Yves Guyot. — Le Boulangisme. — Pains^ in-S
Le Comité répub'icain de la Seine, 6, rue Paul Lelong, prévient les électeurs et les comités, disent l^s journaux républicains de janvier 1889, qu'il tient à leur disposition une brochure : Le Boulangisme, par Yves Guyot, dans laquelle ils trouveront tous les renseignements utiles à la campagne électorale.
73. — Charles Chincholle. — Le général Boulanger. — Paris, Albert Savine, 1887, in-18 de ij-442 p.
C'est la collection des articles de reportage publiés par Chincholle, dans le Figaro, sur le général Boulanger, jusqu'à la fuite de celui-ci en Belgique le 29 mars 1889.
74. — La fuite du brav'général Boulanger, placard en 12 sujets coloriés, dans le genre des images d'Epinal. — Pont-à- Mousson, Michel Vagné, pi. in-foUo.
75 . — Perplexité dans le camp boulangiste. La Fuite. Après la fuite. M. Boulanger en jugement, par un ancien fonctionnaire (prose et vers). — Chaumont, Cavaniol, in-8*, 7 p.
76. — Notice sur le général Boulanger dans le Dictionnaire des parlementaires français, par G. de Cougny et Robert. [Paris, Bourloton, in-8", à 2 colonnes), t. i, 77.
77. — Notice sur le général Boulanger d&ns le Dictionnaire des écrivains du jour, par De Gubeinatis {Florence, Nicolay, gr. in- 8°).I, 385.
78. — Gambetta et le général Boulanger^ — article inséré daot la revue intitulée Les Matinées espagnoles, du 1*"" février 1889.
79. — Le 3àbre, jamais; — César, ou le rôve ; — poëme par Léon-Edouard Lamourère (daté du 8 mars 1889). — Toulouu, Marques et G*«, in-8°, 16 p.
80. — A. Bué. La main du général Boulanger, sa prédestination, avec portrait, figures kabalistiques et tableau symbolique de l'horoscope. Préface de Théodore Gahu (Théo-Gritt). (Du 24 janvier 1889). — Paris, E. Dentu, 1889, in-18, de xviij-76 p.
Il faut y joindre une étude spéciale de Théodore Cahu publiée dans le Supplément littéraire du Figaro du 6 avril 1889, avec une reproduction, grandeur naturelle de la main du général, — et de» articles d'horoscopes assez bizarres, publiés cà et là, un en're autres par la Paix et reproduit par le Nouvelliste du Morbihan du 21 avril 1889.
81. — Notice avec portrait dans le Journal illustré du 14 avril 1889, à l'occasion du procès de la Ligue des patriotes.
82. — Le procès du général Boulanger àQ^d^ni le Sénat, — articl'-s par Emile Olivier dans la R&vue de la France moderne de juillet 89 ; par P. Le Breton dans le Samedi-Revue d'avril 1889, etc.
83. — Recueil des dépositions des témoint dans l'instruction du procès de la Haute-Gour. — Paris, impr. du Sénat.
Cette publication avait été tenue secrète et réservée pour les seuls sénateurs. Un exemplaire ayant été soustrait avant les débats du procès, la Cocarde, puis la Presse et {"Intransigeant publiéreut une partie des dépositions, ce qui causa une émotion indescriptible. Le parquet ouvrit une enquête pour rechercher l'auteur du détournement de ces pièce* de procédure. Des perquisitions furent faites aux bureaux de la Cocarde, chez M. Terrail-Mermeix, son rédacteur en chef qui fut arrêté, aux bureaux de la Presse, etc.
84. — Le procès du général Boulanger. Rochefort-Dillon devant la haute cour de justice. Compte-rendu ; jugement; condamnation. — Paris, libr. française, ln-8, 266 p. avec gravures, et en tôte le portrait en groupe des trois accusés.
85. — Affaire 5ou to^^'tfr-Dillon-Rochefort (Haute cour de justice). Audiences des 8, 9, 10 et 14 août 1889. Réquisitoire dii procureur général Quesnay de Beaurepaire. Arrêt, — Bordeai ~ Gounouilhou. In-8. iv-118 p.
86. — Lucien Pemjean. CenI ans après, 1789-1889, — pré d'une dédicace au prosent et d'une acceptation du général langer.— Paris, A. Savine (mai) 1889, in-18.
87. — Interview du général par un journaliste de Londi placard in-folio, avec portrait.
On Ut dans les journaux du 7 septembre sous le titre : « Bou* langismo et pornographie. >
( Le Rappel a reçu d'un de ses abonnés communication d'une pièce bien curieuse, mais bien peu édifiante.
« C'est une grande feuille imprimée au milieu de laquelle s'étale le portrait de Boulanger, en uniforme de général, la poitrine constellée de décorations, et encadrée d'une longue interview d'un journaliste avec le réfugié de Londres. Tout ce recto de la feuille est consacré à la politique boulangiste. Le verso est entièrement occupé par une longue réclame en .faveur d'un éditeur de pornographies.
« Voici un extrait du catalogue de cet éditeur : Dernières nouveautés. — Lettre de mariage de M*'» Fédélangue. — Lettres de rendez- vous d'une demoiselle à un jeune homir.e. — Le thermomètre de l'amour, pourconnaitre instantanément ses capacités amoureuses.
— Journaux très amusants. — Lb Cochon, journal des gens sales.
— Le Journal des rosières. — Le Journal des vidangeurs. — Le Journal des nouveaux mariés. — L'Aquarium, journal des poissons. --Petits livres amusants à iO centimes : — Le Catéchisme de l'amour. — Les Secrets du mariage. — Le livre défendu aux jeunes filles. — Le Livre mystérieux ou les secrets de l'amour dévoilés.
« M. Aug.Vacquerie fait à cette occasion les réflexions suivantes:
— « Je me demande de quel côté ou a eu l'idée de ce dos à dos du boulangisme et de la pornographie. Est-ce la pornographie qui s'est dit que sa meilleure clientèle était chez les boulangistes ou le boulangisme qui s'est dit : Tiens ! j'oubliais les pornographes ; mais ce sont des boulangistes nés ! Que l'idée du collage appartienne à l'un ou à l'autre des conjoints, le fait est qu'ils sont des époux assortis et qu'ils sont aussi jolis l'un que l'autre. . . »
88. — La vérité sur le boulangisme, par un ancien diplomate. Le boulangisme -. son origine, sa forme, ce qu'il sera, ce qu'il ne peut pas être. — Paris, J.-B. Ferreyrol, septembre 1889.1n-8°, 60 p.
89. — Du Hemme. — Le général Boulanger et le parti républicain national. — Paris^ imp. Blol. In-8'*, 40 p.
90. — Pécheux. — Les élections générales de 1889. République, boulangisme^ empire, royauté. — Paris^ impr. Baudu. In-8o, 51 p.
91 . — Morphy. — Histoire complète du général Boulanger (1837-1889), — Paris, Blanpain. In-18, 125 p. et portrait.
92. — S'il devenait le maître, — (série de scènes coloriées dans le genre des images d'Epinal). — Pont-à-Mousson^ Marcel Vigne, 5. d. (1889), pi. in-folio.
93. — Aux paysans — {id.) — ibid., pi. in-folio, s. d , daté par cette légende du dernier dessin qui représente Boulanger, Rochefort et Dillon en galériens attachés au pilori .- « Mais il ne le deviendra pas, car la justice vient de le condamner à perpétuité comme coupable d'attentat contrôla sûreté de l'Etat, voleur et concussionnaire », pi. in-folio.
Ces deux placards étaient distribués par les adversaires de Boulanger pendant la période électorale de septembre 1889, avec celui que j'ai signalé.
94. — Boulangisme et bonapartiste, ou la réaction masquée, par P. Gordier. —Paris, Mayer, 1889, in-S**.
95.. — Der BoulangerSchv^indel und die Patrioten-Liga. En ofTenes Wort zur Widerlegung franzos. Legenden und Illusionem (par Constant von Bosse). — Wiesbaden^ Bechtold etc, Co. In-8«, v-160 p.
96. — La Boulangeade, poëme épique en treize chants, par Louis Lafon. — {Tours, impr. Mazeau), PariSy Victor Havard, 1890, in-l8 de 243 p.
97. — Le proscrit de Jersey. Etat actuel de la France. Impression de cet état en Europe, suivi de la biographie de M"* la duchesse d'Uzès, par André Magné — NeuUly, Moreau, 1890, in-8». 26 p
98. — X... d\i Figaro. — Les coulisses du boulangisme, revues et augmentées de plusieurs chapitres inédits avec une préface de Merraeix, député de Paris. — Paris, Léopold Cerf, 1890, in-18 de xv-379 p. Préface datée du 23 octobre.
C'est la réunion des articles parus sous ce titre dans le Sup' plémetit litléraire du Figaro, d'août k octobre 1889. L'émotion qn'ils causèrent fut inénarrable. De tous côtés les révélations surgirent, et les duels se répéteront sans interruption. — Le Parti national publia, dès le 3 septembre, une série d'articles intitulés € la vérité sur le boulangisme. » — Paris donnai, le 12, une s.'rie de lettres du baron de Mackau, de Maurice Jollivet, secrétaire du comte Dillon, de Jules Auffray, secrétaire général du comité des douze, ^.i du général Boulanger lui-même ; — V Eclair faisait interriewer la duchesse d'Uzès dont le J/X« siècle recevait des lettres rectificatives, etc.
L'auteur resta pendant quelque temps inconnu, et le Figaro publiait le 2 septembre la note suivante :
4L Celui qui a accepté la responsabilité de la publication des Coulisses du Boulangisme est sollicité de toutes parts de se faire connaître.
€ Il est déci'^é à garder encore l'incognito dans lequel il s'est enfermé pour échapper à ces importunités qui assaillent les écrivains sincères et véridiques de l'histoire contemporaine.
t Jusqu'à présent il a reçu beaucoup d'insultes, meis pas une rec<)fication.
« Mais X. . . ne se cache pas. Avant de remettre tu Figaro la première copie de l'œuvre dont ii s'est fait l'éditeur, il s'est révélé tu principal intéressé, tu général Boulanger.
c II ne voulait pas que le général put supposer un seul instan: qu'il cherchait à se dérober. Il se nommera publiquement, ic. même, quand il le jugera bon, à son heure, qui n'est pas loin de sonner.
c Que les insulteurs, députés, conseillers municipaux ou journalistes se tiennent donc pour avertis. Ils devront doaner a
celui qui accepte la responsabilité des Coulisses du Figaro et qu'ils outragent sans mesure, les explications ouïes réparations de droit.
« Pourquoi X. . ne se démasque pas encore, nous allons le dire.
€ Son œuvi'B est une œuvre d'historien impartial. Elle n'est pas un pamphlet contre ie général Boulanger, Elle est un exposé des laits que X. . . a connus seulement au mois de juin dernier.
a Ces faits devaient être portés k la connaissance dos républicains qui, sans le savoir, ont failli servir un intérêt monarchique, en croyant travailler à la réformation de la République.
c L'ouvrag* historique dont nous publions ici des extraits, ne peut pas être apprécié d'après des fragments qui soulèvent des polémiques passionnées. C'est sur pièces comi)lètes que X... entend être jugé.
€ Celui qui a accepté et qui ne reniera jamais la responsabilité des Coulisses du boulangisme, en appelle des imi)ressions causées par la lecture des feuilles détachées de son œuvre au jugement qui se formera tout naturellement après la publication du volume.
« Maintenant, X. . . ne sortira plus de la réserve qu'il s'est imposée. Il attendra, pour agir, que le livre soit achevé. . . >»
Mais le secret fut bientôt connu, et l'on apprit que l'auteur était le député du VII» arrondissement de Paris, le citoyen Me:meix, celui-là même qui, étant rédacteur de la Cocarde, avait été arrêté à la suite de la pubhcation des pièces de l'instruction du procès de la Haute-Cour dérobées à l'imprimerie du Sénat (voy. cidessus), et comme il avait été élu député de Paris à titre boulangiste, les Comités révisionnistes du VII* arrondissement provoquaient une réunion, avenue de la Bourdonnais, pour le sommer devenir s'expliquer devant ses électeurs (Voy. le compte rendu dans les journaux du 13 septembre). Au lieu de se rendre à la réunion, il écrivit :
a Aussitôt que j'aurai achevé l'œuvre que j'ai entreprise, et que je poursuivrai jusqu'au bout pour l'édification complète des démocrates dont on a abusé, j'irai, — les pièces du procès étant complètement publiées, — m'entretenir avec mes électeurs dans l)urs comités. Je leur demanderai de nommer une commission d'enquête qui sera chargée d'aller vérifier aux sources l'exactitude de mes renseignements. Cette vérification, j'ai demandé aux députés révisionnistes de la faire. Ils s'y sont refusés. Ils n'ont pas voulu de lumière. Vous en voulez, vous en aurez. >
A la suite de cette lettre, on le déclara indigne de remplir son mandat et on le somma de le rendre. Suivirent les duels dont on trouvera le compte rendu dans tous les journaux de septembre et d'octobre. Pendant ce temps, la Cocarde accusait M. Gonstans, ministre de l'intérieur, d'être l'instigateur, sinon l'auteur de cet ouvrage. ..
On annonça que le général Boulanger allait publier un volume pour répondre aux Coulisses, mais Co volume n'a point paru, et M. Deroulède, après son duel avec M. Laguprre, vient de recevoir à Jersey, le 20 décembre, l'investiture de Chef du parti national.
En attendant, je signale les publications suivantes :
98. — Mémoires du général Boulanger rédigés sur notes au- TOMB T 17
theritiquos par d'3ux anciens ligudurs. l®"* fasc. — Paris, E-iiager. In-18, 78 p.
99. — Trois ans de conspiration. (1886-1889). Souvenirs d'un membre du Comité national. Livr. 1 à 3. — Paris, libr. des publications modernes. In-8, 24 p.
100. — A. Magué. La duchesse d'Qzès ; le but qu'elle poursuit. — Pam, Vivien. In-8, 31 p.
II. — Articles de journaux, illustrés ou non, pour oa coiitrj Bouljing'jr, caricatures non publiées à part, documents épars dans des ouvrages diver.^, etc.
A. — Avant 1886.
1. — Sur le rôle de Boulanger p3ndant le siège de Paris, ei 1870 et 1871, voyez le Rapport fait au nom delà commissio; d'enquête sur les actes du gouvernement de la Défense nationale (n" 1416), t. I, p. 319 à 321 ; t. III, \). 119, etc., passages reproduits dans kl Lanterne du 11 mai 1888 ; — et la Gazette anecdo^ tique de 18S6, II, 177, 178, reproduisant une anecdote du Bon' homme percheron de septembre 1886, sur les barricades de 1871
2. — Sur les Relations du général Boulanger avec le duc d'A maie, au 1* corps d'armée, voy. outre les lettres citées au chapit des lettres, un article du Mémorial de la Loire sur un dîner offe à Belley, en 1879, au duc d'Aumale, au nom de son régiment, par Boulanger ixXovi colonel du 113° de ligne, article reproduit par un grand nombre de journaux en juillet 1886, en particulier par le Courrier de Bretagne du 28.
3. — Le général Boulanger ^ biographie par Pech de Gadel. dans le Paris-Journal din r«" octobre 1881 (au moment de sa no« mination comme délégué aux fôtes du centenaire aux Etats-Unis)
— C'est elle qui a servi de base à la célèbre biographie Clavel^ citée ci-dessus, et lancée en juillet 1886, après avoir été tirée " part pour être répandue en Tunisie eu 1884.
4. — Sur son voyage aux Etats-Unis, comme président de l6 mission française envoyée i)Our rei)résenter la France aux fôtes dil centenaire, du 24 sei)tembre au 9 novembre 1881, voyex le livn intitulé York-Town \niv le marquis de Rochambeau, qui avaii d'abord publié sa relation dans la Revue française de l'étranger, d'avril 1886 ; — puis du 9 novembre 1881 au mois de février 1882, comme simjile amateur, — visite aux Ecoles de San Francisco, le 2 décembre 1881, dans \q Courrier de San Francisco, compte rendu publié dans le recueil des dj5cour5 cilé ci-dessus, p. 37 kil i
— une interview du journal canadien la Tribune, datée de Montréal le 3 janvier 1882, et reproduite dans le môme recueil, p. 49 à 53, — et divers journaux américains en septembre et octobra 1881, tels que le Baltimore américain du 11 octobre cité i»ar l'Histoire patriotique du général, etc.
5. — Sur le rôle do Boulanger comme directeur de l'infanterie en 1882 et 1883, voy. en ]»articulier des articles de Rochefoii; dans V Intransigeant du 7 octobre 1883 . de Laisant dans la
République radicale des 10 octobre, 13 octobre, et 4 novembre 18vS3, etc., en partie reproduits par J. Reinach, sous le titre « Vieux papiers », dans Bruno le fikiir, p. 120 à 122.
6. — Sur les opérations du général Boulanger en Tunisie en 1884 et ses démêlés avec M. Gambon en 1885, voy. la Campagne de Tunisie, par Bois ; — le Tunis-Journal pendant ces deux années ; — la biographie Barbou, ci-dessus citée, — et le réquisitoire de M. Quesnay de Bsaurepaire, dans le procès devant la Haute-Cour. J'y remarque en particulier ce passage :
0 ... Nous allons trouver ^L. Boulanger s'oceupant de faire la campagne de presse, et trouvant que les journaux, dont il gourmande la mollesse, ne disent pas autant de bien de lui et autant de mal de M. Gambon qu'il peut le désirer du fond de son exil. Voici des copies, textuelles, bien entendu, de ses télégrammes et des lettres de son écriture, qui toutes portent le timbre de Tunis, 1885 :
— « Mon cher ami, j'ai vu le Petit Journal, mais poussez donc raide Magnier, ses atermoiements me semblent louches. — Lundi. Eh bien, attendons trois jours puisqu'il n'y a pas moyen de faire autrement pour VEvénement, mais mettez dans la Nation demain soir dans tous les cas. — Dimanche. Eh bien, et \oivQ Evénement, il fait comme les autres, il flanche ! Gar j'ai beau le lire, je ne vois rien. — Mercredi, 18 novembre. Vous m'obUgeriez infiniment en faisant reproduire par un aussi grand nombre de journaux que possible l'article de tête de la Lanterne,.. » Nous avons lu cet article dans la lanterne. Je vous assure qu'il n'était pas tondre pour le malheureux M. Gambon. »
7. — Sur la prétendue circulaire adressée, suivant une assertion du XIX^ Siècle^ par le général à ses collègues, à la fin de 1885, pour savoir s'il pouvait compter sur leur concours au cas où il serait appelé au ministère de la guerre, voici en particulier, puisque les biographies n'en parlent pas, un article détaché de la France sous le titre : VA /faire du général Boulanger -.
c Nous n'avons terminé que ce matin l'enquête à laquelle nous nous sommes livrés pour connaître la vérité sur cette afi'aire. On sait que plusieurs journaux ont annoncé, sous toutes réserves, il est vrai, que l'éminent général avait adressé à plusieurs officiers supérieurs une lettre-circulaire , autographiée, pour savoir s'il serait assuré de leur appui dans le cas où on l'appellerait au ministère de la guerre. Etait -il bien sérieux de sembler croire qu'un soldat de la valeur du général Boulanger ait pu se livrer à un acte aussi ridicule ? Nous ne l'avons pas pensé ; nous avons tenu cependant à aller aux informations.
€ Le général Boulanger a refusé de donner toute espèce d'explication et de recevoir les journalistes qui sont venus le voir à cet effet ; il ne considère pas l'accusation portée contre lui comme sérieuse et pense que cette calomnie tombe d'elle-même sous le ridicule. Nous avons poursuivi, d'ailleurs, notre enquête et nous avons acquis la certitude que jamais le général Boulanger n'avait adressé une circulaire ou écrit une lettre ayant, de près ou de loin, le ton, l'allure ou le sens qu'on prêtait à cette missive imaginaire. Ge qui a pu égarer notre confrère du XIX^ Siècle, c'est que, rentrant à Paris, et se rendant avec sa famille à l'hôtel du Louvre, le général
Boulanger a prévenu de son arrivée plusieurs camarades et, entre autres, ceux de sa promotion.
» 11 existe entre tous les officiers d'une môme promotion des liens tels qu'ils viennent au secours de leurs camarades ayant quitté l'armée et se trouvant dans le besoin ; aussi se rôunissentils en comité, de temps à autre, i)Out fixer de concert les secours à distribuer. C'est tout ce (jui a pu donner l'idée d'un conciliabule entre le général Boulanger et plusieurs autres officiers supérieurs.
« Il est fâcheux, d'ailleurs, qu'à cette affaire se trouve mêlée l& personnalité si sympathique du général Boulanger. Le jeu divisionnaire, tout attaché qu'il soit au gouvernement de la Hépu blique, s'est toujours tenu en dehors des partis; il est inadmisai qu'on le mêle ainsi aux discussions politiques ei aux polémiq de presse. . . . >
B. — Année 1886.
ex
iri
1. — Nomination au Ministère de la guerre le 8 janvier. On trouve aussitôt une série de portraits en général bienveillants dans le Figaro et le Gaulois du 8, le Gil Blas et la Patrie d\i 9, etc.,
— et voy. la note satirique dans la Lanterne d'Arlequin du '24. article intitulé : « Le Boulanger du cabinet » avec caricatures en partie reproduites dans le recueil de G. Grison, p. 17. — En riivanche, enthousiasme du Rappel et de la Justice.
2. — Sur l'affaire des régiments de cavalerie déplacés, et di général Schmitz, velevé de ses fonctions de commandant du corps d'armée à Tours, voyez principalement : t la Loi des sus-' pects » (Patrie, du 26 janvier) ; — c Délation > parJ.Cornély (Gau' lois du. 25); — a L'égalité dans l'armée » {Lanterne du 2 février J;
— « Le colonel Ramollot, entouré de son état-major, commente et explique la circulaire du ministre de la guerre », par A. Millaud, (Figaro du 3 février).-. — « Uneenquôte », par Jubis Ranson, dam le Figaro de même date ; — « Le ministre de la guerre Jules Richard {ibid.) ; — Une réponse au général B. « La noblei et l'armée » (Patrie du 5 février) : — « La cavalerie suspecta par Régis {Figaro du 6 février) ; — o Les régiments suspects »| par Pierre Giffard (Figaro du 7 février); — « Lef grands travaui du Boulanger-Général, nouveau ministra de la guerre » (Lanterru d'Arlequin du 7 février, avec caricature reproduite dans le recueil de G. Grison, p. 35) ; — « Un discours malheureux », par Jules Richard (Figaro du 8 février) ; — « Un ministre populaire * {Gaulois du 14 février); — « Encore le Boulanger ministre d la guerre » (Lanterne d^ Arlequin du 14, avec caricature reproduite dans le recueil de Grison, p. 41), etc.
