et 29) [ré min., si \?, fa
>i.»; — la min. +, si min., la;
. *; . . . Ch. liv.
. .. COSTALLAT
op. 21 (D— 8) .
... COSTALLAT
CHARLOTTE CORDAY, musique de scène .
Ouverture, mi {7, extr. tr. à 4 ms pr faut. (TD — 11)».. 4
L’hymne de la Marseillaise est un des thèmes.
SCHOTT
Marche funèbre en si min., tr. pr Franz Rummel
Valse en «ij?, tr. à 4 ms. pr l’aut. (M — 3) .
La même à 2 ms .
X. B. — La plupart des grandes compositions de Peter Benoit non seulement ne sont pas transcrites pour le piano , mais ne sont mf me pas publiées !... L’auteur de ce Répertoire a appris ce fait arec stupéfaction dans un royago en Belgique (mai 1906) entrepris dans le but de se renseigner personnellement sur les musiciens belges.
D TT lY Q (HERMANN). Né à Hambourg en 1826, mort à Stockholm
-L* A-^aU j1 1 en 1880. — Elève de Reissiger, à Dresde. Berens se fixa dès 1847 à Stockholm, fut maître de chapelle de la Cour et professeur de composition à l’Académie. Cet artiste a écrit pour le théâtre, pour la chambre et pour le piano, surtout au point de vue de l’enseignement.
Ses Études, op. 61, 66, 70, 73, 77, 79 (chez Schotl), sont très estimées en Allemagne et en Angleterre; l'op. 61, Nouvelle École de vélocité, a paru en nouvelle édition, revue et doigtée par O. Thümer (chez Augener, 1904); de même ses P iéces mélodiques à 4 mains sur 5 notes , op. 62 ( TF et F — 30) » ( chez Cranz ) et l’op. 250; ses 6 Sonatines enfantines, op. 81 et 89 (F et PM), genre classique, très bien écrites et doigtées (chez Cranz); ses 46 Exercices et Études en 2 liv. pour la main gauche seule, op. 89 (M à D— ch. liv. 11— Cranz), etc., etc. Mentionnons encore spécialement la Sonate en mi b, op. 60 (AD— 18), couronnée à Stockholm (chez Schuberth).
T) TF T) (LUDWIG). Né à Berlin en 1777, mort à Berlin en 1838.
— Pianiste, compositeur et professeur célèbre. L. Berger devint élève de Clementi en 1804 et le suivit à Saint-Pétersbourg, où il prit également pour modèles Field et Steibelt, alors en Russie. L. Berger se maria dans ce pays et y vécut jusqu’en 1812. Devenu veuf, il se rendit à Stockholm et à Londres, et en 1815 rentra définitivement à Berlin, s’y consacra h l'enseignement et forma toute une pléiade d’artistes illustres. Mendelssohn , Tauberl et Henselt furent ses élèves. L. Berger publia un grand nombre d’œuvres chorales et d’excellentes compositions pour le piano : 1 Concerto, 4 Sonates, Toccatas, 4 livres de Variations, etc. etc. Ses études sont encore jouées actuellement en Allemagne.
i& — Berger {(Æuv. ori<j.)
ŒUVRES ORIGINALES
ÉTUDES (27), op. 12 et 22 (AD et D— 60) méc. et interp. (Collection des Perles musicales , avec une préface de
Reinecke) . . . .
Exlr. de l’op. 12. — n° 9. And. en sol pr main g. seule
(M— 2) et n° 22, Gigue en la (D — 2) .
Extr. de Top. 22. — N° 3 en mi (M— 2) . Ch. n°
SONATE en ut min., op. 7 (D— 17) .
. . .Bheitkopf
. .IIOFMEISTER
OIT* R AF (MICHAEL). Né à Varsovie en 1820, mort à Shep-
JDJLj L\VJk3l/i 1 herd's Bush (près Londres ) en 1898. — Pianiste et compositeur, Bergson séjourna à Paris jusqu’en 1863. Nommé professeur de la classe supérieure de piano au Conservatoire de Genève, il devint ensuite directeur de cet établissement. Plus tard Bergson se fixa à Londres. Il a surtout écrit pour le piano; on lui doit plusieurs séries d Études et à' Exercices, un Concerto (qui rappelle la manière de Chopin) et de nombreux morceaux de genre.
