur que l’original.
Avec un compas, mesurez la largeur de l’image, tirez alors la glace dépolie de 20 centimètres, fixez-la là, et faites glisser la chambre noire jusqu’à ce que le centre de l’objectif soit à 20 cent, ou environ du modèle, et voyez si l'image sur la glace est nette. — 11 faut une lorgnette très-bien au point pour voir cela, ou mieux, un microscope fait pour mettre au point.
Assurez-vous aussi que la glace collodionnée remplace bien exactement la glace dépolie à la même distance de l’objectif. Quand l’image est parfaitement nette, ce que l’on obtient en faisant glisser doucement la chambre noire en avant ou en arrière, vous mesurez la grandeur de l’image du modèle sur la glace dépolie. Si elle est la même que celle de l'original, votre chambre noire est bien placée et il faut la fixer solidement sur la table.
§ 7. Si, au contraire, l'image sur la glace dépolie est plus grande ou plus petite que l’original, dont elle doit être la copie, non-seulement la chambre noire n’est pas à sa place exacte, mais la glace dépolie réclame un nouvel ajustement.
Si le foyer équivalent de l’objectif a été exactement déterminé, alors 4 fois cette longueur focale donnera la distance entre l’objet et son image. Or deux fois cette quantité sera la distance de la glace dépolie au centre de l'objectif, comme on l’a dit plus haut.
RETOUCHE EN COULEUR DES ÉPREUVES POSITIVES
§ 8. Si le foyer équivalent ou la longueur focale principale n’est pas connue exactement, et si l'image sur la glace dépolie est trop petite, mais cependant au foyer , alors la chambre noire est trop éloignée de l’objet et la glace dépolie est trop près de l’objectif. Par conséquent, tirez les côtés du soufflet jusqu’à ce que vous ayez 28 cent, environ entre la glace dépolie et le centre de l’objectif orthoscopique (1027). (On prend ces distances comme exemple sans application à tel ou tel objectif). Fixez le tout dans cette position, et alors faites glisser la chambre noire en arrière ou en avant, sur la table entre les deux côtés fixes jusqu’à ce que l'image soit de nouveau au foyer.
Mesurez, enfin, encore si l’image est maintenant une idée trop petite, procédez comme tout-à-l’heure jusqu’à ce que la grandeur de l’image soit exactement la même que cëlle de l’objet. Evidemment, si l’image à cette 3e épreuve est trop grande, c’est que la chambre noire est trop près et la glace dépolie trop reculée.
Armez alors vos yeux du microscope, et choisissant un point de l’image facile à bien distinguer, mettez -le au foyer exact en faisant décrire à la chambre noire des mouvements excessivement petits en avant ou en arrière, jusqu’à ce que vous soyez sûr d’être au foyer exact.
§ 9. Attachez solidement la chambre noire sur la table, ou si vous avez beaucoup de modèles à reproduire, fixez-la par une vis. Marquez le devant de la chambre sur la table, afin que dans un cas semblable vous puissiez retrouver, sans perte de temps, la position exacte.
§ 10. La meilleure lumière pour mettre au point est, comme nous l’avons déjà expliqué, celle qui vient directement du soleil. La table sera donc placée près d’une fenêtre ouverte qui permettra aux rayons solaires de frapper directement sur le modèle. Il faut faire attention, dans ce cas, de placer les épingles ou les clous de façon que leur ombre ne porte pas sur l'épreuve. Il faut employer les plus petits diaphragmes, car, ils ne sont pas à craindre avec une lumière aussi brillante, et ils aident à obtenir une image aussi fine que possible.
Le soleil du matin de 7 à 1 0 heures est celui qui donne la meilleure lumière, mais il faut prendre bien garde que sous un éclairage aussi violent, il n'entre de la lumière dans la chambre noire. Aussi fera-t-on bien de la couvrir d'un drap noir, et d’enlever tout ce qui pourrait envoyer de la lumière réfléchie dans l’objectif.
181. — RETOUCHE EN COULEUR, à l’ aquarelle ou à l'huile, des Epreuves positives sur Papier : (F. Plaisant, 1864). (Dess.). Suite. 3e art. Y. 22—37, IY.
§ 17. En arrivant à l’explication de la retouche en couleur, il faut faire remarquer que ce sujet étant traité ici, avant tout, de manière à ce que chacun des lecteurs, amateur ou artiste, puisse mettre à exécution les préceptes et les règles tracées, il ne sera pas étonnant qu’il s’y introduise des redites et des répétitions fréquentes. Elles sont
RETOUCHE EN COULEUR DES ÉPREUVES POSITIVES
inévitables et doivent être excusées, car elles ont pour but de rappeler à l’opérateur les objets sur lesquels son attention doit être le plus fortement attirée.
§ 18. La retouche en couleur, pas plus que la retouche noire, n’a pour but de faire disparaître plus ou moins parfaitement les taches, points ou inégalités qui peuvent se rencontrer sur l’ épreuve positive. Ce serait également une erreur de croire qu’elle est complète quand on est arrivé à un coloris plus ou moins adroit des objets que représente l’image photographique. Outre les déformations que produisent certains raccourcis présentés à l’objectif, il existe un défaut qui tient à la nature même de la photographie, et que rien autre chose que la retouche intelligente n’a pu encore atténuer. C’est que les couleurs naturelles ne se reproduisent pas exactement avec leur valeur dans l’échelle des tons allant du blanc absolu au noir complet.