C'est à l'occasion de celte affaire que fut publié, sous la signature Régis, dans le Figaro du 6 février, l'article que j'ai cité ea son lieu sur la notice signée : commandant Entz. dans les Hommei d'aujourd'hui.
3. — Les idées du générai Boulanger. Première idée : La barbe^
fantaisie par Albert Millaud. (Figaro du 9 février); — La barb€ dans l'armée (Lanterne d'Arlequin de mars, avec un dessin reproduit dans le recueil de Grison, p. 57); — La barbe sera désor mais portée par toute l'armée sauf par les sapeurs (Dessins du Triboulet du 21 avril, dont le principal est reproduit dms Grison p. 53);— Les gandarniQS b&rbns (Lanterne d'Arlequin du 11 avril)
A ce propos, on lisait peu après dans le Figaro, sous le titre : a Le port de la barbe dans l'armée. » « Le général Boulanger ne b'?dine pas sur ce chapitre. L'autre jour, après sa visite à Saint- Cyr, quelques-uns des élèves ayant sollicité 1 autorisation du port de la barbe facultatif, le ministre de la guerre leur a rappelé qu'ils n'étaient pas officiers encore et qu'ils n'avaient qu'à se soumettre à la loi commune. « Mais, voici gui est plus grave. Le colonel de Bonneval qui a succédé, à Rouen, au duc de Chartres, comme colonel du 12^cha3seurs, avait cru pouvoir, à la suite de la décision ministérielle réglant la question, glisser dans l'ordre du jour qui en portait la connaissance aux troupes ce simple vœu : « Néanmoins, je verrais avec plaisir les officiera porter simplement la moustache comme par le passé. » Cet ordre du jour vient de valoir au colonel quinze jours d'arrêt de rigueur. . . >
4. — Le général Boulanger et la Gendarmerie, article par Jules Richard au Figaro du 27 mars.
5. — Sur les projets et les réformes du général Boulanger : La couleur des guérites, le changement de nom des casernes, le service régional, le service de trois ans, voy. les « Jeux du Boulanger >» à la Lanterne d'Arlequin du 14 mar*;; — « Les fours de Boulanger » au Gaulois du 8 avril ; — les dessins du Triboulet à la même époque; — puis encore le Gaulois du 17 avril; — Josoph Reinach, à la République française du 17; — une chanson militaire en 4 strophes, par Paul Ferrier {Gaulois du 18 avril) ; — la Patrie du 20 mai ; — « Le service régional et le service de trois ans », par Jules. Richard [Figaro du 20 avril et du 19 mai) ; — Réorganisation de l'armée par le général B,. , \ par le même (ibid., du 24 mai) ; — « Plus de vie de famille ;tous à l'estaminet » (Patrie du 6 juin) ; — tout cela est résumé dans « le Bilan du ministre de la guerre » par XXX, an Figaro des 15 et 16 juin. — Et voy. le dessin du Grelot du 21 février, sous le titre « Les réformes du général B. », le représentant debout, enlevant les toiles d'araignée du ministère.
6. — Le qénéral Boulanger et la nation allemande^ article par Ferry, au Figaro du 14 juin.
7. — Lettre de biographie critique, datée de Versailles le 30 mai, adressée au Réveil de la Haute-Saône, publiée ensuite parles journaux de Paris, en particuUer par le Moniteur universel et par les journaux de province, au nombre desquels je citerai spécialement le Petit Breton du 15 juin.
8. — Affaire de la lettre de blâme au général Saussier. — Voy. l'article intitulé « Bonaparte-Boulanger »,et signé J. Richard, au Figaro du 24 juin ; — puis VEstafeite et le Figaro du 27 juin ; — Un grand ministre, à propos en vers par Escopette {Gaulois du 29); — Le Journal des Débats^ assurant que le général B. aurait dit aux ministres en conseil : h Est-ce que vous croyez que si je voulais vous fourrer à Mazas, le général Saussier me gênerait beaucoup?... » — Le général Boulanger, par Liébert dans le XJX*^ièeleAyx l*' juillet; — Le général Saussier et le général Boulanger, dans la Patrie du t^"" juillet ; — « Avec insertion au dossier » par J. R. [Figaro du l^' juillet) ; — l'interview publiée par un reporter du Matin, le l»' juillet ; — « Une victime » par Edouard Grimblot, article reproduit dans b3aucoup de journaux de pro-
vince, en particulier dans le Petit Breton du 3 juillet ; — a Un complot manqué », dans le Tribotilet, avec dessin reproduit dang le recueil de G. Grison, p, 119 ; — La Lanterne du 3 juillet, défendant en particulier le général contre la République française, qui évoquait le souvenir de la destitution du général Ghangarnier commandant en chef de l'Armée de Paris, quand Louis-Napoléoa^ préparait le coup d'état du 2 décembre), — le Gaulois qai le com-j parait à Saint-Arnaud, la Gazette de France et le Français^ etc. — Voy. enfin le dessin de Pépin, dans le Grelot du 11 juillet»! le représentant debout, une cravache à la main, la tête de Glémei ceau sortant de l'une de ses bottes, avec la légende : « R'pli( pas, ou je vous f . . . tous à Mazas ! »
9. — Sur ses voyages en juin, voy. les articles : c l'Armée nationale, » par J. Gornély {Gaulois du 20 juin) ; — «Le général Boulanger en conseil, » par Etc. {Figaro du 3 juillet) etc.
10. — Sur la création du cercle militaire inauguré provisoirement le l^"" juillet, voy. la Patrie du l*"" et du S juillet ; — le Boulangeriana du Pilori du 4 ; — et la Gazette a?iecdotique de 1886, II, 1 à 3.
11. — Le journal qu'on peut considérer à cette époque comme étant l'organe proprement dit du ministre de la guerre, est le Progrès militaire, dont le directeur fut décoré, le 14 juillet, pour services exceptionnels.
12. — C'est le moment où la plupart des républicains commencent à s'apercevoir qu'ils sont décidément à la merci du chef de l'armée. Les inquiétudes se manifestent dès les premiers jours de juillet, et on assiste, dans tous les camps de gauche, à une levée de boucliers contre un nuage d'ambition, une vapeur de coup d'état, un soupçon de Fructidor. Toutes les nuances républicaines se mettent de la partie, même les radicaux de la France libre, où l'ex-capitaine Maujan, l'ex-bras droit du général Thibaudin, appelle le ministre « mitron politique ». t M. Bou^anger^ dit-il, qui ne sera jamais quelqu'un, voudrait bien être quelque chose; et il rêve de devenir jtrésident du Conseil d'abord, de la — République ensuite. » f /opportuniste Paris vient à la rescousse, à propos des accusations de pillago portées contre l'armée du Tonkin: « Si M. le général Boulanger s'occupait un peu moins de politique gouvernementale, de politique jiarlementaire et de politique intime, peut-être lui serait-il resté assez de loisir pour s'apercevoir qu'on insultait nos régiments et qu'on essayai! de salir nos jeunes drapeaux. >
Le Siècle tient un langage discret et prudent ; il se plaît cependant à croire que « nous no sommes i>as à la veille d'un coup d'état. I — Los Débats « demandent si ce qm nous reste de gouvernement est disposé à tolérer longtemps des façons d'agir aussi préjudiciables à la chose publique et à l'intérêt de la défense nationale. »
M. Ranc est sombre et il a terriblement peur que l'on empoche la République. Il rappelle que. déjà, il s'est opposé adonner la présidence du Conseil au général Campenon :
c Une république, dit-il, qui confie le soin do la gouverner à un soldat ou à un prince est une république imbécile. Pour le prince comme pour le soldat, les tentations sont trop grandes. •
C'est la terreur exprimée déjà par MM. Reinach, SpuUer et autres de la Répulliqiie française.
a II semble à beaucoup, ajoute M. Ranc, que le général Boulanger aspire à jouer dans le parti républicain un rôle politique. Eh bien ! il est temps de l'avertir que, s'il s'engage dans cette voie, il n'y trouvera que des déboires.
0 Le parti républicain tout entier, sans distinction do nuances, n'acceptera jamais un général ni comme président de la République, ni comme président du conseil. Jamais!
« Que les intéressés se le tiennent pour dit.. . »
Enfin le Temps aussi s'est décidé à entrer dans la lice où, sous les masques Boulanger et Saussier, c'étaient M. Clemenceau et M. Ferry qui se battaient. Le Temps corrige plus paternellement son collégien échappé, mais il le corrige néanmoins :
« M. le ministre de la gueri-e tient trop de place et se donne trop de mouvement dans un cabinet dont les membres lui laissent trop aisément et trop fréquemment la parole. Qu'à défaut du président du conseil le ministre de l'intérieur, le ministre de l'instruction publique, le ministre de la justice traitent, à Paris et en province, des points de politique, rien de plus naturel, de plus légitime, de plus nécessaire, puisqu'ils ont des portefeuilles politiques : mais le ministre de la guerre n'est pas fait pour ça ; il est et doit rester, avant tout et par-dessus tout, le chef de l'armée. »
Il termine sa mercuriale en disant au ministre qu'il ne lui reproche pas son exubérance et son agitation, qu'il lui reconnaît de l'activité et de la capacité ; mais qu'il devrait consacrer le tout à l'administration redoutable dont il a la charge — exclusivement.
Les journaux satiriques illustrés se mettent eux-mêmes de la partie : tels le Don Quichotte dn 10 juillet, avec « Le vaillant Boulanger », par Gilbert Martin ; — et le Grelot du 11 avec « un aspirant dictateur >, par Pépin ; — La Lantern". d'Arlequin résume assez bien ces appréhensions de la majorité de la presse républicaine pendant la première quinzaine de juillet, dans son article du 18, intitulé « Le grand coup d'état de Boulanger. »
Seuls, V Intransigeant, la France et la Justice n'attaquent pas le ministre de la guerre. La Justice le défend môme, ce qui est tout naturel, puisque le général Boulanger passe à cette époque pour être à la dévotion complète de M. Clemenceau, et trouve un argument de parti qu'il faut signaler :
« L'accord que nous signalions hier s'affirme enti'e les journaux opportunistes et les organes royalistes. A l'heure même où le Moniteur universel annonce la « dictature prochaine du général Boulanger », qu'il appelle Sylla ou Soulouque, la République française rappelle les souvenirs de 1851, la destitution de M. Changarnier et les discours de Thiers et de Berryer sur les agissements de Louis-Napoléon Bonaparte. On n'est pas plus grotesque. »
Le journal de M Clemenceau traite de calembredaines les polémiques engagées à propos de l'offre de démission du général Saussier ; aussi le Grelot du 25 juillet, sous le crayon de Pépin, représente-t-il « l'Idole du jour », portée sur le pavois par les journalistes que procède Clemenceau, un cierge à la main.
Quant à Henri Rochefort, il s'amuse fort, dans V Intransigeant , des clameurs opportunistes :
€ Vous demandiez l'épuration. Deux jours après, le ministre de la guerre épure un général réactionnaire, et le groupe opportuniste 86 rebiffe et le somme de renoncer à épurer. . . >
13. — Nous arrivons à la célèbre Revue du i4 juilht, avec le légendaire cheval noir. Voy. sur ce sujet tous les journaux de Paris du 15, en particnîier le Figaro, et le récit en vers signé Escopette dans le Gm lois : — puis la lettre de félicitations de M. Grévy au Journal officiel et la nomination du général comme G. O. ft ; — la Gazette anecdoiique de 1887, II, 33 à 37 ; — et le très remarquable article signé bl. Lefebvre, dans la Gazette di France du 16, sous le titre : t Le dictateur Boulanger. » — «... Monté sur un admirable cheval noir, enrubanné par les grands cordons qu'il s'est fait si largement octroyer, la barbe en pointe, droit et fier, tel enfin que pouvait être Prim à la veille de sa dictature, M. Boulanger, par une cruelle ironie, saluait du sabre le président que les Chambres ont placé à la tôte de la République. .. »
C'est alors que parut la fameuse chanson En revenant de la Revue (citée ci-dessous à l'article des chansons), dont le succès fut étourdissant et dont le refrain devint l'air boulangiste par excellence. — Le Figaro écrivait le 18, sous la signature F. M. :
« Je n'ai aucune sympathie pour le général Boulanger; je le trouve décoratif, mais encombrant, selon une définition fort spirituelle du Jourjial des Débats. Je ne puis m'empêcher de sourire en songeant à l'extrôme mauvaise humeur que sa popularité soudaine doit causer à ses confrères du ministère.
« ^'wet Boulanger \.,. Savez-vous que cela est fort nouveau. On a bien crié : A bas Ferry ! mais depuis ce pauvre Gambetta, on n'avait crié : Vive personne.
€ A qui l'idée viendrait-elle d'ailleurs de crier : Vive Goblet ou vive Freycinet ! Gela ferait sourire On comprend donc de quelle oreille les Sarrien et autres Demôle, qui font l'orgueil du cabinet Freycinet, écoutent ces acclamations inattendues. Penlaiit que le général caracolait à la Revue, les petits collègues suivaient en voiture, saluant comme si l'on s'occupait d'eux. Cela, m'ont dit des spectateurs, était fort réjouissant.
€ Quant à la notoriété du général Boulanger, elle est évidente. A quoi tient-elle? Je ne sais trop. Est-ce à sa barbe? A son cheval noir ? A son g'^ût pour la ]iublicité? Remplace-t-il notre regrettée Sarah Bernhardt ? Je n'en sais vraiment rien. J* croirais volontiers que ce pays-ci, fatigué des gens qui laissent tout aller et qui gouvernent misérablement, a une sympathie confuse, inavouée, pour les hommes qui ont l'apparence d'un caractère, — fût-il mauvais. . . »
14. — Sur les discussions qui eurent lieu au sujet de la radiation des princes des cadres de l'armée, voy. toute la presse du 12 au 20 juillet.
Le général Boulanger avait dit que le duc d'Aumale, ayant avancé de cinq grades en cinq ans, — et le prince Mural, ayant mis dix-huit ans à passer général de brigafie. — avaient eu tin avancement illégal et impossible. Divers journaux se plurent à fournir au ministre des exemples d'avancements extn>mement rapides. Le Français cita en particulier celui du colonel Riu, ami
intime de Gambetta, nommé capitaine le 15 octobre 1869, chef de bataillon le 7 novembre 1870 et lieutenant-colonel le 16 septembre 1871. — Les Débats firent mieux et donnèrent à M. Boulanger l'exeîr pie. . . de Boulanger lui-même.
« Lo général Boulanger, capitaine au jour de la déclaration de guerre, était chef de bataillon 1© 17 juillet 187i>, lieutenai t-colonel le 3 novembre, colonel le 29 janvier 1871 .. . ce qui constitue bien aussi un avancement « exceptionnellement rapide >, et même plus rapide que celui d'un fils de roi. Il était ir.érité, n*a-t-on pas manqué de dire. Ce n'est pas nous qui le contesterons. Mais, enfin, si M. Boulanger a pu franchir si allègrement, en six mois, trois échelons de la hiérarchie, c'est parce que l'effet de la loi de 1834 et du décret du 2 novembre 1833 était suspendu . . »
On remarquait encore que, dans le discours qui s'étalait en ce moment sur les murs, le minisfre avait affirmé que, dans l'armée, on ne nommait jamais à un grade quand il n'y avait pas d'emploi vacant. Les Tablettes des Deux-Char entes ^ parlant de ce cas, assuraient qu'il y avait dansU marine 5 capitaines de vaisseau et 10 capitaines de frégate en excédant au cadre réglementaire et qui, par conséquent, avaient été nommés sans qu'il existât de vacances...
A quelque temps de là, tous les journaux anti-boulangistes publiaient une lettre signée « un sous-officier d'artillerie de la garnison du Mans, » et empruntée à la correspondance parisienne du Journal de Bruxelles^ dans laquelle, après avoir énuméré la rapide succession des grades du général Boulanger, en sept mois de guerre, de capitaine à colonel, on ajoutait :
« Il était chevalier do la Légion d'honneur au moment de la déclaration de guerre. Il a été nommé officier et commandeur pendant la guerre.
« Pour sept mois de guerre, M. Boulanger a donc été nommé :
lo Commandant, avant d'avoir vu l'ennemi ;
2* Lieutenant-colonel ;
3^ Colonel ;
4" Officier de la Légion d'honneur ;
5** Commandeur de la Légion d'honneur.
« Sept mois font 210 journées. Cinq récompenses en 210 journées, soit un grade toutes les cinq semaines.
a M. Boulanger n'a été que quatre mois chef de bataillon, alors que la loi exige quatre ans en temps de paix et deux ans on temps de guerre. Donc, son avancement est bien autrement extravagant que celui du duc d'Aumale, auquel il était inaltérablement dévoué quand il avait besoin de lui. Il est vrai qu'à la révision des grades il a été remis lieutenant-colonel, car sans doute on la trouvait trop raide. Mais deux ans après on le renommait colonel. C'est dans ce grade qu'il a sorti de son pétrin ses lettres au duc.
« Quand, au régiment d'artillerie où je suis sous-officier, un brigadier ment, nous le punissons du maximum. A-t-on le droit de mentir quand on est ministre de la République ? Agréez, etc. . . »
Te la trouve en particulier dans le Petit Breton du 19 août, sous le titre « Boulangerie. »
15. — Sur le duel Lareinty, voy. les articles signés Paul Hémery aux Figaro des 15, 16, 17 et 18 juihet ; -- VEstafette du 19 ;
•^IsiLanterne d'Arlequin du !•"■ avril, articU intitulé : Boulangerie^
avec un dessin reproduit dans le recueil de Grison, p. 161 ;
VAutorîté et la Patrie du 19 juiLet, — une étude signée A. Desplanges, dans la Bévue catholique des institutions et du droit, d'août 1886 ; — la Gazette anccdotique de 1886, II, 35 à 37, etc.
Le Figaro publia en particulier, sur cette affaire, la lettre sui* vante qui mérite d'être reproduite :
« Monsieur le Masque de fer, — le duel est-il — oui ou non — autorisé par nos lois? L'aîTaire récente de MM. Drumont et Meyer semblait indiquer que le Parquet avait toujours le droit de poursuivre.
c D'un autre côté, à propos de la rencontre du général Boulanger et du baron de Lareinty, non-seulement M. le procureur ne poursuit pas les délinquants, mais encore nous voyons M. Granet, ministre des postes et télégraphes, assister presque au combat; M. de Freycinet, président du cabinet, M. Loci^roy et M. Goblet, ministres on exercice, se faire inscrire au Ministère de la guerre. Le duel a lieu sur un terrain dépendant dudit ministère -, enfin M. le Président de la République, qui doit ôlre (hélas !) la plus haute personnification de la loi, fait prendre des nouvelles sur l'issue de l'affaire qu'il connaît et approuve, puisqu'il ne demande pas au préalable à son ministre de se démettre de ses fonctions officielles.
« Tout cela. Monsieur, sous le fameux règne de la parfaite égalité de tous devant la loi, semble bien indiquer que le duel est chose permise et que désormais, avant d'aller sur le terrain, il sera loisible de prévenir M. le procureur de la République et de le prier au besoin d'envoyer des agents pour maintenir l'ordre dans la foule. Nul doute, en effet, qu'à l'avenir les duellistes, affranchis du besoin de se cacher, ne veuillent, tout comme notre bon Conseil municipal, avoir leur petit public. Agréez, etc. »
Je dois ajouter que presque tous les journaux conservateurs de province reproduisirent sous le litre : « La légende de M. Boulanger », l'article suivant qui contient quelques renseignements bibliographiques.
€ Nous avons mentionné que le Progrès militaire, dont le directeur vient d'être décoré au 14 juillet par le général Boulanger, s'était appliqué à propager la légende du coup tiré en l'air dans le duel de Lareinty.
« La France militaire de Limoges a fait mieux. Elle a fait afficher sur les murs de la ville de grandes affiches tricolores sur lesquelles on lisait une dépêche télégraphique ainsi conçue : Dé- ])êche télégraphique de la France militaire : c Le duel entre MM. de Lareinty et le général Boulanger a eu lieu ce matin à neuf heures, à Meudon. Après avoir essuyé le feu de son adversaire avec ce sang-froid imperturbable dont il a donné tant do ■preuves devant l'ennemi, M. le général Boulanger a tiré en l'air, montrant ainsi à son adversaire politique qu'il é*ait aussi généreux que brave. La foule a acclamé le généialà £on retour à Paris.»
€ Hier malin, le Journal officiel annonçait que M. Lavauzelle, directeur de la France tnilitaire, était nommé chevalier de la Légion d'honneur. . . >
16. -- Sur l'inauguration officielle du Cercle militaire le 16 juillet, voy. le Figaro du 17; — VEstafetle du 18 ; — article signé
F. M. au Figaro du 18 ; — le Soleil qui va jusqu'au mot € ap3- « théose », tellement la foulo était enthousiaste sur la place de l'Opéra; — Vive Boulanger ! par Jules Delafosse, dans le Matin. — Enfin voy. l'article de Jules Richard, « Les cercles militaires obligatoires j dans le F/g'a/'o du 30 juillet; — « \e galant Boulanger •}> avec dessin, dans la Lanterne d^ Arlequin du 3 octobre ; — et un curieux article de La décade, du l" août, intitulé : « Où il est question d'un général (le général Boulanger), d'une tragédienne (Sarah Rernhard), d'une couveuse et d'une gaveuse. »
17. — La question Boulanger, article de Ranc dans le Matin du 16 juillet, auquel il faut en joindre un autre du même auteur, soue le titre : « Sans mesure », dans le Matin du 5 août. — Je reproduirai de ce dernier quelques passages plus caractéristiques .