ŒUVRES ORIGINALES
CONCERTO SYMPHONIQUE en mi min. op. 62 (TD— 37), arr. pr piano seul par l’aul. ou av. 2e piano
d’accomp .
GENÈVE. Gr. Valse brill., mi p, op. 64 (AD— 8).... ÉTUDES CARACT. en 2 liv. , op. 60 (D— 21 et 14).... SOURIRE Un) Arabesque, op. 57 (M— 7) .
Heugel
SCHOTT
Rieter-Biedermann
POLONAISE HÉROÏQUE (Gr.) en la b, précédée I 2m 501 Rieter-Biedermann d'un Air slave, op. 72 (orch.) tr. (D— 13) . I . . .
DUT) 1 T07 (HECTOR). Né à la Côte-Saint-André (Isère) en 1803 , JD I J II I J L vt/j mort à Paris en 1869.
AVIS. — Il n’a pas été possible de se conformer ici à l’ordonnance adoptée pour les autres notices. Le caractère de l’homme, sa rie (la plus carieux exemplaire que l’on connaisse de romantisme vécu ), ses œuvres musicales et littéraires forment nn tout dont il est impossible de présenter successivement les parties, taut les œuvres de l’artiste commentent sa vie, tant Ba vie se reflète dans ses œuvres. Nous avons donc suivi rapidement le cours de cette existence tourmentée. Las matières en sont tellement considérables que, môme eu négligeant une foule de détails intéressants, la dim union da cette notice dépasse encore de beaucoup ce que la capacité de ce volume semblerait permettre.
« Mon père, qui était médecin (c’esl Berlioz qui parle), voulut me faire suivre sa carrière. Il me donna pourtant un maître de musique, et, à l’àge de douze ans, je commençai à composer. Arrivé à Paris, je sentis ma passion pour la musique s’accroître el l'emporter sur mon désir de satisfaire mon père. Guerre de famille ! Obstination de ma part. Je deviens élève de Lesueur, puis de Reicha. J’ai le prix de Rome. Mon père alors me pardonne, et à mon retour d'Italie, je commence ma guerre de Trente ans contre les routiniers, les professeurs et les sourds. »
Le futur grand homme eut une enfance délicate. La nervosité de son tempérament, unie à une sensibilité excessive et à une imagination toujours en travail, le fit souffrir prématurément par des impressions étrangement vives chez un enfant et qui expliquent toute la vie ultérieure de l'homme. Ce fut d abord, de la part du petit garçon qui traduisait Y Enéide, une admiration, un enthousiasme pour Virgile qui tenaient du délire. « J’en devins somnambule, » dit-il L Quand il eut douze
(I) « Un dimanche on me mena aux vêpres. Le chant monotone et triste du psaume Jn exitu Itrafl me plongea dans les plus réelles rêveries rétrospectives. Je retrouvais mes héros virgi liens, et un chagrin inco nmen curable s'empara de moi. Je sortis de l’église tout en larmes , et je restai pleurant , Bans pouvoir contenir mon affliction épique tout le reste du jour ; et mes parents n’ont jamais su ni pressenti même quelles douleurs s’étaient ce jour-là emparées de mon cœur d’enfant. »
Iterfioz (Notice) — É9
ans, ce fut bien autre chose. Une passion d'homme envahit ce cœur d’enfant. De ces deux fortes impressions de son enfance, Berlioz conserva toute sa vie « le culte de Virgile » et <« la religion de l’amour 1 ».
Venu à Paris pour y étudier la médecine, Berlioz fréquenta les concerts et le théâtre autant que la Faculté. La rencontre d'un disciple de Lesueur l'amena à s’enrôler parmi les élèves de ce maître, alors professeur de composition au Conservatoire. L'ardeur d'impressions qu’on a vue chez l’enfant avait atteint, vers la vingtième année, une intensité extraordinaire qui mettait Berlioz dans un état permanent d’exaltation. Ayant entendu La mort d’Abel, opéra de Kreutzer, le jeune artiste adressa au compositeur une lettre dont le style ultra- romantique peint un homme et une époque 2.
