septembre
Extrait du registre des arrêtés généraux du Comité de sûreté générale, A. N., AF*1I 286.
1337. — Rapport de l'observateur Soulet, relatant les faits suivants :
1° Dans l'hôtel de Washington, rue du Chanlre-Sainl-Honoré, il se rassemble depuis longtemps un tas d'aristocrates.
2° Dans la Société révolutionnaire des femmes, séante aux charniers de l'église Saint-Eustache, il s'est fourré une foule d'intrigantes, dont Tune, nommée Lacombe, a dit hier dans cette Société que les membres du Comité de sûreté générale de la Convention étaient des intrigants, notamment Chabot et Rasire, qui avaient l'infamie de faire incarcérer les meilleurs citoyens, auprès desquels ils envoyaient des moulons pour les rançonner adroitement et les faire sortir aussitôt après.
3° L'esprit est, dit-on, tout à fait perverti au Havre-de-Grâce, on y joue les pièces les plus aristocratiques, on y embarque le blé, même en gerbe pour les îles de Jersey et Guernesey, et des individus se permettent de dire qu'ils viennent de l'armée catholique.
4° On a toujours de la peine à se procurer du pain et le peuple murmure; la plupart des jeunes gens en réquisition sont contents de partir.
18 septembre 1793.
Original signé, A. N., F7 36883.
1338. — Rapport de l'observateur Béraud, faisant connaître que c'est la maison Galehcr, de Bordeaux, qui envoie des émissaires à Paris pour recevoir les paquets
des députés perfides; qu'il se forme un parti à Chartres pour empêcher les farines et grains de venir à Paris et qu'un conducteur de subsistances a failli y être tué.
Béraud étant entré au Palais - Royal, dans une maison de jeu, un homme le toisant est venu lui demander sa carte et, quoiqu'il ait pu dire, l'a repoussé, il y a aperçu des jeunes gens qui lui ont paru assez embarrassés.
18 septembre 1793.
Original signé, A. N., F7 36883.
1339. — Rapport de l'observateur Bigeot, signalant les faits suivants :
1° Le Tribunal révolutionnaire jugeait 4 particuliers de Rouen, pour avoir signé une pétition anticivique, brûlé l'arbre de la Liberté et crié Vive le Roi ! il est à remarquer que toutes les fois que quelqu'un déposait contre les accusés, il y avait force tousseurs, ce qui pourrait bien être une manœuvre.
2° A une heure après-midi, à l'apport Paris, une quarantaine de femmes de la Halle se sont disputées au sujet de la cocarde, la plupart n'en voulant pas, l'observateur n'a rien vu de semblable dans les marchés voisins.
3" Lin boulanger de la rue de Grenelle, au coin de la rue Saint-Guillaume, donne du mauvais pain, plusieurs individus à l'air inquiet se tenaient à sa porte, un autre, dans la rue de l'Université, se trouve dans le même cas.
4° Aux Tuileries, les groupes ne parlaient que de bonnes espérances, toutefois, un petit homme de 50 ans cherchait à faire dévier l'esprit public et demandait le renouvellement de la Convention, parce que, d'après lui, les lois ne marchaient pas assez.
18 septembre 1793.
Original signé, A. N., F1 3688:!.
1340. — Rapport de l'observateur La Tour-La Montagne, annonçant que la situation de Paris est toujours la même, les attroupements continuent à la porte des boulangers, mais sans trouble ; les jeunes gens en réquisition témoignent le plus vif empressement à marcher contre l'ennemi,
les femmes se plaignent vivement au sujet de la distribution de l'ouvrage et demandent qu'elle ait lieu dans chaque section.
La Tour-La Montagne rend compte de la représentation de Bathilde ou le Duo, comédie en un acte, à laquelle il a assisté, et déclare qu'il ne comprend pas qu'on ose représenter sur l'un des premiers théâtres nationaux une pièce remplie des plus sales équivoques, où la pudeur est à chaque instant outragée et qu'on supporterait à peine sur les plus vils tréteaux de la République; les mœurs étant la base fondamentale d'un gouvernement républicain, on ne saurait surveiller trop scrupuleusement tout ce qui peut y porter la plus légère atteinte. Cette pièce était précédée du Père de famille, ouvrage d'un philosophe célèbre, l'un des meilleurs que le gouvernement monarchique ait vu éclore, mais La Tour-La Montagne insiste sur le danger qu'offrent presque tous les ouvrages dramatiques composant le répertoire des théâtres. Rs retracent, sous les couleurs les plus llatteuses, les antiques abus du régime féodal, des costumes odieux blessent les regards, le langage de la tyrannie retentit et la contre-révolution s'opère chaque jour dans les théâtres.
La Tour-La Montagne réclame Brutus et dit qu'on ne doit jamais se lasser d'entendre le fier langage de la liberté. Il est temps, ajoute-t-il, qu'une loi sage fasse taire tous ces échos de la tyrannie et que la voix de la Liberté ait seule le droit de se faire entendre.
18 septembre 1793.
Original signé, A. N., F1 36883.
1341. — Observations du citoyen Rolin, signalant la réapparition du journal l'Observateur, dont le débit fut si prompt, la veille, qu'à 9 heures un quart il n'en restait plus au Palais-Royal, dénonçant comme suspecte la maison du ci-devant président Roland, rue Montmartre, en face de Saint- Joseph, qui est tenue par des aristocrates de premier ordre, il serait utile d'y faire une descente nocturne.
18 septembre 1793.
Original signé, A. N., F7 3§883,
1342. — Rapport de l'observateur Roubaud : 1° signalant le renchérissement progressif des denrées de première nécessité, cause d'inquiétude pour le peuple, qui néanmoins reste calme dans tous les quartiers ; 2° rendant compte d'une opération dont il a été chargé dans le quartier dit de l'Etoile, entre le bois de Roulogne et les barrières, où un rassemblement avait été annoncé, il a parcouru, avec un de ses collègues, tous les lieux publics depuis les Champs-Elysées jusqu'au bois, et n'a vu que des gens paisibles, et une patrouille conduisant un voleur ; 3° dénonçant un certain Rebour, qui ne fréquente que des suspects et répand continuellement de mauvaises nouvelles dans tous les cafés du Palais-Egalité, cet individu a été le premier à faire courir le bruit qu'il existait une guillotine à Ricêtre, pour expédier les prisonniers, à mesure qu'ils y entraient.
18 septembre 1793.
Original signé, A. N., F1 36883.
1343. — Rapport de l'observateur Rousseville, donnant les renseignements suivants :
1° Le pain a encore manqué chez les boulangers et la foule a continué d'investir leurs maisons, manœuvre qui n'a pas produit l'effet qu'en attendaient les aristocrates.
2° Dans plusieurs cafés, on discutait sur l'affiche de Vincent, qui demande d'expulser des bureaux tous ceux qui n'auront pas un bon certificat de sansculottisme. Ceux qui parlaient étaient patriotes, mais on voyait bien des mines allongées trahissant l'embarras de gens fort en peine de se procurer de tels certificats.
3° Le ci-devant Palais Marchand, la Grève, le Palais d'Egalité, les groupes des Tuileries n'offraient rien d'intéressant.
4° L'on a arrêté le colleur d'un placard invitant les Français à secourir les rois et à écraser les Jacobins; l'affaire est au Comité de salut public.
5° Rousseville signale comme devant être l'objet d'une surveillance particulière deux femmes, l'une au Gros-Caillou, l'autre, rue
de Rourgogne, en raison de leurs relations avec des prêtres réfractaires, un marchand d'avoines de la même rue, dénoncé comme accapareur, enfin un sieur Rlache, ancien huissier à Rennes, faussaire, réfugié depuis 4 mois à Paris et insérant quelquefois des articles dans le Journal du soir de Sablier, qu'il signe le publiciste R.; on le soupçonne d'être l'agent de Pilt, et on peut se renseigner sur son compte auprès des députés Montagnards d'Ille-et-Vilaine.
6° La jeunesse de la section des Gravilliers, au nombre de 700, est partie hier et lui a paru pleine d'ardeur.
18 septembre 1793.
Original signé, A. N., F7 36883.
1344. — Délibération du Comité de salut public du Département de Paris :
1° constatant la venue de la citoyenne Loltin, femme de Walsh, irlandaise, demeurant à Vitry-sur-Seine, pour répondre aux interpellations qui lui seront faites relativement à des cœurs de Jésus couronnés trouvés chez elle ; 2° décidant d'écrire au ministre de la guerre et de lui envoyer une culotte et une paire de guêtres de la plus mauvaise qualité, pour le service des troupes de la République, apportées par le citoyen Berger, de la section de l'Indivisibilité ; 3° chargeant le Comité de surveillance de la section du Mont-Blanc de mettre en état d'arrestation, après perquisitions domiciliaires, les nommés Fielval et Lhuisier, dénoncés verbalement comme aristocrates gangrenés et individus très suspects ; 4° envoyant à Sainte-Pélagie le nommé La Ventrie, ex-juge au Tribunal criminel de Bellème, traduit au Comité par le Comité révolutionnaire de la section de la Halle-au-Blé, d'après une dénonciation envoyée parla Société républicaine du Mans.
18 septembre 1793.
Extrait du registre des délibérations du Comité de surveillance du Département de Paris, a. N., BB3 81A (âne* BB™ 20), fol. 322.
1343. — Extrait de l'ordre du jour de la force armée de Paris, par lequel le Commandant général renouvelle l'invitation aux membres des Comités révolutionnaires d'envoyer, le plus tôt qu'ils pourront, les
noms des citoyens destinés à l'armée révolutionnaire. Il invile aussi les Assemblées des sections à soumettre à la censure les compagnies de canon niers, ces états seront certifiés par les présidents et commandants de sections, atin de les envoyer à la censure du Conseil général.
Les réserves seront de 100 hommes, les patrouilles et le service de l'intérieur et des barrières a l'ordinaire.
19 septembre 1793.
Extraits conformes, signés de Clément, secrétaire île l'Etat-major général (2 pièce-), A. JV., AIfIV 1170, BB3 76.
1346. — Bapport de l'observateur Béraud : 1° dénonçant l'administration chargée de la confection de l'habillement des troupes, remplie d'hommes vicieux, qui non seulement refusent de l'ouvrage aux femmes, mais encore les insultent, suivant qu'elles appartiennent à telle ou telle section, leur langage est ordurier et des plus incivique; 2° déclarant qu'il serait très impolitique et même très dangereux de ne pas diviser les muscadins, qui figurent parmi les jeunes gens en réquisition, dont l'intention est de passer à l'ennemi, et qu'il conviendrait de les fondre parmi les républicains des autres sections, attendu que si la garde d'un poste important était confiée à un bataillon composé d'une horde de cette espèce, sa désertion pourrait faire surprendre et périr les braves Sans-culottes, qui se reposeraient sur sa vigilance; 3° appelant l'attention sur les Lyonnais, arrivés depuis six semaines ou deux mois à Paris et qui doivent entretenir des correspondances secrètes avec leur ville, à en juger par les lambeaux de conversation à voix basse qu'on a surpris, où revenaient le nom de Kellermann, les mots : ils feront une sortie, il est ici, ils le payeront très citer, etc., et, à propos de l'arrestation et de l'envoi à la Force du sieur Vincent, président de l'Assemblée générale de la section du Temple, faisant connaître que, dans une lettre pour Lyon à sa femme, qui a élé interceptée, il disait qu'il fallait assassiner les Jacobins, pour que les choses allassent bien ; 4° demandant la visite, par les patrouilles, des liacres dès
11 heures du soir, attendu que c'est le moment où les escrocs et les filous se retirent avec leur proie, et que, d'ailleurs, beaucoup de suspects y passent souvent des nuits entières.
19 septembre 1793.
Original signé, A. JV., F7 36883.
Dauban, dans La Dèmnyogie en 1193 à Paris, p. 39!, donne, sous la date du 19 septembre, des extraits de rapports de divers observateurs, des 19 et 20 septembre, notamment de Béraud, Roubaud, La Tour-La Montagne, etc.