« On m'a conté qu'au dossier du général Boulanger figure cette note écrite par l'un des généraux sous lesquels il a servi : « Bon officier, intelligent, mais décidément sans mesure. »
« Voilà bien la caractéristique du ministre de la guerre. Pas un des incidents de sa brillante carrière où il n'ait manqué de mesure. Il y a là un vice de tempérament, et c'est ce qui permet de le juger avec quelque indulgence. Pour lui aussi, trop de sévérité dépasserait la mesure. Je ne serais pas étonné qu'au moment où il écrit, au moment où il agit, il soit toujours sincère Seulement sa sincérité est contradictoire et variable. Comme l'a fait très finement observer Gustave Isambert dans la République française, il lui est difficile de se replacer aujourd'hui dans l'état d'esprit où il vivait, alors que le duc d'Aumale était son chef hiérarchique. Son moi d'à présent a de la peine à reconnaître son autre moi d'il y a cinq ou six ans.
€ Le tort du général Boulanger^ depuis qu'il est ministre de la guerre, est, comme tous les néophytes, comme tous les nouveaux venus dans un parti, d'exagérer le zèle. C'est là que se sont étalés en plein son manque de mesure et son intempérance de caractère. H s'est agité, il s'est répandu, il a discouru, il s'est mis en évidence, il a recherché un rôle politique devant le pays et dans le ministère. Un moment il a semblé ôtre l'unique porte-parole du gouvernement. Les douces représentations que ne lui a pas épargnées M. de Freycinet ne l'arrêtaient pas. C'est alors que je me suis permis de crier casse-cou au général qui s'emballait et au public qui s'engouait. Quelques-uns qui m'ont blâmé doivent voir aujourd'hui que j'avais raison. . ,
« Rentrez dans le rang républicain, mon général ! Vous pouvez être, au dire de vos amis, un bon et solide ministre de la guerre. Cette ambition doit vous suffire. Garez-vous de la politique ! Elle ne vous réussit pas. — Ranc. »
On peut joindre à ces deux articles une interview de M. Clemenceau par C. Chincholle, sur le général Boulanger ^ publiée dans le Figaro du 26 juillet et reproduite dans le livre de Chincholle sur le général, p. 14 à 18 ; — un article de M. Edmond Schérer, dans la Revue politique et littéraire du 7 août, sur le duumvirat Clémenceau-JJotJaTîg'er ; — et la chanson intitulée € la complainte du ministère, » signée C. 0. dans la Lanterne d'ar^ lequin du 5 septembre :
C'était un drôl' de général Qui faisait des toura à cheval Pour épater la boulangère Du miaistère
18. — Apparition, le 19 août, du journal hebdomadaire U BoulaJigistCy (Directeur Paul Impressario. Rédacteur en chef, T'zim Balaboum) consacré à célébrer les mérites du ministre dt la guerre. < On a reproché à ce beau militaire, dit l'articleprogramme, d'être un décor encombrant. C'est une infamie dont le bon sens public a fait justice. Une modestie exagérée a toujoiini empêché le général de se mettre en évidence. » C'ost pourquoi 1^ journal va s'en charge'' à sa place. Et pour commencer il publie 22 dessins dont voici l'énumération :
Portraits du général (physique) : — 1 . Le général sans barbe. — 2. Le général avec barbe. — 3. Le général en pied, -— 4. Le général saluant le peuple. — 5. Le général vu de dos. — 6. Le général au lit. 7. Le général de profil. — 8. L
général à cheval. 9. Le général en grande tenue. — 10. î. général fumant. — 11. Le général en civil. — 12. Le g-: à la tribune — 13. Le général tirant en l'air. — 14. Le g^:; après la lettre, — 15. Le général au travail. — 16. Le général l'expulsion des princes. — 17. Le général après le duel. — v Le général em. . .nuyé par la presse.
Portraits du général (moral). — 1. Sous l'empire : un c tur surmonté d'une croix rayonnante et orné d'un aigle, — 2. Sous Mac-Mahon -. un creur surmonté d'une croix, aux rayons éteints et orné d'un coq fleurdelysé. Le cœur incliné à droite. — 3 Sg"3 Grévy (première présidence) : un cœur, surmonté d'une crop chancelante, orné d'un point d'interrogation et inclinant à gauche. 4. — Sous Grévy (deuxième pré.sidence) : un cœur, surmonté ilun tronçon de croix brisée, orné d'un bonnet phrygien et complètement penché vers l'extrême gauche. Ces dessins ont été reproduits en fac-similé réduit dans le recueil de Grison p. 187, 188.
Du texte du Boulangisle, nous n'avons à signaler que les éphéméridep, dont quelques-unes sont assez amusantes.
Elles commencent le 8 janvier, date de l'arrivée du ministre de la guerre nu pouvoir, et il suffit de les lire pour être convaincu que le général Boulanger est étranger à leur rédaction ; il est beaucoup qu^ stiQn du Théâtre-Français, du Bois de Boulogne et de M. Clemenceau.
Puis viennent des réclames, des annonces toutes consacrées a général Boulanger.
Le n° 2 est du 20 août (Directeur, caporal Sourdine. Rédacteu; en chef, Gymriasl'3 Piano), avec un immense dessin intitulé € Triomphe », la continuation des éphémérides, des chanson:*, un catéchisme boulangisle, etc.
Le n» 3, du 4 septembre, a pour première page un imiu' ix? dessin intitulé « S'il avait voulu. > représentant le général devant le drapeau d'Alsace-Lorraine, délivrant la France, qu'il souti-'nl d'un bras, de l'hydre à mille tôtes de l'opportunisme. (Fac similê en/éduction dans le recueil de Grison, p 189). — On y annonce comme devant paraître la semaine suivante, le 12, pour faire suite au Boulangisle, un nouveau journal Le Barnum, satirique, hebdomadairo, illustré, qui exhibera « des phénomènes, tôtes do turcs, curiosités, géants et pygmées. i
19. — € Boulanger c'est la guerre », article très remarquable - signé Ph de Grandlieu (Léon Lavedan), dans le Figaro du 25
juillet, reproduit dans le recueil de G. Grison, p. 167 à 171, arec
le fac-similé d'un dessin de Radiguet, extrait de la Silhouette et intitulé « Epouvantail, premier choix ». — Sur le môme sujet, voyez un article publié dans le Français, le 12 septembre, sous le titre « I>a guerre du général B. », commentant un récent article de la France militaire, « qui est, comme chacun sait (au moins pour cette époque) l'orgune boulangiste par excellence » ; et un second article de Ph. de Grandlieu intitulé « Encore lui » dans \g Figaro du 11 octobre. Dans ce dernier et long article, je relève le passage suivant qui nous intéresse au point de vue bibliographique :
« ... On connaît ['Etoile, ce nouvel organe oflicieux, créé tout spécialement pour célébrer le génie du général Boulanger et que ses distributeurs offraient hier soir sur le boulevard en criant : « Voyez VEtoile -. les dernières dépèches, — la guerre prochaine. . . » J'ai aussitôt acheté le journal, et j'y ai lu ces déclarations expressives :
« — L'armée trouve bon que l'on sache, au dedans comme au dehors, qu'après s'être recueiUie pendant quinze ans pour réparer ses désastres, elle a repris dans le monde le rang qu'elle doit avoir, . . La France a aujourd'hui conscience de son relèvement... EWe pourra.it tirer avec confiance l^épée du fourreau.,. L'activité du général Boulanger, qui émeut les habitants de Vautre côté du Rhin, rassure chez nous les patriotes. »
f En même temps, VEtoile^ si hardiment oUicieuse et si bruyamment dévouée, annonce l'apparition prochaine d'un nouveau journal, placé sous le même patronage, et qui s'appellera la Revanche. Ce litre belliqueux sera expliqué au public par des affiches illustrées représentant le général Boulanger^ le képi sur la tête, la baïonnette croisée, dans la pose du soldat qui charge. A sa gauche se profileront des fantassins lancés au cri de : « En avant !» A sa droite, se dressera un canon en batterie, avec les artilleurs occupés à le pointer. C'est VEtoile même qui nous fournit tous ces renseignements, au risque peut-être de faire blâmer son zèle, mais sans se laisser décourager par les timides désaveux qui ne portent nulle atteinte à son crédit.
« Enfin, comme si la France Militaire^ VEtoile^la. Revanche ne devaient pas suffire à la tache entreprise par le bouillant ministre de la guerre, on signale une dernière pubhcation, beaucoup plus modeste, mais non moins caractéristique, le Soldat laboureur, journal mi-agricole, mi- politique, qui, imprimé à Paris et expédié par ballots dans les départements, a pour mission de gagner les cultivateurs aux plans belliqueux du général Boulanger.
« Est-ce que toutes ces démonstrations, si convergentes et qui témoignent d'une pensée si obstinément suivie, n'ont pas une lumière irrésistible et accusatrice ? On comprend une imprudence passagère, une maladresse accidentelle de journal officieux, mais cette création successive d'organes dont la consigne manifeste est de pousser à la guerre, cette attitude persistante et réfléchie du patron mystérieux qui les encourage et les subventionne, ces fanfaronnades et ces provocations en harmonie si singulière avec les paroles et avec les actes du ministre qui se défend de les inspirer, tout cela a une signification si claire et si saisissante qu'on ne s'y méprend pas de l'autre côté de nos frontières, et que les journaux d'Allemagne comme ceux d'Iîalie en signalent la portée menaçante.
« Hier encore, un des organes les plus considérables de l'ItaUe,
le Popolo Romano, disait avec ua accent hostile : • Il ne faut pu s'étonner des projets que l'on prête chez nous au généràlBoulanger, Ce ministre s'est fait considérer comme disposé à toutes les aventures. Les Italiens, en particulier, le suspectent... Quant à l'Allemagne, nous n'aurions que l'embarras des citations. , . •
Le lendemain de cet article, le 12 octobre, le Figaro recevaii e: insérait la lettre suivante :
€ Paris, le 11 octobre 1886. — Monsieur le Rédacteur, — En présence des interprétations auxquelles il a plu à M. Ph. de Grandlieu de se livrer dans son article de ce matin relativem l'apparition prochaine de La Revanche, la plus stricte lo m'oblige à vous déclarer que je n'ai pas l'honneur de connaiir- M le général Boulanger, qu'il n'est absolument pour rien dans L création du journal et ne doit l'inspirer à aucun titre.
( D'ordinaire, on juge une publication sur son premier numéro et sur le programme qu'elle y développe. Il me reste à regr • que, sous une impression politique que je n'ai pas à app; dans vos colonnes, votre collaborateur n'ait pas cru devoir suivre à cet égard, l'usage établi.
« Veuillez, je vous prie, insérer cette courte rectification, e*. agréez l'assurance de mes sentiments très distingués. — Le rédacteur en chef de La Revanche^ Louis Peyramont. »
Ce qu'il y a de sûr, c'est que le premier numéro de La Revanche est daté du mercredi 20 octobre 1886. Le titre est encadré entre deux groupes des blasons entrelacés de l'Alsace et de la Lorraine, et le journal débute par une longue lettre tu général Boulanger^ dont voici les premiers paragraphes :
c Général, si ce titre de La Revanche a soulevé tant de clameurs, suscité tant de colères réelles ou feintes, provoqué tant de chaudes sympathies, c'est qu'il apparaît à son heure.
« Je n'ai pas l'honneur de vous connaître, et je ne songerais point à vous écrire aujourd'hui, si certains fantaisistes politiques et quelques bûtes d'encre de la presse d'occasion ne s'étaient permis d'accoler votre nom à celui de La Revanche,
€ Ètes-voua celui que la France attend? l'homme qui doit venir î le soldat qui marchera à la conquête des pays perdus ?
« Je l'ignore, et je voudrais cependant pouvoir le dire.
« Mais vous ôtes le chef de cette vaillante armée, notre espoir à tous, et, par une fortune rare dans l'histoire, vous avez été acclamé, dès le premier jour, comme la personnification de l'honneur national à venger. ...»
Du reste, il y eut du bruit, et dans le corps du journal on trouve l'article suivant sous le titre « Violation de la loi sur la presse » :
f La Revanche a reçu le baptême du feu avant de paraître. Dans son empressement à donner à l'Allemagne des gages de ses intentions ultra-paciûques, M. de Freycinet n'a pas hésité à violer la Constitution. Au mépris de la loi sur la presse et sur l'aflichage, les porteurs d'affiches de la Revanche ont été appréhendés et, par ordre exprès de M. Gragnon, le matériel dont ils étaient porteuri s'est trouvé confisqué et lacéré.
M Ces affiches avaient-elles réellement le caractère provoquant que leur a prêté bénévolement l'autorité ? On peut en juger par la
description. L'affiche saisie avec tant de violence est une chromolithographie représentant la carte d'Europe teintée par puissances. Au milieu de cette carte, un© pieuvre gigantesque, coiffée du casque allemand, éiend h droite et à gauche, un peu partout, ses formidables tentacules. Sur la partie France, un fantassin pointe la baïonnette contre la tête du monstre, tandis que sur la partie Russie un Cosaque lève le sabre, prêt à frapper. C'est cette hypo thèse coloriée d'une alliance franco-russe contre l'Allemagne qui a motivé l'acte d'arbitraire insigne du gouvernement.
« Interrogé dès le lendemain, le chef de cabinet de M. le préfet de police, fort empêché de fournir la justification légale d'une pa reille spoliation, a répondu que, redoutant les scènes de désordr* que les affiches de la Revaîiche pourraient provoquer, M. Gragnoa croyait devoir suspendre le droit de libre affichage jusqu'à ce que le gouvernement soit fixé sur l'impression du pubUc. . . »
VEtoile, dont il est question dans l'article dePh. de Grandlieu, du 4 octobre cité ci-dessus, ne doit pas être confondue avec VEtoile du général Boulanger dont nous parlerons à l'année 1888. — c C'est à cette époque qu'un journal satirique Viennois, Die bombe, publiait, dans son numéro du 8 août, une charge de Laer intitulée « Le général Boum-Boulanger, i
20. — Sur les incidents des grandes manœuvres en septembre voy. « Nos soldats aux grandes manœuvres >, dans V Estafette du 3 septembre ; — « Pauvre vieille », réponse de la Lanterne à la Gazette de France, reproduite dans Grison^ p. 245, avec le fac-similé d'un dessin de Gibet, dans le Pilori, intitulé : « Les grandes manœuvres ; la colonne vient de passer. >
21. — Sur les incidents des examens du volontariat, voy. la Patrie du 12 septembre, d'après le Journal du Loiret et le Mémorial de la Loire.
22. — Sur les incidents des élections d'octobre ^ voy. en particulier le Gaulois du 27.
23. — Sur l'affaire des dessins d'Alfred Le Petit exposés en transparent aux fenêtres des bureaux du journal La Revanche, et saisis par la police, voyez l'article « Liberté » publié dans La Revanche du 4 novembre 1886 (n° 16) avec une page de six dessins intitulés « Dessins d'Alfred Le Petit saisis et interdits par le gouvernement en violation de la loi sur la presse. » Deux d'entre eux concernent spécialement Boulanger. Ce sont les n«» 3 et 4 : « La chope du matin (sensation agaçante produite sur un ami du vidux Monsieur par une vision obsédante), » et « le général X. . . (sensation que tous les vrais patriotes demandent à éprouver le plus promptement possible). » Ce. dernier dessin représente le général Boulanger, sabre en main, franchissant la frontière d'Alsace-Lorraine. •
24. — Sur la chute du ministère de Freycinet le 3 décembre et le maintien du général Boulanger au ministère de la guerre dans le cabinet constitué par M. Goblet le 11 décembre, voy. tous les journaux dans cet intervalle. Je n'en retiens qu'un incident. Le journal la France militaire^ de Limoges, exagérant son zèle, demanda formellement la dictature pour le général. Or cela se passait au moment de la résistance opposée par M. Grévy à la demande
NGER
de démission posée par la Char jpinion publique à It
suite des atlaires Wilson. Le 9 dèSÇ®'^^ ^^î" Agence Ilavas communiqua à la presse la note étrange quîDQ?ît et qui, après avoir ét4 publiée par les journaux du 10, a été reproduite en note daot V An7iée politique de Daniel, 1886, p. 297. 298 :
c Lassé des commentaires auxquels donnent lieu, chaque jour, certains articles du journal la France militaire, désireux de dégager sa personnalité de celle du directeur de ce journal, le ministre de la guerre a fait adresser à M. Lavauzelle la lettre ^u'on va lire:
« Paris, 9 décembre. A M. Henri-Charles Lavauzelle, directeur du journal la France militaire à Limoges. — Monsieur, le ministre me charge d'avoir l'honneur de vous demander ce que l'on doit répondre, ce que l'on peut répondre à tous ceux qui, commentant les derniers articles parus dans votre journal, ne prétendent plus seulement que vous êtes subventionné par le ministre de la guerre, mais que vous l'êtes par ses pires ennemis.
« Il ne croit pas, pour son compte, à cîs insinuations perfMes, mais après les articles dont il s'agit, toutes les suppositions sont permises à ceux qui ne connaissent pas personnellement le directeur de la France militaire. « Veuillez agréer, etc., Plbt. »
25. — Revue de ses travaux ministériels de l'année 1886 dans un grand nombre de journaux, en particulier dans le Gaulois ; . 11 janvier 1887. — Et voy. « le général Boulanger > par Ign • s en trois colonnes de première page du Figaro du 19 janvier, >■■ reproduite dans le recueil Grison^ p. 395 à 400 ; — et la * < plainte boulangiste, » qui date de cette époque, mais ne lui pubUée que plus tard dans le Figaro, le 27 juillet 1888.
Ecoutez, bon militaire, Cette histoire populaire Du ministre Boulanger Décidé à tout changer, Du contenu des marmites A la couleur des guérites, etc.
Année 1887. — Naissance et développement du Boulangismi .
1. — Sur l'affaire des crédits militaires, voy. les objurgationde la Revanche du l^"" au 6 janvier, et le récit de Tinter wiew du Daily Telegraph, reproduit en particulier dans le Figaro du 26 janvier. On y remarque ce passage :
a II (ce ministre de la guerre) est parfaitement convaincu que la prochaine guerre avec l'Allemagne sera une question de vie ov de mort pour la France. 11 a, il est vrai, une confiance illimité, dans les ressources militaires de la France et une telle confiance, bien fondée, est un des éléments nécessaires à la victoire. Mais le général Boulanqer sait fort bien que la prochaine guerre comporte de si effroyables responsabilités et peut avoir de li terribles résultats qu'on ne doit point l'entreprendre, à moins que l'agresseur ait tous les atouts en main. Et même en cette occurence, dans le jeu de la guerre, l'issue peut toujours être douteuse.
« Quant à faire une guerre extérieure pour éviter des dilficultés intérieures, le ministre considère l'individu qui ferai; pareille chose comme un fou ou un coquin. Or, le général Boulanger n'est aotuellement ni l'un ni l'autre. . . »
2. — L'émotion causée par les articles de la Revanche et surtout par un article de V Intransigeant du 30 janvier disant que, le jour où le général tomberait du ministère, il y aurait une émeute dans PariSy et que 20 000 hommes parcouraient les boulevards en criant : A bas les traîtres, vive Boulanger ! (voy. à ce sujet le recueil de Grison, p. 307 à 320, et les articles de J. Reinach dans la République française recueillis dans la Foire boulangiste^ p. 25 à 32), fut encore aggravée par un article du journal Le Post, de Berlin, publié à la fin de janvier avec ce titre alléchant : « Sous le tranchant du couteau », dans lequel on lisait :
«... Le général Boulanger est l'espoir des radicaux, qui ont à leur tête M. Clemenceau et M. Rochefort, et qui, par et avec le général Boulanger, comptent que leurs personnes et leurs idées ai riveront au pouvoir ; il est aussi l'espoir des chauvins exaltés qui attendent de lui la prochaine « revanche ». . . .
« Le général Boulanger est actuellement complètement maître de la situation en France ; il l'est bien plus que M. Thiers ou Gambetta ne l'ont été autrefois. Mais sa prépondérance ne peut se prolonger — et c'est en cela que git la gravi' é à l'heure actuelle — que si l'impulsion qu'il a donnée et qui a fait de lui le seigneur et maître, continue. Cette impulsion, c'est celle qui résulte des préparatifs à la guerre.
€ Le général est devenu le maître de la situation parce qu'il a donné la plus grnnde extension aux préparatifs belliqueux et qu'il les a hâtés le plus possible, et parce que la croyance s'est répandue que, dans une guerre avec l'Allemagne, il aurait la force et la vocation nécessaires pour être le chef heureux de l'armée et de l'Etat.
< Une telle situation réclame d'une façon impérieuse une Solution. . . »
A la suite de ces incidents, on n'entendit plus parler, pendant quelque temps, que de Coup d'Etat ou de démission. — Voy. « Soyons prôls et attendons >, par H. de Kerohant, dans le Soleil du 3 février ; — « Démission I démission ! » par Paul de Cassagnac dans V Autorité du 3, reproduit dans le Fiçaro du 4 ; — Sa Majesté Boulanger /", dans le Réveil-Matin, de Nantes, du 9 mars ; — « L'ombre de Bonaparte », avec dessin, dans le Triboulet du 6 mars ; — le Figaro dM 14, d'après le Journal du Loiret -, — le Monde du 21. etc., et le recueil de Grison^ p. 315 à 330, avec un fac-similé d'un dessin du Kladderradatch de Berlin, intitulé : € Les atouts de la France. »
3. — Sur la lettre écrite par le général au Czar et arrêtée par M. Flourens, voy. le Figaro du 16 février, les notes de V Agence Havas en démenti, les répliques du Figaro^ du Français, etc., jusqu'au 4 mars, la lettre imaginée par le Triboulet, et le résumé de toute cette affaire dans V Année politique de Daniel, 1887, p. 24.
4. — Sur le propos du député Cordier qui aurait dit : • Je ne suis pas riche, mais je donnerais de bon cœur 20,000 fr. à celui qui mettrait un peu de poison dans la tasse de café que le général B. prendra ce soir », voy, la France du 9 mars, démentie par la République française^ et par une lettre de M. Cordier au Courrier
de Nancy, — Voy. aussi un dessin du Triboulet, reproduit da le recueil de Grison, p. 339 ; et celui du Grelot, par Pépin, ave^ le titre : « Le café du général. >
5. — Des causes de la popularité du général Boulanger^— k articla publié dans le Phare des Charentes, et analysé daa«» Figaro du 21 mars.
