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DÉVELOPPEMEIIT ET PRODUCTION DE l'ÉPREUVE. 267

qui nous montrera que Teau HO est polarisée, non-seulement quant à sa condition électrique, mais que chacun des éléments qui la constitue est mis en état de polarité, et que, sous Tempire de circonstances favorables, rhydrogène sera dégagé au pôle négatif et Toxygène au pôle positif de la batterie.

11 est évident que cette polarité chimique doit prendre naissance dans un grand nombre de cas, de sorte que de son pouvoir de mettre en état de polarisation les atomes d'un corps composé, le courant électrique est de beaucoup Tagent décomposant le plus énergique connu.

§ 5. Nous avons essayé alors de démontrer que, dans le cas qui nous occupe, se produisait un fait semblable de polarité chimique, c'est-à-dire que les corps composés peuvent être rendus aptes, en certaines circonstances, à revêtir cet état ; c'est pourquoi nous proposons que, dans Fétude de l'action lumineuse sur les substances sensible, on adopte le théorème établi ci-dessus, au § 1 , que les sels haloïdes d'argent sont susceptibles d'être polarisés par la lumière.

Cependant, avant de montrer combien cette manière de voir s'accorde avec les phénomènes manifestés par la photographie, nous devons faire observer qu'il ne faut pas vouloir objecter à cette théorie qu'un phénomène semblable n'a pas été observé, ou qu'un phénomène de cette espèce est renfermé dans l'action électrique et magnétique, puisqu'une telle réponse ferait supposer que nous sommes déjà renseignés sur la nature des actions supposées. On ne peut pas objecter non plus avec quelque raison, que la polarité chimique, même produite par la lumière, cesse nécessairement à l'instant même où l'on détourne l'action de la lumière, de la même manière que la polarité de l'eau cesse au moment même où l'on interrompt le courant électrique. C'est là un des cas où l'électricité peut induire la polarité, laquelle demeure permanente, c'est-à-dire que c'est une source d'électromagnétisme. Ce n'est pas d'ailleurs un argument de peu d'importance en faveur de la théorie de la polarisation dans les sels de la couche sensibile, que de voir, dans certaines circonstances, cette action cesser graduellement et cela juste de la même façon que cesse la polarité d'un aimant mal accommodé, c'est-à-dire par degrés très-lents.

§ 6. Pour bien se rendre compte d'ailleurs des applications de notre théorème, il faut établir la figure suivante (fig, 496) :

Fig. 496.

Les cercles a, h, c, d, etc., sont supposés représenter des molécules d'iodure d'argent (837), la direction du rayon de lumière est indiquée par la grande flèche. Ce qu'il faut démontrer maintenant se réduit à ceci : que, par l'action lumineuse, Targent de chaque molécule forme le pôle tourné vers la flèche. Nous savons très-bien la difficulté de prouver absolument que cette action existe de la lumière sur la substance en question,

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mais nous pouvons indiquer quelques expériences qui corroborent notre manière de voir et nous amènent à démontrer combien les phénomènes usuels de la photographie s'expliquent ainsi avec une apparence de vérité.

§ 7. La première chose qui nous trappe au sujet de Tétai de polarisation supposé de ces sels est que, sous Tinfluence de circonstances déterminées, il est très-facile de détruire ou de neutraliser leur polarité. Pour vérifier l'exactitude de ces faits on prépare une plaque, comme d'habitude, et on Fexpose dans la chambre noire devant un paysage. On la rapporte dans le cabinet obscur et on la lave soigneusement pour enlever tout nitrate d'argent libre (985) .

Versez alors sur la couche une solution d'iode (828) et d'iodure de potassium (848) et immédiatement enlevez-la par une nappe d'eau : l'iode et les autres corps n'ont pas été plus de 2" à 3'' en contact avec la couche; achevez de laver avec beaucoup de soin. Par ce moyen, — d'accord avec notre théorème, — je dois avoir arrêté la polarité de la molécule la plus élevée (a) sur toute la surface exposée de la plaque ; faire cela serait, dans le vrai sens du mot, neutraliser l'effet entier de la polarisation à travers la couche. v

§ 8. Il est d'ailleurs un fait bien connu, c'est que, si on détruit la polarisation des atomes à une extrémité d'un petit aimant par l'action inductive d'un plus gros, la polarité totale du plus petit sera entièrement neutralisée. C'est certes là seulement un cas analogue, mais qui peut servir à éclairer la situation présente, qui est celle-ci : que si, par l'action de quelque élément perturbateur, tel que l'iode, nous détruisons la polarité de la première molécule, nous détruirons, du même coup, la polarité de toute la couche.