1347. — Rapport de l'observateur La Tour-La Montagne, signalant les faits suivants :
1° La physionomie de Paris a un peu changé depuis la veille. La tranquillité y règne toujours, mais triste et morne, plus de groupes dans les places publiques, on se fuit, on a l'air de se défier les uns des autres, et chacun semble dans l'attente d'un grand événement. Tel est le fruit des manœuvres perfides à l'effet de décourager le peuple, les femmes surtout sont fortement travaillées, il se tient dans les marchés des propos affreux, on y parle hautement le langage de la conlre-révolution. Des hommes payés, sans doute, pour exciter des mouvements dans Paris, se promenaient, la veille, dans les rues Saint-Denis et environnantes et ont fouetté plusieurs femmes, les unes, parce qu'elles n'avaient point de cocardes, les antres, parce qu'elles la portaient sur le sein, ils prétendaient que c'était là un signe de ralliement.
2° On ne surveille pas assez les prisons, on en permet trop facilement l'entrée, et il est à craindre qu'on n'y introduise des papiers, des armes et autres objets également dangereux. On sème les bruits les plus horribles sur le sort des prisonniers, et les journaux anticiviques se hâtent de les propager. On lisait dans le Courrier Français, n° 216, qu'à la suite d'une discussion sur les gens suspects, Collotd'Herbois avait dit que la seule mesure à prendre contre eux, c'était de les détruire en les rassemblant dans divers édifices minés et de les faire sauter. Ce discours a-t-il été tenu ? Quand même Collol-d'Rerbois aurait, dans un mouvement d'indi-
gnation, proposé cette mesure dont l'exécution d'ailleurs est impossible, un journaliste, ami de l'ordre et de la tranquillité, n'en eût point parlé.
10 septembre 1793.
Original signé, A. JV., F' 36883.
1348. — Rapport de l'observateur Le Harivel, déclarant que : 1" la malveillance continue toujours à rassembler les citoyens à la porte des boulangers, qui donnent alternativement de bon et de mauvais pain, ce qui fait murmurer le peuple ; 2° dans la Chaussée-d'Antin, les Faubourgs Saint- Germain et Saint-Honoré, aux Tuileries et au Palais-de-l'Egalité , il ne s'est rien passé d'alarmant, à part quelques scènes assez désagréables relativement à la cocarde nationale, qui pourraient devenir dangereuses, si l'on n'y apportait pas un prompt remède, la plupart des femmes ne voulant la porter que lorsque la Convention nationale l'aurait décrété ; 3° le Palais de l'Egalité recèle toujours des marchands d'argent, agioteurs et autres personnages dangereux pour la société; 4° l'Assemblée de la section des Piques a passé à l'ordre du jour sur la pétition à elle présentée par celle des Amis-de-la-Palrie, à l'effet d'obtenir la révocation du décret, qui restreint à deux par semaine toutes les assemblées populaires.
Original signé, A. JV., F7 36883.
1349. — Rapport de l'observateur Roubaud, donnant les renseignements suivants :
J° Malgré l'abondance du pain, les attroupements continuent chez différents boulangers, en raison de la qualité du pain, souvent détestable.
2° Le rendez-vous actuel des marchands d'argent et agioteurs se tient dans le Café ci-devant dit du Roi, au coin des rues Richelieu et Saint-Honoré, dans une arrière salle, de 11 heures du matin à deux, et le soir à six.
3° Un rassemblement suspect de gens des deux sexes existe au Palais-Egalité, dans le local qu'occupait le Club de 89 ou de l'abbé Sieyès, on y joue la nuit et il y
a concert deux fois par semaine; l'abonnement des affiliés est de 100 livres par année, non compris les repas payés au restaurateur voisin. L'ordonnateur du club est un certain Lagrive, de Lyon, très suspect par ses propos inciviques, plusieurs Lyonnais de la même trempe le fréquentent assidûment.
4° La pétition des Cordeliers du 18, affichée, cause de la rumeur, eu raison des vérités qu'elle contient, que la Convention n'a pas le courage d'avouer, encore moins d'adopter.
19 septembre 1793.
Original signé, A. JV., F' 36883.
1350. — Observations du citoyen Rolin, sur ce qui se passe à Paris et à Montrouge ; en ce qui concerne Paris : 1° dénonçant les professeurs du collège de l'Egalité, rue Saint-Jacques, la plupart très aristocrates et ayant dit au réfectoire que les prisons étaient minées et les prisonniers en danger de mort, également un parfumeur en face de la porte d'entrée du collège, d'une aristocratie avérée et tournant la Révolution en ridicule; 2° mentionnant la condamnation à mort, par le Tribunal révolutionnaire, d'un accapareur de charbon, et l'arrestation, par les blanchisseuses de la section du Panthéon-Français, de 5 sacs de charbon, venus de Choisy par eau, qui seront vendus à raison de 6 livres la voie.
Pour Montrouge, Rolin signale des individus suspects, notamment le sieur Adam de Saint-Charles, sans moyens d'existence, qui passe ses journées à Paris et ne rentre que le soir, et le citoyen Duchemin, ancien secrétaire du prince de Condé, qui a acquis une maison à Montrouge, où il reçoit des individus louches; Rolin fait connaître que la municipalité de Montrouge est composée « d'excellents modérés », le maire est un ancien commis des barrières, et les officiers municipaux deux garde-chasses.
19 septembre 1793.
Originaux non signés (2 pièces), A. JV., F7 36883.
1351 . — Rapport de l'observateur Soulet, déclarant que : 1° que les cafés de la Maison de l'Egalité, notamment ceux de
Chartres, de Foy, Valois et Italien, fourmillent d'aristocrates, surtout le malin jusqu'à 2 heures; le libraire Desennes, même Maison, est un aristocrate puant, chez lequel se rassemblent un tas de contre-révolutionnaires, le libraire du n° 250, sous les galeries de bois, ne vaut guère mieux, sa boutique est aussi un repaire d'aristocrates; 2° le peuple ne pouvant entrer au Tribunal révolutionnaire, dont on avait fermé les portes, a murmuré, alors on les a ouvertes ; 3° le nommé Blache, de Hennés, présumé agent de Pitt, a demeuré rue Jocjuelet, dans un hôtel garni; 4° des femmes, dont quelques-unes sont vraisemblablement soudoyées, refusent de porter la cocarde tricolore et disent qu'il n'y a que les putains qui la portent; o° le pain est toujours rare.
19 septembre 1793.
Original signé, A. N., F7 36883.
1332. — Rapport d'un observateur anonyme : 1° annonçant que, ce matin, à la pointe Saint-Eustache, il s'est produit une dispute, occasionnée par la cocarde que les femmes portent au bonnet, et qu'au parvis Notre-Dame, un jeune homme a arraché la cocarde et l'a foulée aux pieds, mais a été arrêté ; 2° signalant, rue de la Vieille-Draperie, dans la Cité, un café, en face de l'ancienne église, recevant des gens très suspects, et, rue Saint-Denis, un petit café où il se tient des propos inciviques ; 3° dénonçant, comme espion de Cobourg et du ci-devant Monsieur, le nommé Larcher, ancien commandant de la robe courte, du Parlement, qui fréquente les cafés, mais sans y rester longtemps.
19 septembre 1793.
Original signé, A. N., F7 36883.
public du Département de Paris : 1° ordonnant l'envoi aux Madelonnettes du nommé Fielval, comme contre-révolutionnaire décidé, chassé de sa section et de toutes les places qu'il occupait ; 2° sur la déclaration faite au Comité par le citoyen Chéry, l'un de ses membres, que la section du Contrat-Social l'a déclaré indigne de sa confiance, considérant que chacun
de ses membres doit être exempt de tout blâme, que sa conduite doit être tellement claire, tellement droite, qu'on ne puisse, dans aucune occasion, lui rien reprocher, et qu'il ait à opposer à la calomnie, si elle pouvait se permettre de l'attaquer, le tableau précis des services qu'il a rendus à la chose publique ; considérant que l'arrêté de la section ne tend à rien moins qu'à arracher au citoyen Chéry l'estime de ses concitoyens et attirer sur lui l'ignominie et le mépris, et par suite des vexations tyranniques ; considérant qu'un arrêté de cette nature demande à être mûrement examiné, afin de juger si l'intrigue, les haines personnelles n'y ont eu aucune part, pour, d'après cet examen, se prononcer définitivement et en dernier ressort; considérant, enfin, que cet examen sévère est une justice due à l'homme et au fonctionnaire public, qui doit être justilié aulhentiquement, si son innocence triomphe , qui doit être publiquement condamné et destitué , s'il est coupable; arrêtant que ces considérations seront présentées à l'Assemblée générale de la section du Contrat-Social, et qu'elle sera invitée à entendre de nouveau, ce jour, le citoyen Chéry, pour ensuite confirmer ou rapporter son arrêté; 3° décidant de demander au Comité de sûreté générale un pouvoir pour arrêter, à Corbeil, le sieur Lambert, chef du Conseil du ci-devant prince de Gondé, compromis dans l'alfaire du sieur Saint- Venant , commissaire de police de la section delà Halle-au-Blé, convaincu d'avoir surpris la religion des Comités de sa section, à l'effet d'obtenir un pouvoir en vue de lever les scellés chez le citoyen Bruyère, très suspect, partisan avéré de La Fayette ; 4° après examen de la brochure intitulée : La Constitution de la Lune, déclarant qu'il n'y a pas lieu de lui donner un libre cours.
19 septembre 1793.
Extrait du registre des délibérations du Comité de surveillance du Département de Paris, A.N., BB3 8iA (anc* BB74 20), fol. 323-325.
1354. — Extrait de l'ordre du jour de la force armée de Paris, suivant lequel le Commandant général invite tous ses ca-
112 CHAPITRE Ier. —
marades, commandants de sections,;! presser l'organisation des compagnies de leur arrondissement, aussitôt que les jeunes gens en réquisition seront casernes; il engage encore tous les bons citoyens à dissiper les attroupements aux portes des boulangers. « C'est, observe Hanriot, une manie aristocratique dont il faut se méfier plus que jamais, mes amis, du courage et de la persévérance, tous les tyrans seront détruits, et la Liberté et l'Egalité existeront d'un pôle à l'autre. »
Toujours la même surveillance aux barrières, les réserves de 100 hommes et les patrouilles avec beaucoup d'exactitude.
Copie conforme, signée de Clément, secrétaire de l'Etat-major général, A . N. , AF1V 1 470.
1355. — Rapport de l'observateur Béraud, déclarant : 1° que l'esprit du peuple est monté à un diapason extraordinaire.
Si l'on ne supprime pas les cocardes, ou, si l'on n'ordonne pas à toutes les femmes d'en porter, il arrivera de fâcheux événements. Des quartiers la foulent aux pieds, d'autres la respectent plus que jamais.
Tandis qu'aux portes Saint-Denis et Saint- Martin on fustige les femmes qui en portent, à la Halle on menace de poignarder celles qui n'en ont pas. Le peuple, surtout les femmes, disent mille horreurs de la Convention, on crie contre elle, à raison de l'augmentation croissante du prix des denrées; le côté du Marais est le meilleur, dit-on, il faut la purger; 2° qu'une cohorte de femmes a passé, vers 7 heures du soir, sur le boulevard Poissonnière, vomissant d s chansons abominables contre les Jacobins, dont le refrain était : <> Vivent les muscadins! » elles voulaient arracher les yeux à tous ceux qui les approchaient; 3° que des jeunes gens se sont promenés toute la soirée, par bandes de 6 à 8, pestantcontre le décret qui les oblige à partir, et assurant que, s'il n'y avait pas tant de Sans-culottes, ils resteraient en dépit de la Convention, qui n'aurait pas beau jeu; 4° qu'il arrive un nombre infini de soldats de la troupe de ligne, qui insultent et blessent les volontaires, notamment en se battant dans les marais de la section du
Temple ; 5° que, sur le boulevard Poissonnière, vis à-vis la rue Saint-Etienne, il se vend tous les jours des selles de chevaux, même de cavalerie.
Original signé, A. N., F' 3G883.
1356. — Rapport de l'observateur Rugas, signalant les faits suivants :
1° Le calme règne à Paris, malgré les efforts des malveillants, durant quelques jours, il y a eu moins de difficulté pour avoir du pain, l'on ne voyait presque plus de rassemblements aux portes des boulangers, cette semaine, ils sont plus nombreux, mais la tranquillité publique n'en est pas troublée, et chacun, plus ou moins commodément, a le pain qui lui est nécessaire.
