septembre
Original signé, A. N., F7 36883.
1325. — Extrait de l'ordre du jour de la force armée de Paris, portant que les capitaines de canonniers présenteront à l'Etat-major général, sous 48 heures, l'état des citoyens destinés à l'armée révolutionnaire; les adjudants généraux des lé-
gions feront l'inspection des barrières avec exactitude et rendront compte des événements au Commandant général.
De bons citoyens s'étant plaint de ce que quelques femmes passaient aux barrières du pain sous leurs jupons, le Commandant général invile ses frères d'armes, qui y sont de garde, à surveiller ces intrigantes.
A compter du 12 courant, les réserves ne sont plus payées.
Toujours la même exactitude, mêmes patrouilles et réserves de 100 bommes.
D'après les rapports de la force armée, la nuit précédente, l'on avait sonné le tocsin à Bercy, à cause des prisonniers qui voulaient se révolter contre la garde, la section des Gravillicrs y a envoyé du renfort.
17 septembre 1793.
Copies conformes, signées de Clément, secrétaire de l'Etat-major général (2 pièces). A. N., AF'v 1470, BB3 7G.
1326. — Rapport de l'observateur Le Harivel : 1° déclarant que les portes des boulangers sont moins assiégées que de coutume ; 2° constatant que, dans toute la Cbaussée-d'An lin, dans les Faubourgs Montmartre et Saint-Honoré et sur partie des boulevards, il ne s'est rien passé de contraire à l'ordre et à la tranquillité publics ; 3° signalant un particulier qui, au pied même de la statue de la Liberté, place de la Révolution , cberchait à endoctriner quelques citoyennes, avec force propos inciviques, jusqu'à vouloir même persuader que ceux que l'on guillotinait là allaient droit en paradis ; parmi les assistants se trouvait David, député à la Convention nationale, qui, de concert avec Le Harivel, interpella ce citoyen, lequel exhiba une carte à lui délivrée par la section du Contrat (sans le mot Social) et fut invité à s'y rendre pour se faire reconnaître. Cette invitation parut le contrarier; il sortit néanmoins du groupe en priant ironiquement David d'être son défenseur officieux, mais celui-ci lui répondit fort énergiquement qu'il ne se chargeait jamais des mauvaises causes. Ce particulier fut conduit à la section de 1792, au lieu de
celle du Contrat; il est estropié et a toule la tournure d'un prêtre.
17 septembre 1793.
Original signé, A. N., F7 36883.
1327. — Bapporl de l'observateur La Tour-La Montagne, faisant connaître que les attroupements continuent aux portes des boulangers, mais ne sont plus aussi nombreux, ni aussi agités, que Paris jouit d'une tranquillité qui désole les malveillants, tranquillité apparente, s'il faut les en croire, et servant de voile aux plus sinistres projets. La Tour-La Montagne ayant entendu un particulier, qui osait dire qu'il ne comprenait pas l'empressement avec lequel les jeunes gens courent se ranger sous le drapeau de la République, lui reprocha vertement son incivisme et invita les citoyens à s'assurer de sa personne, mais ce quidam s'empressa de disparaître dans la foule. Tous ces propos contre-révolutionnaires ne font pas la plus légère impression sur les esprits, et le peuple continue à jouir sans crainte de la tranquillité que ses magistrats lui procurent et se repose sur eux avec confiance du soin de la maintenir.
Les maisons de jeu et de débauche, qui se multiplient chaque jour d'une manière effrayante, inspirent toujours les plus vives alarmes aux bons citoyens; ce sont des points de ralliement pour tous les ennemis de la chose publique, il s'y tient des propos affreux sur le gouvernement actuel, on y colporte même des feuilles incendiaires, et l'on ne saurait trop se hâter de détruire tous ces vils repaires de l'agiotage et de l'aristocratie.
17 septembre 1793.
Original signé, A. N., F7 3G883.
1328. — Rapport de l'observateur Rolin, révélant les faits suivants :
1° Les grottes et cafés souterrains du Palais de l'Egalité paraissent remplis d'aristocrates et de filous, qui profitent du bruit des instruments de musique, les uns pour entretenir des conversations anliciviques, les autres pour commettre leurs vols ou escroqueries.
2° Les salles de vente du même Palais sont remplies de marchands d'argent, qui se font remarquer par leurs discussions, lorsqu'on expose en vente un objet d'or ou d'argent; des commissaires devraient s'y trouver de 7 heures et demie du soir jusqu'à 10.
3° On dénonce comme aristocrate avérée la citoyenne Rourjot, marchande cirière, cour du Commerce, qui entretient correspondance avec les religieuses de la rue Cassette, où viennent aussi des prêtres réfractaires confesser les femmes du genre de la citoyenne Rourjot; on y ferait de bonnes captures dans l'après-midi.
4° On signale également la citoyenne Mauri, blanchisseuse aux Carrières, près Charenton , comme ayant accaparé une quantité prodigieuse de savon.