§ 9. Prenons alors cette plaque lavée et essayons sur elle l'effet d'une solution développante, il sera probablement nul. J'ai essayé d'obtenir une image en me servant d'eau chaude et d'une très-large addition de nitrate d'argent dans le développement, mais, malgré tous mes efforts, je ne pus avoir trace d'image. Je lavai de nouveau, enlevant le développement à l'eau chaude pendant quelques minutes, puis je couvris la plaque avec un peu de solution d'argent du bain, et je la remis dans le châssis négatif, puis elle fut exposée devant un paysage tout à fait différent du premier. Sous l'application du développement ordinaire, la seconde épreuve vint parfaitement et très-distinctement sans aucune trace de la première.

§ 10. On peut renverser l'expérience, et elle réussit tout aussi bien. J'ai fait une épreuve sur l'envers de la couche, auquel cas je m'assurai qu'une application d'iode, comme tout à l'heure, n'enlève pas toute trace d'image sur la couche, quoique peut-être cette expérience puisse sembler douteuse, mais l'ensemble du résultat est facilement expliqué par notre théorème, et, autant que cela peut prouver quelque chose, cela prouve la vérité. Dans tous les cas, il résulte de la première expérience qu'une plaque sur laquelle on a détruit, une première fois, la polarité par le moyen de l'iode ou de tout autre corps, peut de nouveau être mise en état de polarité tout aussi bien qu'une neuve qui sort du bain d'argent. Cette ex-

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pérîence a été laiie par M. Carey Lea (69, VI) et répétée presque semblablement par M. Long et depuis par M. Ëwing.

Je veux faire ressortir que ces diverses expériences, examinées dans la lumière que répand la théorie de la polarisation, deviennent identiques et peuvent être expliquées de la manière la plus simple.

§ il. M. Carey Lea verse sur une épreuve développée une solution de pemitrate de mercure (38, VI, § 3) qui dissout et emporte tout l'argent précipité. En ce moment, Taction est arrêtée, et, après quelques précautions spéciales, il se trouve que l'image se laisse facilement développer. M. Long objectait que cette expérience enlevait en même temps une partie de Tiodure d'argent, mais cela me confirme d'autant plus dans mon opinion que cette action est due à la polarisation et ce fut la première idée que le récit de ces faits fit naître dans ma tête.

11 est bien facile de voir, en efiet, que si M. Lea, suivant la remarque de M. Long, enlève une partie de l'iodure d'argent jusqu'à c, par exemple, de la figure 496, cela n'empêche pas du tout l'image de pouvoir se reformer sur la molécule d. Et il est très-important de remarquer que dissoudre et enlever une partie de la couche polarisée n'est pas du tout la même chose que détruire la polarité d'une seule de ces molécules. De même que briser un morceau d'un aimant n'est pas la même chose que d'appliquer un magnétisme d'induction supérieur sur une de ses molécules extrêmes.

§ 12. Les expériences décrites par M. Ewing sont plus difficiles à expliquer, mais nous n'y trouvons rien qui infirme notre théorie de la polarisation, et nous les avons répétées d'une manière légèrement différente, dont nous allons parler. Une vieille plaque, fixe mais non vernie, est traitée par l'acide nitrique, puis ensuite par un développateur, et elle donne une image de même que dans l'expérience de M. Ewing. Maintenant on prend une plaque non fixée, et, après l'avoir traitée par l'acide nitrique, on la fixe à l'hyposulfite de soude et l'on trouve que FappHcation postérieure du développement ne produit aucune différence dans l'apparition.

Je recommençai une seconde fois cette expérience, mais, au lieu de verser le développement, je traitai la plaque par l'iode, comme au § 7. Je la fixai alors à l'hyposulfite (795) et cette fois je fus certain de la destruction de l'image latente, tellement que, malgré tous mes efforts, je ne pus révéler la plus faible trace d'image. Le nitrate de mercure de M. Lea donne absolument les mêmes résultats.