2° Ces deux dimanches, le peuple s'est rendu en foule à Saint-Cloud, dans le plus grand ordre, le parc était couvert de groupes d'une brillante jeunesse, la gaieté était répandue sur tous les visages, cette joie franche et vive ne peut être le partage que d'un peuple libre.
3° Les agioteurs sont en très petit nombre au ci-devant Palais-Royal, cependant, l'on a pris sur le fait et arrêté, dans le jardin, un marchand d'argent.
4° On donne avec succès, plusieurs fois par semaine, au Théâtre de la rue de Louvois, une pièce patriotique, intitulée : La Journée du Vatican ou le Souper du Pape, c'est une sortie vigoureuse contre le grand pontife, qui y est représenté dansant avec la Polignac.
5° Les dernières séances des Jacobins se sont passées en dénonciations, qui font perdre un temps précieux à la chose publique.
0° Le prix des légumes, comme pois, haricots, a diminué depuis quelques jours.
7° Aux environs de Paris, notamment à Chàtillon, Fontenay, Bagnenx, les boulangers font du très beau pain et en abondance.
8° 11 est essentiel de veiller à l'approvisionnement du charbon de terre, dont la cherté est extrême et dont la pénurie aurait pour effet de suspendre la fabrication des armes. Le muid, que l'on achetait
l'année dernière 40 livres, vaut aujourd'hui 200 livres, et, si l'on n'y prend garde, bientôt il manquera totalement, Dugas rappelle le mémoire qu'il a remis à ce sujet au ministre de l'intérieur.
9° Les femmes, qui ne portent pas la cocarde, sont décoiffées dans certains quartiers, dans d'autres, comme à la Halle, c'est le contraire.
10° Il a été question d'employer les filles publiques à des travaux utiles, rien ne serait plus facile que de les renfermer dans des maisons nationales, on pourrait leur faire tricoler des bas de laine pour les soldats de la Bépublique et les mettre sous la surveillance de quelques femmes choisies dans les Sociétés fraternelles ou républicaines.
20 septembre 1793.
Original signé, A. IV., F7 36883.
1357. — Rapport de l'observateur La Tour- La-Montagne : 1° déclarant qu'il règne toujours une grande fermentation parmi les femmes, excitée par les malveillants pour susciter des mouvements dans Paris, sous le voile de la cocarde. Avant-hier, on fouettait les femmes qui ne la portaient pas, hier, on menaçait de ce châtiment toutes celles qui la portaient. Les femmes du Marché Saint-Martin étaient armées de verges et tenaient les propos les plus inciviques. Celle fermentation n'est point partielle, mais générale, ces femmes s'accordent toutes sur un point, le besoin d'un nouvel ordre de choses, qui les tire de la misère ou elles se disent plongées ; elles se plaignent de toutes les autorités constituées, demandent le renouvellement de la Convention, des administrations, et si elles n'ont pas encore le nom de Roi dans la bouche, ils est bien à craindre qu'elles ne l'aient déjà dans le cœur. Voici le langage tenu par une femme, dans le Faubourg Saint-Antoine : Si nos maris ont fait la Révolution, nous saurons bien faire, nous, la contre-révolution, si elle est nécessaire ; 2° annonçant que les jeunes gens de la section des Gravilliers, partis l'avant-veille pour Courbevoie, sont revenus le même jour à Paris, en se plaignant de n'avoir trouvé ni vivres ni logements ; les mal-
veillants insinuent qu'à leur place ils ne quitteraient point Paris, puisque l'on se met si peu en peine de pourvoir à leurs besoins, c'est une manœuvre pour refroidir le*ir ardeur guerrière. Les malintentionnés poussent l'audace et la scélératesse jusqu'à dire que les jeunes gens ne demandent avec tant d'empressement des armes que pour les tourner contre les patriotes. Ces propos infâmes se tiennent surtout dans les maisons de jeux, rendez-vous de tous les contre-révolutionnaires de Paris, et les bons citoyens sentent le besoin d'une loi qui fasse fermer à jamais tous ces vils repaires du brigandage et de l'aristocratie.
20 septembre 1793.
Original signé, A. N., F7 3688:l.
1358. — Rapport de l'observateur Roubaud : 1° faisant entendre que, tant qu'il y aura plusieurs qualités de pain, il y aura attroupement chez certains boulangers ; 2° signalant certain colonel de hussards, rue de Grenelle-Saint-Honoré, à l'hôtel Louis-le-Grand, qui embauche pour son corps les muscadins et envoie dans les spectacles des hussards, qui y tiennent des propos inciviques; également le frère d'un marquis de La Trémoille, commandant les rebelles de la Vendée, qu'on voit aux promenoirs; 3° dénonçant un certain Lécuyer, ci-devant de l'état-major de La Fayette, souteneur de tripots, habitué d'un café au coin du boulevard, près des Italiens, qui se répand en propos inciviques et se plaint des arrestations nocturnes; à ce propos, l'observateur pense qu'en arrêtant les voitures de nuit, on découvrirait quantité de faits utiles à la chose publique.
20 septembre 1793.
Original signé, A. N., F7 36883.
1359. — Rapport de l'observateur Rousseville, informant des incidents suivants :
1° Le matin du 20 et du 21, les femmes se tiennent en grand nombre à la porte des boulangers, celles qui se trouvaient, rue de Sèvres, se plaignaient des femmes à cocarde et disaient qu'elles aimaient mieux acheter du pain.
2° Dans plusieurs marchés, les femmes
patriotes ont été insultées par les poissardes, qui ne toléraient point de cocardes, et même ont été fouettées au Marché Saint- Eustache.
3° Le Faubourg Saint-Antoine lui a paru fort tranquille, quoiqu'on battit le tambour pour convoquer le lendemain la jeunesse de la section de Montreuil, à l'effet de s'organiser et de nommer ses officiers.
4° La jeunesse de Bagnolet est assez nombreuse, mais peu disposée à partir, 10 jeunes gens au-dessous de 25 ans s'étant mariés depuis 6 mois, mais celle des localités voisines (Charonne, Belleville, Romainville) prétend les y obliger, ce qui amènera du tumulte. L'observateur présume qu'il doit y avoir des repaires et rendez- vous de contre-révolutionnaires dans les environs de Paris, qui demandent une surveillance particulière, parce qu'on y achète des petites maisons cinq et six fois leur valeur, ce qui cache des desseins contre-révolutionnaires. Ceux de ces environs, dans lesquels on ne récolte pas de blé et où les particuliers sont accoutumés à cuire leur pain eux-mêmes, ont beaucoup de peine h se procurer du blé et font jusqu'à dix lieues sans pouvoir en acheter.
5° Les malveillants profitent beaucoup de la cherté des denrées pour aigrir un grand nombre de femmes contre les Jacobins et la Convention.
20 septembre 1793.
Original signe, A. N., F7 36883.
1360. — Rapport de l'observateur Soulet, révélant les particularités suivantes :
1° L'état-major des troupes, à Beauvais, est gangrené d'aristocratie. Beaucoup d'aristocrates se rassemblent au château de Versailles, les citoyens sont obligés de se taire parce que les administrations ne valent rien.
2° Un certain Hochon, jeune muscadin de 20 ans, pour ne pas partir avec les autres jeunes gens en réquisition, a quitté son père, rue Sainte-Croix-de-la-Bretonnerie, n° 42, et s'est réfugié chez son grand-père, à Passy, rue Basse, n° 54.
20 septembre 1793.
Original signé, A. N., F7 36883.
1361. — Arrêtés du Comité de sûreté générale : 1° décidant que les nommés Monnié, Barré, Léger, Radet et Desfontaines, directeurs et auteurs du Théâtre du Vaudeville, seront arrêtés et conduits dans les prisons de la Force comme suspects, et chargeant le Commandant général de la garde nationale de l'exécution du présent; 2° décidant que le nommé Larrive, acteur, mis en liberté par l'administration de Police de Paris, sera réintégré dans les prisons de la Force.
20 septembre 1793.
Extrait du registre des arrêtés généraux du Comité de sûreté générale, A. N., AF*n 286.
1362. — Arrêtés du Comité de sûreté générale : 1° portant que les citoyens enrôlés par le colonel du premier régiment de hussards, ci-devant Bercheny, seront mis en état d'arrestation à la caserne de la Courtille, où ils seront séparés des autres militaires et les uns des autres, autant que faire se pourra ; 2° ordonnant l'arrestation du citoyen Bougon, colonel du 1er régiment de hussards, ci-devant Bercheny, dénoncé comme ayant enrôlé des citoyens en réquisition et prévenu de macbinations contre-révolutionnaires.
20 septembre 1793.
Extrait du registre des arrêtés généraux du Comité de sûreté générale, A.N., AF*II 286.
1363. — Délibération du Comité de salut public du Département de Paris : 1° autorisant le citoyen Fournerot à conduire au Comité quatre particuliers, prévenus d'avoir foulé aux pieds le bonnet de la Liberté dans l'Assemblée de la section des Fédérés; 2° portant qu'il a été écrit au ministre de l'intérieur pour l'inviter à envoyer incessamment aux communes du Département la dernière loi sur le maximum du blé, pour qu'il fasse garnir les marchés de Paris, de Choisy et de Sceaux, et établir un marché au Bourget, pour lui rappeler qu'il a promis d'envoyer à la commune de Colombes 40 septiers de blé et qu'il n'en a envoyé que 20, en observant que cette commune n'a rien récolté cette année et qu'on y vend toujours le pain de 4 livres 30 sols, de plus qu'on ne peut y avoir de farines à moins de 160 li-
vres le sac de 325 ; qu'il a été également écrit au Directoire du Département que les communes se plaignent de ne recevoir les lois que longtemps après les départements voisins.
20 septembre 1793, matin.
1364. — Délibération du Comité de salut public du Département de Paris : 1° sur les craintes exprimées par une députation des habitants de Jagny, district de Gonnesse,sur ce qu'il se prépare une nouvelle Vendée, sur ce que les municipaux ne peuvent se faire respecter, même par la gendarmerie, qu'ils ne peuvent rentrer dans leurs foyers, de peur que des aristocrates, des brigands armés, dont ils ont été menacés, ne tombent sur eux, décidant que deux de ses membres, accompagnés du procureur de la commune de Jagny et de ses collègues, se rendront au Comité de salut public, pour l'instruire de ces faits et le prier d'y porter remède, de plus, sur l'observation que les propriétaires et cultivateurs ne veulent pas conduire aux marchés les grains réquisitionnés, et comme il y a dans la commune 1,500 septiers de farines et que 7 à 800 suffisent pour leur usage, arrêtant d'en informer le ministre de l'intérieur; 2° portant que lecture a été faite d'une lettre de la commune de Paris, du 19 septembre, qui invite le Comité à s'occuper, sans retard, de la taxation du bois et du charbon, et à lui faire part de ses lumières sur cette matière importante, qui a été mise sous les yeux de la Commune par le citoyen Delespine, membre du Comilé ; 3° recevant le rapport des citoyens Guigues et Clémence, chargés d'accompagner le citoyen Chéry à l'Assemblée générale de la section du Contrat-Social, pour y entendre les raisons qui ont déterminé cette section à lui retirer sa confiance et assister à la défense du sieur Chéry, par lequel ils instruisent le Comité de la manière indécente avec laquelle ils ont été traités, le Comité se réservant d'adopter les mesures qu'il jugera convenables; 4° prenant connaissance d'une lettre du citoyen Gen-
til, de la section du Contrat-Social, commissaire du ministre de la guerre, de laquelle il ressort que le Comité de salut public du département de la Marne n'est pas digne de la confiance de celui de Paris, qu'il n'en existe point à Amiens, que celui de Beauvais est pénétré de vrais principes républicains, que le général Beauregard s'est comporté, à Valenciennes, en contre-révolutionnaire pendant la durée d'une suspension d'armes, qu'il a fraternisé avec les officiers ennemis dans la manière des petits maîtres du Palais-Royal, chargeant le citoyen Chéry de féliciter le Comité de salut public du Beauvais de ses principes révolutionnaires et de prendre des renseignements sur Beauregard ; 5° sur la demande, au ministre de l'intérieur, d'un logement commode pour le Comité, où il puisse tenir ses séances, le ministre, ayant mis à la disposition du Comité la maison nationale, connue sous le nom de gouvernement des Tuileries, située dans la rue ci-devant Dauphin, le Comité est invité à se concerter avec le citoyen Heurtier, inspecteur général des Bâtiments de la République, pour entrer promptement en possession provisoire de ce local ; 6° sur la demande de renseignements, présentée au nom du Club des Cordeliers, au sujet des plaintes du nommé Valquier, contre le Comité, qui n'avait pas donné suite à une dénonciation de ce particulier, ledit Valquier paraissant être, ou turbulent, ou désorganisé, réponse immédiate a été faite par le Comité, qui a donné le détail par écrit des discours peu décents de l'individu en question, lequel voulait même compulser les registres du Comité; 7° décidant que les étoffes d'or et dentelles, en dépôt au Comité, seront transportées à la maison de Saint-Laurent, pour être réunies aux autres objets, dont l'inventaire a été fait par les citoyens Delespine, Fournerot, Génois et Guigues.