Désertant la carrière choisie par sa famille, Berlioz dut se passer de toute aide matérielle. Pendant l’hiver de 1826, dans une petite chambre sous les toits (au coin de la rue de Harlay et du quai des Orfèvres), il connut le froid et la faim. A bout de ressources, il se fait choriste dans un petit théâtre et donne des leçons de musique à un franc le cachet. Et Berlioz travaillait, composait, ambitionnait le prix de Borne et ne l’obtenait pas. Ses juges étaient de l’avis de Boïeldieu, qui disait au jeune novateur : « Je ne comprends pas la moitié de Beethoven, et vous voulez aller plus loin que Beethoven. Comment voulez- vous que je comprenne? » Lesueur eut le mérite de diriger le génie naissant de Berlioz , tout en respectant son originalité. Des relations affectueuses s’établirent entre eux, témoin ce billet daté de 1825: « Si jamais les bontés d’un maître, la reconnaissance et l’amour filial de ses élèves lui ont acquis sur eux le titre de père, je suis du nombre de vos enfants. »
Le coup de foudre qui devait décider de la destinée de Berlioz eut lieu en 1827. Une troupe de tragédiens anglais, où figurait miss Henriette Smithson, donna des représentations à l'Odéon. Le génie de Shakespeare et le charme de sa poétique interprète dans la robe blanche d’Ophélie furent pour Berlioz une double révélation et produisirent, dans ce cerveau surexcité, le plus violent ébranlement. « Je vis... je compris... je sentis..., » s’écrie-t-il. Obsédé par sa passion, Berlioz déversa ses impressions dans une autobiographie musicale intitulée : Épisode de la Vie d’un Artiste. Cette œuvre, complétée plus tard, devint la Symphonie fantastique. La première audition en eut lieu sous son premier titre dans la salle du Conservatoire, le 5 décembre 1830. Ce fut un événement musical. « Beethoven n’eut pas mieux réussi, écrit Robert Schumann. Celte page poignante, La scène aux champs, est un chef-d’œuvre harmonique, chaque son vit. » « Berlioz est, des novateurs, le premier en date ; son admirable instinct d'artiste a répandu le môme thème à travers les cinq morceaux de la Fantastique : c’est Vidée fixe, l'image adorée qui réparait toujours et chaque fois transformée; le leit-motiv est créé; la chose comme toujours précède le mot3. » « A vingt -cinq ans il écrivait dans la Symphonie fantastique cette Scène aux champs et cette Marche au supplice, pages extraordinaires de poésie, de grandeur, d’éclat, en avance d'un demisiècle et plus sur tout ce qui les avoisinait, et devant lesquelles aujourd’hui s’incline, frémissante, une troisième génération de musiciens4. »
(1) Il rencontra à Meylan , en Dauphiné , chez son grand • père maternel , une charmante jeune fille de dixhuit ans. u Ce fut, dit-il, une secousse électrique. Le vertige me prit ut ne me quitta plus. Je n'espérais rien, je ne savais rien, mais j'éprouvais au cœur une douleur profonde. Je passais des nuits entières à me désoler. Je me cachais le jour dans les champs de maïs, dans les réduits secrets du verger de mou grand-père, comme nn oiseau blessé, muet et souffrant. »
(2) a O génie! Je succombe! je meurs! les larmes m’étouffent! La mort d’Abel! dieux!... Quel infâme public ! il ne sent rien ! Que faut-il donc pour l’émouvoir? O génie ! et que ferai-je, moi, si un jour ma musique peint les passions? On ne me comprendra pas, puisqu'ils ne couronnent pas, qu'ils ne portent pas en triomphe, qu’ils ne Be prosternent pas devant l’auteur de tout ce qui est beau !... sublime, déchirant, pathétique ! etc. »
(3) Raymond Bouyer, Petite » notes sans portée, Le Ménestrel, octobre 1903.
(4ï Michel Brenet, Le Correspondant, 25 août 1903.