§ 15. Je pense donc que ces différents résultats peuvent être expliqués, plus ou moins, par le théorème du § 1, et se rapportent à la figure 496, en supposant que l'image est formée en accumulant de l'argent sur la molécule a. L'action de l'acide nitrique n'aurait par conséquent plus pour effet que de dissoudre cet argent et de laisser l'atome d'iodure dans Tétat de polarité qu'il possédait auparavant. Mais si, au contraire, avant Tapplication de l'acide nitrique nous fixons la plaque au moyen de l'hyposulfite, nous dissoudrons en même temps tout l'iodure inaltéré et probablement une certaine portion de celui qui se trouvait polarisé.

Je dis qu'une partie de l'iodure polarisé est probablement enlevée aussi, parce que je ne puis concevoir une raif on exacte pour laquelle la dernière

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molécule a doive être achevée, car il n'y a nop plus aucune preuve qu'aucun des atomes d'iodure, en état de polarité, soit dissous par Thyposulfîte. Mais ce qui vient d'être énoncé a besoin d'une explication corredte, parce que la pratique ne le confirme pas de tout point.

Il est très-évident que si Thyposulfite de soude peut enlever touiï'wàxtt^ d'argent de la couche, et si, également, l'acide nitrique (1002) peut erik' ver tout ce même argent, nous ne pourrons développer aucune image sur une plaque traitée par ces deux substances, et il est contraire à toute ana< logie et à tout principe de supposer qu'une simple couche de pyroxyde ait quelque attraction pour l'argent à une place plutôt qu'à une autre. D'après ces considérations, nous avons le droit de conclure certainement que, dans les expériences de MM. Lea et Ewing, une petite quantité d'argent était demeurée à l'état polarisé après l'application de l'acide nitrique et de rhyposulfite; de sorte que ce qui s'est produit rentre parfaitemeut dans l'appUcation de notre théorème.

§ 14. Ce qui me semble, dans ce cas, devoir être conclu de ces deux considérations, c'est d'abord que si, après l'application d'un acide et du fixateur, la polarité des atomes restants est détruite par l'iode, puis le fixateur appliqué de nouveau, nous aurons si bien détruit la polarité delà couche, qu'il sera parfaitement impossible d'y développer désormais aucane image. Le second point est celui-ci : que la couleur de cette légère image pâle est juste la même, même après le fixage, que celle de l'iodure d'argent.

Puis alors la formation de l'injage s'accomplit sur la molécule la plus extérieure de la couche.

Nous connaissons assez le résultat des actions de la force moléculaire pour prédire avec certitude que la matière d'un corps possède toujours une attraction définie pour les molécules ou atomes d'une certaine nature donnée. Ainsi, le cristal d'un sel va croître si on le place simplement dans une solution suffisamment concentrée de la même substance. De sorte que nous pouvons prédire cela dans le cas où l'action delà lumière vient polariser les molécules de l'iodure d'argent, etc., et présente les pôles argentiques vis-à-vis de la lumière, de sorte que les pôles de l'argent peuvent facilement attirer les atomes d'argent ou de toute autre substance capable de se combiner avec l'argent, alors que les atomes de ce corps seront placés dans des conditions favorables, et que ces atomes seront attirés par une force qui sera la même en nature et en puissance que celle qui détermine non- seulement la formation, mais la naissance des cristaux.

§ 15. D'après les considérations qui précèdent, le développement d'une épreuve daguerrienne peut et doit être considéré comme le plus simple cas d'un développement photographique que l'on peut expliquer comme suit : le mercure (925) ne peut se combiner avec l'iodure d'argent pour former un amalgame, mais il peut se combiner dans ce but avec l'argent pur. Si donc l'action de la lumière, dans la chambre noire, polarise seule' ment l'iodure, et alors présente le pôle argent vers la source de lumière, l'action du développement sera conduite seulement par ce fait que les atomes de mercure réduit en vapeur se combineront seulement avec le»

ÉCLAIRAGB DE L ATEUER PUOTOGRAPHIQOE. '271

.ifomes d'at^ent, et formeront ainsi, suivant leur aninité, [un amalgame d'ar^nt et de mercure qui composera l'épreuve.

(Sera continué.) [The Photographie News.)

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