20 septembre 1793, soir.
Extrait du registre des délibérations du Comité de surveillance du Département de Paris, A. N. , BB3 81A (anc* BB14 20), fol. 326-329.
1365.- — Extrait de l'ordre du jour de la force armée de Paris, contenant la pro-
clamation suivante du Commandant général à ses concitoyens :
« Mes camarades, tenons-nous sur nos gardes, des citoyennes, fâchées de la paix qui règne entre nous, veulent allumer le feu de la guerre civile, trente d'entre elles ont déjà insulté la cocarde nationale, prenez-y garde , citoyens et citoyennes respectables, il est facile de voir que c'est encore l'or du ministre anglais et Cic qui a été répandu avec profusion. Une citoyenne, attachée à son pays et qui a ses occupations journalières, ne commet jamais d'extravagance capable de troubler l'harmonie d'une République, telle que la nôtre, où l'on veut anéantir le règne des intrigants qui l'affligent et voudraient se la partager. Veillons plus qu'à l'ordinaire, veillons et arrêtons les agitateurs de lout sexe, traduisons-les devant les autorités constituées, qui doivent en connaître.
Point de grâce aux méchants et aux perturbateurs, et faisons parler la loi devant ces êtres indignes de la société.*
L'ordre du jour annonce qu'il partira incessamment deux convois d'artillerie, l'un pour Strasbourg, l'autre pour le Mans.
Les réserves seront toujours de 100 hommes, et les patrouilles fréquentes, tant aux barrières pour empêcher la sortie du pain et des farines, qu'autour des portes des boulangers pour dissiper les attroupements, et autour des établissements publics, pour y maintenir la tranquillité et faire respecter les couleurs nationales.
L'officier commandant le poste du port au Plâtre, où viennent aborder les bateaux de fourrage, fait rapport que les charretiers détèlent leurs chevaux et leur font manger le foin, ils disent, pour colorer leurs vols, que ces fourrages appartiennent à la Nation.
21 septembre 1793.
Copies conformes, signées de Clément, secrétaire de l'Etat major général (2 pièces), A. N., AF!V 1470, BB3 76.
Ed. Dauban, La Démagogie en 1193 à Paris, p. 397.
1366. — Rapport de l'observateur Béraud, appelant l'attention sur un certain Demois, tenant un hôtel garni, rue des Fossés-du-Temple, n° 6, chez lequel furent
saisis 7 assignats faux de 300 livres, qui est en relations avec un marchand de Rouen, nommé Gasse, fortement suspecté de complicité.
D'après un bruit qui court parmi les aristocrates, l'Empereur serait brouillé avec le roi de Prusse, lequel aurait envie d'abandonner ses vues sur la France, à l'effet d'empêcher l'invasion de ses Etals par l'impératrice de Russie, sous le prétexte d'attaquer la Pologne.
Le pain, à Saint-Germain, vaut 8 sols la livre.
21 septembre 1793.
Original signé, A. N., F7 36883.
1367. — Rapport de l'observateur La Tour-La-Montagne, signalant toujours la même fermentation au su jet de la cocarde, surtout parmi les femmes de la Halle, nouvelle pomme de discorde jetée par les malveillants dans l'espoir que les femmes voudront partager les droits politiques des hommes et en viendront à réclamer des cartes civiques, le droit de vote, des emplois administratifs, ce qui amènera un conflit d'intérêts et d'opinions, et du désordre. Il esta remarquer qu'en général les femmes, pleines de respect pour la représentation nationale, refusent de porter la cocarde, parce que la loi ne l'ordonne point. De singuliers bruits ont été répandus à ce sujet, nombre de femmes se figurent qu'on ne veut leur faire porter la cocarde que pour les envoyer aux frontières, où il n'y aurait pas assez d'hommes pour leur défense.
Les jeunes gens en réquisition demandent des armes et déclarent refuser de partir avant de les avoir obtenues; on redoute beaucoup les muscadins et l'on souhaiterait qu'ils lussent fondus parmi les Sans-culottes, au lieu de former des corps particuliers, comme plusieurs le désirent.
Tous les murs de Paris sont couverts d'une affiche de la citoyenne Olympe de Gouges, qui se plaint de sa longue détention, rappelle les services qu'elle a rendus à la Patrie, annonce la préparation d'un nouveau massacre dans les prisons et se regarde comme une victime qu'on va
immoler. Ce placard ne produit aucune sensation, on s'arrête un instant, et l'on se relire en disant: « Ah! c'est Olympe de Gouges. »
Chaque jour voit diminuer la foule aux portes des boulangers.
21 septembre 1793.
Original signé, A. N., F1 36883.
1368. — Rapport de l'observateur Le Harivel, consacré presque entièrement à un particulier, par lui rencontré au Spectacle du Vaudeville, d'autant plus suspect qu'il affectait plus de patriotisme, fatiguant l'auditoire par des déclamations et des vociférations aussi vaines que scandaleuses; ce particulier, domicilié rue de la Sourdière, du nom de La Boulée, fils d'un ancien maître de poste de Meaux, possédant 40,000 livres de rente en Amérique, est très répandu dans les spectacles, les places publiques et les sociétés populaires.
D'après ce rapport, beaucoup de boulangers continuent à donner du mauvais pain, les citoyens se plaignent amèrement en disant qu'il est déjà assez désagréable de perdre son temps à leur porte.
21 septembre 1793.
1369. — Rapport de l'observateur Monic, faisant connaître que l'on a arrêté plusieurs jeunes gens en réquisition, qui s'étaient enrôlés dans un nouveau corps de hussards, notamment deux garçons épiciers, à l'instigation de leur patron, aristocrate fieffé; que l'on murmure de l'absence de taxe sur le bois et de la difficulté de se procurer du charbon, et que le pain est toujours rare.
Le même observateur dénonce un rassemblement d'aristocrates dans une maison, rue Saint-Honoré, n° 10o, dont l'entrée est par le Café Militaire, l'on y joue nuit et jour et l'on y complote.
21 septembre 1793.
Original signé, A. N., F1 36883.
1370. — Rapport de l'observateur Roubaud, signalant les faits suivants :
1° Un groupe de femmes à la Halle, près T. IX.
de Saint-Eustache, se plaignait en termes très vifs de la cherté des denrées et déclarait que cela ne pouvait pas durer plus longtemps, qu'il fallait s'approvisionner de force au prix de 89, et qu'elles feraient un tarif, puisque la Convention n'avait aucun égard à leur misère.
2° Il se rassemble au café Coreza, dit Italien, au Palais Egalité, une foule d'Italiens, qui montent à l'entresol, pour y jouer un jeu de leur pays, et n'admettent parmi eux que les affiliés à leur société, l'un des suspects, fréquentant ce café, est un certain abbé Benonai.
3° Au sujet de la multitude des citoyens armés, infectés de la maladie vénérienne, qui remplissent les hôpitaux de la République, un membre de la Convention ayant préconisé un remède prétendu efficace, Roubaud déclare qu'il ne peut exister de spécifique général, et que l'on ne verra diminuer celte contagion dans les armées, que lorsqu'on éloignera les femmes infectées et que l'on renoncera à la méthode des prétendus guérisseurs.
4° Dans l'un des cafés souterrains du Palais Egalité se rassemblent une multitude de muscadins en réquisition, qui ne craignent pas d'annoncer que, puisqu'on ne veut pas leur permettre de servir dans la cavalerie, ils passeront à l'ennemi.
5" Un individu très suspect, de nouveau dénoncé par Roubaud, est un certain Richard, de Lyon, qui ne fréquente que les aristocrates habitués du café Lamiral, rue Neuve-des-Pelits-Champs.
6° Roubaud se plaint des indiscrétions commises au bureau de Franque ville, grâce auxquelles des rassemblement ou particuliers suspects, dénoncés par les observateurs, changent de local et même de quartier.
21 septembre 1793.
Original signé, A. N., F1 36883.
1371. — Observations du citoyen Rolin, portant sur les points suivants :
1° Il s'est élevé beaucoup de disputes, tous ces jours-ci, dans le quartier de la place Maubert, les poissardes, ne voulant point que les femmes portent de cocardes, en ont arraché à quantité de personnes,
et même les ont injuriées et jeté leurs bonnets dans la boue.
2° Les ci-devant religieuses de la rue Cassette tiennent toujours club de prêtres réfraclaires.
3° Le journal l'Observateur continue à donner des détails de nature à révolter même les modérés, à l'entendre, l'ennemi a des avantages continuels, les Français trouvent la mort partout où ils vont combattre, on ne conçoit pas qu'un pareil écrit souille encore les Français.
4° Le citoyen Tillaux, procureur du collège de Lisieux, demeurant rue Saint- Jean-de-Beauvais, n'a cessé, depuis 1789, de donner des preuves d'incivisme les plus révoltantes, n'allant presque jamais aux assemblées des sections, et maudissant chez lui la Révolution.
5° Le citoyen Cbampagne, principal du collège de l'Egalité, vient d'être obligé de quitter sa place au Comité révolutionnaire, comme clubisle de la Sainte-Chapelle, il a toujours paru bon patriote, mais comme tel, il n'eut point dû abandonner ses élèves, qui, non seulement n'ont rien fait dans leurs classes, mais se sont corrompus, sortant dans Paris à toute heure du jour et de la nuit, et, d'après le témoignage d'un régent du collège, s'enfermant dans leurs chambres, où l'on en avait même surpris, couchés ensemble, et, lorsque bon nombre de ces élèves partirent pour les frontières, ils se vantèrent publiquement dans la maison d'aller rejoindre leurs parents et amis émigrés.
Originaux non signés (2 pièces), A. A'., F7 36883.
1372. — Rapport de l'observateur Rousseville, faisant connaître les détails suivants :
1° L'ordre de la veille concernant les citoyennes qui insulteraient la cocarde nationale a excité d'assez vives réclamations, et, sans quelques patriotes réunis à l'entrée de la rue des Petils-Cliamps, du côté de la place des Victoires, plusieurs citoyennes patriotes auraient encore été maltraitées, des muscadins encourageaient les malveillantes.
2° Il y a certainement une assemblée de la jeunesse récalcitrante au décret qui la met en réquisition, on voit des muscadins réunis sur le boulevard Saint-Martin, au Palais-Royal, sous les arbres des Tuileries, le soir, mais, dès qu'on les approche, ils se taisent ; d'ailleurs, les aristocrates en général témoignent beaucoup d'éloignement pour les patriotes, ce qui est à remarquer à la veille des plus grands complots.
3° Les inspecteurs de la manufacture de Bercy sont à surveiller, notamment le nommé Michel, ancien cocher d'Antoinette, aristocrate décidé, intimement lié avec un certain Drouet qui le protège, probablement parce qu'il ne le connaît pas.
4° L'adresse du Club des Cordeliers, la lettre de Pacbe aux départements, l'Observe»/' Sans-culotte et une adresse de Tuncq lixaient l'attention du public, mais l'adresse de ce général traître n'a pas été bien accueillie.
îj" Il y a encore foule à la porte des boulangers.
21 septembre 1793.
Original signé, A. N., F7 36883.