§ 19. Supposons une personne vêtue d’une robe vert-pomme, couleur que nous traduirons, avec le crayon, par du gris dans les parties éclairées et un ton presque noir dans les grandes ombres; cette robe donnera une épreuve photographique où l’on croira que le modèle portait une robe noire. Si sur cette étoffe verte est jeté un schall de dentelle noire, cet ensemble, qui fait très-bien à l'œil, tant par son contraste que par ses détails, donnera à peine quelques effets de dentelle dans les parties les plus éclairées, mais un ensemble très-confus dans le reste ; et le plus habile opérateur ne pourra empêcher ce fait inhérent à la nature de la surface sensible.
Chaque teinte qui, à l’œil, paraît avoir peu de dissemblance, en aura souvent une énorme en photographie, selon que des couleurs plus ou moins photogéniques domineront dans ces teintes. Par exemple, du vert où le bleu sera dominant, produira, à peu de chose près, ce que donnerait un bleu de même intensité. Si, au contraire, c’est le jaune qui domine, couleur essentiellement photogénique, nous aurons une teinte comme l’aurait donnée du jaune seul.
Ainsi, de même du violet, selon que le rouge domine, est le bleu.
En résumé, toutes les couleurs composées, binaires , tertiaires , etc., donneront le ton de la couleur dominante. Car vouloir citer tous les exemples d’aberration photogénique serait entreprendre une nomenclature infinie. C’est au retoucheur à les corriger, en appréciant la valeur réelle du ton.
§ 20. Echelle des teintes photographiées.
Comme l’on ne peut pas toujours avoir devant soi les habillements ou les personnes qui ont posé pour se rendre compte des effets produits, nous conseillons aux commençants, avant de toucher aux couleurs, de faire l'expérience suivante, qui donne une échelle des valeurs des tons en photographie.
§ 21. Pour arriver facilement à l’approximation du jugement qui est nécessaire au retoucheur, prenez une feuille de papier blanc, tendez-la sur une planche ou sur un carton lisse ; divisez par dès traits d’encre de Chine votre feuille en 132 cases égales.'
RETOUCHE EN COULEUR DES ÉPREUVES POSITIVES
Délayez dans un godet du bleu de Prusse assez clair : vous passerez cette teinte sur 6 cases; puis, quand elles seront sèches, sur 5 d’entre elles, puis sur 4, sur 3, sur 2, et enfin sur la dernière, qui aura reçu ainsi 6 couches égales, tandis que la lre n’en aura reçu qu’une.
Faites la même chose pour les couleurs désignées ci-après :
— Vert; composé de laque jaune et de bleu de Prusse en quantités égales; couvrez-en 6 cases de la façon précédente.
— Vert; composé de laque jaune et de bleu de Prusse; cette dernière couleur dominant. Couvrez-en 6 cases comme plus haut.
— Vert ; composé de laque jaune et bleu de Prusse; le jaune dominant. Même opération sur 6 cases.
— Laque carminée , noir d’ivoire, terre de Sienne brûlée , par parties égales. Couvrez-en 6 cases, id.
— Laque carminée , terre de Sienne brûlée . Faites les mêmes opérations sur 6 cases.
§ 22. Enfin, couvrez de même 6 cases dégradées des tons simples et composés désignés ci-après :
— Laque carminée , Sienne naturelle , parties égales ;
— Noir d’ivoire, bleu d’indigo , parties égales;
— Noir d’ivoire, seul;
— Terre de Sienne brûlée, seule;
— Terre de Sienne naturelle, seule;
— Gomme-gutte ou laque jaune , seule ;
— Sépia et laque ordinaire, parties égales;
— Sépia, seule;
— Rouge de saturne et laque carminée, parties égales;
— Rouge de saturne, seul ;
— Vermillon, seul;
— Vermillon et laque carminée, parties égales ;
— Laque carminée, bleu de Prusse, parties égales ;
— Laque carminée, bleu de Prusse, le bleu dominant;
— Laque carminée, bleu de Prusse, la laque dominant ;
— Laque jaune, laque carminée, parties égales;
— Laque jaune, laque carminée, la laque carminée dominant ;
— Laque jaune, laque carminée, la laque jaune dominant.
On peut augmenter cette table suivant les besoins, la variété des tons étant infinie, puisqu’en abordant les couleurs tertiaires,, on mélange ces teintes-ci deux à deux, trois à trois, etc.; exemple : les verts, dans lesquels on en trouve où doit entrer le rouge, etc., etc.
On fait une épreuve positive de ce tableau, et on la coupe par petites parties correspondantes à chaque série de 6 teintes, afin de pouvoir les comparer au ton des étoffes que l’on devra peindre. On aura, par ce moyen, un renseignement toujours exact sur la valeur photos génique de chaque ton, et une espèce de répertoire d’échantillons qu’il sera fructueux de consulter au besoin. ( Sera continué.)
DB