‹ Répertoire général de bio-bibliographie bretonneChapitre 29 sur 33 · Tome V · texte numérisé non relu

Tome V

En attendant, voici d'après M. Albert Macé, témoin auriculaire {Petit Breton du 4 décembre), un couplet d'une carmagnole qu'on chantait à la manifestation Baudin le 2 décembre :

Boulanger s'élait promig De faire fusiller tout Parisj Mais son coup a raté, •

Grâce à nous les fédérés.

On lui coupera la télé, Vive le ion, etc.

32. — Sur les projets de divorce du général Boulanger, voy. kdéclarations du J/A'« Siècle en décembre, contredites par une vïew de M"^^ Boula?iger, que tous les journaux, en parlicu, Soleil, publiaient le 12. Un mois après, le 12 janvier 1890, le Xll* Siècle disait, et toute la presse répétait après lui, le 13 :

« Devant le président du tribunal, qui recevait en son ca les deux époux, M. le général Boulanger arguait uniquem^ceci : il/™» Boulanger refusait de réintégrer le domicile coii — Nullement, aurait répondu A/™* Boulanger^ et si le généra m'offrir son bras, je suis prête à le suivre.

( Le général, absolument démonté par cette proposition, d. changer ses batteries. Il s'emporta, se fâcha, formula d' griefs : Pendant qu'il était ministre de la guerre, A/™* Bout avait obstinément refusé de venir loger dans l'hôtel du minisiert- D'autre part, alors que, blessé dangereusement dans son duel av'^ M. Floquet, il devait compter sur les soins empressés de M'^' ! langer, sa femme s'était bornée à envoyer jjrendre de ses velles auprès des docteurs qui le soignaient.

< — Pardon, a répondu à ce moment Af"»^ Boulanger, quand je me suis présentée afin de vous donner mes soins, j'ai trouvé ma place prise, et je ne pouvais (]ue me retirer. J'ai fait ce que je devais en m'enquérant avec sollicitude de la santé du général.

« M^^ Boulanger déclara alors qu'elle s'oi^j «oserait de toutes ses forces à la demande en divorce, ajoutant qu'elle voulait conserver au général «< un foj'er pour ses vieux jours. » Le ]»résident n'ayant pas réconcilié les époux, c'est-à-dire n'ayant pas amené le général à renoncer à sa demande de divorce, les adversan-es qui, l'un et l'autre, avaient fait choix déjà d'un avoué, le g-r de M® Paul Roche, A/'"" Boulanger, de M* llusson, vienne charger deux anciens bâtonniers de soutenir devant le tribun. leurs prétentions resjtectives. »

Et voy. dans le Grelot de février 1890. le dessin de Pej;:! m titulé : a Les dos verts au Vatican. »

Je dois signaler 2 dessins du Charivari, de cette époqu" ; — le 13 décembre: « Le déménagement do 1888 », où l'on v ; ' tête d'un général servant do girouette au milieu de 4 pointdinaux représentés pur une fleur de lys, un chapeau do Na; P"", un bonnet phrygien, et une figure en j>oire ; — puis le > . cembre, un général à cheval, en grande tenue, à qui la 1 montre le poteau indicateur de la route de la Révolte, ave< "tte légende : t Pardon général, je crois que vous vous trompez de chemin. La route de la Révolte ne mène pas à l'Elysée. »

E. — Année 1889. — Apogée et décadence.

1. — Sur son élection légitlative à Paris y le Î7 janvier, cutre ce que j'ai dit au chapitre des discours, tous les journaux

de Paris et de province, depuis le 23 décembre 1888, date de la mort du député Hude, jusqu'au 30 janvier 1890, et V Année politique de 1889, p. 11 à 21. — Dès le 25 décembre, V Evénement puhhSiit une interview du général sur ce sujet, pendant que le Figaro interviewait Rochefort, et le Gaulois Auguste Vacquerie. Le 26, tous les journaux publiaient les principaux fragments de ces interviews. Je les trouve en particulier dans le Soleil, à côté d'un article de H. de Kerohant intitulé « Le bon tyran. >