1373. — Rapport d'un observateur anonyme : lu appelant l'attention sur une affiche sous la voûte du Palais de l'Egalité : Un patriote persécuté à la Convention nationale, de nature à indisposer le peuple contre la Convention, sur les habitués du Café du Caveau, au même Palais, presque tous agioteurs et aristocrates, à figures sinistres, et sur ceux d'un café, place Dauphine, également agioteurs et royalistes; 2° déclarant que, suivant plusieurs citoyens, les Assemblées des sections étaient plutôt nuisibles; 3° rendant compte du Spectacle de la rue Feydeau,où l'on a joué l'Officier de fortune, pièce dont les passages patriotiques ont été applaudis avec enthousiasme; 4° annonçant que beaucoup de personnes craignent de manquer de subsistances d'ici à 2 mois; ;j° signalant une voiture suspecte, qu'il a vu pour la 3e fois passer, rue Neuve-de-l'Egalité, toujours à la même heure, où se tiennent trois individus, qui mettent la tète à la
portière, en passant devant les boulangers où le peuple est rassemblé.
21 septembre 1793.
Minute non signée, A. N., F7 3688'.
1374. — Arrêté du Comité de sûreté générale, portant que ta femme appelée Dubarry, demeurant à Luciennes, sera arrêtée et conduite à la maison de Sainte-Pélagie, ii Paris, pour y èlre détenue par mesure de sûreté générale, comme suspectée d'incivisme et d'aristocratie, que les scellés seront mis sur ses ett'els, perquisition faite dans ses papiers, que ceux qui seront jugés suspects seront apportés au Comité de sûreté générale.
21 septembre 1793.
Extrait du registre des arrêtés généraux du Comité de sûreté générale, A. N., AF*n '286.
137;i. — Arrêté du Comité de sûreté générale, décidant, sur Une dénonciation faite par le citoyen Danton, que deux de ses membres, les citoyens Panis et David, se transporteront demain chez lui, attendu qu'il est malade pour ce soir.
21 septembre 1793.
Extrait du registre des arrêtés généraux du Comité de sûreté générale, A. N., AE'ii 28G.
1376. — Arrêté du Comité de sûreté générale, chargeant les citoyens Briguet, Molinart et Maillard de se saisir de tous les marchands d'argent qu'ils trouveront en flagrant délit et coupables de ce crime, de les faire amener à l'administration de Police, qui les traduira devant le Tribunal révolutionnaire, et l'argent saisi sera porté à la Trésorerie nationale, qui délivrera récépissé, tant au Tribunal qu'à l'administration de Police et au Comité de sûreté générale.
21 septembre 1793.
Extrait du registre des arrêtés généraux du Comité de sûreté générale, A. N., AF*H 286.
1377. — Arrêté du Comité de sûreté générale, par lequel, considérant que, dans ces moments où le dévouement, le zèle, l'énergie des citoyens assurent la liberté publique, que dans ces moments où même l'indigence honorable fait pour l'affermir les plus grands sacrifices, il doit, autant
qu'il est en lui, encourager, honorer ces vertus, voulant donner, en conséquence, à la section Poissonnière un témoignage de l'estime profonde que le civisme des membres de son Comité révolutionnaire lui inspire, il décide que, sur les 18,000 livres qu'ont procuré à la Patrie leur autorité, leur désintéressement, il sera accordé à chacun 600 livres à titre d'indemnité des dépenses que leur infatigable activité leur a causées, qu'il sera, en conséquence, prélevé une somme de 7,200 livres, pour être également répartie entre les douze membres composant ledit Comité révolutionnaire, de plus qu'il sera encore prélevé 400 livres pour être accordées aux trois membres à qui un contre-révolutionnaire avait offert cette somme de 18,000 livres, pour qu'ils dérobassent au jour des papiers contenant la preuve de son incivisme et de ses machinations impies, ladite somme pour les indemniser des frais et dépenses particulières que cette entreprise civique leur occasionne.
21 septembre 1793.
Extrait du registre des arrêtés généraux du Comité de sûreté générale, A. IV., AF*H 286.
1378. — Arrêté du Comité de sûreté générale, après avoir entendu contradictoirement l'économe et le syndic de l'Administration relativement au scellé apposé par celui-ci, et considérant que si le service des subsistances de l'Hôtel national des Invalides venait à manquer un seul moment par rapport au scellé, la responsabilité, quant aux troubles qui en résulteraient, pèserait entièrement sur la tête de l'économe, décidant que le scellé sera levé à l'instant, sauf au Directoire du Département à juger ensuite le fond de la contestation.
21 septembre 1793.
Extrait du registre des arrêtés généraux du Comité de sûreté générale, A. N., AF*II 286.
1379. — Délibération du Comité de salut du Déparlement de Paris : 1° autorisant le citoyen Franchet à s'adjoindre le citoyen Tisset, pour se transporter chez le sieur Ringard, ci-devant curé de Saint- Cermain-de-l'Auxerrois, rue des Mauvaises-
Paroles, afin de faire perquisition dans ses papiers et dans toute l'étendue de la maison, et d'apporter au Comité toutes les pièces qui leur paraîtront suspectes; 2° après avoir pris connaissance exacte des dénonciations portées contre 4 particuliers, accusés d'avoir excité le trouble dans la section de la Place-des-Fédérés, aujourd'hui dite l'Indivisibilité, et d'y avoir foulé aux pieds le bonnet de la Liberté, et après s'être bien convaincu de la gravité des faits, arrêtant que, par mesure de sûreté générale, les susdits particuliers seront conduits aux Madelonnettes ; 3° décidant que la municipalité de Montrouge sera chargée de faire arrêter Guillaume, ci-devant avocat, demeurant à Paris, rue de Buci, n° 33, qui a une maison de campagne dans cette commune, et qui s'est évadé au moment où les commissaires du Comité de salut public du Département allaient procéder à son arrestation, et rendant la municipalité de Montrouge responsable de son évasion, s'il revenait et n'était point arrêté; 4° recevant le rapport du citoyen Clémence, chargé d'accompagner le maire et une partie des habitants de Jagny au Comité de salut public de la Convention, pour l'informer des troubles dans cette région, qui pourrait devenir une nouvelle Vendée, d'après lequel les Comités de salut public et de sûreté générale ont applaudi au zèle de ces habitants et ont donné audit Clémence un pouvoir illimité de disposer de 300 hommes armés, avec 2 pièces de canon, et de se transporter à Jagny pour réprimer les désordres, en s'adjoignant le citoyen Marchand, membre du Comité ; ledit Clémence, étant porteur d'un mandat de 6,000 livres sur la Trésorerie et ne pouvant en toucher le montant sans 7 signatures, a demandé l'avance de cette somme par le citoyen Harny, trésorier du Comité, ce qui a été accordé, pour que l'exécution de cette affaire ne souffrit aucun retard.
21 septembre 1793, matin et soir.
Extrait du registre des délibérations du Comité de surveillance du Département de Paris, A.N., BB3 81A (anc4 BB™ 20), fol. 229-331.
1380. — Extrait de l'ordre du jour de la force armée de Paris, par lequel le Com-
mandant général invite ses frères, les canonniers, lorsqu'ils sont de garde dans tel poste que ce soit, à s'y comporter en bons et loyaux républicains, à y exécuter strictement les consignes et à veiller, les uns et les autres, à ce qu'il ne soit fait aucune dégradation nuisible à la chose publique, « Courage, mes camarades, ajoute Hanriot, avec notre austérité républicaine, nous déjouerons l'intrigue insolente des despotes, paix, fraternité, union, indivisibilité, haine éternelle à tous les potentats de l'Univers. »
Les réserves seront toujours les mêmes, toujours la plus grande surveillance autour des établissements publics, des barrières, des boulangers et envers les malveillants qui insulteront les couleurs nationales, les patrouilles très fréquentes.
22 septembre 1793.
Extraits conformes, signés de Clément, secrétaire de l'Etat-major général (2 pièces), A. N., AFIV 1470, BB3 76.
1381. — Rapport de l'observateur La Tour-La Montagne, donnant connaissance des faits suivants :
1° La cocarde divise toujours les femmes, et le décret rendu à cet égard par la Convention n'a pas produit tout l'effet qu'on s'en était promis. Les malveillants, déconcertés par une mesure aussi sage, dressent de nouvelles batteries, ils flattent l'amour propre des femmes, en cherchant à leur persuader qu'elles ont autant de droits que les hommes au gouvernement de leur pays, qu'elles doivent réclamer le droit de vote dans les sections et peuvent prétendre à tous les emplois civils et militaires ; tel était le langage tenu en présence de quelques femmes au Jardin de l'Egalité par un muscadin, caché sous le costume d'un Sans-culotte; mais il a perdu tout le fruit de son éloquence anarchique, on l'a écouté à peu près comme l'on écoute un charlatan qui débite son baume, et l'on s'est retiré. Ce fait sert, néanmoins, à prouver que les malveillants emploient toutes sortes de manœuvres pour semer la discorde.
2° L'on prétend qu'il y a dans Paris un très grand nombre de députés du côté
droit de l'Assemblée législative, et qu'ils tiennent des conciliabules secrets aux environs de cette ville.
3° Il paraît depuis 2 jours un nouveau journal, en forme de placard, inlitulé : l'Observateur Sans ■ culotte ; cette feuille, rédigée dans les vrais principes de la Révolution, est lue avec intérêt par les Sansculottes, et, si l'auteur ne s'écarte pas de la route qu'il s'est tracée, son ouvrage peut contribuer d'une manière avantageuse aux progrès de l'esprit public.
4° II parait un autre placard, ou plutôt mémoire justilicatif du général Tuncq, où il se plaint de plusieurs personnes, notamment du ministre Ronsin, c'est ainsi qu'il le nomme, parce que Ronsin prend cette qualité dans l'armée et exige qu'on la lui donne, mais ce mémoire n'a point fixé l'attention publique.
5° Un ex gentilhomme, qui se fait appeler Vidaud et connu sous un autre nom, précédé du titre de comte, est signalé comme très suspect, il loge en hôtel garni, rue de la Corderie, n° 9, avec un particulier non moins suspect, dénommé Gauthier, qu'on vient d'arrêter.
6° Au dire d'un individu, au Palais- Royal, les lettres de Rordeaux, arrivées par le dernier courrier, annonçaient que le bataillon, destiné à marcher sur Toulon, s'était saisi à la Réole des représentants du peuple, qui avaient été transférés à Bordeaux.
7° Les jeunes gens, dits muscadins, sont toujours très suspects, on insiste fortement sur le danger de leur fournir des armes, mais il est à remarquer que des hommes, renommés par leur incivisme, des muscadins même, affectant une tendre sollicitude pour la Patrie, sont ceux qui témoignent le plus d'alarmes sur les projets prétendus contre-révolutionnaires des muscadins.
8° L'affiuence diminue à la porte des boulangers.
9° Le décret sur la cocarde excite de grandes rumeurs dans les marchés de Paris, des femmes, stipendiées sans doute par les malveillants, se plaignent avec un emportement, qui ne décèle que trop l'esprit désorganisateur qui les anime, à cela
près, on peut dire que ce décret a reçu l'assentiment général.
22 septembre 1793.
Original signé, A. A'., F7 3C883.
1382. — Rapport de l'observateur Béraud, annonçant que le nommé Gasse, dont il a parlé dans un rapport de la veille, vient coucher, presque tous les soirs, rue des Fossés-du-Temple, n° 16, et que plusieurs muscadins ont été rossés d'importance par les Sans-culottes, au sortir de Nicolet, pour avoir dit qu'ils ne caserneraient pas.
22 septembre 1793.
Original signé, A. N., F7 3688:i.
1383. — Rapport de l'observateur Le Harivel, déclarant que :
1° Le pain se distribue fort difficilement dans plusieurs quartiers de Paris, notamment dans la Chaussée-d'Antin, où plusieurs citoyens ont dû s'en passer. Souvent dans les rassemblements se pose cette question : Pourquoi le pain est-il plus blanc chez certains boulangers?
2° L'on agiote maintenant dans les salles de vente, au Palais de l'Egalité, surtout de gros juifs, notamment dans celle près des colonnes, où se rassemblent les marchands d'argent, que l'on est parvenu en quelque sorte à chasser.
3° Le décret, enjoignant aux femmes indistinctement de porter la cocarde, a mis fin à une foule de petites insurrections, qui auraient fini par devenir dangereuses, le peuple en général y applaudit avec enthousiasme.
4° On demande partout avec instance la taxation du bois et d'autres objets de première nécessité.
22 seplembre 1793.
Original signé, A. N., F1 36883.
