‹ Répertoire encyclopédique du pianiste (volume 2)Chapitre 5 sur 335 · V. — LES OEUVRES DE PIANO D’AUTREFOIS ET CELLES D'AUJOURD'HUI · texte numérisé non relu

V. — LES OEUVRES DE PIANO D’AUTREFOIS ET CELLES D'AUJOURD'HUI

Les tendances esthétiques, au point de vue de la composition des œuvres de piano, se sont profondément modifiées depuis une trentaine d’années.

Les compositeurs qui étaient en vogue vers le milieu du siècle, pour la plupart éminents pianistes, cherchaient leurs principaux effets dans la mise en lumière des ressource > spéciales de l’instrument pour lequel ils écrivaient ; et, à côté de l'idée musicale à exprimer, ils se préoccupaient beaucoup, peut-être même surtout, de l’effet instrumental à produire.

En analysant les compositions de ces maîtres, on constate que les traits de mécanisme se trouvent, en général, sous les doigts ; que les grands déploiements de sonorité sont obtenus, le plus souvent, au moyen de procédés relativement simples; que le phrasé ne demande qu’un sentiment naturel de l’expression musicale, plutôt que des recherches raffinées d’interprétation; en un mot que l’effet produit est en rapport maximum avec l'effort exigé du pianiste.

Aujourd’hui le compositeur se spécialise infiniment moins. Il n’écrit pas exclusivement des morceaux de piano. Pour habile virtuose qu’il puisse être, il fait en général abstraction de l’exécutant qui interprétera son œuvre, et ne subordonne pas à la technique de l’instrument la contexture musicale dont il veut revêtir son idée. Si les combinaisons de rythme et de sonorité voulues amènent de sérieuses difficultés instrumentales, si le trait rêvé présente des sinuosités gênantes pour les doigts, c’est affaire au pianiste. L’œuvre prime l’interprète.

Je préciserai peut-être mieux ma pensée en disant que l’on écrivait autrefois des morceaux de piano et qu’aujourd'hui l’on écrit des morceaux de musique appliqués au piano.

De cette différence dans l’objectif artistique des deux époques, il résulte que nombre de morceaux de piano de notre temps sont d’une difficulté supérieure à

celle que présentent les morceaux de la période précédente classés dans le même degré de force.

Et, en même temps, autre fait qui parait au premier abord contradictoire bien qu’il s’explique fort bien à la réflexion, jamais on n’a écrit pour le piano autant de Pièces qui demandent aussi peu de mécanisme. Le succès, auprès des élèves amateurs, des morceaux de genre faciles , est l’indice d’un besoin spécial de notre temps amené par la vulgarisation du piano.

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