‹ Repertoire general du theatre francais P. Corneille 2Chapitre 158 sur 269 · CLÉOPÂTRE, L AO-NICE · texte numérisé non relu

CLÉOPÂTRE, L AO-NICE

CLEOPATRjE.

Laonice, vois-tu que le peuple s’apprête ' ’ / Au pompeux appareil de cette grande fêle?

La ^oie en est publique , et les princes tous deux Des Syriens ravis emportent tous les vœux •

L’un et l’autre fait voir un mérite si rare,

Que le souhait confus entre les deux s’égare;

Et ce qu en quelques-uns on voit d’attachement

.\ estqu un forble ascendant d’unpi-emier mouvement.

Ils penchent d un coté, prêts a tomber de l’autre :

Leur choix pour s’affermir attend encor le vôtre!

Et de celui qu’ils font ils Sont si peu jaloux ,

Que votre secret su les réunira tous.

Ct.EOPATRE..;

Sais-tu que mon secret n’est pas ce que l’on pensé? LA'ONICE.V'

J attends avec enx tous celui de leur naissance.

UOBOGÜNE.

CLÉOPÂTRE

Pour un esprit de cour, et nourri chez les grands. Tes yeux dans leurs secrets sont bien peu pénétrans. Apprends, ma confidente, apprends a me connoître. Si je cache en quel rang le ciej les a fait naître,

V ois, vois que, tantque l’ordre en demeure douteux, Aucun des deux no règne, et je règne pour eux i Quoique ce soit un bien que l’un et l’autre attende, De crainte de le perdre aucun ne le demande; Cependant je possède, et leur droit incertain Me laisse avec leur sort leur sceptre dans la main. Voilà mon grand secret. Sais-tu par quel mystère Je les laissois tous deux en dépôt chez mou frère ?

' » LAOSICE. , '

J’ai cru qu’Antiochus les tenoit éloignés Pour jouir des Etats qu’il avoit regagnés.

CLEOPATRE

11 occupoil leur trône, et craignoit Leur présence ) Efcictte juste crainte assuroit ma puissance.

Mes ordres en étoient de point en point suivis , Quand je le menaçois du retour de mes fils :

Voyant ce foudre prêt à servir ma colère.

Quoi qu’il me plût oser, il u’osoit me déplaire;

Et content malgré lui du vain titre de roi,

S'il régnoit au lieu d’enx , ce n’étoit que sous moi.

Je te dirai bien plus. Sans violence aucune J’aurois vu Nicanor épouser Rodogune,

Si , content de lui plaire et de me dédaigner,

Il eût vécu chez elle en me laissant régner.

Son retour me fâclioit plus que son liyménée,

Et j’aurois pu l’aimer s’il ne l’eût couronnée..

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