1384. — Rapport de l'observateur Monic, annonçant l'arrestation des nommés Saint- Germain, Saint-Georges, Petit, employé dans les vivres, Morel, rue Saint-Chaumont, porte Saint-Denis, teneur de jeu proliibé, tous* complices de Dumouriez, dont la correspondance se trouvait chez une dame Sainle-Foy, au n° 148 du Jardin
Egalité, mais ces papiers furent enlevés, lorsqu'on cerna une première fois le jardin. Au môme jardin, du n° 1 au n° 9 ou 10, il y a un club d'aristocrates, et l'on y joue à des jeux prohibés.
22 septembre 1793.
Original signé, A. N., F7 36S83.
1385. — Observations du citoyen Rolin, suivant lesquelles il reproche aux prêtres de n'être constitulionnels que de nom, et déclare que, sur les 32 curés de Paris, il en dénonce au moins 30 à l'opinion publique; aucun d'eux n'a voulu recevoir un jeune prêtre qui se présentait en qualité de vicaire, quoiqu'ils en eussent cependant un pressant besoin, le curé de Sainte-Geneviève l'a même chassé ignominieusement, lui imputant comme principal grief d'avoir reçu les ordres d'un évêque, qui allait se marier et l'était peut-être déjà. Rolin dénonce un certain La Bastide, ancien secrétaire du comte du Breuil, vivant à Sartrouville et venant quelquefois à Paris, où il loge rue Saint-Dominique, à l'hôtel de la comtesse du Breuil.
22 septembre 1793.
Original non signé, A. N., F7 3I5883.
1386. — Rapport de l'observateur Panelier, qui déclare être entré dans plusieurs temples remplis de monde, fort tranquille, et où il n'a entendu que la louange de Dieu, à la Halle, où le peuple, également calme, était très satisfait du décret relatif aux cocardes, dans six spectacles, très fréquentés, où dans les entr'acles se chantaient des chansons patriotiques, notamment dans le Spectacle Montansier, où il a remarqué un ballet patriotique, qui a fait grand plaisir aux spectateurs et a été très applaudi.
Original signé, A. N., F7 3G883.
1387. — Rapport de l'observateur Roubaud, dénonçant : 1° le nommé Helasisa, juif, de Bordeaux, chassé des Jacobins depuis deux ans pour son incivisme, ali'ectant publiquement et très haut des opinions républicaines et jouant un rôle suspect, fréquentant le Café de Chartres, au Palais
Egalité, où il fait assez de dépenses; 1° le sieur Spoline, très suspect, détenu depuis peu, qui faisait un commerce de femmes et d'argent avec le banquier Grenus, très lié avec les capitalistes hollandais; 3° le marquis d'Aousl, capitaine de vaisseau, très aristocrate, possédant 50,000 livres de rente, lequel, pour se mettre à l'abri, s'est fait secrétaire du député Rovère, dont il passe pour être le cousin.
22 septembre 1793.
Original signé, A. N., F7 36883.
1388. — Rapport de l'observateur Rousseville, déclarant que : 1° le pain n'a pas plus manqué que les jours précédents, et cependant que la foule était plus grande, sans doute parce que chacun voulait eu avoir du matin, alin de se promener plus tranquille te reste de la journée, le temps ne paraissant pas devoi r être aussi mauvais; 2° les motions des Tuileries étaient pour la taxe de toutes les denrées, surtout du vin et du cuir, qui augmentent tous les jours; 3° les malveillants ont encore cherché à occasionner quelque bruit, place de la Révolution, au sujet des cocardes portées par les femmes, mais les patriotes les ont déjoués; 4° l'esprit des cafés, qui étaient pleins à cause du mauvais temps, était en général assez bon; le Café Français, au coin de la rue Poissonnière, ne lui a point paru dans d'aussi bonnes dispositions, il était, comme les autres jours, rempli déjeunes gens et de quelques vieux aristocrates, qui parlaient avec satisfaction du retour de la section des Gravilliers; 5° des femmes révolutionnaires de la Société, séante au Charnier des Innocents, sont venues, la veille, en députation à la section de la Croix-Rouge, se plaignant de ce qu'on voulait les arrêter, et demandant la responsabilité des ministres, l'organisation des 4 tribunaux révolutionnaires, le jugement des aristocrates dans les 24 heures, le supplice d'Antoinette, de Brissot, etc. dans la semaine, la taxe de toutes les denrées à l'usage du peuple, et la nomination d'un Comité central, compose de députes île toutes les sections. Quelques particuliers ont aussi demandé qu'on fit une pétition à la Convention, afin d'obtenir que
les sections puissent se réunir à volonté, mais cette motion a été rejelée comme dangereuse et aristocrate.
Rousseville dénonce les propos inciviques tenus par un nommé Cousin, au Blancmesnil, près du Bourget, qui a dit. ne plus vouloir de l'appellation surannée de citoyen, et qu'avant peu reviendraient les princes.
22 septembre 1793.
Original signé, A. /V., F7 3688a.
1380. — Arrêté du Comité de sûreté générale, considérant qu'un chirurgienaccoucheur est un homme utile, et qu'un cheval est absolument nécessaire pour l'exercice de sa profession, surtout lorsque le chirurgien est d'un certain âge, décidant que le citoyen Viguier, chirurgien-accoucheur, âgé de 60 ans, section du Faubourg-du-Nord, est en droit d'avoir un cheval, et que celui qui a été saisi par la Commission des chevaux, établie au Palais Bourbon, lui sera rendu.
22 septembre 1793.
Extrait du registre ries arrêtés généraux du Comité de sûreté générale, A. N., AF*II 286.
1390. — Arrêté du Comité de sûreté générale, invitant les administrateurs du Département de Puiice à s'informer si, pour la surveillance de la citoyenne Larive, une garde aussi nombreuse cjue celle que sa section a mise auprès d'elle est nécessaire, et à vouluir bien veiller à ce que les citoyens composant cette garde se comportent avec les égards d'honnêteté qui doivent être employés vis-à-vis des personnes qui se soumettent à la loi.
22 septembre 1793.
Extrait du registre des arrêtés généraux du Comité de sûreté générale, A. N., AF*H 286.
1391. — Délibération du Comité de salut public du Département de Paris : i° d'après une lettre du citoyen Lulier, procureur général syndic du Département de Paris, chargeant les citoyens Guigues et Lécrivain de lever les scellés apposés au domicile du sieur Guillaume, rue de lîuci, et d'en distraire les papiers appartenant aux clients, de même les citoyens Franchet et Lécrivain de lever les scellés apposés à
Monlrouge; 2° décidant la nomination d'une Commission inspectante de la Poste aux lettres pour l'examen des journaux seulement, à raison de 6 livres par jour pour les honoraires de chacun de ses membres, qui sont les sieurs Payen-Deslauriers, Molière et Lebrun; 3° donnant mandat au citoyen Fournernt, k l'effet de se transporter chez le citoyen Dorival, ex-hermite, actuellement fabricant de toiles, cloître Saint-Benoit, dénoncé comme très suspect par le Comité de surveillance de la section de l'Observatoire, pour faire inspection de ses papiers, apporter ceux qui paraîtront suspects et l'amener au Comité; 4° transmettant au Comité de salut public du département d'Eure-et-Loir une dénonciation contre un ex-président des Comptes, le citoyen de Meslay, propriétaire d'une terre de ce nom, à deux heures de Chartres, où se rassemblent des aristocrates, au nombre desquels se trouve un ex-chanoine de l'église de Chartres, qu'on dit non assermenté, afin de prendre toutes les mesures qu'exige le salut public.
22 septembre 1793, matin et soir.
Extrait du registre des délibérations du Comité de surveillance du Département de Paris, A. N,, BB;î 81A (anc1 BB1; 20), fol. 331-333.
1392. — Extrait de l'ordre du jour de la force armée de Paris, portant que, d'après un arrêté de la Commune, les patrouilles de nuit vérifieront, à partir de 11 heures 1/2 du soir, les cartes des ci- (o\ ens et arrêteront tous ceux qui en seront dépourvus; que tous les citoyens qui se sont enrôlés dans les canonniers, postérieurement au décret de la réquisition, ne pourront faire partie des compagnies actuelles; les capitaines et sergents-majors des canonniers, après la censure des Assemblées générales des sections, prendront, de chaque citoyen enrôlé, le nom, l'âge, la demeure, la section ou le département, et le lieu de naissance, signaleront lu durée de leur service et leur dévouement à la chose publique, et signeront au bas de l'enrôlement. Le capitaine et les officiers commenceront à donner l'exemple.
Dans cet ordre, le Commandant général déclare que, tous les jours, il reçoit avec
douleur des plaintes de ses frères d'armes de garde aux barrières, à raison de leur malaise et de leur peu de commodité pour y faire le service, ajoutant qu'il a écrit plusieurs fois à l'administration des Travaux publics à ce sujet, que si, cette semaine, toutes les petites réparations ne sont pas faites, il se joindra à ses frères d'armes, qui ont un peu de connaissances en maçonnerie, qu'il meltra lui-même la main à l'ouvrage, qu'on ramassera les pierres, on fera venir quelques sacs de plâtre, on bouchera les ouvertures des petits édifices, ne laissant que ce qui sera nécessaire pour le service et recevoir la lumière.
Le service s'est très bien fait celte nuit, fréquentes patrouilles, mômes réserves et même surveillance.
D'après les rapports de la force armée, la section du Mail se trouvait, le 22, en armes sur la place des Victoires nationales, pour la réception des nouveaux officiers, le fusil d'un des citoyens, s'amusant à faire l'exercice, est parti; par suite de l'explosion, plusieurs chevaux des charrois des armées, sur cette place, se sont emballés, ont blessé grièvement un canonnier et brisé plusieurs chariots.
23 septembre 1793.
Copies conformes, signées de Clément, secrétaire de l'Etat-maior général (2 pièces), A. A\, AFIV 1470, BB3 76.
1393. — Rapport de l'observateur La Tour- La Montagne, rendant compte des faits suivants :
1° Le calme le plus profond règne dans Paris, et l'esprit excellent qui anime le peuple a déconcerté un peu les malveillants, ils cherchent à faire agir de nouveaux ressorts, ils laissent le pain et la cocarde pour ne s'occuper que des muscadins, ils veulent les rendre suspects aux Sans-culoltes, et, partageant les citoyens en deux classes, ils se flattent de les armer les uns contre les autres.
2° L'Observateur Sans-culotte, à qui cette manœuvre perfide n'a pas échappé, l'a combattue avec son éloquence ordinaire; sa feuille devient de jour en jour plus intéressante, sa lecture en famille, au dire d'un Sans-culotte, serait plus utile que
celle de l'Ancien Testament et le serait encore davantage, si chacun pouvait l'emporter chez soi, la saison ne permettant plus de lire au coin des rues.
3° Des canonniers en réquisition de divers quartiers, en vertu de la loi qui les autorise à entrer dans tous les bataillons, se sont concertés et se sont enrôlés dans la section des Gravilliers, au nombre d'environ 76. Ils ont formé leur état-major et se sont déjà casernés à Courbevoie. Ce sont presque tous des fils de ci-devant nobles ou de riches bourgeois, le peu de Sans-culottes qu'ils n'ont pu s'empêcher d'admettre a été écarté des places. Ces jeunes gens tiennent des propos très inciviques, ils font du bruit et commettent des dégâts à Courbevoie.
4° Un abus que dénonce l'observateur La Tour-La Montagne, abus qui peut avoir les suites les plus funestes, c'est la facilité avec laquelle on pénètre dans les prisons, surtout à la Force, celui peut:être de tous les lieux de détention qui mérite le plus d'être surveillé. L'on obtient aisément des permissions pour y entrer, et, en outre, les guichetiers et les gendarmes n'ont pas, à ce que l'on prétend, toute la sévérité, ni même l'intégrité qu'exige leur rigoureux ministère.
5" L'on exécute fort mal la loi qui ordonne que les noms des citoyens seront inscrits sur les portes des maisons qu'ils occupent. La plupart de ces écriteaux sont, ou enlevés, ou placés à une hauteur qui ne permet pas de les lire ; il serait cependant fort utile que cette loi reçût son entière exécution, on découvrirait par ce moyen ceux qui changent de quartier pour se soustraire aux recherches. Ces listes peuvent, d'ailleurs, fournir d'utiles renseignements, et il serait à souhaiter que chaque commissaire les lût avec soin dans son arrondissement.
23 septembre 1793.