20 — Miet'thoz ( Notice )
Berlioz obtient enfin le prix de Home (1830, cantate : Sardanapale), et part pour rilalie. A ce moment son bagage de compositeur comprenait l’ouverture de Waverley (son op. 1), une Messe avec orchestre déjà exécutée à Saint-Roch, dont le Resurrexit fut l'embryon du fameux Tuba mirum du Requiem futur; les Huit scèties de Faust , point de départ de la Damnation ; plusieurs mélodies, l’ouverture des Francs-Juges et la Symphonie fantastique déjà citée1. Pendant son séjour à Rome, Berlioz écrivit l’ouverture de Rob Roy et celle du Roi Lear , plusieurs morceaux de chant, dont la Captive, qui devint promptement célèbre, et le n° 1 de Tristia; enfin Lelio ou Le Retour à la Vie, poème symphonique faisant suite à la Symphonie fantastique. Berlioz abrégea son séjour à la Villa Médicis afin de revoir miss Smithson qu’il voulait épouser. Celle-ci était ruinée et endettée d’une somme considérable. D’autre part, Berlioz était beaucoup plus jeune qu’elle et ne possédait que son génie. Les deux familles s’opposèrent au mariage. Mais Berlioz ne céda point, et, après mille péripéties plus romanesques les unes que les autres: calomnies, désespoirs, rupture, remords après l’innocence reconnue, empoisonnement sous les yeux de l’adorée, réconciliation, Berlioz épousa miss Smithson le 3 octobre 1833.
u Les années qui suivirent immédiatement ce mariage furent, dans la carrière de Berlioz, une période d’intense activité. Embrasé jusqu'aux moelles de la fièvre du beau, il le concevait sous un aspect « terrible »> et « incroyable », roulant dans son esprit mille projets grandioses et rêvant entre autres d’un oratorio : Le dernier jour du monde2. » C'est du plan gigantesque de cet oratorio rêvé que sortit plus tard le tableau du Jugement dernier , avec ses quatre groupes de trompettes dans le splendide Requiem. En 1834, Berlioz fit entendre Harold en Italie , poème pour orchestre. La partie d’alto principal représente « un esprit rêveur perdu dans ses méditations au milieu des solitudes des Abruzzes >» , traduction musicale des impressions personnelles de l’auteur en Italie. En 1837 vint la Messe des Mo?'ts 3 , le célèbre Requiem 4. L'auteur jugeait ainsi son œuvre : « C’est surtout la forme des morceaux, la largeur du style et la formidable lenteur de certaines progressions dont on ne devine pas le but final, qui donnent à mes œuvres leur physionomie étrangement gigantesque, leur aspect colossal. C’est aussi l’énormité de cette forme qui fait ou qu’on n’y comprend absolument rien, ou qu’on est écrasé par une émotion terrible. » « VOffertorium surpasse tout, » écrivait naguère Robert Schumann. Les critiques contemporains ont la même impression: « Tout rOtferloire se tient au niveau des plus grands chefs-d’œuvre. La péroraison sur les paroles Promisisti Domine Jesu Christe est aussi belle et du même caractère que le chœur de la Coupole dans Parsifal. Cela fut écrit pourtant un demi-siècle avant 5. »
Cependant la vie matérielle continuait à être pour Berlioz un problème difficile à résoudre. Sa femme avait quitté le théâtre et la composition ne rapportait rien , moins que rien, puisque les frais d'exécution étaient à la charge de l’auteur. « Je voudrais tant travailler, et je suis obligé de labourer pour vivre!... » s’écriait-il. Il demanda des ressources à sa plume et débuta comme critique musical dans quatre journaux : « Le Rénovateur , qui paye mal; le Monde dramatique et la Gazette Musicale , qui payent peu, les Débuts, qui payent bien. » A la
(1) Rendant compte d’une exécntion de» Francs- Juges , l’auteur s’écrie : « C’est un hymne de désespoir le plus désespérant qu’en puisse imaginer, horrible et tendre... Je me tenais une touffe de ohereux que je tirais avec rage ; j’aurais voulu pouvoir m’écrier, oubliant que c’était de moi : C’est monstrueux , colossal , horrible ! » Lo thème de cette ouverture est tiré d’un quintette que Berlioz composa, dit-on, à l’âge de douze ans. Les Francs- Juges étaient un drame lyrique inédit dont l’ouverture est restee.
(2) Michel Brenet, Correspondant , 25 août 1903.