Rolin recommande, pour le poste d'observateur, le citoyen Charmond, actif, probe, ayant des connaissances sur la Commune, le Département et les tribunaux.
17 septembre 1793.
Original non signé, A. N., F7 36883.
1329. — Rapport de l'observateur Roubaud, donnant des renseignements: 1° sur la disette du charbon, qui cause de la rumeur dans plusieurs quartiers, et qui est enlevé de force par les malveillants au prix qui leur convient; 2° rendant compte d'une conversation qu'il a eue avec le nommé Mounié, ancien agent de change à Lyon, lié avec tous les aristocrates agioteurs de cette ville, résidant à Paris, et fréquentant assidûment le café de Chartres, Palais Egalité, au sujet de la situation de Lyon, lequel piqué d'entendre l'observateur Roubaud traiter les Lyonnais de scélérats, s'échauffa et finit par dire qu'il n'était pas possible de vivre plus longtemps dans une telle anarchie, qu'il n'y avait d'autre remède qu'un roi, devraiton le choisir parmi les brigands de la Convention. Roubaud déclare que, s'il ne l'a pas fait arrêter, c'est afin de surveiller de près les Lyonnais, qui fomentent quelque projet contre-révolutionnaire ; 3° témoignant Sa surprise de voir dans les promenoirs publics le ci-devant duc de Créqui, connu
par son incivisme, vêtu de haillons et toujours accompagné de gens suspects.
17 septembre 1793.
Original signé, A. N., F7 36883.
1330. — Rapport de l'onservateur Rousseville, signalant les faits suivants :
1° Les murs de Paris sont couverts d'affiches qui attirent l'attention des patriotes, notamment un arrêté de la section du Luxembourg, relatif aux signataires des pétitions et à la taxe des choses de première nécessité.
2° Au Jardin national, les groupes ont presque été aussi nombreux que dans les temps d'insurrection, mais celte affluence n'était que l'effet de la joie qu'excitent les décrets vraiment populaires que la Convention vient de rendre, on parlait aussi des subsistances, de la punition des traîtres et de l'incarcération des suspects répandus autour de Paris dans les maisons de campagne.
3° Au jardin d'Egalité, l'on a arrêté et conduit à la caserne de la Courtille l'un de ces officiers oisifs et tapageurs, qui s'y promènent sans cesse, au lieu d'être à l'armée.
4° Au Tribunal révolutionnaire, l'on a condamné à la déportation une femme d'émigré, convaincue de correspondance et de propos contre-révolutionnaires lors de la prise de Valenciennes.
5° Les ouvriers, qui se trouvent en grand nombre sur la place de la Maison commune, à l'heure des repas, se réjouissent de la diminution du prix des denrées, de l'ardeur de la jeunesse à parLir et du prochain triomphe de la République.
6° Une femme Gaspard, Faubourg du Roule, ayant acheté chez un fermier de l'endroit 4 boisseaux de seigle et les ayant payés en assignats, le fermier les jeta sur le fumier, la femme saisit le sac de seigle, et le vida sur le même fumier, le juge de paix fit incarcérer le fermier et donner à la femme 4 autres boisseaux de seigle gratis.
7° Dix-sept suspects ont été arrêtés à Suresnes et envoyés au Comité de salut public du Département.
8° On s'est plaint aux Jacobins du premier commis des Subsistances, qui entre-
tient l'inquiétude en disant qu'elles vont manquer.
17 septembre 1793.
Original signé, A. N., F7 3G883.
1331. — Rapport de l'observateur Béraud : 1° annonçant un grand attroupement, qui a dégénéré en rixe, la veille au soir, devant la porte Saint-Martin, au sujet de la prise du Quesnoy, annoncée par les uns, démentie par les autres, et des nouvelles dans les journaux ; 2° signalant la femme Pingenet, tenant le Café politique, près de la porte Saint-Martin, qui a vécu dix ans avec le marquis d'Hazecourt, secrétaire général de l'infanterie française, comme recevant des suspects, entretenant une correspondance émigrative, et ne dissimulant pas ses opinions royalistes; 3° indiquant sur le boulevard, près de la rue Grange-Balelière, un hôtel rempli d'étrangers, à la porte duquel sont continuellement des domestiques, qui insultent les volontaires estropiés à leur passage.
17 septembre 1793.
Original signé, A. N., F7 3G883.
1332. — Rapport de l'observateur Soulet, déclarant : 1° que l'ex ministre La Tour-du-Pin se fait apporter à manger par son gardien, avec lequel il communique, dans une chambre en particulier; 2° qu'on a toujours de la peine à se procurer du pain; 3° qu'un tas d'individus, soudoyés ou aristocrates, voudraient occasionner un mouvement, en engageant adroitement le peuple à se porter aux prisons, surtout au Palais.
17 septembre 1793.
Original signé, A. N., F7 3G883.
1333. — Rapport d'un observateur anonyme, déclarant que l'on n'a point manqué de pain, la veille, dans le Faubourg Saint- Germain, et que, cependant, ce matin, il y a eu des attroupements aux portes des boulangers, attroupements à la vérilé peu nombreux et peu bruyants.