Original signé, A. iV. , F7 36883.
1394. — Rapport de l'observateur Monic, donnant les renseignements suivants :
1° Michonis, l'officier municipal, qui facilita l'entrée à l'aristocrate, porteur d'un œillet, avec un billet pour la femme Capet,
est visité continuellement par les aristocrates dans sa prison et par un prêtre réfractaire.
2° Le décret, ordonnant à la Municipalité de taxer le bois et le charbon, a fait grand plaisir au public, qui voudrait que l'on taxât également la cliandelle.
3° Dans le Jardin Egalité, au n° 145, il y a un jeu prohibé, fréquenté par les contre-révolution naires.
4° On assure que les communications entre Perpignan et Narbonne sont interceptées.
23 septembre 1793.
Original signé, A. N., F7 36883.
1395. — Rapport de l'observateur Panetier : 1° dénonçant un ancien domestique de MM. de Calonne et de Saint-Fargeau congédié, marchand d'argent et espion des ci-devant; 2° constatant, d'après une visite dans plusieurs marchés, que tout est extraordinairement cher, et que les gens de la campagne vendent leurs denrées hors de prix; 3° racontant qu'avant assisté à l'exercice du canon, au Palais Egalité, il a vu un citoyen jeter son équipement par terre et abandonner son poste en présence de beaucoup de monde; 4° annonçant qu'il a assisté à la représentation d'une nouvelle pièce, au Théâtre du Vaudeville, pièce d'amourettes, insignifiante; 5° déclarant qu'il y a toujours de grands rassemblements chez les boulangers, quoiqu'il y ait beaucoup de grains à la Halle au Blé.
23 septembre 1793.
Original signé, A. N., F' 3G883.
1396. — Observations du citoyen Rolin, au sujet d'une discussion provoquée au Café du Protecteur de la garde nationale, rue Taranne, par deux citoyens qui affectaient beaucoup de chagrin du départ des jeunes gens de la première réquisition, envoyés au feu sans avoir jamais manié un fusil, également au sujet de vifs débals à l'Assemblée de la section du Panthéon-Français, convoquée le lundi 23, pour se rendre en masse aux Jacobins et y fraterniser, débats causés avant le départ, par la demande de passeports par divers citoyens, que certains voulaient
refuser, au point que le président fut insulté.
D'après Rolin, les jeunes gens de la réquisition, comme de vrais républicains, paraissent tous disposés à partir.
23 septembre 1793.
Original non signé, A. N., F7 36883.
L397. — Rapport de l'observateur Rousseville, déclarant que : 1° la difficulté d'avoir du pain n'empêche pas le peuple d'être tranquille, d'augurer bien de la guerre et de voir, sans murmurer, l'approche du départ de la première réquisition; 2° la fête de l'inauguration du buste de Marat a été célébrée avec ensemble, joie et patriotisme sur la place du Louvre; 3° les sections armées, malgré le mauvais temps, s'exercent aux Tuileries et au Luxembourg ; 4° des groupes aux Tuileries, devant le Palais révolutionnaire et la Maison commune, clairsemés en raison du mauvais temps, font des motions pour la taxe des denrées et le port du bonnet rouge par les hommes, la cocarde étant portée uniformément, sans aucune opposition, par les femmes; 5° au Palais-Egalité, la veille au soir, se voyaient beaucoup de vendeurs d'argent, d'embaucheurs de jeux et seulement une vingtaine de muscadins; 6° chez le libraire Desenne, toujours de nombreuses réunions, où l'on parlait de Dampierre comme d'un héros sans pareil, et l'on s'étonnait qu'il y eût tant de fêtes pour Marat et aucune pour ce général, en somme l'air du bureau y est au moins Feuillantin, sinon tout à fait aristocrate ; 7° l'opinion devient de plus en plus favorable au ministre de l'intérieur; 8° On se plaint, dans le département de l'Orne, surtout à Laigle et à Mortagne, du grand nombre des arrestations, d'après le témoignage de Desgrouas, député montagnard, et de Camus, chef de légion à Laigle, et pourtant Rousseville, qui est de ce pays, affirme que plusieurs des détenus sont contre-révolutionnaires, plus ou moins dangereux, et peut-être que parmi eux il n'y a pas un patriote.
23 septembre 1793.
Original signé, A. N., F7 36883.
1398. — Rapport de l'observateur Béraud, faisant connaître : 1° qu'au Spectacle Louvois, l'on a joué une pièce patriotique, et que l'on a accueilli avec enthousiasme tous les passages analogues au bien de la République, qu'il y a entendu dire que dans les maisons aristocrates et dans les jeux publics, on se servait de jeux de cartes, où les Gustine, les Dumouriez figurent à la place des Rois, les Corday â la place des Reines; 2° que la première réquisition de La Rochelle refuse de partir, sous prétexte que cette ville est une place frontière, qu'il faut bien se défier de celte ville, où le commerce a toujours été empoisonné d'aristocratie et arme en course; 3° d'après le récit de paysans de plusieurs villages, à 10 ou 15 lieues de Paris, des courriers y auraient passé, en annonçant l'arrivée des ennemis aux portes de Paris, la fin de la Convention, et les denrées au même prix que sous l'ancien régime.
23 septembre 1793.
Original signé, A. N., F7 3GS83.
1399. — Arrêté du Comité de sûreté générale, après avoir pris communication des pièces à la charge du citoyen Etienne Carnault, prévenu d'avoir tenu des propos de nature à préjudiciel1 aux opérations des représentants du peuple dans les départements d'Eure-et-Loir et de Seine- et- Oise, et, après avoir entendu les citoyens Bonneval et Roux, représentants du peuple, sur les faits imputés audit Carnault, décidant qu'il sera mis en liberté, sous la surveillance du Comité révolutionnaire de sa section.
23 septembre 1793.
Extrait du registre des arrêtés généraux du Comité de sûreté générale, A. N., AF*II 286.
1400. — Délibération du Comité de salut public du Département de Paris : 1° portant que la citoyenne Adeline, ci-devant actrice du Théâtre-Italien, connu actuellement sous le titre de Théâtre d'opéracomique, suspectée d'avoir des correspondances avec l'étranger, s'est présentée au Comité, et a expliqué qu'elle ne s'est pas trouvée chez elle, parce qu'elle était à sa maison d'Ecouen, lors de l'apposition des
scellés, à son domicile, le 18 septembre ; son interrogatoire n'ayant rien révélé de suspect, les scellés seront levés et examen sera fait de ses papiers, ceux suspects seront apportés au Comité; 2° recevant la déclaration de la citoyenne propriétaire du Café des Bains chinois, boulevard de la Comédie-Italienne, qui a entendu deux inconnus, dans son café, discourir et dire que la Polignac était à Paris depuis deux mois, avec le prince de Guiche, que l'un d'eux a affirme avoir dîné avec elle, qu'elle pouvait être chez son procureur, chargé de ses intérêts relativement à une terre qu'elle possède du côté de Bordeaux ; 3° donnant mandat au citoyen Chéry d'amener, au Comité, le sieur Lerouge, rédacteur du journal, intitulé le Courrier de la Convention et de la guerre, pour répondre aux interpellations qui lui seront faites sur un article du 23 septembre 1793; 4° constatant l'entrée en fonctions des citoyens Payen-Deslauriers, Molière et Lebrun, comme membres de la Commission des postes, pour l'examen des journaux; o° recevant le rapport de Franchet et Lécrivain, chargés de l'examen des papiers de la citoyenne Adeline, et qui n'ont rien trouvé de suspect.
23 septembre 1793, matin et soir.
Extrait du registre des délibérations du Comité de surveillance du Département de Paris A. N., BB3 81^ (anc1 BB" 20), fol. 333, 334.'
1401. — Extrait de l'ordre du jour de la force armée de Paris, par lequel le Commandant général invile tous ses concitoyens à prendre des leçons d'exercice, afin de se familiariser avec les armes, la Patrie ayant le droit d'exiger ce léger sacrifice de tout honnête homme qui s'honore d'être républicain; il déclare que ses frères, les canonniers, doivent redoubler de zèle el d'activité, qu'il a reçu des nouvelles de l'armée des Alpes, « elles sont assez bonnes, les trois camps devant Lyon sont en très bon état, s'il n'y a pas de trahison, avec le courage de tous nos braves républicains, ce siège ne durera pas longtemps. Couthon , brave dépulé montagnard, a fait rassembler, près de Lyon, 25,000 hommes, avec les 27,000 au-
très des trois camps, on entourera cette ville rebelle on la mettra, s'il le faut, en cendres, et ce serait une très grande impoli tique de rie pas le l'aire, puisque, au rapport des déserteurs, on y a égorgé et fusillé les patriotes. >>
Les patrouilles fréquentes, les réserves de 100 hommes et toujours la même surveillance aux barrières et autour des établissements publics.
24 septembre 1793.
Copies conformes, signées de Clément, secrétaire de l'Etat-major général (2 pièces), A. N., AFIV 1470, ISB* 76.
1402. — Rapport de l'observateur Rousseville, signalant les fails suivants :
1° Dans la rue du Bac, à la porte d'un boulanger, l'on a vu dans la foule de ceux qui attendaient à la porte, des individus qui poussaient.
2° On ignore la résidence actuelle de .M. d'Ormesson, qui demeurait rue Pantbemont, et dont la sœur habite rue des Rosiers.
3° Vers 4 heures 1/2, au Palais Egalité, se trouvèrent au moins 200 jeunes gens de la réquisition, ayant l'air de se connaître presque tous, mais, sur les 6 heures, ils se dispersèrent.
4° Dans le Marché Saint-Eustache et autres adjacents, la tranquillité était parfaite, la plupart des femmes, sauf de rares exceptions, portaient la cocarde.
S° Dans la section des Lombards, une foule immense suivait les garçons boulangers sans ouvrage, un maître boulanger, étant venu à passer dans la rue de la Vieille-Monnaie, fut insulté, mais on ne lui fit point de mal; rue Saint Honoré, la foule accompagnait la belle-mère de Petion à la guillotine, et le peuple avait l'air content de voir périr une royaliste de plus.
6° Aux Tuileries, sur les 8 heures, se for-* nièrent dans l'obscurilé, qui était épaisse, deux bandes de jeunes polissons, qui battirent tout le bois pour en chasser les femmes débauchées, en poussant des hurlements ridicules. Rousseville, dans la crainte de scènes meurtrières qui pourraient se produire au cours de soirées obscures, conseille l'organisation de deux pa-
trouilles pour empêcher tout rassemblement et même toute débauche, si c'était possible.
7° L'on travaille, dans les sections, organisées en sociétés populaires, à la nomination et épuration de ceux qui doivent former l'armée révolutionnaire.
8u Les préposés de la Bibliothèque nationale, rue de Richelieu, ont mis de côté tous les livres appartenant à la ci-devant Reine, sans doute pour s'en faire un mérite, en lui en faisant hommage dans le cas d'une contre-révolution, qu'apparemment ils espèrent.
24 septembre 1793.
Original signé, A. N., F? 36883.
1403. — Rapport de l'observateur Roubaud, déclarant que : 1° la foule recommence à affilier à la porte des boulangers, et plusieurs de la rue Montmartre n'ont pas fait de fournée faute de farine ; 2° toutes les denrées augmentent progressivement de jour à autre, le bois de gravier revient, rendu au logis, à 36 livres, le charbon au port à 10 livres, plus 3 livres pourle transport, et les charbonniers du portne veulent pas permettre qu'on l'enlève; 3° l'on est surpris de voir le ministre de la guerre faire inspecter les hôpitaux des armées par des membres du Comité de santé, intéressés au maintien des abus qui existent à la honte de l'humanité ; 4° un certain Noël, chirurgien-major de l'armée des Alpes, destitué par les représentants Albitte et Dubois de Crancé, non sans preuves de son incivisme, puisqu'il blasphémait sans cesse contre les Montagnards, et pérorait aux Assemblées populaires dans le sens Rolandin, a osé réclamer contre les prétendues calomnies dont il se disait victime, et a fait solliciter par le représentant Amar et un autre la place de chirurgien consultant de l'armée du Nord, sa destitution, comme il le proclamait, devant constituer un titre à une meilleure place.
Original signé, A. N., F1 3G883.