(3) Cette partition , 'commandée à Berlioz par l’État , fut exécutée à l’église des Invalides pour le service funèbre du général Danrémont et des soldats français morts au siège de Constantine.
(4) Voir, dans Le Monde Musical du 15 février 1900, un intéressant article de M. Ch. Malherbe qui contient l’histoire de ce Requiem.
(5) A. Boutarel , Le Ménestrel.
iteà'lim (Notice) — 9i
mort de Lesueur (1837), il se produisit un mouvement dans les classes du Conservatoire. Berlioz sollicita modestement la classe d’harmonie, précédemment dirigée par Rifaut. On lui préféra M. Bienaimé. Les portes de l’Opéra s’ouvrirent enfin pour Berlioz. Benvenuto Cellini y est joué (3 septembre 1838) et c’est une chute. Ces représentations « furent le champ clos d'une lutte tragique et brève où succomba sous les sifflets, les moqueries, l’indifférence, une œuvre débordante de vie et de beauté, qui pouvait ouvrir à l’Opéra français urte direction nouvelle1-2. »
A un concert donné par Berlioz (16 octobre 1838) dans la salle du Conservatoire pour y faire entendre Harold et la Symphonie fantastique , un incident mémorable se produisit. Aussitôt après les derniers accords, un homme se précipite sur l’estrade et baise les mains du compositeur. C’était Paganini, le célèbre violoniste. Le lendemain Berlioz recevait de lui ce billet: « Mon cher ami, Beethoven mort, il n’y avait que Berlioz qui put le faire revivre; et moi qui ai goûté vos divines compositions dignes d'un génie tel que vous, je dois vous prier de vouloir bien accepter comme hommage de ma part vingt mille francs qui vous seront remis sur la présentation de l’incluse. Croyez -moi toujours votre afTectionné : Nicolo Paganini 3. » Le don royal de Paganini fut pour Berlioz une libération. Il pouvait créer des chefs-d’œuvre sans risquer de mourir de faim. Il en résulta Bornéo et Juliette, symphonie dramatique avec chœurs et soli, sur le drame de Shakespeare. Celte partition, dédiée à Paganini, fut écrite en sept mois 4. « De quelle ardente vie je vécus pendant ce temps I Avec quelle vigueur je nageai sur cette grande mer de poésie, caressé par la folle brise de la fantaisie, sous les chauds rayons de ce soleil sauveur qu’allume Shakespeare, et me croyant la force d’arriver à l’île merveilleuse où s’élève le temple de l’art pur ! » « Cette œuvre n’est pas dans son ensemble la plus accomplie de son auteur, dit M. Ch. Malherbe, mais certaines pages comptent parmi les plus géniales qu'il ait écrites. Toujours les fantaisies capricieuses de la Reine Mab amuseront l'oreille, et la scène d’amour étreindra le cœur d’une intense émotion. Lk vraiment Berlioz a gravi l’un des sommets de son art et pénétré dans la région lumineuse où rayonne l’éternelle beauté ! »> Après Roméo et Juliette, vinrent (en 1840) : l’ouverture du Carnaval romain , « page pleine de bruit et de lumière, » celle du Corsaire et la Symphonie funèbre et triomphale... qui arracha à Habeneck cette flatteuse exclamation : « Ce b... de Berlioz a de grandes idées5! » Wagner mettait cette œuvre au-dessus de toutes les autres productions du maître. « C’est, disait -il, une composition populaire au sens le plus idéal du mot. Cette symphonie vivra et enflammera les courages tant que durera une nation portant le no m de France6. » En cette meme année Berlioz écrivit Le Cinq -Mai (soli, chœurs et orchestre) pour le retour des cendres de Napoléon.
Un jour vint où, fatigué de n’obtenir k Paris que des succès contestés, au prix de luttes incessantes, Berjioz se décida à accepter les propositions qui lui
(1) Michel Brenet, Le Correspondant , 25 août 1903.