Ce n'est pas seulement, remarque l'auteur, parce que le jr^'n»' Boulanger est le premier qui ait su, depuis seize ans, r l'esprit militaire et faire vibrer la corde patriotique, que les . enthousiastes ont battu à son unisson.
€ De petites brochures, des articles de journaux hab:''»'^ dictés et des images d'Epinal, si pompeusement coloriées ; soient, ne suffisent pointa ciéer une popularité au premini surtout à le rendre redoutable à l'étranger. Il fa convenir qu'au fond de ce prodigieux succès, qui stuiti.'.. .. sceptiques et fait le désespoir des ennemis du général, une caui réelle et solide se cache. Quelle est-elle ?
« En vérité, je crois qu'on peut la définir en deux mots : général Boulanger est autre chose qu'un chef militaire : il est, proprement parler, « l'homme » de l'armée nouvelle. D'autre ont pu instruire et administrer cette armée avec autant 'le dis tinction, autant de dévouement, et peut-être un peu plus d modestie. .. Il a eu, lui, un mérite ou un bonheur durèrent il a compris, jusque dans set faiblesses, V Armée moderne ; il personnifie; il l'incarne ; si bien que sa politique, son admin; tration et toute sa personne enfin apparaissent comme le symboi précis de l'état et des tendances de l'esprit militaire français à 1 date de 1887. Voilà le secret de sa force. . . »
C'est à ce propos qu'il convient de citer l'étrange dessin d'Ur^ en première page du Courrier Français ànZ OiW'û sous le titre t N gloires populaires : Géraudel-Pou/an^?r-Paulus », représentant général M. à cheval, grimpant sur la boule du monde et se iléta chant sur une immense lune blanche, flanqué à la gauche de Pauli: chevauchant sur un tonneau du Glos-Paulus, à droite de Géra del chevauchant sur un étui de ses pilules ; — et le dessin première page de la Silhouette du 10 avril, par Lamarche, av la légende : « Un nouveau Diogène : — Gomme Diogène, le j:^ néral B. cherchait un homme et parcourait toutes les nuits, daL ce but, les salons du ministère. Hier, enfin, en passant devant un immense glace qui reflétait son image, il s'écria : J'ai trouvé Cet homme, c'est moi ! ... »
6. — Sur les attaques delà presse allemande en avril, la Pak la Gazette de la Croix, etc., voy. spécialement le recueil de Grisât} p. 340 à 350, avec reproduction d'un dessin du Triboulet et d'n dessin allemand ; — et ajoutez l'article c la Fin des Idoles > pa Jules Richard, au Figaro du 27 avril.
7. — Sur la déeoralion de M. Febvre, de la Comédic-Fra qu'il avait voulu lui remettre lui-môme, avec quelques paroles maladroites, voy. € Les frasques du général B , » à la Lantern d'Arlequin du 17 avril, et un article du Journal de Saint- Quentin intitulé < Entre Comédiens > reproduit au recueil de Grison, p. 583
8. — Sur l'affaire du traître Eyrolles, voy. spécialement le re cueil de Griton, p. 385 à 390.
9. — Sur les Boxtlaîiger en pain d'épice de la Barrière du Trône, à la foire aux pains d'épice, voy. la Lanterne d'Arlequin du 24 avril, avec dessins, — et sur Boulang-ir en lête de pipe, le Petit Marseillais du 11 mars, reproduit dans le recueil de Grison^ p. 411 à 413.
10. — Sur la chute du ministère Goblet y le 17 mai, et les négociations entamées pour la formation du nouveau cabinet jusqu'au 30 mai, il faut lire tous les journaux depuis la France militaire qui traite de « gâteux » les adversaires du général, jusqu'aux Débats qui disent qu'il suffirait d'un peu d'énergie pour mettre fin à cette « parodie de Bonaparte. » Voici le classement des journaux à cette époque.
Journaux de Paris. ~~ Pour Boulanger : — Le Petit Journal, la Lanterne, l'Intransigeant, le Petit Parisien, la Revanche, le Cri du Peuple, la France, Paris, l'Evénement, le XIX" Siècle, le Voltaire, la Souveraineté, le Pays, le Gil Blas, l'Action, le Rappel, le Soir, le Mot d'Ordre, l'Echo de Paris, le Réveil-Matin, laNation. — Contre Boulanger : — Le Figaro, les Débats, la République Française, la Petite République, l'Autorité, le Temps, la Paix, le Soleil, le National, le Radical, l'Univers, le Monde, le Petit Caporal, la Gazette de France, le Français, la Patrie, la Défense, l'Observateur, le Moniteur universel, le Petit Moniteur, la Petite Presse, le Gaulois. — Neutres : — La Justice, la Liberté, le Matin, le Siècle, le Télégraphe.
Pour les journaux de province, voy. leur nomenclature au recueil de Grison, p. 451, 452.
Je signalerai spécialement l'article intitulé t Mœurs de bas empire » dans le Siècle ; — « L'oeuvre du général Boulanger » par M. au Journal des Débats des 21 et 23 mai, etc., qui le blâme, en particulier, d'avoir donné le pas à sa popularité personnelle dans les rangs inférieurs de l'armée plutôt qu'à l'esprit de discipline, et d'avoir quelquefois sacridé le sentiment de la hiérarchie aux injonctions de la presse radicale. . . ; — les articles de M. J. Reinach dans la République française, recueilUs dans La Foire du Boulangismey p. 40 à 50 ; — et l'interminable texte des pétitions adressées de tous les coins de la France pour le maintien de Boulanger au ministère, publiées en particulier dans la Lanterne du 20 mai au 2 juin sous le titre : « L'opinion publique. Les manifestations en faveur du général B », en douze séries composées de 2 à 3 colonnes chacune. — Dès le 23 mai, le Journal des Dé' bats les appréciait ainsi :
« La campagne organisée pour le maintien de M. le général Boulanger au ministère de la guerre continue à donner d'assez maigres résultats. Les journaux qui la mènent assurent, il est vrai, qu'ils sont inondés de pétitions, de protestations, d'adresses, et que leurs boîtes aux lettres n'y suffisent plus. Mais les échantillons qu'ils prennent au € hasard », dans la masse, ne présentent pas une fort imposante apparence, et ce qui achève d'inspirer quelque doute sur la quantité des manifestations populaires dont ils parlent, c'est que le hasard a fait tomber leurs choix, le plus souvent, bur les mêmes spécimens. Partout, nous retrouvons l'adresse de r < Union aéronautique » de France, et celle du Conseil municipal de Monlreuil-sous-Bois, et celle du comité républicain radical socialiste d' Extrême Gauche du 4* arrondissement de Paris. Ce ne sont pas les seules. Tantôt, un c lecteur de la Lanterne » écrit à ce journal que le département du Loiret est indigné de la
conuuite de ses représentants et c juge très sévèrement Tentourtg du Président » ; tantôt, < un groupe de soldats de l'arr ■■ Paris, lecteurs assidus de l'Intransigeant », condamne av. rite les « opportunistes néfastes»; tantôt encore, le d; d'une feuille de Bourse colle sur les murs de Paris de gigan: placards où il prend sous son patronage le ministre de la et profite de l'occasion pour donner l'adresse de son joun. là à un plébiscite, il y a loin. Si la situation n'était pas si gra-. on serait tenté de s'égayer de pareilles manifestations. De tOL façon, nous ne voyons pas bien ce qu'elles prouveraient. P\:<^r comme elles le sont, elles ne peuvent que couvrir de riHi hommes politiques qui auraient l'air de s'arrêter devant eK rieuses, elles imposeraient plus impérieusement encore à M. sident de la République vn devoir qui lui incombe déjà, c ne pas se laisser forcer la main par la démagogie dans le ch' de ses ministres. . . »
Pour en donner une idée, j'en choisis deux au milieu des ce taines de la Lanterne -.
A. — » À M. le président de la République. Le cercle rôpub cain de la Haute-Marne, dans sa réunion du 23 mai 1887, air. ss à l'unanimité ses félicitations et ses remerciements au génère Boulanger, pour les excellentes réformes ^u'il a introduites daD notre armée nationale, et émet le vœu qu'il continue ses fonction dans le prochain ministère,
« Veuillez agréer, M. le président, l'expression des meilleurs se: timents de vos bien dévoués serviteurs. — Pour le cercle : I président : Gaublot. »
B. — € A Monsieur le président de la République frança \ comité républicain radical socialiste permanent du dix-neuviem arrondissement (quartier de la Villette), en présence de la parais tance de la ^rise ministérielle, qui semble due à un parti-pris d« certains membres du Parlement de s'opposer au maintien du gé néral Boulanger comme ministre de la guerre, et cela malgré ' très grand nombre d'adresses qui ont été faites par tous i groupes républicains de France, vient, au nom des quarti->'-« plus populeux et les plus profondément républicains de Pa joindre expressément aux autres jiétitionnaires pour vom d
(|ue le maintien du général Boulanger au ministère de la . s'impose, et ne saurait être combattu sans amener les plus h mécontentements dans l'esprit de tous les vrais républicains q; notre comité représente. — Le président de séance, Thuillbr. >
Tout cela couronné par le dessin de première page du Gre'ot (! 29 mai, intitulé : « République française, Boulanger /••", emp^ reur », et représentant le général foulant aux pieds la Liberté, p projetant une ombre du petit Caporal.
!i. — Le résultat fut que le général Boulanger ne fit poin partie du nouveau ministère, et dut se contenter du comn.a v vient du /J" corps, à Clermont-Ferrand ; d'où la manifestât la place de l'Opéra le 31 mai (compt»i-rendu par Gaston Da au Figaro du 1" juin) -, avec le refrain « C'est Boulange qu' t ^ faut f ; — les innombrables chansons que nous citerons c sous (et voy. la chanson imitée de Bérenger, par Albert M: sous le titre : « Les deux cousin» ; Boulanger et Trochii, »> h. Figaro du 28 mai ; la chanson < C'est Boulange qu'il nous faut )
dans la Lanterne d'Arlequin du 19 juin ; et Tarticle intitulé : c Lui ! » par Chincholle, au Figaro du 16 juin^ ; — les lamentations de la Lanterne, de V Intransigeant, de la Justice, de la France et du Paris, disant, le 29 juin, que cette nomination à Glermont est « une déportation sans jugement ! » — l'article de J.-J. Reinach, daté du 30 juin, dans la République française, et reproduit dans la Foire boulangiste, p. 51 à 55 ; — et l'émeute de la gare de Lyon au départ du général le 8 juillet (voy. tous les journaux du 9, et les articles intitulés « le Panache » par Henry Fouquier, dans le Figaro du 11, « CEuvre commune », par Timon, dans le Patriote du 1 1 ; « Aux Dupes », par J. Reinach, dans la République française, recueilli dans la Foire boulangiste, p. 61 à 68.
* Il a eu le triomphe qu'il méritait , disent sévèrement les Débats. Il a recueilli les sympathies des insulteurs qui, chaque jour, outragent le gouvernement, le ministre dont il est le subordonné et le chef de l'Etat. En 1870, il y avait dans Paris des gens pour crier : A Berlin ! et pour vociférer contre M. Thiers. Les mômes gens ou leurs pareils peuvent bien, en 1887, acclamer le général Boulanger. . . »
« Quoi ! des républicains, dit le Temps, des démocrates ont voulu, ont failli dételer les chevaux d'un général plein de bonne volonté, nous en sommes convaincus, mais auquel les événements n'ont pas encore permis de nous donner la mesure du génie qu'on lui prête ! Qu'auraient-ils fait, grand Dieu, s'il avait fait quelque chose? »
• Il n'est pas un républicain digne de ce nom, ajoute Ranc dans le Petit National, un républicain fidèle aux principes et aux traditions de notre parti, qui ne se soit senti pris d'amère tristesse et de profonde inquiétude en lisant le récit des scènes déplorables qui ont marqué le départ pour Glermont- Ferrand de l'ancien ministre de la guerre. >
L'Intransigeant du 12 leur répond vertement à tous par la plume d'Henri Rochefort, que le Grelot du 10 juillet, (dans un curieux dessin intitulé : « La déportation du général Boulanger ■»), représente cirant les bottes du général, à son départ , avec le sous-titre : « Il reviendra quand le tambour battra. »
12. — Apparition, le 5 juillet, d\i Petit Boulanger, journil quotidien d'actualité {Paris, 12 rue du Croissant). Je ne sais pas au juste combien de temps il dura, mais je possède le n* 8, daté du 13 juillet et j'y lis, sous le titre : « Quelques mots de réponse, » une déclaration contre ceux qui ont cru « devoir saluer son apparition par des insinuations perfides et le désigner comme un ennemi du minis re de la guerre. » La voici :
€ Nous n'avons jamais approché le général Boulanger, et l'on ne nous a jamais vus dans son cortège de courtisans, alors qu'il était au pouvoir. Nous ne l'avons pas vu davantage depuis qu'il en est descendu, à la suite d'une alliance monstrueuse; mais nous le défendons et le défendrons sincèrement, parce qu'il nous paraît être l'incarnation la plus pure du patriotisme, et aussi longtemps quil ne s'avisera pas de devenir autre chose qu'un général républicain au service de la France, d'avoir enfin des aspirations césariennes.
€ Bien que le doute n'ait jamais existé, à ce sujet, dans notre esprit, bien qu'il y ait aussi, dans l'ombre de notre douloureuse histoire, le serment violé d'un autre général, qui abaissa son sabre
Bur la France dans une nuit mémorable, nous sommes rassuréi sur la perspective d'un brumaire quelconque, maintenant que k général Boulanger a refusé les honneurs des arcs de triomphe à Clermont-Ferrand, affirmant qu'ils sont l'apothéose des généraux victorieux ou de César,
« N'étant pas encore des premiers, il ne sera jamais Vautré, a-t-il déclaré ! Fières et bonnes paroles que toute la France i recueillies et gardera précieusement. »
13. — Sur la séance de la Chambre, Ik 11 juillet, au sujet d- Boulanger, les discours de MM. Clemenceau, Laisant, Rouvinr etc. voy. le Journal officiel du l2 et un bon article de M. Reir.ach daté du 12, publié dans la République française et recueilli dans u Foire boula?igiste, p. 68 à 73.
14. — Sur le voyage de Paris à Clermont, voy. enco relations de XXX. au Figaro du 10 et du 1 1 juillet ; — le !— ^M Charivari du 11, intitulée Actualités, train de plaisir pour Clermont-Fe-rand»; — o L'odyssée du général Mitron, > dans la Lanterne d'Arlequin du 24, avec dessins à l'appui-, — le PelU Clermontois organe des amis du général, du 10 au 16; — l'article « Suppositions des Clermontois, > signé H. de Lavallé#, au Soleil du 16 ; — le compte-rendu des manifestations du 14 juillet; — la Gazette anecdotique, II, 9 ; — et les deux grands dessins du Forum du 21, intitulés l'un :« l'Exil du général B.\ Rouvier et Mackau exécutent les ordres de M. de Bismarck » ; l'autre < Il reviendra pour la défendre. »
15. — Sur l'orgie de portraits, chansons, notices et placards relatif» à Boulanger^ qui caractérisa la fête du i 4 juillet de ceite année, voy., outre ce que je dis aux chapitres spéciaux, l'article « Fabrique de popularité » dans la République française du 13 ; — la nomenclature donnée par le Temps^ le 12, reproduite par tous les journaux et recueillie dans Grison, p 487; — et le curieux article « Paulusiades >, par Jean de Nivelle, dans le Soleil du 17 :
€ Car les Paulusiades sont des poèmes dont il est permis de discuter la qualité, mais quant a l'opportunité, elle est incontestable. Le succès, et quel succès! en est une preuve. Cela ne Yivra sans doute pas aussi longtemps que l'Iliade et les Lusiadfs et demain fera bonne justice de ces inepties. Mais, pour le moment le général Boulanger évoque aussitôt un tas de refrains composés à son intention et qui, il serait naïf de le contester, ont plus fait que ses actes, pour son inexplicable renommée. N'est-ce pas une preuve que ce sont les pitres qui marchent en tôle du mouvement et dispensent la célébrité? Le général Boulanger aura beau faire, beau se calmer, beau mettre de l'eau dans son vin, il ne se séparera plus du refrain fameux : En revenant de la Revue ! Il a cela dans le dos pour tout* la vie, et à côté de son profil de beau militaire, on verra toujours la physionomie grimaçante de Paulus.
« Le refrain de café-concert et la chromo-liihograpbie, tout en le popularisant, lui ont fait le plus grand tort L'ancien ministre de la guerre, aveuglé par un énorme besoin de réclame, s'eat livré à des compromissions fâcheuses, il s'est môme donné tout entier, au point d'admettre moralement l'affichage sur son uniforme de général français. Les ovations faites nu chanteur Paulus s'adressaient en m^nie temps à lui, et son poème épique s'est résuma, jusqu'ici dans quelques chansons. . . »
Le fait est <|ue cette débauche dépasse tout co qu'on peu
imaginer. Le trait caractéristique de la fête, écrivait le Figaro, « c'est... le Boulangisme. Partout, dans les décorations, sur les drapeaux, sur les estrades, aux baraques des saltimbanques, aux étalages des forains, apparaît l'inévitable portrait du général à cheval, à pied, en buste, de face, de profil, de trois quarts, enluminé, doré, verni, encadré, enguirlandé. Dans les rues, les camelots vendent des médailles de Boulanger, des pièces de cent sous à l'effigie de Boulanger, des chansons sur Boulanger^ des ipipes-Boulanger, des épingles Boulanger, des lorgnettes- Boulanger, des Tnirlitons-Boulangpr, des chapeaux- Boulanger, etc., etc.. Et l'on chante En revenant de la Revue, la Marseillaise de Boulanger, et Boulange! Boulange 1 . . . Ça n'en finit pas. . . >
A côté de la propagande imprimée, il faut signaler la propagande manufacturière qui prit un grand dév3loppement à l'approche du 14 juillet. Les camelots n'eurent que l'embarras du choix.
C'est d'abord une pièce de cinq francs en carton argenté, à l'effigie du général Boulanger — pas ressemblante, du reste. — En exergue : Général Boulanger, ex-ministre de la France — 44 juillet 4 8S7 . Pourquoi : de la France, et non pas de la République ?. . . — Puis un mirliton sur lequel était collé un ovale de carton avec portrait du général. Au dos du carton, on lisait :
Vive la République. Grand succès. MIRLITON PATRIOTIQUE d'^dié au général Boulanger,
Citons encore : — Une épingle-busle avec un ruban tricolore ;
— Une petite lorgnette eu os contenant un portrait du général ;
— Des pipes avec fourneau représentant la tête du général ;
— Un bracelet formé de médaillons reliés par des chaînettes. Sur chaque médaillon, une lettre contribuant à former l'inscription : Vive Boulanger ! — Des lanternes vénitiennes, avec l'inévitable portrait sur un transparent et la non moins inévitable inscription.
Quand aux portraits, à pied, à cheval, en buste, ils étaient innombrables : buste sous verre avec cadre en cuivre repoussé (c'f-Bt le portrait populaire envoyé à toutes les communes) ; buste du général dans un cadre en carton orné de flears découpées, avec chevalet (c'est le portrait sentimental) ; un portrait sur fond rose avec biographie : le général à cheval passant la revue, etc., etc. (voy. ci-dessous au chapitre des portraits).
Et voy. le croquis de Pif dans le Charivari ^m 24 juillet, sous le titre de : « Désespoir de Sarah Bernhardt en voyant que pendant son absence, un autre qu'elle a monopolisé la popularité. »
16. — Sur l'incident des lettres signées XX, publiées par le journal la France les 20 et 21 juillet, comme donnant la phonographie de conversations échangées à Glermont entre son correspondant et le général, et dont la seconde était relative aux attestations de dévouement prodiguées par neuf généraux, et à des propositions de coup d'Etat qui auraient été faites à Boulanger par des députés monarchistes, — voy. « Clemenceau jaloux », par J. Reinach dans la République française du 21, article reproduit avec quelques autres des jours suivants dans la Foire houlangiste, p 93 à 108 ; — « Toujours lui », par H. de Kerohant, au Soleil du 21 ; — « Boulange », article signé : un rôpubUcain, au Figaro du 22, et commençant ainsi :
« Le» lauriers de la Lanterne et de V Intransigeant empôchaiwil la France de dormir. L'une était simplement boulangiste, l'aulr» voulut être arc/it-boulangiste , et celle-ci se fait actuellement ULTBA-boulangiste. Depuia deux jours, sous la signature mystérieuse XX, — initiales qui, d'après la République française, cachent encore M. F. Laur, — la France inonde sa première page de Boulangerie, de Boulangisme et de Boulangeaillp. . . Vraiment, le public commence à en avoir par-dessus les épaules, et les véritables amis du général déplorent cette exploitation d une popularité qui décline. Ce n'est plus qu'une parade de la foire, un boniment de saltimbanque, une réclame de camelot. . . »
Voy. encore « La rhanson des 94 généraux », par Albert Millaud, BiuFigaro du V5 ; — « Physiologie d'un général», article signé Albert Delpit, dans le Figaro du 29; — les dénégations de M. Delafosse, député incriminé, et son interview par le Figaro le l'"" août, etc. ; — Le National soutint qu'il n'y avait dans ces lettres signées XX qu'une vaste fumisterie inventée pour rappeler l'attention sur f le brave général » déjà oublié, et publiait, de son côté, la lettre suivante reçue de Glermont :
« Vous avez cent fois raison, mon cher monsieur Treille, d'attaquer le général Boulanger comme vous le faites, et de lui dire son fait : mais à une condition, c'est que vous soyez sûr qu'il a reçu le rédacteur de la France^ qu'il lui a fait part de ses chagrins, qu'il lui a fait l'aveu de sa colère, qu'il lui a raconté tout ce que le rédacteur de là France lui fait dire. Or, le commandant en chef du 13' corps, pris par la goutte, n'a reçu personne depuis le 14 juillet. Il s'est préservé des manifestations. Il s'est retiré dans son logis ; il a fait élever, devant son hôtel, une barrière infranchissable contre les reporters. La garde qui veille aux barrières du Louvre n'a pas toujours préservé les rois de la maladie, ni môme de la révolution. Le planton qui veille à la porte du quartier général du 1?" corps d'armée a parfaitement préservé le commandant en chef des faiseurs d'interviews. Ce qui revient à dire que le général n'est pour rien dans les stupides correspondances que publie la France. . »
Et M. Treille ajoute en signant son article :
€ XX ne signe pas, mais met la signature du général Boulanger au bout de toutes ses phrases. Moi, je supprime la signaiure de mon correspondant de Clermont-Ferrand. Sa position même ne me permet pas de lui permettre de se compromettre. Je supprime sa signature, je déchire sa lettre -, mais je me mets à sa plac*», prenant sur moi toutes les responsabilités du démenti ci-dessus, qui est de nature à faire considérer le malfaisant XX comme un homme ne jouissant plus de sa raison, et, pour me servir d'une expression d'argot que je trouve non-seulement pittoresque, mais disant bien ce qu'elle veut dire, comme un t louphoc. >
Et voy. la Gazette anecdotique^ II, 67.