1404. — Rapport de l'observateurBéraud : 1° annonçant l'arrivée continuelle, à Paris, de soldats de ligne, envoyés, paraît-il, par
leurs régiments sous prétexte de maladie ou toute autre cause, pour voir ce qui se passe à la Convention et sonder le peuple ; ils se plaignent qu'on ne parle jamais d'eux et de ce que toutes les victoires sont attribuées aux volontaires, ce qui est méprisant pour eux; 2° faisant connaître le projet des jeunes gens en réquisition de demander à la Convention l'autorisation de former un corps particulier, sous la dénomination d'unti-royalisles ; 3° indiquant un moyen sûr de purger le Palais-Royal de toute ses impuretés, savoir, de l'entourer un soir vers 8 heures, avec certitude d'y trouver des escrocs, des espions, des souteneurs, porteurs de faux assignats ou faux papiers, qui dorment le jour ou méditent, et le soir entrent en fonctions.
24 septembre 1793.
Original signé, A. N., F7 36883.
1405. — Rapport de l'observateur Dugas : 1° déclarant qu'il y a toujours des rassemblements devant la porte des boulangers, que Paris est toujours tranquille et qu'il n'y a plus de rixes au sujet de la cocarde des femmes depuis le décret qui leur enjoint de la porter; 2° rappelant l'accident survenu, le 22, à la place des Victoires-Nationales, par la maladresse d'un citoyen, qui a imprudemment lâché un coup de fusil, à la suite duquel les chevaux des charrois militaires ont pris le mors aux dents, se sont abattus à la grille des Petils-Pères et ont grièvement blessé un canonnier; 3° mentionnant une pétition disculée la veille aux Jacobins, à l'effet d'améliorer le sort des soldats invalides, en leur donnant la même nourriture, le même vêtement et le même couchage qu'à leurs officiers; 4° signalant également dans Y Observateur Sans-culotle, placardé ce jour, une sortie virulente contre les auteurs des trahisons qui, depuis 4 ans, entravent la marche de la Révolution, notamment contre un certain Michaut, qui a perdu la tête, en se voyant deux épauleltes, et qui serait le comédien du Théâtre de la République; 5° constatant que la jeunesse de la première réquisition montre la plus grande ardeur pour marcher à l'ennemi, et qu'il serait bon de ne pas la laisser long-
temps dans les casernes préparées à son intention.
24 septembre 1793.
Original signé, A. N., F7 36883.
1406. — Rapport de l'observateur Le Harivel, renseignant sur les faits suivants :
1° Les jeunes gens de la première réquisition, casernés à l'Ecole militaire, tiennent, paraît-il, des propos très inciviques et se proposent de passer à l'ennemi.
2° Dans le quartier de la Chaussée-d'Antin, il n'y a eu que les rassemblements habituels à la porte des boulangers. Rien de contraire au bon ordre dans le jardin du Palais de l'Egalité, dans tous les cafés et lieux publics, de même à la Salle des tableaux, à la Halle neuve, et sur le boulevard, du côté de la Cliaussée-d'Anlin.
3° Dans les divers rassemblements causés par l'exécution qui s'est faite à 6heures, on n'a montré que des sentiments analogues à la Révolution, soumission aux lois et aux autorités constituées.
4° Au Palais de l'Egalité, de 6 à 9 heures, des malveillants ont cherché à former des groupes, mais sans y parvenir. On s'entretenait seulement dans les cafés de la contre-révolution de Rordeaux et des moyens de réduire cette ville perfide. Les dispositions pour la taxation projetée des comestibles paraissent faire grand plaisir aux citoyens qui se plaisaient à propager cette nouvelle.
24 septembre 1793.
Original signé, A. N., F7 3688^.
1407. — Rapport de l'observateur Monic, dénonçant un certain Roulli, capitaine, rue de Richelieu, qui devait être arrêté comme complice de Saint-Germain, et signalant, au Jardin Egalité, maison n° 177, un club où l'on joue et où afflue l'aristocratie, et une aulre maison de jeu, même Jardin, n° 89.
24 septembre 1793.
Original signe, A. N., F1 36883.
1408. — Rapport de l'observateur Mathieu Panetier, rendant compte de ce qu'il a vu la veille, d'abord le matin, dans le Faubourg Saint-Antoine, où il est entré dans une quarantaine de cafés et mar-
chands de vins, où il a constaté tout le patriotisme possible et mêmes rassemblements qu'ailleurs pour le pain ; dans les Champs-Elysées, l'après-midi, à la recherche d'un ancien garde d'Artois ; le soir, les Jacobins étant fermés, dans un bal où tout était tranquille. En passant au Palais de l'Egalité, à il heures du soir, il a vu une fille que l'on avait jetée par la fenêtre du 4e, du côté du Café de Foy, et plusieurs marchands d'argent faisant leur commerce sous les voûtes, l'un d'eux avait plus de cent louis d'or. D'après des nouvelles apportées de Bordeaux par un courrier, l'un des amis de l'observateur, il y avait dans cette ville deux partis, qu'on pourrait ramener au calme en arrêtant beaucoup de gros négociants, mais il faudrait y envoyer des vivres, les négociants ayant accaparé toutes les denrées.
L'observateur dénonce plusieurs suspects, le citoyen Orelly, ancien directeur de l'Opéra à Londres, le libraire Boule, quai des Augustins, qui imprime et débite des ouvrages incendiaires, un certain Lange, ancien cuisinier du duc d'York, fréquentant souvent le Café du Caveau.
24 septembre 1793.
Minutes signées (2 pièces), A. N., F1 3688:J-
1409. — Observations du citoyen Rolin, portant sur les points suivants :
1° La veille, à 6 heures et demie, un individu, se trouvant dans la foule rassemblée, quai de la Mégisserie ou de la Ferraille, pour voir passer la belle-mère de Pétion, voulut jeter un mauvais vernis sur les gendarmes des Tribunaux qui escortaientcette femme ; de braves républicains, auxquels Rolin signala ce particulier, l'obligèrent à les suivre au Comité révolutionnaire de Saint-Jacques-la-Boucherie.
2° Certain Degrobert, dont Rolin avait parlé il y dix ou douze jours, actuellement directeur de la manufacture de canons de Meulan sous le nom de Grobert, est de nouveau signalé, avec l'indication de ses faits et gestes depuis 1790, séparé de sa femme, dans la misère, et vivant avec une Italienne, qui, après un voyage à Marseille, au moment de la rébellion des Marseillais, en est revenue bien fournie d'assignats,
alors qu'elle ne pouvait même payer la pension de son fils, dont Grobert se disait le parrain. Rolin dénonce un ex religieux Picpus, nommé Roisin, prêtre insermenté, vivant chez Lami, traiteur à la porte du parc de Saint-Mandé.
24 septembre 1793.
Original non signé, A. N., F7 36883.
1410. — Délibération du Comité de salut public du Département de Paris : 1° donnant l'ordre à la Commission inspectante des journaux aux Postes de remettre au directeur de la feuille dite le Moniteur, celle du 6 septembre qui avait été arrêtée; 2° invitant les administrateurs des Postes à faire remplacer par un patriote le nommé Lafond, chef des bureaux des rebuts, comme ancien gentilhomme du ci-devant comte d'Artois et suspect en cette qualité ; 3° après visite de la maison du citoyen Ringard, ex-curé de Saint-Germain-l'Auxerrois, dénoncé comme émigré, et l'interrogatoire de la citoyenne Monnin, sa cuisinière, chez laquelle ont été trouvées des lettres dudit Bingard, chargeant le citoyen Franchet de mettre les scellés sur la porte du grenier de l'appartement de ce Ringard, après en avoir fait extraire l'argenterie qui y est déposée, et qui sera transportée dans une des pièces de l'appartement, avec la batterie de cuisine ; 4° envoyant à la Force la citoyenne Lorrain, dénoncée comme faisant un commerce de chemises suspect; 5° constatant le remplacement du citoyen Harny, trésorier du Comité, chargé d'une mission par le ministre de la guerre, par le citoyen Delespine, et la remise à celui-ci des 1,600 livres se trouvant dans l'armoire du trésorier ; 6° après interrogatoire du citoyen Dorival' ex hermite, dénoncé par la section de l'Observatoire comme ayant fait passer de l'argent à des prêtres réfraclaires, décidant son envoi aux Madelonnettes comme très suspect; 7° instruit par un article du journal la Correspondance politique, de ce jour, qu'il avait été dénoncé, au Club des Cordeliers, comme un corps usé qui penche vers l'aristocratie, envoyant le citoyen Franchet à la Société des Cordeliers, à l'eflet de relever les deux faits tronqués dont le Co-
mité est accusé, relativement à Oramagnac et à la feziime Lorrain, et de l'informer de l'arrêté pris, le 26 août, au sujet du premier et de l'arrestation de la seconde.
24 septembre 1793, matin et soir.
Extrait du registre des délibérations du Comité de surveillance du Département de Paris, A. IV., BB3 81A(anct BB7t 20), fol. 334-337.
141 1. — Extrait de l'ordre du jour de la force armée de Paris, portant que, d'après une lettre du Maire, relativement aux cartes des députés de la Convention nationale, les citoyens en patrouille et autres, composant la force armée, laisseront passer librement tous les députés porteurs de cette carte, dont les modèles ont été envoyés aux six chefs de légion et aux 48 commissaires pour servir de comparaison.
Le Commandant général recommande toujours la plus grande surveillance aux barrières pour empêcher la sortie du pain et des farines, ainsi qu'autour des établissements publics.
Les réserves de 100 hommes, les patrouilles fréquentes et le service à l'ordinaire.
25 septembre 1793.
Copies conformes, signées de Clément, secrétaire de l'Etat-major général (2 pièces), A. JV., AFIV 1470, BB3 7G.
1412. — Rapport de l'observateur Béraud, déclarant : 1° avoir parcouru la rue et le Faubourg Saint-Denis, ainsi que les boulevards, depuis la rue Saint-Antoine jusqu'aux Tuileries, et n'avoir vu que 4 ou E> affiches de l'Observateur Sam-culot le ; avoir remarqué au Jardin Egalité, où il y avait moins de monde qu'à l'ordinaire, un particulier en habit bleu, avec collet rouge, bottes luisantes, chapeau de travers avec un plumet, traînant après lui grand sabre, qui insultait et cherchait dispute à tout le inonde; avoir vu sur le boulevard cinq individus, à l'accent gascon, qui parlaient de Bordeaux et se communiquaient une lettre qui les mettait en joie; une visite domiciliaire chez ceux qui, depuis peu, sont sortis de cette ville, révélerait sans doute des choses importantes; 2° ajoutant que les nouvelles des armées ont absorbé les esprits, dans plusieurs groupes, des
discoureurs qu'on a fait taire, qui gonllaient les événements pour endormir le peuple dans la crainte; que l'on a difficilement du pain dans différents quartiers, le peuple y crie beaucoup et témoigne ses inquiétudes sur l'avenir; 3° nombre de personnes se plaignent de ce qu'on trompe sur l'aunage des indiennes vendues à l'encan au Jardin Egalité.
25 septembre 1793.
Original signé, A. AT., F1 36883.
1413. — I. Premier rapport de l'observateur La Tour-La-Montagne, consignant les faits suivanls :
1° Les portes des boulangers sont toujours assiégées, mais la tranquillité et le bon ordre régnent dans ces rassemblements, une femme, ayant osé tenir des propos inciviques, fut souffletée par les autres et chassée des rangs.
2° Les malveillants reviennent encore à la cocarde, ce signe sacré de notre liberté; des individus, stipendiés sans doute pour exciter des troubles dans Paris, inquiétaient les femmes sur la manière déporter la cocarde, et cette question frivole, qui a déjà occasionné des rixes violentes, n'est pas encore décidée.
3° L'on demande toujours à grands cris la clôture des maisons de jeu, principalement de celles où l'on joue le loto, qui fournissent chaque jour à la classe indigente les moyens de se ruiner, et aux malveillants ceux de calomnier le peuple et la Révolution. L'on ne saurait trop tôt fermer ces repaires de filous, de colporteurs, de marchands d'argent et de contrerévolutionnaires de toutes les couleurs.
Paris étant le but contre lequel se réunissent tous les efforts des malveillants, devrait être considéré comme une ville de guerre.
4° La Correspondance politique, journal très connu des aristocrates, continue à répandre son poison, elle tournait en ridicule les représentants Baudot et Ysabeau.