(3) Cette œuvre ai malmenée en France eut, douze ans plus tard , une revanche éclatante à "Weimar, où Liszt, l’incomparable ami de Wagner et de Berlioz, monta cet opéra au prix de mille soins et donna à son auteur malheureux la joie de se sentir compris. <« C’est l’une des plus puissantes œuvres que je sache, » écrit Liszt, et Berlioz de lui répondre : « Cet ouvrage t’est cher comme le deviennent des convalescents au médecin qni les a sauvés d’une maladie mortelle. »
(3 j Paganini ne fnt pas le seul à reconnaître dans le génie de Berlioz la filiation du grand ancêtre. On connaît l’incident de cette soirée chez Legouvé, où Liszt exécuta en pleine obscurité voulue (longtemps avant Bayreuth) la sonate en ut$ mineur de Beethoven. Lorsqu’on rapporta les lampes, on aperçut le visage de Berlioz inondé de larmes. « Voyez, dit Liszt, il l’écoute en héritier présomptif. » Et, dans un autographe récemment retrouvé (cité par M. Julien Tiersot), Wagner s’exprime ainsi : «c Si j’étais Beethoven, je dirais : <t Si je n’étais Beethoven et si j’étais Français , je voudrais être Berlioz. Ses symphonies sont les batailles et les victoires de Bonaparte en Italie. »
(4) La première audition eut lieu le 24 novembre 1839 II y en eut trois. Ce furent les seules que l’auteur entendit. L’œuvre fut reprise en 1875 par E. Colonne et en 1884 par Pasdeloup.
(5) Cité par Ad. Julien, ^4trs variés ( 1877).
(6) Œuvre commandée à Berlioz par l’État en l’honncnr des victimes de Juillet et de l’inauguration de la colonne de la Bastille.
22 — Hcr fi oc (Notice)
venaient de l'étranger. « La Belgique, l'Allemagne, l’Autriche, l’Angleterre, la Bussie eurent alors le spectacle encore inconnu en Europe d’un chef d'orchestre en tournée de concerts. Presque partout, presque toujours, Berlioz rencontra un succès souvent triomphal *. » Mais, malgré les offres les plus avantageuses, il ne consentit jamais à s’expatrier définitivement. « Paris me tient tellement au cœur, écrit-il à un ami, qu'à la seule pensée d'en être exclu, j’ai compris le supplice de la déportation. »
Pendant cette âpre lutte pour la vie, le foyer du compositeur était plein de tristesse. Après les premières joies de la passion partagée, le ménage de Berlioz était devenu un enfer par suite d1 « une jalousie folle à laquelle, pendant longtemps, je n'avais donné aucun sujet, nous dit-il. Il m’était aussi impossible de vivre avec elle que de la quitter. » La séparation devint inévitable. « Je la vois souvent, dit Berlioz, mon affection pour elle n’a été en rien altérée, et le triste état de sa santé ne me la rend que plus chère. » Et, de fait, il ne cessa jamais d’aller la voir et de subvenir largement à ses besoins au prix des plus grands sacrifices2.
Après une seconde série de voyages à l'étranger, Berlioz donna, à ses risques et périls, La Damnation de Faust (salle de l'Opéra-Comique , 6 décembre 1846). Ce fut la chute la plus complète qu'il eût encore subie. Il fallut plus de trente ans pour que le public français comprit cette œuvre de Berlioz, « bien quelle fût, ainsi que l'a prouvé son succès posthume et son actuelle popularité, la plus complète, la plus séduisante, la plus accessible de toutes les manifestations de son génie3. » Berlioz avait dépensé pour cette exécution plus qu’il n’avait. Il fut ruiné. Les événements politiques de 1848 augmentèrent encore pour Berlioz les difficultés matérielles de l’existence. En 1850, il fut nommé bibliothécaire du Conservatoire, où il était adjoint depuis 1839. Après l’avènement du second empire, il tenta d'obtenir la direction musicale de la chapelle des Tuileries; mais Auber, alors à l’apogée de sa célébrité, fut nommé à ce poste. Pour la seconde fois il se présenta à l’Institut; Clapisson l’emporta sur lui. Il espéra pouvoir faire exécuter à des cérémonies publiques son Te Deum (qu'il n’avait pas encore entendu), ou bien son Bequiem ; déceptions partout. Il est à remarquer que les rares satisfactions de carrière qu’obtint Berlioz lui arrivèrent si longtemps après le moment où il les avait souhaitées et au prix de tant de déboires, que le plaisir présent était toujours noyé dans l’amertume passée.
