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RETOUCHE EN COULEUR

soi-même on se met de bonne foi, et non au hasard, à étudier la partie artistique de ce problème; et, en second lieu, c’est la quantité de fonds mauvais que l’on voit de tous les côtés, et le petit nombre de ceux qui satisfont réellement le coup-d’œil, et font comprendre que dans un cadre restreint il est toujours possible de faire une belle chose.

§ 7. Nous allons en conséquence essayer de donner quelques conseils utiles, surtout aux personnes éloignées des grandes villes, et voulant s’occuper elles-mêmes de la retouche de leurs épreuves.

Beaucoup des réflexions que nous allons faire, beaucoup de détails dans lesquels nous allons entrer, sembleront puérils et même inutiles aux peintres et retoucheurs de profession; mais qu’ils nous permettent de déclarer : que nous n’écrivons pas aujourd’hui pour eux ; leur tour viendra : et, enfin, que peut-être en lisant attentivement nos articles quoique élémentaires, ils pourraient y trouver le germe ou le développement d’idées qu’ils ne soupçonnent point. La science, comme l’art, ne se développe pas d’un seul jet, et l’homme ne l’acquiert pas seul ; il ne progresse qu'en glanant de çà et de là dans le champ des connaissances communes : aussi ne faisons-nou? nulle difficulté d’assurer que, pour notre part, nous n’aurons jamais ouvert et parcouru un livre, quelque élémentaire qu’il soit, sans y avoir rencontré quelque chose à apprendre, à garder ; un fétu, en un mot, à joindre à notre gerbe particulière ! Et c’est la conviction que nous avons, que Ton peut dire de nous,

ab uno, disce omnes !

qui nous fait entreprendre ce petit travail.

§ 8. Quand on s’est muni dès couleurs et des ustensiles nécessaires pour peindre à l’aquarelle, et que tous ces objets, dont nous donnerons une liste plus loin, sont près de la main, il est bon de s’assurer de l’extrême propreté des couleurs, et d’en essuyer soigneusement les pains ou les pastilles avant de commencer. Pour faire des chairs, la plus grande et la plus minutieuse propreté est nécessaire ; sans cela, point de tons francs et frais, mais un gâchis d’une nuance terne et peu agréable. Que Tonne m’ objecte pas que de grands artistes ont une boîte de couleurs dans laquelle ils piochent sans avoir l’air d’y faire attention, faisant naître, d’un fouillis de tons confondus, des couleurs fraîches et charmantes. Cela est bon pour le paysage dont la diversité est immense et où la valeur des contrastes est d’une énorme importance, et prime, sans contredit, la yérité des tons; mais si, les mêmes artistes attaquaient des carnations, ils prendraient nécessairement une marche différente.

§ 9. L’emploi d’une feuille sur laquelle porte la main et que Ton nomme, en effet, un sous-main, est indispensable : Le papier, sans cela, devient gras et inapte à prendre les tons à l’eau ou ne les retient qu’avec des taches et des inégalités auxquelles rien ne peut ensuite remédier.

DES ÉFREUVES FOSITIVES SUR PAPIER.

Les couleurs doivent être couchées d’abord très-légèrement, en leur donnant ensuite par degrés, une nuance plus foncee et plus moelleuse. En général, plus les couleurs sont appliquées vivement, plus le dessin paraît uni et net; c’est pourquoi il est nécessaire de se servir de pinceaux bien chargés et toujours tenus delà plus grande propreté : on obtient ce résultat en les lavant chaque jour dans une ou deux eaux tièdes et très-limpides.

§ 10. Pour colorier les paysages formant les fonds, quand on a achevé les contours des objets, il faut ébaucher avec des couleurs la totalité du dessin, et ne pas laisser de trous qui tirent l’œil et ne permettent pas de saisir l’unité de l’ensemble. Cette règle est plus nécessaire quand on travaille sur un fond blanc que quand on a gardé un fond teinté : mais elle est bonne à suivre dans les deux cas, parce que c’est le seul moyen de juger de l’ensemble et de donner l’harmonie que l’on désire.

Cette ébauche doit être faite avec soin, mais en même temps avec une certaine liberté d’allure qui n’est pas déplaisante, tout en laissant au tableau un certain sentiment de rudesse. On adoucit ensuite les teintes au moyen d’un petit pinceau pour rendre les contours moins durs, et fondre les nuances les unes dans les autres. Ce travail nécessite un papier parfaitement encollé ; si celui que Ton doit employer ne l’était pas, il faudrait recourir aux recettes indiquées aux nos 544, 545 et 546.

§11. Les couleurs mortes ou rabattues , les tons vaporeux, servent utilement pour imiter cette brume que l’atmosphère communique à tous les objets selon la distance à laquelle ils sont placés, et qui, par conséquent, est d’autant plus intense qu’ils sont plus éloignés. On peut la préparer avec de l 'encre de Chine , de Y indigo et un peu de laque : le bleu restera la couleur dominante pour les objets les plus loin, Yencre de Chine* sera en plus grande intensité pour les objets approchant les premiers plans et sera même seule pour les objets du premier plan tout-à-fait.

§ \ 2. L’ébauche étant donc faite au moyen d’une couche de couleur très-légère, on reviendra, en commençant par les parties éloignées et les plus brillantes du ciel; si l’on veut y introduire les rayons jaunâtres du soleil couchant ou même des nuages teints de cette couleur caractéristique, il faut employer la terre de Sienne calcinée plus ou moins mêlée de blanc , elle donne des tons très-moelleux; pour le midi, on se servira de blanc et de massicot.

Pour que le diel bleu plafonne bien et vienne en avant, il faut donner graduellement une nuance de plus eu plus foncée à la couleur, à mesure qu’on s’élève au-dessus de l’horizon, excepté pour les nuages orageux. Afin que la coilleur s’étende plus également dans le ciel, il est bon de laver avec une petite éponge pleine d’eau pure, la partie du ciel à faire, et de commencer à appliquer la teinte au moment où il ne reste plus d’eau sur la surface. De cette manière, on ne fait point de taches, surtout si le papier est bien pur.

K° 11. Novembre 1864. 25

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