17. — Sur l'affaire du duel Ferry-Bou langer ^ voy. d'abord le discours prononcé par Jules Ferry à Epinal, le dimanche 2* juillet, reproduit à Paris dans les journaux du 26 et du 27 : et à son sujet l'article de J Reinach daté du 27 et reproduit dans la Foire boulangiste p. 82 à 86 ; — puis le procèe-verbal de non entente dres«<* f» Pari» le 2 août, d'une part par les deux témoins de Boulanger, le général l'averot dp K»'rhrech et le comte A. Dillon, de l'autre par les deux témoins de Jules Feriy, MM. Antonin Proust rt David Raynal, et publié dans les jou-naux de Paris Pt di i rovince. car je le rencontre, en 2 colvunes, dans le Petit Breton du 4.
Voici le passage du discours qui provoqua l'émotion :
f . . . Bien plus, si l'on en croit ces nouveaux patriotes, non seulement le patriotisme serait le monopole d'un parti, mais il serait la propriété exclusive de certains groupes, de certaines sectes du parti, et tous ceux qui ne pensent pas comme eux, qui ne veulent pas substituer, dans le règlement des plus grands intérêts du pays, l'impulsion des foules irresponsables à l'action libre et réfléchie des pouvoirs publics, tous ceux qui n'adorent pas leurs idoles et qui ne se ruent pas avec eux derrière le char d'un Saint- Arnaud de ca/'d- concert (Applaudissements), tous ceux-là sont rangés pêle-môle dans le parti de l'étranger. C'est absurde plu^ encore qu'odieux, n'est-il pas vrai ? mais cela est. . . »
Et voy, les articles intitulés c Au pays des ombres » dans la Lanterne d'Arlequin du mois d'août, avec la lettre supposée de Clermont-Ferrand et signée « Boulanger /•'' futur imperator » dans le numéro du 28, ella est suivie de ce post-scriptum : € Dès que j'aurai atteint le faîte des grandeurs, je me ferai un plaisir de faire empaler les rédacteurs de la Lanterne d'Arlequin et ses dessinateurs. > — puis le dessin « Jules Ferry conspué dans l'Esté » par Pépin, dans le fjrelot du 18 septembre, — la brochure de M. de Grammont citée au chapitre précédent, avec ses réponses au Mémorial des Vosges ; — la brochure intitulée Bassesse par Veritas, également citée ci-dessus; — la Gazette anccdotique, II, 72, etc.
18. — Sur le voyage du général à Lyon à la fin de septembre, voy. !e Courrier de Lyon et le Petit Lyonnais^ dont des extraits sont reproduits dans le Français du 3 octobre à l'occasion d'un article intitulé « MM. Boulanger et Millaud. » Cet article se termine ainsi :
< Notez que M. le sénateur Millaud est actuellement à Lyon, et, par conséquent, inspire sur place le Courrier de Lyon et le Petit Lyonnais. Le héros jadis cher à Paulus est donc fini, bien fini. Le météore est éteint. L'étoile filante a disparu. Sic transit gloria mundi. »
19. — Sur les arr^^* du général à Clermont, du 14 octobre au 13 novembre, à la suite de diverses interviews publiées par la iVafîon, le Gil Blas et le Matin, dans lesquelles il calomniait le ministre de la guerre à propos de l'affaire Gaffarel et prétendait q^i'il y avait là une campagne dirigée contre lui personnellement par le général Ferron, voy. les journaux du 10 au 20 octobre, — V Histoire populaire du général par Jupilles (p. 70 à 90), qui semble n'avoir été écrite qu'à ce propos et comme protestation ; — les articles de J. Reinach, recueillis dans la Foire boulangiste p. 115 à 132 ; — le recueil de Grison,i>. 190 à 197 ; — et l3 réquisitoire du procureur général Quesnay de Beaurepaire auprès de la Haute Cour, qui publia les télégrammes échangés entre le général et le ministre à cette occasion, et l'aveu de la paterhité de l'article du Matin. ; — le dessin intitulé « Au Clou », par Q. de Jaih, dans le Clou du 23 octobre, journal créé à cette occasion ; — 1 s 6 dessins intitulés « Sa journée > par le même dans le Clou <^\\ b lovembre, etc. — A cette époque, il faut signaler aussi l'article intitulé : t E.mest > par Albert Delpit dans le Figaro du 14 novembre, dont voici la conclusion : « Je ne grossis rien en disant qu'un pareil homme est un danger public. »
Et voy. l'Eclipsé du 10 novembre, dessin reproduit dans Grison, p. 493 : — la Gazette anecd.^ II, 227; — et la République illustrée donnant, le 12 novembre, une vue du cabinet
de travail du général à Glermont, dessin d'A. Bellinger qui fui ensuite tiré à part et donné en prime aux lecteurs de la Petite République française, avec le titre : « Souvenir dps arrêts du général Boulanger^ 13 octobre au 13 novembre 1887. >
20. — Sur la nuit dite historique, du 29 au 30 novembre, passée en conférence chez le député Laguerre, au sujet de rélection présidentielle, nuit dans laquelle « un certain nombre de membres de députés de l'extrême gauche avaient comploté de maintenir M. Grévy à l'Elysée, et agité des projets de coups de force pour empêcher l'élection de M. Jules Ferry à la présidence de la République » {Réquisitoire de M. Quesnay de Beaurepaire^ dans le Procès devant la Haute-Cour en juin 1889), voy. tous les journaux de l'été de 1889, à l'époque delà publication du réquisitoire de M. de Beaurepaire, en particulier le récit de M. Andrieux et les Coulisses du Boulangisme, p. 206 à 229 ; — et les deux livres de J. Reinach : Le cheval noir, p. 197 à 223, et Bruno le fileur^ p. 170 à 175.
Année 1888. — Apogée du Boulangisme.
1. — Sur les élections du 26 février, auxquelles le général Boulanger fut porté candidat malgré son inéligibilité, dans 7 départements (Loire, Loiret, Maine-et-Loire, Côtewi'Or, Marne, Hautes- Alpes, Haute-Marne), par un comité occulte dirigé par Georges Thiébaud, et obtint 54,000 voix, bien qu'on eût communiqué à tous les journaux sa dépêche au ministre de la guerre : « J'ai été et je demeure étranger à tout,ce qui se passe relativement aux élections légis^latives du 26 février. . . », voy. la proclamation signée Georges Thiébaud, comme président du comité d'initiative, af:ichée dès le miUeu de février dans les départements ci-dessus indiqués, et reproduite dans l'Année politique de Daniel, 1888, p. 51, 52; — tous les journaux du 20 février au 15 mars, notamment la Cocarde, fondée pour la circonstance-, — les articles de J. Reinach dans la République française, reproduite dans la Foire boulangiste, p. 135 à 144 ; — la chronique de H. de Lavallée dans le Soleil, sous les titres : Le Plébiscite Boulanger (23 février); etc., —
I interview de Georges Thiébaud par le Figaro, le 27 ; — Campagne Boulangiste, par Innominato (Léon Bouchet), dans le Courrier de Sl-Nazaire, du 3 mars ; — Le Péril et la fin de la République, par H. de Kerohant, au Soleil du 6 et du 9 mars;
— [iO Boulangisme, par Louis Joly au Moniteur universel du 12;
— le dessin de la Silhouette du 4 mars, intitulé : < Troisième étape, essai d'élection : feans la moindre préparation et malgré sa protestation, il est bombardé de 54,000 suffrages » (reproduit '•ans Grison, p. 504); — le dessin de Blase, dans le Pilori du
I I mars , intitulé : t Résurrection » (reproduit dans Grison^ p. 517); et article dans le corps du journal par Armand Mariotte; — les Pioupious d'Auvergne, dessin de Pépin, dans le Grelot du 11 mari, toujours avec le chiffre fatidique des 54,000 sulTrages, etc.
Dès l'origine, l'Intransigeant et la Lanterne avaient déclaré q«il y avait là une manœuvre entre royalistes et opportunistes, opérant leur concentration « en vue de perdre l'homme émineot qui tient entre ses mains puissantes l'avenir de la patrie. »
« Il n'est pas difficile, disait V Intransigeant, de deviner l'intérêt que peuvent avoir les monarchistes à susciter, dans les départements appelés à nommer des députés dimanche prochain, une candidature imaginaire qui, en raison de la popularité du
nom usurpé, doit nécessairement diviser les voix républicaines. Quant aux opportunistes, ils ont saisi avec joie l'occasion qui leur était fournie de satisfaire leur haine contre le général Boulanger^ en le représentant comme l'instigateur d'une intrigue dont il est la première victime, et en l'accusant d'indiscipline et de rébellion contre la loi.. . »
Après le 26 février, l'émotion fut grande du côté gauche. A droite, on prenait la chose en plaisantant :
€ Pour terminer, disait l'un, un peu de statistique sur le prix auquel revient un électeur boulangiste à son parti. De l'aveu môme de l'organisateur de la manifestation de dimanche dernier, les amis du général ont dépensé 48,000 fr. II y a eu 50,000 votants. Gela donne presque un franc par personne. Etant donné que le litre de vin vendu dans les cabarets revient à environ cinquante centimes, on voit, car je suppose que les électeurs du général n'ont pas porté leur franc à la caisse d'épargne, qu'il a été bu dimanche dernier 100,000 litres. Voilà quel aura été le seul résultat pratique de la tentative d'élection de dimanche... » {Courrier de St-Nazaire du 3 mars).
Mais de l'autre côté, on ne le prenait pas sur ce ton : € L'élection du général dans dix départements, disait M. Ranc, nous lancerait en pleine période révolutionnaire. » — Et M. SpuUer s'écriait dans la République française : « il faut veiller » devant ce réveil du césarisme. « Le moment est venu de dire on face au général Boulanger que les militaires sont faits pour obéir et non pas pour commander. Il y a là un devoir à remplir envers la République et la France. Pas un républicain n'y voudra manquer... >
D'autre part, la Justice ^ qui avait para jusqu'alors hésiter entre les deux courants formés dans le parti radical sur la question Boulanger, prit position à son tour et très nettement. M. Camille Pelletan, le principal lieutenant de M. Clemenceau, dans un article fort remarqué, s'exprimait ainsi à propos de la dernière lettre du commandant du 13* corps :
* Il faut bien le dire, il manque (peut-être par simple mépris) à ses actes et à ses lettres ce je ne sais quoi de net qui enlève tous les doutes. Je ne veux discuter ni les racontars qu'on répand, ni les termes de telle ou telle missive signée du général. J'énonce un fait incontestable, en disint qu'il y a un accent de révolte indignée, naturel à l'homme auquel on prête un rôle indigne de lui, et que personne n'a reconnu dans ce qu'a écrit le général. Il est nécessaire que cela vienne. . . »
M. Camille Pelletan terminait en avertissant le général jBot/ian^'^r qu' « il était temps de dissiper les équivoques. » C'était une véritable sommation.
Ce fut le moment le plus critique de la carrière du général Boulanger : et la situation est bien résumée dans cet article du Soleil, quelques jours avant le 15 mars :
€ Le gouvernement a la preuve que le général Boulanger correspond activement, à l'aide d'un chiffre, non seulement avec M. Thiébaud, mais aussi avec les chefs et les journalistes du parti révolutionnaire. Il est assez surprenant, si quelque chose peut encore nous surprendre aujourd'hui, de voir le commandant d'un corps d'armée entretenir assidûment de pareillet relations et em-
prunter aux conspirateurs quelques-uns de leurs moyens pour se tenir en rapport constant avec les chefs du parti intransigeant; mais il est surprenant encore, si certaine dénégation relative à une correspondance avec le duc d'Aumale ne nous édifiai' sur ce point, d'apprendre que le général Boulanger, le jour môme où il écrivait au ministre de la guerre qu'il était étranger à toutes let démarches de M. Thiébaud, adressait à une autre personne une lettre donnant le plus formel démenti à ses nffirmations olficinllps € Le gouvernement, qui a en mains de quoi perdre dix fois c« général épistolier, hésite à prendre une mesure énergique. Le ministre de la guerre, ayant entendu dire que M. Floquet confiôrait à M. Boulanger les fonctions de chef d'état-major, ne se soucie guère de prendre l'offensive. Il se souvie.jt, en outre, que si, contrairement aune tradition constante, son prédécesseur n'a pas été pourvu d'un grand commandement, cela tient uniquement à ce qu'il avait commis l'imprudence d'infliger trente jours 4'arr6t à l'Achille dont Paulus est l'Homère.
€ Il est a prévoir que le gouvernement aura la main forcée par les républicains. Les députés de la gauche se montrent, en effet, fort résolus à en finir avec un général dans lequel ils entrevoient un dictateur. Ils déclarent que sa conduite leur semble fort suspecte et prêtent une oreille attentive à toutes les accusations formulées dans les couloirs.. . »
La révocation ne se fit pas attendre.
2. -- Sur la mise en non activité du général Boulanger par retrait d'emploi, le 14 mars, voy. le rapport du général Logeiot, ministre de la guerre, au président de la République, en date du 14 mars, aussitôt publié au Journal officiel, et le 16 dans tous les journaux, puis reproduit dans l'Année politique de Daniel, 1888, p. 55, 56, et dans la Foire boulangiste, p. 149 à 151.
Cette mesure éclata comme une bombe, et les commentait es d'aller leur train. — Le Soleil la comparait à celle qui avait frappé le duc d'Aumale en 1883. — La Lanterne intitule son article « Une infamie. » — La Cocarde crie « à la trahison » et écrit : « Le vieil empereur Guillaume en mourant, avait dit à son petitflls : Prépare-toi à combattre Boulanger, c'est un redoutable adversaire. A cause de cela B est révoqué !... » — L' Intrunsi' géant dit que c'est un « crime de lèse-patiie. ■ — La France remarque qu'elle s'est plusieurs fois prononcée contre le général B. dictateur, ce qui eût été un crime, mais on ne doit c pas toucher à l'armée. » — Le Paris observe que, par la faute de quelque politiciens, un auxiliaire utile de la défense nationale disparait de it scène, t C'est absurde. » — La Nation estime les motifs invoqués par le ministre de la guerre « insuffisants. » — La Liberli déclare que la question Boulanger, loin d'être étouffée, risque au contraire « «le se compliquer et de grandir. » — Presque spuls parmi les journaux répub icains, le National, la Bépvbligue fran" çaise et le Tenips approuvent sans réserve. — « Cps défis, ces désobéissances systématiques, dit M J Reinach, appelaient une répression sévère. ... Et maintenant, peuple, qui donc t'aimait et te respectait assez pour t'avoir toujours dit la vérité?... » (Foirt boulangiste, p. 154). '— Pour la Justice, ce qui est à craindre, c'est beaucoup moins M. Boulanger que le boulangistne ou cet • état d'êsprit, qui résulte du dégoût des libertés conquises, si ces libertés restent stériles. » — A la suite de cet article, le Soleil en publia un sur VEtat d'esprit boulangiste.
Voy. encore : « Interpellation probable ». par H. do Kerohantau Soleil du. 19 mars; — « Les Généraux politiques », par Paul Boscq, au même journal ; — Le Triboukt du 18 mars, avec un dessin intitulé : « Le marquis de Rochefort : Avez-vous bientôt fini de me voler mon Boulangerl », reproduit dans le recueil de Grison^ p. 529 ; — le Cri du Peuple et sa chanson intitulée : « Lui ! » reproduite ibid., p. 530 ; le registre de protestation, ouvert par la Cocarde ; — l'étrange leitre au général Boulanger, signée Edinger, dans le Petit pioupiou, n® 47 (21 mars) et dans laquelle on lui répète sur tous les tons : Osez ! prendre la dictature ; — et l'interpellation Gassagnac à la séance de la Ghambre des députés du 20 ma.TS {Journal officiel du 21), à la suite de laquelle l'ordre du jour pur et simple, demandé par le gouvernement, fut voté par 351 voix contre 93, ce qui n'empêcha pas 1« journal satirique de Don Quichotte du 24 mars de publier une. poésie et un dessin-charge de Gilbert- Martin, intitulé : « Bien travaillé », et représentant le ministre Tirard dans le pétrin devant le chapeau de Houlanger.
Parmi les journaux de province, vo^ surtout : Le Patriote du Centre (de Nevers), le Petit Rennais^ l'Union républicaine de Fontainebleau , le Libéral de V Aisne , le Phare de la Loire de Nantes), le Petit Nord, la Charente^ etc., dont des extraits importants sont reproduits dans la Lanterne du 19. — Le Phare de Bretagne, de Lorient, après avoir reproduit un article de M. Vergoin, intitulé « Une infamie », alla plus loin et donna une chanson inédite de M. René Asse, sous le titre « Gare à Boulanger », avec l'épigraphe « Les brigands triomphent. » Le Petit Breton du 22 mars en releva cette strophe assez énigmatique :
Allez, pantins, mouchards, tartufes, Brocanteurs de croix et galons, Dindoneaux, avec ou sans truffes, Semer l'effroi dans nos sillons!
Sans s'émouvoir, la France veille, La France attend 1 Pour l'outrager Frappez au cœur, non à l'oreille, « Car son âme est à Boulanger. »
Il y eut encore le 24 mars, à la Ghambre des députés, une question fort curieuse posée au ministère au sujet de ces événements, par M. MicheUn • comme elle intéresse la bibliographie proprement dite, j'en reproduirai quelques passages d'après 1© Journal officiel du 25. M. Michelin paraît à la tribune et s'exprime ainsi en brandis-ant une énorme affiche :
c ... Voici une affiche qui est répandue à profusion dans Paris : — t Salle Rivoli, rue Saint-Antoine, 104, dimanche 25 mars. — Grande réunion publique, sous la présidence d'honneur du général Boulanger, pour protester contre les injustices du ministère envers le général Boulanger. — Devant les mesures iniques qui frappent un général républicain et patriote nous invitons tous les patriotes à protester énergiquement, et nous faisons un appel pressant à tous les républicains, afin de prendre une résolution énergique. — Orateurs inscrits : MM. Michelin, Laguerre, députés; Rochefort, journaUste ; Laisant, député. — Prix d'entrée : 50 centimes. (On rit).
« Je demande au gouvernement s'il a quelques renseignements
à nous donner sur les auteurs de cette affiche. — Quant à nous, dont les noms figurent comme orateurs inscrits, nous déclarons nettement que nous n'en avons jamais entendu parler. Nous voyons là une manœuvre inqualifiable dirigée conire un homme qu'on veut abattre, ce à quoi, je l'espère, on ne parviendra pas! (Très bien! très bien ! sur quelques bancs) . . .
Le ministre des travaux publics répond, en l'absence du ministre de l'intérieur, que ni lui, ni son collègue, n'ont aucun renseignement sur celte affiche et il ajoute :
«« ... Je pense que M. Michelin a insisté pour poser cette question afin de désavouer l'usage qui a été fait de son nom. S'il en est ainsi, le but qu'il se proposait est rempli. (Très bien ! très bien ! sur divers bancs).
m Le gouvernement n'a rien de plus à déclarer, si ce n'est qu'il ne peut être suspect d'être l'auteur ou le complice du fait dont il se plaint. (Très bien ! très bien ! sur un grand nombre de bancs)...
Mais cela ne satisfait pas le questionneur :
« M. ^j|^helin. — Il ne s'agit pas ici d'une simple affiche annonçant une réunion publique. Si M. le ministre de l'intérieur était présent, il aurait pu nous dire si les fonds secrets n'ont j as servi peut-être à payer cette manœuvre. (Bruit).
€ La salle Rivoli, fùt-elle bondée, peut à peine rapporter 4, ÎOO f. aux organisateurs de la réunion, il y a déjà pour 4 ou 5000 francs d'affiches posées dans Paris ! (Exclamations sur divers bancs. — Bruit).
• Je dis que c'est là une manœuvre policière en vue de compromettre l'honneur d'un homme que vous ne pourrez heureusement pas atteindre. (Applaudissements sur quelques bancs. — Bruit).
€ M. le président. — En présence d«s dénégations formelles do M. le ministre des travaux publics, qui a parlé au nom du cabinet, je ne puis pas vous laisser dire que le gouvernement est pour quoi que ce soit dans le fait dont vous vous êtes plaint, et que les fonds secrets ont servi à payer l'afllchage. (Très bien ! très bien ! sur un grand nombre de bancs). . . »
Les boulangistes se vengèrent par des aménités telles que les suivantes, que je cueille dans la Lanterne du 26 mars, sous la titre : f La presse Ferryste et le général Boulanger i :
m II est bon de faire remarquer au public l'acharnement avec lequel l'organe du grand J. F. de Foucharupt continue à frapper sur SI victime qu'il croit tombée par terre. Un peu plus de modération lui siérait beaucoup mieux ; d'abord, parce que Boulanger est l'ennemi personnel de son protecteur, et ensuite parce que It général ne peut répondre. Mais, messieurs les ierryates ne comprennent pas cela ; ils n'ont qu'un but : se venger de ce qu© J. F. baissa pavillon devant l'attitude énergique de son adver saire, ( t essayer d'effacer l'impression produite par la qualification de < dernier d^^s lâches > qui lui fut donnée lors de son duel. Voici en quels termes triomphants le Mémorial d'Epinal, journal inspiré par M. Ferry, termine "" nrii..u,.nvA sur le général Boulanger -.