L’échec de la Damnation de. Faust avait amené chez Berlioz un découragement profond. Il resta huit ans sans produire. Enfin, en 1854, il donna Y Enfance du Christ, trilogie sacrée. Voulant faire « une petite farce aux bons gendarmes de la critique française», Berlioz fit entendre d’abord un fragment de son œuvre comme une composition ancienne attribuée à un certain Pierre Ducré, maître de chapelle imaginaire au xvme siècle. La « petite farce » réussit, et, après le suc-
(1) Michel Brenet, Correspondant, 25 août 1903.
(2) Qu’on en juge par cette relation des Mémoire s : « Au moment où l’état de santé de ma femme m’occaaionnait le plus de dépenses, une nuit, j’entendis en songe une symphonie que je rêvais composer. En m’éveillant le lendemain, je me rappelai presque tout le premier morceau... Je m’approchais de la table pour commencer à l’écrire, quand je fis soudain cette réflexion : Si j’écris ce moroeau, je me laisserai entraîner à composer le reste. J’emploierai peut-être trois ou quatre mois exclusivement à ce travail. Je ne ferai plus ou presque plus de feuilletous. Mon revenu diminuera d’autant. Puis, qnand la symphonie sera terminée, je la laisserai copier ; je contracterai ainsi une dette de mille ou douze cents francs. Une fois les parties copiées, je serai harcelé par la tentation de faire entendre l’ouvrage. Je donnerai un concert dont la recette couvrira à peine la moitié des frais, je perdrai ce que je n’ai pas; je manquerai du nécessaire pour la pauvre malade et je n’aurai plus ni de quoi faire face à mes dépenses personnelles , ni de quoi payer la pension de mon fils sur le vaisseau où il doit monter prochainement. Ces idées me donnèrent le frisson, et je jetai ma plume en disant : « Bah ! demain j’anrai oublié la symphonie ! » La nuit suivante j’entendaiB clairement l’Allégro en la mineur, il me semblait le voir écrit. Je me réveillai plein d’une agitation fiévreuse, je me chantai le thème dont le caractère me plaisait extrêmement; j’allais me lever... Mais les réflexions de la veille me retinrent encore, je me raidis contre la tentation, je me cramponnai à l’espoir d’oublier. Enfin je me rendormis, et le lendemain au réveil, tout souvenir en effet avait disparu pour jamais. »
(3) Michel Brenet , Correspondant, 25 août 1903.
Herlioz {Notice) —
cès , l’auteur se dévoila1. « Si cette divine idylle n’est pas plus tard inscrite parmi les chefs-d'œuvre classiques d’art, je me demande ce qui sera classique, » dit M. Romain Rolland2. L’année suivante vit la première audition à,Saint-Eustache (30 avril) du Te Deum, pour trois orchestres, chœur et orgue 3, et V Impériale y cantate « de Hère allure >», composée pour la distribution des récompenses à l 'Exposition de 1855. — En 1856 (le 21 juin), Berlioz, après quatre tours de scrutin, force enfin les portes de l'Institut. Il y remplace Adolphe Adam, dont on ne le voit pas bien faisant l’éloge4. Six ans après se place à Baden-Baden la première représentation de Héatt'ice et Bénédicte le joli opéra-comique dont l’air et le nocturne à deux voix sont demeurés célèbres 5. Cette même année vit deux événements importants : la brouille éclatante avec Wagner et l'apparition des Troyens y tragédie lyrique en deux parties dédiée « au divin Virgile ».
Berlioz et Wagner s’étaient rencontrés pour la première fois à Londres en 1855. Leur commune atTection pour Liszt créait un lien entre eux, et, en outre, ils éprouvaient l’un pour l'autre, à ce moment, une admiration sincère6. Leur point de départ avait été le même : la symphonie beethovenienne. Mais la divergence de leurs vues s’accusa d’année en année, et, bien avant 1862, Berlioz se montrait agacé de voir sa musique confondue avec celle de Wagner, sous le qualificatif de « musique de l’avenir » 7. L’admission de Tannhàuser à l’Opéra, à l’exclusion de ses Troyens 8, mit le comble à l’irritation de Berlioz et l’amena à écrire, dans le Journal des Débats , un article où, après avoir loué les compositions de Wagner et déclaré que le prélude de Lohengrin est pour lui un « chefd’œuvre » , il prend à partie les théories « qu’on dit être celles de son école », fulmine contre la musique de l'avenir , et termine par ces mots : « Si telle est cette religion, très nouvelle en effet, je suis fort loin de la professer; je n'en ai j amais été, je n'en suis pas, je n'en serai jamais. Je lève la main et je le jure : Son credo 9. » Wagner répondit par une réfutation énergique et la rupture s'accomplit, définitive10 11.