La vue des jeunes citoyens de la section de l'Unité, mis en réquisition, qui ont traversé, la veille, une partie du Faubourg Saint-Germain, pour aller se présenter à
la Convention nationale, leur air gai, leurs chants joyeux, leur nombre, car ils paraissaient être au moins 500, ont produit très bon effet; ces dispositions guerrières et les préparatifs faits clans le même Faubourg pour l'établissement de forges destinées à la fabrication des armes, raniment et encouragent les jeunes gens, en particulier ceux de la section de la Fontainede-Grenelle. Les propos de plusieurs individus de cette section qui, par imprudence ou à dessein d'empêcher ces jeunes gens de marcher, se montraient publiquement contraires à cette levée, et l'arrestation de ces individus avaient produit une es~ pèce de dégoût et d'attiédissement dans l'esprit de cette jeunesse. La résolution manifeste des jeunes gens des autres sections, qui se montrent tous prêts à partir pour les frontières, active le courage de ceux-là', qui sont aujourd'hui en quelque sorte honteux d'avoir fait paraître de la tiédeur pour défendre la pairie.
La plupart des denrées, telles que les œufs, le beurre, la viande, sont au même prix que les jours précédents, mais les haricols verls et les pommes de terre ont diminué à peu près de moitié, ce qui est un soulagement pour le peuple.
17 septembre 1793.
Original signé, A. N., F7 36883.
1334. — Délibération du Comité de salut public du Déparlement de Paris : 1° constatant la remise du procès-verbal de la visite, par le citoyen Franchet, de la maison des Chartreux, soupçonnée de renfermer un magasin considérable de farines dans des tonneaux destinés à l'ennemi, et où il ne s'est rien trouvé ; 2° décidant la mise en liberté de Flolard et de Beaumarin, envoyés le 15 à l'Abbaye; 3° autorisant, dans les cas urgents où l'on pourrait craindre l'évasion subite d'un grand coupable dénoncé, trois des membres du Comité à signer et à mettre à exécution un mandat d'arrêt, à charge d'en rendre compte ; 4° sur la demande par La Tourdu-Pin-Gouvernet, délenu aux Madelonneltes, de nomination d'un administrateur à la place du sieur Marniot, qui a apposé les scellés à la maison dite de la
Tuilerie, décidant d'écrire au Comité de sûreté générale pour qu'il soit fait droit à cetle requête, afin de pouvoir distinguer les innocents d'avec les coupables qui sont aux Madelonnettes ; 5° recevant la déclaration des citoyens Guigues et Nicolas, chargés de procéder à l'arrestation de la citoyenne Adeline, ci-devant actrice du Théâtre-Italien, portant que, ne l'ayant pas trouvé chez elle et instruils qu'elle était à Ecouen, ils ont sollicité du Comité de salut public de la Convention un pouvoir qu'ils n'ont pas obtenu; 6° arrêtant l'envoi aux Comités de salul public et de sûreté générale d'une dénonciation du Comité de surveillance de la section de Bon-Conseil contre le nommé Noé Makketros, ex-marchand épicier, rue Quincampoix, n° 35, « A la Ville d'Amsterdam », hollandais, réfugié en France, actuellement colonel de la légion fiatave, signalé comme très suspect.
17 septembre 1793.
Extrait du registre des délibérations du Comité de surveillance du Département de Paris, A. N., BB3 81* (anct BB" 20), fol. 320, 321.
1335. — Extrait de l'ordre du jour de la force armée de Paris, rappelant que le concours des canonniers est toujours pour le lendemain, à 9 heures, annonçant le départ d'un convoi d'artillerie pour Arras.
Par cet ordre, le Commandant général invite les commandants de sections à se faire rendre compte des sommes reçues dans leur arrondissement pour les citoyens de garde aux barrières, afin de prévenir les plaintes et réclamations, prescrit d'envoyer ces étals au secrétariat de l'Etat-major, ces gardes ne devant, à l'avenir, être payées que sur des états bien au net, où le nom des citoyens, celui des rues et le numéro des maisons seront inscrits.
D'après les rapports de la force armée, les commissaires aux accaparements ont fait arrêter, dans la section du Temple, une voilure chargée de cuirs; plusieurs voilures de charbons ont passé la barrière Saint-André avec un certificat du Département de Paris, les quatre grilles du bord de l'eau du quai Pelletier se trouvent ou-
vertes, ce qui peut faciliter l'évasion des voleurs ou malveillants.
18 septembre 1793.
Copies conformes signées de Clément, sociétaire de l'Etat-major général (2 pièces), A. N., AF'v 1470, BB3 76.
1336. — Arrêté du Comité de sûreté générale, décidant, par mesure de sûreté générale, que le citoyen Varlet sera conduit sur-le-champ aux prisons des Madelonnettes pour avoir tenu dans un groupe des propos contre-révolutionnaires, et y sera détenu jusqu'à nouvel ordre.