« Il n'est pas inopportun de rapj^eior ijue ce un M. Jules Ferry qui eut le courage de dénoncer hautement, l'année dernière, le 24
juillet à Epinal, le politicien aventureux et sans vergogne qui tombe aujourd'hui, en dépit de MM. de Gassagnac et Laguerre, sous la réprobation de la France entière. »
« Cette joie sauvage des plumitifs du Tonkinois ne surprendra personne et n'inspirera que le plus profond mépris. Lei ânes ne manquent jamais lorsqu'on croit que le moment est venu de donner le dernier coup de pied. . . »
3. — Sur le départ du général de Clermont et les manifestations qui l'accompagnèrent, voy. tous les journaux du 24 mars, et l'immense dessin de Pépin dans le Grelot du 25, intitulé : « Valets demandant un maître. » — UJllustration^ le Monde et l'Univers illustrés.
4. — Sur la candidature du général Boulanger ^ le 25 mars, dans l'Aisne et les Bouches-du-Rhône, bien qu'il fût inéligible, et à titre de protestation contre les mesures prises à son égard, voy., en particulier, la proclamation lancée le 20 mars par le «•Comité républicain de protestation nationale » signée entre autres par Paul Deroulède, Laur, Laisailt, Laguerre, Le Hérissé, Vergoin, députés, Lalou, directeur de la France, E. Mayer, directeur de la Lanterne, Rochefort, directeur de V Intransigeant^ etc. publiée dans tous les journaux de Paris et de province, ei reproduite dans Grison, p. 343, 344, et dans V Année politique de Daniel, 1888, p. 61, ô2. — On y lit :
« ... La France réprouve toutes les dictatures. Il ne s'agit pas de porter un homme au pouvoir, mais bien d'affirmer sur le nom d'un soldat républicain et patriote l'existence môme de la nation. Le nom du général Boulanger signifie : Libertés publiques, réformes démocratiques à l'intérieur, dignité à l'extérieur. Quand il était ministre, le général Boulanger a dit : « Si je poussais à la guorre, je serais un fou ; si je ne m'y préparais pas, je serais un misérable », il a traduit ainsi la pensée de tous les Français. »
Quelques jours après, le 22 mars, nouveau manifeste du Comité républicain de protestation nationale, en partie reproduit dans ï Année politique de Daniel, 1888, p. 66, et dont on trouvera l'histoire aux Coulisses du Boulangisme^ p. 232, etc., disant t qu'il retire la candidature du général Boulanger et qu'il suspend son action électorale. »
< Quel est le motif, écrivait M. H. de Kerohant dans le Soleil, le 23 mars, qui a déterminé le parti boulangiste à s'arrêter brusquement au milieu d'une campagne commencée avec tant d'entrain et à battre en retraite trois jours avant la bataille qu'il avait annoncée devoir être pour son caniidat une éclatante victoire ? — — Le motif invoqué par le Comité de protestation est qu'il « ne veut pas fournir l'apparence même d'un prétexte à l'appui de l'acte de forfaiture qu'on s'apprête à accomplir. » Ce que le Comité boulangiste appelle un acte de forfaiture, c'est le projet qu'a le gouvernement de constituer un conseil d'enquête pour décider si le général Boulanger doit être mis à la retraite.
« On trouvera peut-être que les hommes politiques qui forment l'état-major du candidat de la protestation nationale s'avisent un peu tard que leur campagne compromet la situation militaire de l'ancien comma dant en chef du 13* corps. La mesure tardive qu'ils viennent de {Tendre ne réparera rien. Le mal est fait maintenant. M. Boulanger est pris dans le fatal engrenage. Il ne peut
plus s'en dégager. Aussi est-il permis de croire que c'est surtout pour ne pas subir, dimanche prochain, une double défaite, devenu* depuis deux jours absolument certaine, que le» meneurs du parti boulangiste abandonnent la lutte. Ils ont vu que le terrain ne l»?ur était pas favorable. Ils se replient en bon ordre. Mais leur retrait* ne sauve pas le général Boulanger, Elle le laisse à découvert... •
Voy. sur ce sujet deux articles signés Edouard Grimblot (l'un, en particulier intitulé : a Le Mannequin »), reproduits dans tout 1^'S journaux conservateurs de province. Je les trouve dans 1« Petit Breton du 24 mars. — Je citerai encore deux articles d* M. Jules Simon dans le Malin, intitulés : « Monsieur Boulanger * et « Moles ». reproduits dans son livre : Souviens-toi du 2 di^ cembre, p. 1 à 28. « On ne lit plus que des articles sur le général B.^ dit-il, dans le premier ; on n'en ferait pas autant sur un général qui aurait remporté une victoire. . . »
Enfin il y a à conserver, au sujet de ces candidature!, un appel de la Fédération des ouvriers socialistes de Paris aux travailleurs des Bouches-du- Rhône, en faveur de Féijx Pyat, contre Boulanger, recueilli dans VAnnée politique, 1888, p. 68, 69.
Résultat : 12,083 voix dans les Bouches-du-Rhone le 25 mari contre Félix Pyat, l'ancien membre de la commune qui fut élu ; et 45,089 voix dans l'Aisne, en tète avec ballottage.
5. — Sur le conseil d'enquête (présidé par le général Février)j institué pour examiner le cas du général Boulanger, et sur sa m»
à la retraite d'office (ce qui le rendait éligible), voy. le Rapport di général Logerot, minist-e de la guerre, au Président de la République, daté du 27 mars, et publié aussitôt dans le Jourml officit puis dans tous les journaux du 28 ; puis dans le Boulangismedai leNord par Maximo Lecomte, p. 17 à 19, et dans VAfinéepolitiqi 1888, p. 70. 71. On remarqua la coïncidence de l'arrêt de la cou^ d'appel de Paris, du 26 mars, acquittant Wilson: — De là 1( articles : c Wilson et Boulanger » par H. de Kerohant dans le Soleil du 28 ; — «c Félix Pyat. Wilson, Boulanger, > dans la Lanterm d'Arlequin du 8 avril, avec dessin». — Et voyez un article de Ranc dans le Matin du 30 mars ; puis Boulanger, par Fé'ix Gaborit dansl'^f/iodg Venezuela {']0\3iVV\Q\ publié à Saint-Nazair«) du 10 avril; — et l'article de J. Reinach, daté du 28 mars, reproduit dans La foire boulangiste, p. 173 à 176.
6. — Sur la chute du ministère Tirard, le Vendredi ^aint, 30 mars, à la suite d'une den:ande de révision de la Constitution déposée par le député Laguerre, à l'incitation du général Bou~ langer, demande acceptée par la Chambre, malgré le ministère, voy. tous les journaux du 1" avril. Une revue des org«»nes des principaux partis indiquera nettement la situation à cette époque par rapport à Boulanger :
< Le vote du 30 mars, dit le Sêleil, donne une complète satisfaction à M. Boulanger. Hier matin, il a attaqué à fond le ministère. Ilibr soir, le ministère n'était plus. Hier matin, il a pris pour plate-f rme électorale la révision de la Constitution. Hier soir, la Chambre a donné raison aux révisionnistes. On dirait que M. Boulanger n'a qu'à parler pour obtenir immédiatement ce qu'il désire » — La Patrie salue le triomphe de sa politique, celle de l'appel au peuple, du plébiscite inévitable c qui n'est pts seulement un droit aujourd'hui, qui tera un fait demain. > — La
Lanterne d' irlcquia da 8 avril (avec dessins) intitule son ai liclô t le Vendredi Saint >, et remarque qu'on a plutôt assisté à une scène de mardi gras . . .
Les boulangistes entonnent le chant de victoire : — La Laîiterne fait remarquer que le programme du généi al a été accentué et expliqué par les orateurs de l'extrême-gauche. — « Le général n'est pas seulement vengé, dit le jy.i'« siècle, i! est vainqueur. • — C'est le suicide du Parlement, dit V!ntra?isigeant : « On n'aura même pas besoin de le jeter par la fenêtre comme en 1830, 48, 51 et 70,11 s'y jette lui-même. » — Le nouveau parti, créé par les persécutions et la faiblesse du gouvernement actuel, doit, dit la. France, faire œuvre de gouvernement futur et préparer les élections gêné- aies, c Nous incarnerons le mécontentement publie et l'espérance en une politique meilleure. > — Quant à la Cocarde, elle travaille à assurer l'élection partielle en rappelant aux mineurs du Nord les parol(»s pronoacées à la tribune parle général, le 13 mars 1886, lorsqu'on discutait l'attitude de l'armée dans la grève de Decazeville -. « Le soldat peut partager avec le mineur affamé sa soupe et sa ration de pain. »
Passons aux journaux républicains qui représentent l'opinion battue. Le Temps déplore l'aveuglement du parti, t Un vent de folie a passé sur la Chambre, dit la République française qui avait intitulé son article du 31 mars, daté du Vendredi matin, • une bonne journée » Malheureuse France! malheureuse République ! » — La Liberté croit que le problème ne peut être résoiu que par un cabinet dont il indique la ligne de conduite t II devra adopter une politique libérale pouvant attirer à elle les éléments inaltérables de la droite. . . » — La dissolution approche ! prédit le Siècle. — C'est le triomphe du général Boulanger., murmurent mélancoliquement les Débits. — Aussi la Justice fait-elle ^ea réserves < Les récriminations ne sont plus do saison, dit cejournal. Le parti républicain peut adresser des regrets personnels aux hommes qui descendent du pouvoir et qui méritaient toute estime. Mais c'est à l'avenir de la République qu'il faut songer. Et il est temps d'agir » — Enfin, le Cri du Peuple demande le ministère de la franchisa : « Le ministère Tirard est tombé, dit-il, parce qu'il a trappe Boulanger sans être résolument antiboulangiste. Il a été un peu neutre et hybride, le ministère Tirard. Il n'a satifait personne, pas même lui. Voilà sa vraie tare et le secret de son impopularité. . . »
Il faut joindre à tout cela les deux articles de M. Jules Simon publiés dans le Matin sous les titres « Louis Napoléon le Petit >. et « Cn grand ministère », reproduits dans Souviens-toi du 2 décembre, p. 29 à 54,
7. — Apparition, dans les premiers jours d'avril, du 1" numéro de La Lanterne du général Boulanger, par Michel Morphy, en cahier in-8° car. é de 16 p Ce premier numéro n'est pas daté, mais la date ressort du contexte. Le titre de la couverture est bleu et rouge, flamboyant. Daas le second numéro se trouve la lettre suivante :
" Pa»is, le 16 avril 1888, — Monsieur et cher confrère, je reçois à l'instant le 1«'' numéro de La Lanterne du général Boulanger que vous venez de faire paraître. Je viens vous informer que le titre de La Lanterne, est la propriété de la Société dont je suis le gérant. J'appelle votre attention sur ce point et fais
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appel à votre loyauté ordinaire pour vous inviter à retirer le mol ■ La LcuUerne, du titre de votre prochain numéro. Je crois «hî' i me sulfira de vous signal* r le (ait pour obtenir satisfaction jusie réclamation. — Veuillez agréer, etc. — Le djr&cleur-réd.i en chef, E. Mayer. »
« En d'autre temps, dit M. Mori)hy, nous pourrions invoquer des précéd^-nts et dire que nous avons au moins l'^s mêmes titras qne les éditeurs de la Lanterne d' Arlequin ti de la Lanterne éê Boquillon, qui paraissent librement et depuis longtemps. Mais le journal de M. Mayer défend avec nous, et plus puissamment que nous, la cause patriotique du général Boulanger. La polémique nous est interdite par un intérêt supérieur. Nous faison.s ilroilà la demande du directeur do la Lanterne. Notre prochain numéro s'appellera VEtoile du général Boulanger et paraîtra sa î^edi piochain. »
En effet, V Etoile du général Boulanger parut la semaine suivante : Je ne sais pas au juste combien il y en a eu de numéros, mais j'en possède au moins les 27 premiers. Dans le n° 1", il y a une curieuse invocation à l'étoile du général :
€ .... Tu es bien grande, mais tu peux grandir encore. Ta lumière peut s'accroître mille fois. Tu peux devenir soleil !
€ Ecoute-moi : Ce que nou'i attendons de toi et de lui, tu le sais. Depuis nos désastres, l'honneur national est là-bas, de l'autre côté du Rhin. Tôt ou tard, il faudra bien l'aller chercher.
€ Ni crainte, ni folie ; ni provocation, ni faiblesse. . . Le droit est une force, la première de toutes, n'est-ce pas ? Donc. alt<»ndoDi et préparons-nous. Pour que la France soit grande, il faut que la République soit fiera.
« Elle doit s'appuyer sur le peuple seul et non sur deux pari— ments. Avant d'édifier la patrie de l'avenir, il faut détruire l«t institutions surannées du passé. Balayons les ruines!....
«... La France a ccnfiance en toi. Elle te suivra, enthousiaste et résolue, portée sur les ailes de la victoire.
« Et combien ton nom sera béni, acclamé, si tu nous rends nos provinces séparées, étoile de la Délivrance ! Quelle ploire pour r DUS et pour toi ! Quel centenaire pour la grande Révclnlion! Quelle Exposition inouïe, sans pareille! On y entrerait par un aro de triomphe.. . |
« Ce serat l'apothéose de la patrie.
< Etoile du général [hulanger ! Etoile du Réveil et de l'Aveni; . si tu comprends cela... si tu fais cela... jeté prédis que tu remplaceras la croix du Panthéon et que tu conduiras ton homme à l'immortalité.
«< Ainsi'soit-il. .. et Vive la République! »
Il y a aussi des vers. Je signalerai en particulier, dans le n» une pièce de P. Geay, intitulée « l'Epée ».
On a brisé, mon général,
D'un trait de plume volro ép^e. . .
et dans le n» 9, la pièce intitulée « Le troupier boulangiste •. sans signature.
Les journaux de cette sorte germaient aussi bien sur le sol de la province que sur celui de Paris, car je coupe l'enlrefilet suivant dans la République française du 31 mars :
« Un journal paru jeudi matin, 29 mars, et qui s'appelle le Boulaîigiste de Lyon, a été saisi pendant que les crieurs l'offraient au public. Cette leuille dit que le général Boulanger a été sacrifié « parce qu'il déplaît aux Prussiens », et que « cinq généraux complaisants et triés sur le volet ont rendu le service qui leur était demandé ».
« Aux élections prochaines, ajoute le Boulangiste, la charge sera sonnée dans tous les départements. Çarnot sera culbuté, ï^oixante déparlements l'enverront à Charlottenbourg oi^i il vient d'être convié par Frédéric IIl. »
11 y avait aussi des placards séparés tels que la suivant ainsi décrit par le Figaro :
« SA dernière incarnation : — Le général Bouhnger crucifié, entouré des membres du ministère Tirard ; la France au pied de la croix, et M. de Bismarck, en Judas, dms un coin.
« Telle est l'œuvre d'art que l'on vend dans les rues sous le titre de : // ressuscitera ! — « Il reviendra » est dépassé : mais c'est peut-être aussi dépasser, dans la plaisanterie, les limites de ce qui est permis. . . »
8. — Sur sa candidature, le 8 avril, dans la Dordogne, V Aisne et l'Aude, contie son consentement ofTiciel et par l'intermédiaire du comité Thiébaud, voy. outre ce que j'ai dit au chapitre de VOEuvre oratoire, les chroniques très complètes publiées sous le titre « La Campagne boulangiste » dans le Moniteur universel du l^ï'au 10 avril : — les assertions de la Cocarde sur les anciens conseils des ministères, réfutées par une note de V Agence Havas du l^f avril ; — les deux articles de M. Ténot, sur « Boulanger militaire » dans la République française des 6 tt 7 avril ; — l'article signé « un soldat français », sous le titre « Solution du problème boulangiste » dans la Moniteur de V Armée-, — les déclarations du généra) au comité boulangiste signalées dans le Matin ; — l'interview du général par le correspondant du Pall Malt Gazette ; — l'article intitulé « l'Aspirant dictateur » par 0. Depeyre dans le il/onî7ew?' du 4 ; —la proclamation, signéo Georges Thiébaud, aux électeurs de la Dordogne, reproduite dans le Boulangisnie daîis le Nord, de Maxime Lecomte, p. 31 à 33; — A bas les masques, par Ernest Baudouin, au Petit BreloJi du 10 ; — le Petit Journ::li\u. 10, etc. — Le principal organe boulangiste pour cette élection fut la Cocarde.
Or le candidat lui-même se taisait; et la Justice de dire : «< Si le général Boulanger est le candidat do Rochefort, de Laisant et de Laguerre, il est aussi, à n'en pouvoir douter, celui des bonapartistes, et tous les éléments plébiscitaires sont appelés à se réunir sur son nom. Le programme politique, économique, social, religieux, des bonapartistes n'est apparemment pas le môme que celui des radicaux. Alors quelqu'un est dupe parmi les avocats du candidat de M. Thiébaud. Qui ? Ne faut-il pas qu'on le sache ? Rochefort, Laisant, Laiiçuerre et ceux qui marchent à leurs côtés ne sont-ils pas les premiers intéressés à le savoir ? Et comment, sinon par des déclarations franches et nettes du candidat sur les revendications essentielles du radicalisme, telles que la séparation
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deTEgliseet de 1 iAat, i iih])ol progressif sur le revenu, etc?... >
Résult'ils : Elu le 8 avril dans la Dordogne par r>9397 voix; M en môme t*»mps 11611 voix dans l'Aisne et > 499 dans l'Aude. -* Voy. à ce sujet l'article de J. Rcinach intitulé « V.-nt de folie », daté du '0 avril, publié dans la République française, et reproduit dans la Foî're bouîangiste, p. 190 à 193.
9. — Sur l'affaire des dépêches au comte DiUon divulguée» ptr le journal le Maiin^ le 10 avril, (article reproduit dans la Foire bouîangiste, p. 157 à 162), voy. la France du 11 avril, sous le titre « Les dépêche» volées », avec les rectifications du comle Dillon et la lettre suivante :
« Monsieur le procureur de la République. J'ai l'honneur d^ porter jiUinte contre le gérant et M. le dirt'Cteur du journal If i\fatin^ jjour vol et divulgation de dépêches privées. — En •^ ce journal publie aujourd'hui, sous le titre : le Boulangisme. sieurs télégrammes privés échanges entre le général Uoulan moi Le général n'ayant pas i»liis que moi communiqué à perces documenta, ils n'ont pu qiî'être volés — Agréez, monsieui . procureur de la République, l'assurance de ma haute considération. — DiLLO.N. »
Il y a 5 dépêches signées Dillon. et 2 dépêches signées Georges
Interviewé par V Intransigeant, le comte Dillon déclara qu-^ vs dépêches étaient chiffrées, que le chiffre n'a i>as été e.xactement connu par le gouvernement, et qu'alors certaines parties ont éi' dénaturées.
Le général, de son côté, fut interviewé sur cette affaire par un rédacteur de Xdu Cocarde^ et voici comment il l'apprécia :
c Je ne porterai pas plainte ; du moment que DilloD a pris
l'initiative des poursuites, j<; n'interviendrai pas. Ces télégrammes du reste ne prouvent qu'une chose, c'est que, quatre jours avant l'élection, je n'avais donné aucune instruction relative à ma candidature.
« Or, vous l'avouere/.. si j'avais brij^ué les suffrages des • ■ teurs, je n'aurais pas été assez naïf pour m'occuper delà :;:.pagne quatre jours seulement avant l'élection... j*aurais. bien auparavant, envoyé mes instructions et autrement que par dépêche.
« Mais tout cela est de l'enfantillage : nos adversaires s plus attrapés dans celte affaire . . si à la rigueur un gouverna le droit de prendre connaissance de la correspondanco des ticuliers, il n'a j^as celui de la publier. . . »
iir 1i
10. — Sur sa candidature effective cette fols, el son éh iion dans le Nord le 13 aviil, voy. — après les articles sui proclama'ion du général cités à l'ariicle des discours. — dans le Progrès du Nord, la séance du congrès républicain dans la salle du congrès conservatoire à Lille, le 4 avril, reproduite dans le livro de Maxime Lecomte, p. 58 k 72-, — la profession de foi de Paul Foucart, désigné comme candidat par
leiit congrès (ibid., p. 73.74); — la proclamation f\p< =
seillers généraux républicains du Nord, en faveur de Paul I contre Boulanger {ibid., p. 85. 86); — l'appel aux Elect- Nord, dans le mêm« sens, par le hureau de l'Association nale républicaine, (iftjd., p. 82); — l'adresse au général i.
BOULANGER ■lH'i)
langer de la fraction de la Ligue des Patriotes conduite par Deroulè'le [ibid.^ p. 87, 88); et la lettro de Paul Dflroulède à tous les instituteurs du Nord en faveur du général (ibid), p. 90, 91 : ces deux documents publiés d'abord par le Brapeau journal de la Ligue ; — l'appel aux Electeurs du Nord, lancé, le 13 avril, par le comité républicain radical socialiste, en faveur du citoyen Emile Moreau (ibid , p. 113 à U7) ; — le manifeste, aux TravaiiU^urs du parti ouvrier socialiste révolutionnaire (ibid. p. 122 à 124; — l'appel fait aux mineurs du Nord, contre Boulanger^ par 300. mineurs de Lens et de Uénn (ibid.^ par 201, 202) ; — l'appel d'un vieux flaman I aux électeurs d'Haztbrouck (î6/rf. ; p 205, 206) ; - la dernière proclamation du comité de protestation le 14 avril, et la réponse de Paul Foucard (ibid., p. 207 à 209) ; -— l^s interviews de Gluseret et de Louise Michel sur le général, d'après \q Galignani s Messenger (itirf., p. 124 à 126); — le compterendu, dans ['Echo du Nord, de la conférence tenue le 6 avril à Dunkerque (ibid , p. 1j9 à 154 ; — celui de la réunion d'Hautmont, le 6 avril, d'après l'Observateur d'Avesnes {ibid., p. i54 à 162) ; — celui de la réunion du théâtre de Valenciennes le 7 avril, d après V Impartial du Nord^ (ibid., p. 16d à 170) ; — celui di-* la conférence de Bailleul, le 7 avril, d'après le Progrès du Nord (ibid., p. 172 à^l74); — celui de la réunion <iu Gâteau, le 13 avril, d'après VEcho du Nord {ibid., p 175 à 180) : — les comptes -rendus d'une vingtaine d'autres réunions du môme genre dans les journaux locaux, en ramarquant que les adversaires de Boulanger sont : le Phare, de Dunkerque ; le Journal d'Hazehrouck ; le Progrès du Nord, le Petit Nord, le Courrier populaire, de Lille ; le Libéral du Nord, de Douai ; V Impartial et le Courrier du Nord, de Valenciennes ; VEclaireur, de Condé ; V Union Amandinoise de Saint-Amand-les-Eaux ; le Libéral^ de Cambrai ; VObservateur, d'Avesnes ; la Tribune du Nord^ de Fourmies, etc., tous soutenant Paul Foucard ; tandis que la Dépêche, de Lille (monarchiste) se déclare neutre le 5 avril ; que VEmancipateur, de Cambrai (clérical) patronne Boulanger, et que le Nord, de Lille, (républicain démocratique) se montre assez hésitant, témoin ses articles : « Hommes et principes ; les deux candidats ; sulfisance et insuffisance, etc. » ; et que la candidature Moreau est soutenue par le Radical de Paris.