Les Troyens furent enfin joué9 (Théâtre-Lyrique, 4 novembre 1863), mais on n’en donna que il deuxième partie : Les Troyens à Carthage n. L’œuvre fut
(1) Berlioz raconte ainsi la genèse de cette œuvre : « Tout ce que j’ai composé, je l’ai entrepris sans préméd itation , presque par hasard... C’< st mon horreur pour le jeu en général et pour le whist en particulier qui m’a fait composer l'Enfance du Christ. J’étais un jour chez des amis, on jouait. Suivant mon habitude je tournais le dos à la partie et je m'amusais à agacer la flamme qui sautillait dans l’&tre. Tout en tisonnant, j'entends un chant naître en mon cerveau. C’était un air doux et gracieux, d’une teinte pastorale, quelque chose comme un vieux xtoël. Il s’y mêlait des harmonies de flûtes et de hautbois. Quand la partie de whist fut finie, j’avais terminé le chœur que j'ai intitulé Adieux des Beryers à la Sainte Famille. Quelques jours après j’ajoutai deux morceaux à celui-là, ce qui composa un fragment d’oratorio. Plus tard, à cette partie , j’en ai ajouté deux autres : il en est résulté l 'Enfance du Christ. »
(2) Revue musicale.
(3) Le manuscrit de cette œuvre appartient à la bibliothèque de Saint-Pétersbourg. Il s’y trouve, parait-il, un Prélude resté inconnu à Paris. C’est , dit Stasaof , le célèbre critique russe, une page splendide, souvent exécutée dans les concerts de Saint-Pétersbourg.
(4) La réputation de Berlioz comme écrivain servait d’arme à ses ennemis contre le musicien, a II fallait un compositeur, écrit Scudo, célèbre critique du temps ; ce fut un journaliste qu’on nomma. »
(5) Cet ouvrngo fut, paraît-il, le dernier écrit par Berlioz, bien que les Troyens aient été représentés postérieurement.
(6) « Il est superbe d’ardeur, de chaleur et de cœur, écrit Berlioz, ses violences mêmes me transportent, il a quelque chose de singulièrement attractif, et Bi nous avons des aspérités tous lts deux, du moins nos aspérités s'emboîtent. » — « J’emportai de cette renoontre une profonde gympathie pour mon nouvel ami, écrit Wagner, chacun reconnut dans l’autre un compagnon d’infortune, et je me trouvai plus heureux que Berlioz. »
(7) Ce qualificatif fut lancé dans le public non par Wagner, mais par Bischoff , professeur à Cologne, à propos de la publication, vers 1852, d’un livre de Wagner qui porte ce titre : L’Œuvre d’art de l’Avenir.
(8) L’empereur Napoléon III ayant perdu avec la princesse de Metternich, alors ambassadrice d’Autriche, un pari dont l’enjeu était une discrétion , celle-ci exigea que l’œuvre de Wagner fût montée à l'Opéra.
(9) Il faut lire en entier cet article, trop curieux pour être ignoré. (Voir A travers Chants, de Berlioz, p. 31 1.)
(10) Scudo, toujours acharné contre les novateurs, triompha de cette rupture et écrivit ces lignes : « Au fond cependant M. Wagner et M. Berlioz sont de la même famille : deux frères ennemis, deux enfants terribles de la vieillesse de Beethoven, qui serait bien étonné s’il pouvait voir ces deux merles blancs sortis de sa dernière couvée. » (Cité par M. Ad. Jullien dans Airs raries.)
(11) La première partie, La prise de Troie, ne fut représentée qu’après la mort de l’auteur.