« Gomment ! Si je me présente au siège que la mort de ce pauvre garçon vient de rendre vacant dans la députation de Paris ? Mais vous n'en doutez pas, — et le gouvernement non plus, et le pays pas davantage. Je n'ai fait, en promettant à mes électeurs du Nord, après ma seconde élection, de rester leur député, qu'une seule réserve : le cas où il y aurait lieu de pourvoir à un siège dans le département de la Seine. Ce cas se présente ; je suis donc parfaitement en règle avec eux en aspirant à prendre place au milieu des représentants de Paris »

La candidature du général Chromo (c'est ainsi que Camille Pelletan l'appelait dans la Justice), une fois lancée (voy. sur ce sujet Chincholle^ p. 295 à 305, sous le titre « Nouvel avatar » ; les Coulisses du Boulangisme, p. 138 à 142; et les articles de Jules Simon intitulés t Nos candidats, » et « S'abstenir c'est voter pour l'ennemi >, publiés dans le Matin, et reproduits dans Souviens-toi du 2 décembre, (p. 84 à 95, et 349 à 358), — il y eut une véritable débauche de proclamations et d'affiches : on en cou /rit d'épaisseurs sans cesse renouvelées, les soubassements de tous les monuments de Paris : on en colla jusque sur les marches de l'escalier de façade de l'Opéra, et sur le dos de la statue de Diderot au boulevard de St-Germain. (Voy. Chincholle p. 309 à 361) : « Parfois, à la grande joie des badauds, dit un chroniqueur, une lutte d'affichage s'engageait entre les colleurs jacquistes et boulangistes. Dès qu'un colleur d'une opinion avaitfini son travail sur l'une des faces d'un soubassement, un colleur de l'opinion opposée apparaissait et apposait son papier sur celui qui venait d'être mis. On s'amusait, montre en main, à constater la durée d'apposition des affiches de l'un et l'autre candidat. De une heure à cinq, la durée d'apposition visible était en moyenne de cinq minutes. Que de papier inutile ! . . . » Le premier appel de M. Jacques désigné parle Comité central répubhcain, ne parut que le 8 janvier, mais à partir de ce moment, les réponses et les répliques se succédèrent sans interruption, entremêlées des manifestes fantaisistes des Lisbonne, des Salis, des Sarrazin.

Parmi les innombrables articles de journaux, je citerai « le Prophète » par H. de Kerohant dans le Soleil du 12 ; — « le général Omnibus » par Lissagaray,et « Sa capacité militaire » dans la Bataille du 14 ; — « Le général Boulanger et la littérature » dans Le Décadent du 15 ; — « L'ami du peuple : Sauveur omnibus ; Nouvelle infamie ; D'où vient l'argent ; Le dégoût public ; Barbenzingue et Badinguet ; » etc., dans la lanterne ^m 21 ; — « M. Boulanger fusilleur » dans la Justice du 25 ; — « Fantaisies électorales », dans le Petit Phare (de Nantes) du 25; — la complainte intitulée « Pauvre Jacques », qu'on collait sur les affiches de ce candidat ; — « Boulanger général et ministre » par Eug. Tenot, àQ.ns\dL Revue politique et littéraire du 26. — « Théâtre ultra libre. La matinée du général » par Modernio, dans le Cha" rivari du 19, etc.

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J.a Lanterne d\i 14 énumérait ainsi les journaux de Paris qu*ell.'

appelait les soutiens du Boulangisme :

€ Liste des journaux bona]>artisies, boulangistes. royalistes < cléricaux qui i)atr.onnent la candidature Boulanger dans le département de la Seine :

L'Autoriic, bonapartiste.

Le Pays, bonapartiste.

V Intransigeant, boulangiste.

Im, Patrie, bona])artiste.

Le P^tit Caporal, jérômiste.

La Souveraineti' y bonapartiste.

La France, boulangiste.