« Parmi les journaux de Paris, il faut surtout citer les correspondances q\iotidiennes de la Lanterne, de la France, et de V Intransigeant -. — l'article des Débats intitulé : « Physiologie du Boulangisme ; » — les appels répétés de la Cocarde ; — l'article de J. Rpinach inti'ulé « Mangin II » (un journal de province qui le reproduisit écrivit bravement Mandrin II), daté du 12 avril, publié dans la République française et reproduit dans La Foire boulangisle, p. 194 à 201 ; — et après l'élection, les arlich^s du môme Reinach, reproduits lôid., p. 201 à 208; — l'anicle intitulé • L'homme populaire », par Henri Fouquier, dans le Figaro du 16; — et « La journée de Boulanger », par Chim holle, dans h; même numéro, article reproduit dans son livre sur le général, p. 89 à 98 ; — puis les a-ticles de M. Jules Simon, intitulés « Pile ou face », « Jeu de Société », « 1848 et 1888 », publiés dans le Matin et reproduits dans Souviens-toi du 2 décembre, p. 55 à 90.
La note gaie est donnée par ce quatrain éclos dans la cervelle d'un électeur de Foucard :
290 UOULANGICIl
Laguerre soutient Boulanger, Cela ne m'inquiète guère :
Mais où jo vois le vrai danger C'est que Boulanger c'est la guerre.
Et voy., pour la question financière, Les Coulisses du Doulangisme^ p. 89, etc.
Ne pas oublier les neuf dessins de Paul Lafage et Jean Beaudin, intitulés « Boulanger candidat », qui remplissent tout une page du Figaro du 7 avril ; — ni ceux des journaux satiriques illustrés, en particulier le Don Quichotte du 14 avril, avec une poésie et un dessin de Gilbert-Martin, intitulé « I^e Portebannière »; — « Le nouveau jugement de Paris >, au Charivari du 14 avril ; — et la grande planche de Pépin, au Grelot, intitulé* « Les ennemis de la République marchant sur le Nord », avec le général en tambour major, faisant battre la charge à tous les journaux de son parti. Cette planche fut tirée à part et donnée en prime gratuite du journal Le Parti oiuTicr,avec le titre « Boulanger démasque ses batteries. »
Résultat : Boulanger, 172796 voix ; Foucard, 75 706 ; Moreau, 9724 ; divers, 2469.
Les républicains intelligents ne cherchèrent pas à dissimuler la gravité de l'échec infligé à la République par le scrutin du 15 avril. M. Emmanuel Arène écrivait :
« Je ne veux pas récriminer; il faudrait être trois fois bêle pour jouer en cf momen^ les astrologues au bord du puits. Ce que je crois bien fermement, et ce que je m'en voudrais de ne pas dire, c'est que nous nous sommes tous, les uns et les autres, modérés comme radicaux, trompés du tout au tout sur ce pays qui est le nôtre. Ce pays est un vieux pays monarchique, une terre qui n'a jamais été féconrîée que par la sueur des uns ou des autres, une nation qui veut être gouvernée, qui veut sentir une main forte, qui ne l'opprime pas, mais qui la guide?.
On jiigj), d'après cela, ce q le mnsèrent les autres, parmi lesquels je citerai en particulier le Siècle :
« M. Boulanger se conduit en prétendant. Il est nécessaire qu'il sache qu'il s'expose à être traité en prétendant. Et il est encore plus nécessaire, quand le cabinet aura pris une décision, qu'il agisse avec la dernière énergie. Pour écraser dans l'œuf un aigle impérial, il suffit de la bofe d'un gendarme »
Voir au sujet de cet article, le commentaire du Soleil du 18 avril, intitulé t Un nouveau prétendant »; — et parmi les journaux satiriques illustrés, après l'élection, le Grelot du 28 avril, avec l'étrange dessin de Pépin, intitulé < Le veau d'or. >
11. — Sur l'entrée du général Boulanger à la Chambre, et les manifestations projetées, voy. tous les journaux du 19 et du 20 avril, avec les sous-titres : « le pjlai:* Bourbon fortifié; les précautions militairos », etc. — la chronique de Cbincholle intitulée f du Louvre au Ix)uvr.3 », reproduite dans son livre, p. OS à 106 ; - Le Don Quichotte «lu 'M avec une poésie et un dessin de Crilbnrt Martin intitulés : « Collègues »> ; — • t dans la Lanterne d'Arlequin du 29. l^s 3 artich^s . Ia^ Boulangisme -, Le 19 avril ; La mirifique Odyssée de Boulanger Z*"" ; — puis voy. tous les journaux du 22 fit la chronique do Chincholle imituléo € Semaine bruyante » {ibid., p. 106 à 126), pour la manifestation des
étudiants en monôme jusqu'à la chambre : et comme les journaux boulangistes avaient attribué l'organisation de cette manifestation aux élèves des facultés catholicjues, on lisait les protestations suivantes dans les journaux du lendemain :
€ Certains journaux boulangistes insinuent, dans leur numéro de ce matin, que la manifestation antiboulangiste qui est partie hier soir du quartier Latin avait été organisée par les facultés catholiques et <{ue les jeunes gens qui y ont pris part étaient des cléricaux. — La jeunesse républicaine des Ecoles qui a pris part, tout entière, à la manifestation, prot ste avec énergie et avec indignation contre de pareilles allégations. — Le mot d'ordre du mouvement était parti, non des facultés catholiques, mais des écoles de l'Etat, et la très grande majorité des manifestants était composée d'étudiants républicains, dont le but était de protester contre les idées dictatoriales et plébiscitaires qui depuis quelque temps semblent devoir envahir le pays, et surtout contre celui qni s'en fait le champion. Vive la France ! Vive la République ! » ' '
Et voy. de la môme époque le curieux article de J. Reinach, i.;titulé « En cabinet particulier, » daté du 29 avril, publié dans la République française et reproduit dans la Foire houlangiste, p. 212 à 220; — et celui de Maurice Barres dans la Bévue indépendante du mois d'avril.
12. — Sur \8i candidature du général Boulanger dan; l'Isère et la Haute -Savoie, lancée par la Cocarde, voy. les ioarnaux du 24 avril. L^ Lanterne, r/nfraM5i/7é'anf et plusieurs a»' res journaux boulangistes avaient publié la note suivante communio^iée par le comité dit de protestation nationale :
€ Un journal du soir pose la candidature du général Boulanger dans l'Isère et dans la Haute-Savoie. Cette initiative toute individuelle a été pr'si complètem'^nt en dehors de la volonté du général Boulanger et du Comité de protestation nationale. Le général Boulanger et le comité de protestation nationale persistent absolument dans la résolution prise et publiée le 21 avril ; ils ne cesseront d'y conformer leurs actes. »
La Cocarde répliqua, le 23, par ces lign'fs. « Nous n'avons qu'une chose à répondre. Nous n'avons d'ordre à recevoir ni de M. Mayer, ni de personne. Quand M. le général i5ou/ar?(7cr signera lui-môme les désaveux qui sont publiés par V Intransigeant et la Lanterne^ nous v-^rrons ce que nous avons à faire. Quant au prétendu Comité de protestation nationale, il n'existe* plus ; il a été dissous après la gaffe des Bouches-du-Rhône. par M. lo comte Dillon, qui a, sur lui, l'autorité d'un bailleur de fonds. »»
La Cocarde ajoutait ({u'elle comin^^ncerait le lendemain l'expédition de« bulletins au nom du général Boulanger (\a.ns l'Isère et dans la Haute-Savoie.
L'Agence Havas intervint à son tour, le 24, dans le débafc et se déclara autorisée par le général 5oMfanr7er à faire connaître que les notps communiquées à la presse parle Comité dit de protestation nationalp, avaient exactement li même valeur que si elles portaient la signature du général Boulançier, et qu'en conséquence le général refusait toute candidature dans l'Isère et dans la Haute- Savoie,
C'est à cette occasion que Charles Bigot publia dans la HépU' blique française, le 10 mai, un article très remarqué intitulé « le
général Pronunciaraento », entre deux articles de J. Reinach, l'un du 10 mai, intitulé « le Madhi i reproduit dans la. Foire boulangisU p. 2'26 à 232 ; l'autre du 1?, intitulé* N'avouez jamais > (ibtd. p. 232 à 237). — Et voy. le curieux dessin de Pépin dans le Grelot du 29 avril sous le titre : t Le gratin boulangiste ; les nouv»^aux aihérents «• ; parmi ceux-ci figurent Clovis Hugues, Emile Olivier et l'ex-père Hyacinthe. Ce dessin avait été sans doute inspiré par l'adhésion de ces personnages au programme poli'iqu« développé par B. dans une intprvii»w avec un reporter du Parli national, entretien qui a été recueilli dans V Année politique, de Daniel, 1888, p. 122 à 126. et dont l'authenticité lut niée par y Intransigeant, la Layiterne et le A7P siècle.
13.' —^ Sur l'élection du général Boulanger comme conseilUr municipal de Tulle et de trois communes du canton de la Roche- Canillac, le 6 mai. voy. une curieuse lettre d=) M. Borie. député de la Corrèzô, dans la Lanterne (\ii 11 mai. — Le roômejour, à côté d'un article intitulé « Ferry- Boulanger » et d'un autre - intitulé «Histoiro et légende,» à propos de l'étude de M. Tenot sur Boulanger militaire, la. Petite République française publiait celte note :
« Tulle, 9 mai. — Un télégramme du général Boulanger remercie les ouvriers de la manufacture d'armes qui ont voté pour lui comme conseiller municipal, t Cette marque de confiance, dit-il, augmenterait e-ricore, s'il était possible, ma sympathie pour vous et mon dévouement à la R ipublique »
C'ept de cette époque (jue date la création du jourual boulan ' giste la Presse, dont le directeur fui G. Laguerre, — et l'installation du comité permanant boulangiste, rue de Sez», qui adopta pour emblème r6!£'i//e/ rougç. « la tleur i)rélérée du général », disait la Cocarde.
14. — Sur le voyage de Boulanger dans le Nord^ du ! 1 au 15 mai, voy. ce que j'ai déjà dit au chapitre des discours, et tous les journaux de cette époque, en i)afliculier la Lanterne, Vlntransigea'ut et le Figaro avec la série, dans ce dernier, des dix immenses dépêches de Chincholle, reproduites dans son livre sur le général, p. 136 à 172. — Presque tous les journaux, pendant cette semaine, contenaient un a ticle Boulanger dans U Aord^ dont le titre s'étalait, chez plusieurs, en lettres d'alTiche, en tête du journal.
Et voy. les dessins de Pépin dans le Grelot du 13 mai, intitulé * Programme facile à suivre, môme en voyage. » Le général y est représenté en charlatan tenant en main une gigantesque carotte, sur laquelle sont insciits les mots : Programme-Remède ; — dan? celui du 20, sous le titre : c Le renversement du veau d'or », etc.
15. — Sur le déprrt du général de l'hAtel du Louvm. et son installation dans l'hôtel de la rue Dumont-Durvill»», voyez surtout les dessins de Pépin dans l« Grelot du 23 mai, sous le titre M Le syndicat boulangiste. Les souteneurs du général jtauvre -, avec cette inscription gur les billets souscrits: « Je reconnais
avoir reçu la somme de millions que je m'engage à rem-
l»niirser ave" la «n°nr du pe\iple je Uuid ;main de mon couronnement.. > - et dans celui du 3 juin, sous le titre € les faux billets ». —On commençait déjà à se demander « D'où vient l'ar-
gent », titre d'article qui reparait à tout instant dans les journaux anti-boulangistes.
A noter de cette époque, le dessin de Gilbert Martin sur Georges Laguerre traînant la statue dorée du général, dans le Don Quichoite du 26 mai.
16. — Sur la demande de révision de la Consliiulion déposée sur le bureau de la Chambre, U 4 juin, par le général Boulanger^ voy., outre ce que j'ai dit au chapitre de son OEuvre oratoire, tous les journaux du 5, et les adressée révisionnistes qui furent la suite de ce dépôt Paru i elles, je signalerai, entre autres, l'adresse présentée au général, le 10 juin, par une délégation de la Fédération républicaine révisionnistp, conduite par MM. Aifr^d Naquet, sénateur, et A. Ginqualbro, publiciste, secrétaire du comité central, approuvée par plusieurs centaines d'adhérents, appartenant tous à l'industrie ou au commerce parisien, et publiée par la Lanterne du 1 1 juin : Elle se termine ainsi :
«... Félicitant les homrops politiques qui ont su rompre les entraves dont n'ont pu se dégager encore leurs collègues et sortir de l'ornière parlemeniaire, ils demandent avoc eux ce que toute la France réclame -. uuî Constitution républicaine, des lois appropriées aux besoins modernes, une répartition équitable des charges qui doivent peser sur les citoyens, et témoignent au général Boulanger toute leur confiance. •
Le gén'^ral répondit par une allocution que j'ai citée au chapitre de son OEuvre oratoire
Et voy. sur ce sujet les articles de J. Reinach, intitulés « La constitution » (M et 25 mni) ; < Complicité inconsciente » (29 mai), < An Pilori », (5 juin), reproduits dans la Foire 6oulangiste, p. 244 à 260.
17. — Sur la candidature Deroulède dans la Charente^ pour les élections du 17 juin, Cdn lidature appuyée par la proclamation Boulanger du 11 juin, citée au chapitre des discours, voy. tous les journaux du 11 au 20 juin, en parMcuIier la 6'ocarde (pour), les articles d'Emmanuel Arène dans le Matin (contrî) — les Coulisses du Boulangisme^ p. 240. etc. ; — l'Année po/tf/çue, de Daniel, 1888, p. 163, 164; — et la proclamation Lambert (de l'imprimerie du Suffrage universel) répandue à profusion dans la Charente par les l)Oulan?istes. Elle débute ainsi
* Electeurs, un grand courant s'est déjà affirmé sur uu parti nouveau qui s'»»8t formé pu France. Tous les démocrates, gardiens fidèles des grands principes .émancipateurs de 1789, peuvent et doivent se donner la main sur le terrain b'^nlangiste. Ce n'est pas un homme, mais le grand principe sici.il payé si cher par nos pères, qu'il s'agit de proclamer ! M le .'•'^néral Boulanger l'a démontré à tous «es ennemis par son mn n K^ie discours à la Chambre des députés II veut l'appel au peu, 4 ; aa.is restriction. . . >
Le discours dont il s'agit est celui du 4 juin : voy. au chapitre des discours.
Et voyez encore un curieux placard en dessin-charge, signé Ed. Dupuy, sur le prétendant au titre de Mitron /"" {Paris, impr. Bady frères, in folio), et intitulé « Marchand de vieux habits, vieux galons à l'usage des carotiers », avec ce dialogue :
« L'opportuniste Carotier P*" (représenté par Rochefort) : — Puisque tu ne veux pas de chapeau, achète-moi cet*,e vieilU houppelande (sur l quelle est inscrit : L'habit de DiroulèJe, stvli Louis XV).
< L'électeur de la Charente. — Si tu n'as pas mieux, ferme vite ta baraque. Tu n'ignores pas. vieux blagueur, qu'il est à vendre depuis longtemps. . . »
Deroulède ne fut pas élu ; il y eut ballottage, et Pépin, qui avait déjà publié, dans le Grelot du 10 juin, un dessin sous l*^ titre « Le général se vide », en donna un autre assez comiqu", !" 24 juin, inlilulé « Retraite en bon ordre : » dms lequel il i reproduit diverses déclarations telles que « voler pour Ueruu.'-ie c'est voter pour moi. — Après l'élection de Deroulède, j'irai en Charente vous apporter en personne mes chaleureux remerciements », etc.
Voy. aussi « Boulanger à la rescousse », pièce de vers par Albert Millaud, au Figaro du 20 juin ; — l'examen du général, sign • Cascadio, dans le Charivari du 30 juin ; — et les articles d^ J. Reinach, reproiuits dans la Foire boulangiste, p. 275 à 296.
18. — Apparition, le dimanche 10 juin, d'un journal boulangiste satirique illustré, hebdomadaire, intitulé La Diane, destiné à combattre l'influence du Grelot, mais beaucoup inférieur. — Le numéro l^»" s'ouvre par un dessin intitu é « Les pioupious d'Auvergne dans II Charente » avec la légende t Voier pour Deroulède, c'est voter pour moi ; » et se termine par la chanson < Le^ pioupious d'Auvergne » (pn rôles et musique), chantée par Bourgeà l'Eldorado ; — Le n" 2, dont le dessin inti'ulé t Correction méritée » est peu r spectueux pour la Chambre, publie l'appe: d'un comité présidé par Alfred Naquet, pour ofTrir au généra'. Vépée d'honneur de la défense nationale ; — J; remarque dans 1>> n" 4, dont le dessin intitulé < Des nèfles • représente la coa'ilio: des ennemis Lilliputii nsd'^ Z?oi//an^tfr essayant en vain de renverser son buste colossal, un fac-similé d'autographe ainsi conçu
« Tout pour la France, et par la France. Le Bonlangisme, puisqu'on l'appftlle ainsi, n'a point d'autre programme, n'a pas «l'autr raison dôtre. Général Boulanger, 26 juin 1888. » Il v f»n enl d'autres dans les n®" 11 et 12.
19. — Sur l'incident de la folie du commandant Hérint, voy les ;ourmux de la fin de juin, en particulier : Le Scandale du 21 avec les snus-titres : Les escroqueries de la ban ie du général ; i vérité sur le drame Hériot, etc. — Les Châtiments du 2t, avec lesous-titres • La vérité sur le député Laguerre ; les maîtres chanf Mirs diM magasins dn Louvr»^. Boulanger. Laguerre et C* lUnilnngrr à la Roissière : la ruine d'Hériot, etc. ... et le dessin ■I ^ Pépin, dans le Grelot du \*' juillet, intitulé < Le poseur • le lapins. »
Continuation des chansons anti-boulangistes de Jules Joun 'ans le Parti ouvrier, et en 8«»ns inverse, dans l'Intransigeant. des panégyriques enthousiastes de Rochefort que Pépin r*»pr''iftnt« le 8 juillet, dans le Grelot, en « forçat du boulangisme. »
20. — Sur le voyage en Bretagne, du 7 au lOjuille!. vu.. cqu<^ j'ai dit déjà au chapitre des discours, et tous les journaux d-^ cette époque, spécialement ceux d'Ille-et-Vilaine, entre autres le Petit Rennais, organe boulangiste de Rennes, et la série des six
longues dépêches de Ghincholle au journa] le Figaro^ reproduites dans son livre, p. 18 4 à 208. — La première de ces dépêches, dans le Figaro du 8 juillet, est précédée d'un curieux article satirique d'Albert Millaud, intitulé : « 11 est partout. »
21. — Sur la démission de Boulanger à la séance du 12 juillet, et le duel Floquet qui en fut la suite, voy. ce que j'ai dit plus haut au chapitre des discours ; — le courrier de Paris, d'Albert Wolff, au Figaro du 14; — les procès-verbaux du duel, datés des 12 et 13 juillet, et signés : Clemenceau et Périn, pour Floquet, Laisant et Le Hérissé, pour Boulanger, publiés dans tous les journaux des 13, 14 et 15, et reproduits dans le livre de Ghincholle, p. 209 à 213; — puis les bulletins médicaux pendant la guérison de la blessure, ibid, p. 224 à 229; — Pt tous les journaux de Paris du 12 au 20 juillet, et la plupart de ceux de province, parmi lesquels je signale, en Tpair{icn\[er,V Ere Natio7iale (de Garcassonne) du 22 juillet, avec gravure. — Je citerai un extrait de l'article du Siècle :
« La comédie a fini par la tragédie et les grossièretés. Faute de sang-froid et de patience, on a gâté à plaisir une excellente situation. A un comédien ridicule on a prêté les apparences d'une victime. Et demain ce général des Funambules va pouvoir recommencer ses promenades de Bélisaire électoral avec des attitudes de martyr. Cet homme a décidément la veine. Il a beau faire toutes les sottises, il se trouve toujours dépassé. ...»
A propos du duel Floquet et dé la lente guérison du général Boulanger, je dois signaler ici un épisode bibliographique assez curieux. Cette situation insitira à M. de Neuville l'i lée d'envoyer dans tous les coins de la France des colporteurs chargés d'annoncer, non la bonne nouvelle, mais de distiibuer ou vendre un placnrd intitulé :
« î.a mort du général Boulanger. Ses conséquences désastreuses. Joie des Allemands Le congrès haute-cour de justice. Mise pn accusation du ministre-président Floquet. — Paris, Imprimerie Lombary, »
La première station de la croisade de ses émissaires, les sieurs Nozet et Esquévitz. fut la jolie ville de Mantes. Ils se présentèrent tout d'abord chez le commissaire central de Mantes, puis à la sous-préfecture et demandèrent l'autorisation de vendre dans la ville le pamphlet en question.
