‹ Répertoire encyclopédique de photographieChapitre 25 sur 219 · EXPRESSION DANS LE PORTRAIT · texte numérisé non relu

EXPRESSION DANS LE PORTRAIT

la ligure desquelles aucune apparence d émotion n'est jamais perceptible ; elles portent un masque imperturbable dans toutes les circonstances. Quand même on leur apprendrait, comme la Bête à bon Dieu des contes de nourrices, a que leur maison est en l'eu et leurs enfants dedans, » leur intelligence ne ferait pas apparaître plus de signes d'émotion au dehors que si on leur annonçait tout à coup Téchéance d une fortune. Rien au monde n'est plus facile que d'obtenir une bonne ressemblance des personnes de cette espèce.

§ 5. Il en est tout autrement avec celles qui possèdent des traits mobiles et très-expressifs, et dont toutes les pensées paraissent se refléter sur le visage. Le grand problème que les photographes ont alors à résoudre est d'arriver à saisir cette expression fugitive et passagère, qui constitue le charme principal des individus de cette classe.

En premier lieu, il ne faut pas trop coiu-ir après une pose artistique ; vous pourriez faire une bonne composition, mais, si vous ennuyez le modèle, vous n'arriverez certainement pas à obtenir une ressemblance. Évitez, autant que possible, l'emploi de Tappuie-tête (109)i et ne laissez point votre modèle se mettre en position un moment de plus qu'il sera absolument nécessaire; enfin, comme règle générale, ayez votre plaque prête avant de commencer la pose.

§ 6. Il est absolument nécessaire que nous rappelions aux photographes de profession qiie chaque visage présente quelque aspect convenable qui doit être deviné ou étudié pour le surprendre. Négliger ceci est aussi mauvais que d'imiter cet opérateur ignorant de ce fait qui, plutôt que de prendre la peine de varier ses accessoires et de changer son éclairage, se contenterait de placer le modèle dans la position exacte de celui qui Ta précédé, sans se préoccuper de la différence qu'il peut y avoir entre les deux.

Engagez la conversation avec le modèle pendant la durée de la mise au point, etc , et, autant que possible, tâchez que lui-même fasse les plus grands frais dans la causerie; alors, quant tout est prêt, au lieu de lui faire fixer les yeux sur un point immobile du mur qu'il regarde, amenez son attention sur quelque objet amusant, ne fût-ce qu'un joujou automate. Vous en trouverez à 1 l'r. 25 qui feront admirablement votre affaire.

Ce sera un oiseau légèrement fixé par une pince à vis au bord de la table, à la tablette de la cheminée ou à tout autre point en saillie. Sous la figure est un pendule qui, mis en mouvement, fait que l'oiseau baisse et relève alternativement sa tête et sa queue de la plus grotesque façon. £n regardant cela, fattention du poseur est engagée, la station froide et guindée est bannie, et sa figure ne reflète plus celte viduité d'intelligence trop souvent manifeste sur la plupart des photographies.

§ 7. Il y a là une précaution de la plus haute importance à observer, mais qui est encore trop fréquemment négligée : c'est de placer l'objet à regarder assez près du modèle pour qu'il puisse le voir à son aise. Si on Télôigne trop et, par exemple, si le modèle est tout à fait myope, il sera obligé de fermer ses yeux à moitié de leur grandeur naturelle ; le résultat est évident. Si, d'un autre côté, l'objet est trop près, il est apte à produire les effels d'un strabisme léger.

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§ 8. U est d'ailleurs superflu d^ajouter que plus le temps de pose sera court, plus rexpression sera fugitive en retournant dans le cabinet noir. ?re dîtes jamais au modèle qu'il a remué ou qu'il n'a pas bien regardé où vous lui aviex dit ; dix fois pour une, si vous le' faites, le résultat de la prochaine épreuve sera encore plus mauvais : ou bien il grimacera horriblement un sourire de spectre, ou bien il regardera comme un cadavre dressé dans la chambre où l'opérateur serait chargé d'accomplir son service fu« nèbre, comme le font les Grecs dans leur religion.

§ 9. Une fois nous sommes parvenu» par une petite licelle, à obtenir une bonne ressemblance d'un sujet le plus difficile que notre mauvaise fortune nous ait mis à même de rencontrer. Nous avions .épuisé tout notre répertoire de balançoires. Plaques sur plaques se succédaient sans aucun succès; les négatifs étaient bons, à les considérer seulement comme re^f productions mécaniques, même parfaits, et cependant le principal objet pour lequel nous travaillions n'était point atteint : la photographie était aussi ressemblante au modèle qu'Uypérion à un satyre.

Dans le langage de la vieille fenune immortalisée par Holloway, je prononçais mentalement « qu'il était incurable ! » quand, en dernière res* source, j'essuyai non une boite de pilules, mais une amère déception. Sans ouvrir le châssis négatif, je fis la pantomime d'exposer ; pendant ce temps, mon patient prit une expression de souffrance qui eût échauffé le cœur de Spognaletto.

§ 10. Immédiatement, je prononce les mots magiques : « Je vous remercie ; c'est fait ! a Mon modèle est totalement changé ; un sourire bon et parfaitement naturel éclaire son visage, et ses yeux parlent comme des yeux doivent le faire. Avant qu'il ait eu le temps de changer de position, j'attire son attention en lui racontant quelque aventure tellement merveilleuse, que, je regrette de le dire, j'en ai perdu absolument le souvenir apocryphe, et, tandis qu'elle (c'était une dame) écoute, j'ouvre tranquillement le châssis et m'assure d'une ressemblance qui fut trouvée parfaite.

§ 11. Nous ne voulons pas dire que des portraits faits dans cette circonstance et dans d'autres analogues soient toujours bien bons comme photographies; ils manquent souvent de pose et ne sont pas toujours absolument nets. Cette dernière imperfection, par cela même, est quel- (piefois un avantage positif, de même que, quand il s'agit de personnes marquées de la petite vérole, les portraits doivent toujours être pris un peu hors foyer. — Mais si ces photographies souffrent les critiques sous ce rapport, elles . possèdent, avant tout, la qualité la plus précieuse : — elles sont des portraits.

J'espère que Ton ne me taxera pas de me faire l'avocat des mauvaises photographies et des compositions non artistiques, comme accessoires nécessaires des portraits bien réussis; rien ne serait plus faux. Aucun effort ne doit être épargné pour rendre les photographies réellement dignes du titre d'objets d'art; mais» pour atteindre cet objet, je maintiens qu'une manipulation irréprochable et une pose gracieuse ne sont pas suffisantes.

§ 12. ti est probable qtle, pour beaucoup de photographes» les remarques que nous venons de faire ne semblent que médiocrement neuves ;

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mais beaucoup de gens, d'un autre côté, sont contents d^entendre répéter pour eux quelque chose qu'ils savent déjà. C'est pour ceux-là et pour les ignorants que nous avons écrit.

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