L'Univers, clérical.

Le Gaulois, royaliste.

La Presse, boulangiste.

Le Soleil, royaliste.

Le Figaro, royaliste.

La Croix, cléricale.

La Cocarde, boulangiste.

La France Nouvelle, royaliste.

Le Petit Moniteur, monarchiste. »

Dans la collection des journaux satiriques illustrés, voyez le dessin d'Alfred Le Petit intitulé:* A qui le tour t.dans la Ch '-'•du 6 janvier, avec la légende : « Nu comme la vérité, ré]>ul' loyal et sincère, le général Boulanger ne craint pas d'être d» bille devant le peuple. . . » ; — la série du môme intitulée « i sissez », dans la Charge du 13 ; — celui de Gavroche, da: Diane du 6, sous le ti^re « La grande lutte » ; — ceux de G Martin « Hum !. . . celui-là est bien lourd » (il s'agit du i»o; la ville de Paris) « Situation critique > (la ville de Paris ent: deux dentistes Jacques et Boulanger) et « Charles Lalou » tant un Boulanger en pain d'épice enveloppé dans le journal '■■ France), avec pièces de poésie dans le Don Quichotte du 5. du 1" et du 26 ; — celui de Pépin : € Le candidat des larbins >, \q Grelot du 13; — ceux de Ilenriot dans le Charivari d « Le général commençmt à trouver qu'on est rudement s dans cette petite barque-là (celle de la ville de Paris) »; celui du 18, « Ce bloc informe ne me dit rien qui vaille » ; dancelui du 22 • César ! . . . Pas de taille » ; etc.

Rôsultat, Boulanger o\\i à Paris jtar 244.236 voix et en recut'iilant 11707 dans la Cote d'Or où il ne se jtrésentait pas.

Les commentaires des journaux, le 28, sont fort intéressants — le Siècle, qui ]>as8ait pour l'organe du président de la Répa hlique, disait : « Le vote de Paris semble, au premier abord, uw aberration incompréhensible. Il a malhoureusemeut trop d'explfr cat.ons dans l'histoire de ces dernières années, dans rhisloirt môme de l'heure présente. Paris n'a pas voté» comme on serai tenté de U croire, pour un candidat. Il a voti' contre un systèmi de gouvernement, il a voté, pour mieux dire contre l'abs-^nc^ d gouvernement... »

— La Lanterne : € Paris, hier, s'est déshonoré. Pou; ... mière fois, depuis vingt ans, Paris a donné la majorité au: ennemis de la République. . . >

— La Justice : < Il serait puéril, il serait périlleux d'essayer

BOULANGER oOo

dissimuler ou d'atténuer la portée du vote. Nous sommes en présence d'un fait, il a ses conséquences. Le fait, Sesi que M. Boulanger a entraîné à sa suite des milliers d'hommes de tous les partis sans distinction ; car ce qui caractérise le vote, c'est que la même désertion de la cause républicaine s'ect produite dans les quartiers modérés ou radicaux, . . »

« — I-e Voltaire : « de Paris nous en appellerons à la France entière ; nous en appellerons à toutes les institutions de l'Etat qui sont dirigées par des républicains éclairés et fermement résolus à défendre nos libertés ; nous en api)eUerons à nos députés euxmêmes, qu'., par leurs divisions, ont fait naître le danger que nous courons en ce moment et qui peuvent par leur union aider en roi e à le conjurer. . . >»

— L'Intransigeant : « Nous déclarions, l'autre jour, que de tous luS agents électoraux d\i générai Boulangera meilleur était encore Floquet. La campagne de boue et de crachats que celui-ci a menée depuis un mois a certainement valu à l'élu d'hier une bonne quarantaine de mille voix. Qu'il en rrçoive ici tous nos remerciements que nous le prions de vouloir bien transmettre de notre part à ses rejUiles. . . »