Les fonctionnaires administratifs ayant répondu qu'ils n'avaient « aucune autorisation à donner», les colporteurs se remirent en route, criant par toutes les rues : * Demandez... la mort du général Boulanger \ .. . Ses conséquences désastreuses! Cinq centimes ! Un sou ! »
Les gendarmes arrêtèrent aussitôt Nozet et Esquévitz, et les conduisirent devant le procureur de la République, qui, après les avoir interrogés, les traduisit, en vertu de la loi sur les flagrants délits, devant le tribunal correctionnel, sous l'inculpation d'escroqUHri'^ et demanda au tribunal d'appliquer aux prévenus l'article 405 du code pénal, soutenant qu'ils avaient commis une escroquerie, véritable, vendant, ne fût-;;e qu'un sou. un imprimé annonçant comme nouvelle vraie : « La mort du général Boulanger », événement chimérique. Les colporteurs furent condamnés à 24 heures de prison.
Pendant ce temps, le joarnal la Charge (3* série, n° 1), du 15 juillet, publiait un immense dessin d'Alfred Le Petit, reprôsen' ir:i le général Boulanger enjambant la ville de Paris, en montrim aux Parisiens Thydre de Ferry domptée.
En revanch", c'est à ce moment que la Lanlerne abandonn i u; parti boulangiste, en alléguant < ses tendances plébiscilair^^s >-\ les velléités d'alliance avec les monarchistes. » {Année politv . \ 1888, p. 165j. — A ce propos, voy. l'article de J. Reinach, lUi 1 avril, intitulé t Les alliés », publié dans la République / < çaise, et reproduit dans le Cheval noir, p. 21 à 26, avec ceiiépigraphe : « . . . Uno avulso, non déficit Mayer ! »
22. — Sur sa candidature improvisée le 4Z juillet dans l'Ardèche pour l'élection du 24, voy. ce que j'ai dit au chopitre de& discours , — les journaux de l'Ardèche de l'époque -, — les proclamations de M. Beaussier ; — l'article intitulé « Catilina », dan" le Soleil du 21 ; — le dessin de Pépin, intitulé « Tournée électorale, » dans le Grelot du 22 juillet ; — et les Coulisses du Boulangisme, p. 127 à 130.
fiou/aw^^r ayant échoué, ses ennemis exultèrent ; — M. Reinach disait dans la Rpubltque française : « La bête vit, mais le venin est mort »» — et M. Camille Pelletan,dans la Justice^ raillait « l'impuissance de Paulus à faire un dictateur... » — Pépin dessinait dans le Grelot d\\ 29, une charge désopilante intitulée • La déroute de l'Ardèche » ; — et la v.Mlle, on s'était pâmé devant un immense tableau de Gilbert Martin, intitulé « Les funérailles de Malborough », publié avec complainte en vers, dans le Don Quicfiotte du 28. — Enfin Paul Girard écrivait, le 6 août, dans le Charivari, un article intitulé : « Ci-gît Boulanger. >
C'est à cette époque, dans son numéro du 13 juillet, que VEspérance du Peuple de Nantes publiait, sous le titre* La monnaie de Boulanger », la curieuse nouvelle qui suit :
€ Nous avons eu hier sous les yeux une pièce de dix c^ntimo à l'efligie de Boulanger l*'. C'est une pièce dont la tôte de Napoléon III a été transformée par un habile graveur bàlois.
€ Le chef est recouvert d'un képi de général, et la barbiche lé gendaire de l'Empereur remplacée par la barbe bien connue du général Boulanger. Le mot en exergue Napoléon a été elfacé el remplacé par ce mot gravé en creux. Boulanger. Deux des trois I de Napoléon III ont été grattés également, ainsi nue le millé-*ira«< 1866, que le graveur a remplacé par celui de 1888. Si bien que Ton peut lire : « Boulanger I*' empereur, 188S »
€ C'ile pièce, d'un travail curieux, a été très limée, elle a perdu par conséquent de sa râleur matéiielle, ce qui faisait dire, hier, à lin antiboulangiste : < Comme empereur. Boulanger ne vaut pas tout-à-fait deux sous. >
23. — Sur sa triple élection, le 19 août, dans le Nord, la Charente-InfArioure et la Somme, voy., outre ce que j'ai déjà d:? au chapitre des discours, les proclamations de ses adversaires Joseph Lair, dans la (Miar*»nie-Inférieure ; Charles Deamonliers, Pierre Dexourt, dans le Nord ; Bcrnot dans la Somme ; — piii"^ VOY.. dans tous es journaux du 5 au 20 avril, les articles iniiiul -^ < la nouvelle campagne boulangiste » résumés, pour le f . dans le livre de Chincholle [). '120 k 251 : ou c le général /a/iK7fr dans la Somme », • un attentat contre le général Boulanger », etc. -et les articles tels que : < une dernière cartouch*», » par
H. Rocheforl dans i' I nlrunsigcadt S'd 17, — enfin, les comptes rendus de son voyage dans la Charente-Inférieure, depuis l'article de Jules Richard intitulé « Le tour de France du général Boulanger », dans le Figaro i\\i 2^ juillet, jusqu'aux ovations de Saintes et de Saint-Jean d'Angély décrites par le Petit Rennais du 8 août.
Le principal organe anti-boulangiste dans la Somme était le Progrès de la Somme, à Amiens, qui donnait le la à tous les autres. — Et voy. V Année politique de Daniel, 1888, p. 202 à 212, et pour les ressources financières, les coulisses du Boulangisme, p 131 à 134.
Pai^mi les journaux satiriques illustrés je citf^raijde cette époque, « Une vieille proxénète > par Pépin, dans le Grelot du 5 août; — « Un. deux, trois et quatre », ou la transformation de Boulanger en Badinguet, avec piè';e rimée, par Gilb-rt Mirtin. dans le Don Quichotte d\i 11 ; — « En revenait de la ... tournée », par le mAme, avec chanson parodié»^ de celle de la Revue, dans le Do*^ Quichotte du. 18 ; — et l'immense dessin de Pépin : « Les dernières îoprésentaticns de la troupe >, dans le Grelot d\i 19, avec la lc„'ende « Il n'y a que lui. Vive l'Empereur! » suivi, le 26, de « La granr'e soupière » etc.
Il convient d'ajouter qu'il y avait deux sièges à pourvoir dans le Nord, et que Boulanger s'était annexé, comme compagnon de liste, M. Kœcklin, maire récemment révoqué du IX« arrondissement de Paris, ^ou/an^er réuni", 130 000 sulfrages et Kœchlin 126 000, contre 97 000 aux républicains. — « Ce n'est pas le général Boulanger qui est passé, disait, le lendemain, Paul de Cassagnac dans Y Autorité, c'est le général opposition : » — et la France du 21, faisant lo relevé, dans un article intitulé « l'éloquence des chiffres», des voix obtenues par le général depuis le 22 mai, en trouvait 737, 284.
24 . — Sur son voyage du 26 août à lAsivux^ accompagné du député Laguerre en uniforme de sergent de réserve, voyez tous les journaux du 25 au 30 août, en particulier le Journal de Oaen ; — on peut y joindre le Don Quichotte du 26 avec le grand dessin et la pièce de vers de Gilbert Martin, intitulés t le triple trapèze. »
Je lis dans le Télégraphe du 30 août :
c M. Boulanger ayant déjeuné avec M. Laguerre, lui a adressé un télégramme qui commence ainsi : « Veuillez remercier en mon nom la brave population de Llsieux... » Ainsi, comme l'observe avec tant de raison notre confrère Charles Laurent, ^i. Boulanger^ écrit à M. le sergent Laguerre, en service actif, pour le charger de remercier en son nom la population civile qui lui a fait accueil. Il le charge de « dire >» à cette population toute sa reconnaissance pour les acclamations qui l'ont salué.
» Comment veut-il que le sergent Laguerre s'acquitte de sa commission ? — En publiant la dépêche, apparemment. Mais M. Laguerr-i n'a pas le droit, tant qu'il est au régiment, de publier quoi que ce soit sous son nom, ni, d'une manière détournée, sous un nom emprunté, à moins d'en avoir reçu l'autorisation formelle au ministre delà guerre.
f C'est donc à un acte d'indiscipline que M. Boulanger, ancien ministre lui-môme, ancien commandant du 13« corps d'armée, confie son associé politique, le sergent Laguerre. . . »
•J'.)X HOULANGKR
25. — Sur l'entrevue de Boulanger avec le prince NapoléoBià Prangins, voy. l'article do J. Reinach, intitulé « Le traiui if« Prangins » daté du 30 août, publié dans la République fran
et reproduit dans Le cheval noir, p. 70à7i, en y joigna précédent article daté de Turin le 29 juillet et intitulé « Le n<i:U'i du complot » (ibid , p. 10 à 15) ; — les Coulisses du Boulangism^, p. '»6 à 51 ; — le Grelot du 2 septembre avec le dessin dr ( « l'Aîsaut de la Uépubliqno >, et l'article signé Montretoul. tulé : « Boulange chez Plon-Plon et C'''. », etc.
26. — Sur Véclipse du général Boulanger pendant le mois da septembre, voy. les commentaires de tous les journaux de la première semaine. Parmi les racontars plus ou moins extraordinaires qu'on vit éclore de la fantaisie des reporters en défaut, je cueillerai celui-ci dans le Gil Blas du jeudi 30 août :
«... C'est seulement hier mercredi que l'Intransigeant et la Presse ont annoncé que le général Boulanger avait quitté Paria pour fa're en Suède le voyage dont il était question depuis quelque temps déjà. Nos confrères ont pris le soin d'ajouter que le général n'avait point annoncé son départ, afin d'éviter toute manifestntion bruyante. Cette réserve, qui n'est évidemment point hab;do la part des journaux en question, s'appuierait sur des i m de la plus haute gravité. Si nous sommes bien informé, en tirol, — et nous croyons T'ître — le général ^•e rendait en Allemagne par Hambourg. Il est même possiUe qu'il soit allé direct, dans cette dernière ville, sans faire un détour par la Suède. 1 il se rendrait chez le prince de Bismarck, avec qui il auraii n; entrevue.
« Il y a déjà plusieurs jours que nous savons le véritable n du voyage du général. Nous n'avons pas voulu en parler a\ départ de ce dernier, afin de ne pas apporter, par une ind. . tion dangereuse, une entrave à celte conférence, dont la i peut ôlre considérable... »
Et voy. h dessin d'Alfred Le Gran 1, intitulé : t Floquet obsé par Boulanger. Regardons s'il n'est pas sous le ht », dans la l)ia> du 2 septembre; — le dessin do Pépin, intitulé : « Il est parti avec une complainte do J. Marx, dans le Grelot^ du 16 ; — « Ave/ •V0U3 vu Boulanger? » par Henri Aimol, dans le Don Quichotte d 2ô. à côté d'un dessin de Gilbert Martin, intitulé : « Chacun son air». — Mermeix, dans \esCoulisses du Boulangisnie^p. 25, assure que Boulanger passa ce mois de septembre au Maroc avec M"« N
La press) s*occupa beaucoup, pendant c- 1 c entr'acte » (le m est de ChiuchoUe), d'un article du Moniteur de Rome qui, s sant que Boulanger pourrait arriver au pouvoir, examinait . serait la situation des intérêts catholiques et concluait en d sant « L'Eglise n'a rien à y perdre, et elle peut y gagner beaucoup. > Plusieurs, en particulier le Progrès du Morbihan, prétendirent voir une intervention du Pape en faveur du général Boulanger L'Univers leur répondit ainsi :
• Tous «es raisonnements, mêlés d'injures, pèchent par la base 1° le Moniteur de Rome n'est pas Vnrgane officiel du Vatican 2* il ne fait pas autorité dans le monde catholique ; 3* il n'a nullement mission d'esprimer Us sentiments secrets du Saint- 1 ère, lesquels, d'ailleurs, sont connus de tous, puisqu'ils sont les mêmes que ses sentiments publics.
« Nous l'avons déjà dit, et, devant l'abus que l'on fait, contre la politique du Saint-Siège, d'un article fantaisiste du Moniteur de Rome, il faut le répéter : ce journal, qui a pour programme la défense de l'Eglise, reçoit, comme d'autres journaux romains, des communications du Vatican, mais il n'a aucun caractère officiel et ses articles n'engagent absolument quo lui... > [Petit Breton, du 16 octobre).
De la même époque aussi date un article intitulé: « Le règne des nouvelles couches en France », dans le Contemporary Review. Frédéric Marshall y apprécie ainsi le général : « Bien qu'il n'ait montré aucune capacité comme leader politique, bien qu'il ait absolument trompé dans leurs espérances ceux qui voyaient en lui un chef, Boulanger n'en reste pas moins l'expression d'une des phases de la fantaisie populaire, le porte-voix des mécontents.»
27. — Sar sa comparution devant la commission ùe la révision, le 2(j octobr«% voy. en particulier le dessin du Charivari^ du 29 octobre, par Henriot, avec la légende « Oh ! malheur ! à leur âge... » ; — et l'interview du reporter de la France, intitulé € chez le général Boulanger », dans la France du 27. Il paraît qu'au lieu do l'appe'er général^ on lui avait dit Monsieur -.
« — Je sui'?, a-t-il dit, habitué à tous les procédés «'iscourtois ; aucun ne peut m'étonner. Que voulez-vous? certains Français envisagent le patriotisme de telle façon que toute leur énergie, ils l'emploient contre des Français. Ils traitent en ennemis publics ceux qui ne partagent pas toutes leurs opinions et toutes l-urs conceptions poliliciues. Pour moi, je cuis maintenant cuirassé et bien cuirassé ; les injures, les calomnies ne me touchent pas pins qu'elles no touchent, d'ailleurs, la grande masse des électeurs. — Mais, disons-nous au général ^ow/anp'cr, ne trouvezvous pas que les commissaires vous aient en quelque sorte fait subir un interrogatoire ? — Un interrogatoire! nous répond le général. Eh parbleu! avant même l'ouverture de la séance de la commission, il était bien certain pour moi qu'on allait me faire asseoir sur la sellette. J'aurais pu ne pas répondre. On aurait mal interprété mon silence. J'ai répondu. Il est vrai que mes ennemis interprètent mal aussi mes paroles et leur font subir la question ordinaire et extraordinaire. Quels tortionnaires que ces prétendus libéraux! J'avais l'air, ma foi ! de comparaître devant le grand tribunal ds l'Inquisition. . . >»
28. — Sur le mariage civil de Mlle Marcelle Boulanger avec le capitaine Driant, le 29 octobre, à la mairie du XVΫ arrondissement de Paris, et le mariage religieux, le lendemain, à St-Pierre de Ghaillot, voy. les chroniques de tJhincholle au Figaro du 30 et du 31; reproduites dans son hvre p. 261 à 273; — le Petit Rennais du 31 ; — la Gazette anecdotique de 188S, II, 259 ; — et le Journal illustré du 4 novembre 1888, avec les portraits de Marcelle et du capitaine Driant, sous lo titro « Ua mariage l)arisien. »
29. — Sur sps alliances avec les royalistes à cette époque, voy. le Paris du 28 octobre, reproduisant un anicle du Moniteur du Puy-de-Dôme, que Mermeix a recueilli dans le* Coulisses du Boulangisme, p 142 à 144, pour montrer qu'il n'avait pas été le premier à les signaler : il en rectifie plusieurs erreurs. — Voy. aussi V innée politique, 1888, p. 228 à 232; — le dessin de première page du Courrier français du 21 octobre, sous le titre
'iOO BOULANGER
c L*(*]illet et la Hoso », — celui <ie P'-jiti intitule : « Le inomiiii^ lie Boulanger. Tirons quand mêrn^, nous Je déboulonnerons après », dans le Grelot du 28; — et celui d'Alfred Le Petit c Trip'.alliance ». dans la Charge ilu 28, qui fut saisie par lapojf a cette occasion ; — enfin celui à^ Gilbert Martin, avec pièce d« vers dans le Don Quichotte du 10 novembre, sous le titre : « Coramf ils le bichonnent. »
29. — Sur ses alliances avec les impérialistes à cette éporm*». à loccasion du banquet de Nevers, voy. plus spécialement.
ce que j'ai dit au chapitre de VOEuvre oratoire, VAnnéepolti , 1888. p. 230, et outre les dessins citos à l'article précédent, de Pépin dans le Grelot du 18 novembre, sous le titre « une s- , d'hypnotisme»; — de Gilbert Martin dans le Don QuicholU des l«'"et 15 décembre, sous les titres • Pèlerinage du 2 décembre ». et « Roméo et Juliette » -, — et le Charivari du 26 novembre : dessin avec la légende : « Salon pour 400 couverts... — El comme légumes? — Ça va de soi. Des panachés, puisque c'est un bouquet boulangiste. »
30. — Sur le projet de coup d'Etat du ministère Floquet contre Boulanger et ses partis in s, voy. tous les journaux du 22 au 25 novembre.
La République française avait publié, sous la signature d^ M. Joseph R'ànach, un article des plus violents qui se terminait ainsi :
« M. Boulanger ne se contente phn de nouer avec les prétendants expulsés du territoire des coalitions qui constituent, dan toute la force des termes du code pénal, le crime de complot contr la sûreté de l'Etit II a formé encore le noble dessein de noy»^r 1 République sous la boue avec le concours du rebut desmouchardet avec les subsides qu'il reconnaît lui-même tenir de Tetra-:- • A la bonne heure ! C>^la e-t p. us franc, plus net; c'est dign»' à fait de la bande césarienne Ah! vous croyez nous iniimi.;.; vous qui n'avez jamiis connu le parti républitain que par s<"déserteurs ! C'est bien, allez, continuez ! Encore quelques jours d patience, et vous connaîtrez^ uanstoltb LKun rigukur VEwcBRESSb
l.ES LOiS, LBS JCSTES LOIS DE LA RÉPUBLIQUE ! »
Eu même temps, M Labordère se voyait obligé de démentir, pa une lettre publiée dans le Soir, le 2i novembre, un propos qu'n aurait tenu < disant que le général fi. éiait un conspirateur et (ju'il fallait le coller au mur ». Celte letire qui a été conservée (\ans VA n7iée politique de 1888, p 245, 246, contesta les termes mais laissa voir que la pensée n'avait été que fort peu travestir.
L'on se demandait quelle signification il convenait d'tccorder à ces paroles menaçantes, quand tout-à-coup le bruit se répandit dans Paris que M. Floquet, de concert avec M Carnot, préparait un coup d'f^iat contre les fauteurs et les complices de la grande coalition dénoncée, c'est-à-dire contre Its monarchistes et les boulangiste?.
Il s'agissait de c faire connaître dans l<>ur rigueur vengeresse > au général Boulanger et à ses amis, ainsi qu'aux chefs et aux personnalités principales du parti conservateur, ce que M. Joseph Reinach appelait les •« lois, les justes lois de la République. * En d'autres termes, c'est un 18 Fructidor que méditaient le président de la République et le président du conseil -. arrêter, eni!"-!<onTi.>r
déporter tous ceux dont ils redoutaient le succès aux élections prochaines, voilà à quoi, en désespoir de cause, ils s'étaient résolus. Après quoi, « débarrassés de ce qui les gène », ils convoqueraient les électeurs, non sans avoir pris, au préalable, quelques précautions, telles que la suppression de la liberté de la presse et du droit de réunion.
« Cel* peut paraître tout d'abord invraisemblable, absurde, mais cela est, écrivait Paul de Gassagnac dans Y Autorité -, M. Floquet, président du conseil des ministres, médite, prépare un coup de force. Voici son plan, etc. »
Et il annonçait comment les cellules étaient préparées à Melun et à Clairvaux. — L'Intransigeant enchérissait encore : « Les journaux qui ont refusé de mordre aux séductions des fonds secrets, écrivait Rochefort, seront naturellement englobés dans ce coup d'Etat. » — Le Gaulois recevait de M. Dugué de la Fauconnerie une lettre pleine de détails précis sur les projets médités : « Je sais que Gassagnac a entre les mains, depuis hier, la liste des députés et journalistes auxquels M, Floquet se propose d'offrir l'hospitalité... » — La Presse insérait un article de Laguerre intitulé « Floquet décembriseur » ; — et la France envoyait un de ses reporters chez Boulanger qui répondait :
« Quand on m'en a parlé pour la première fois, j'ai refusé de croire à une pareille monstruosité !
€ Quoi ! en 1888, à la veille de l'Exposition, au moment où cette admirable manifestation pacifique de la France peut nous reconquérir toutes les sympathies de l'Europe, un coup de force ! Et un coup de force accompli par qui ? Par l'homme de toutes les libertés, par M. Floquet.
« C'est impossible, disais-je. Mais il a fallu me rendre à l'évidence. Nous avons reçu, à ce sujet, les renseignements les plus probants. Plusieurs de nos amis auxquels le gouvernement a l'imprudence de faire ses contidences ont fourni les indications les plus nettes. . . »
Toute cette affaire est bien résumée dans le Petit Breton du 24. La mèche étant éventée, le coup ne partit pas ; mais je trouve un souvenir curieux de l'incident, dans cet entrefilet qui fit le tour de la presse en décembre :
« Un jouet pour les étrennes a été mis en vente avant-hier. Il représente M. Floquet essayant d'enfoncer à coups de casse-tête, dans son chapeau du temps de « Vive la Pologne », un général Boulanger qui reparait toujours. On fît circuler à la Ghambre le joujou, et l'on s'en amusa beaucoup. Si bien que M. Floquet, furieux, demanda l'ordre d'en interdire la vente. Hier donc, les camelots furent traqués partout par la police. Mais les am^s du président du Gonseil lui tirent honte de sa colère, lui représentant qu'il se rendait ainsi encore plus ridicule : et M. Floquet s'est résigné à donner contre-ordre. *
Et voy. le curieux dessin de M, Gilbert Martin, avec une excellente pièce de vers, dans le Don Quichotte du 17 novembre, sous le titre « Dernières courses d'automne ». (C'est une course en sac échevelée entre Boulanger et Floquet, avec le bureau du Sénat pour obstacle) ; — et un autre intitulé « Les Etrennes du pouvoir » {Don QuichoUe du 29 décembre) dans lequel Jules Ferry, Boulanger et Floquet cherchent à s'arracher l'un à l'autre * le gâteau du pouvoir. »