— La Petite République franmise : « Les patrons du candidat ollitiel n'avaient oublié qu'un point : c'est que Paris votait contre eux, bien plus que pour Boulanger ; que plus ils l'attaciuaient, plus ils l'insultaient, plus ils le désignaient aux suffrages populaires. Ces gtns-là ne se doutent pas de leur impopularité : il ne savent pas à quel degré l'égoismo de leur politique, l'etroitesse dn leur jacobinisme, le radotage de leurs vieux programmes démodés et surtout l'évidente imbécilité des institutions auxquelles ils se cramponnent ont exaspéré le pays. . . »

— Le Figaro : << Le ministère a trouvé le moyen de transformer en défaite sanglante, irréparable, une bataille qu'il fallait traiter, comme un simple incident électoral. . . »

— "U Autorité ■ « La catastrophe est immense, terrible, irrémédiable. Elle les englobe tous, tous. Car tous s'étaient imprudemment, follement, jetés dans la mêlée. . . C'est fini. Le pays leur crie : « Allez- vous en ! »

Il est certain que si, le 28 janvier. Boulanger avait voulu profiter de la stupeur causée par l'écrasante majorité de son élection pour s'emparer du pouvoir, rien no lui eut résisté. Ses amis l'y poussaient (voy. les Coulisses Boulangisme \) 12), Il refusa. Pour se venger, la Chambre, avant 'Je se dissou(lre, remplaçait, le îl février, le scrutin de liste par le scrutin d'arrondissement, puis i)ar peur d'un plébiscite, votait la loi contre les candidatures multiples, mais le ministère Floquet succombait avant les nouvelles élections.

Et voy. après le vote, les dessins de Gilbert « Il l'a enlevé », dans le Don Quichotte du 2 février; — de Pé;jin, « Le centenaire de 89 », dans \id Grelot du 3, avec Ja légende « Encore, encore, toujours. Nos pères ont supporté 15 siècles de bastonnade-, nous s.mmes les dignes fils de nos pères... » ; — d'Alfre»! le Petit, « Une page d'histoire » dans la Charge du iO, avec la légende : « Boulanger : Li grande voix du suffrage universel, votre maître à tous, a parlé : elle vous ordonne de vous dissoudre. M. Floquet, Allez dire au suffrage universel, vôtre maître et non le nôtre, que

nous nous fichons de lui comme d'une guigne, que nous ne re ' pas ici contre la volonté du peuple, et que nous n'en sortirons par la force. . . des pommes cuites. »

Et voy. encore la Gazette anecdoiique^ 1889, 1, p. 40 à 44, et II, p. 38 à 41, reproduisant une lettre de M. de Mackau dans le New~ York-Hérald pour protester qu'il n'est pas le bailleur de fonds. A ce propos, l'on consultera un grand nombre d'articles intulés 0 D'où vient l'argent ? », dans unefoule de joumaux pendant toute l'année 1889.

2. — Sur \a,chute du ministère Floquel, le 14 février, voy. !e« comptes-rendus de la Chambre des députés et les articles des journaux du lendemain , commençant presque tous par cette phrase stéréotypée :

« C'est à l'occasion du général Boulange?' et sur la question de la révision que tomba le cabinet Tirard le 30 mars 1888. C'est à l'occasion du général Boulanger et sur la question de la révision que tombe le cabinet Floquet, le 14 février 1889. »

A cette époque il faut rattacher les dessins d'un goût assez douteux du journal le Troupier, n®» 71, 72 et 73 « Une fausse couche de républicains»; « Tentative d'embauchage de l'armée >; et « Ah ! quel cochon d'enfant !» ; — celui de Gavroche, € Les Croisés de la rue Cadet t, dans la Dia7ie du 10 février ; — celui de Gilbert Martin, c Le pavé de l'ours », dans le Don Quichotte du 16, etc.

C'est aussi vers le même temps, quelques jours avant la chute du ministère, qu'Ernest Blum publiait, dans le Rappel, une curieuse fantaisie sur les statuts de la nouvelle Société commercialo Le Boulangisme. En voici le titre :

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