‹ Repertoire general du theatre francais P. Corneille 2Chapitre 159 sur 269 · ACTE II, 8CF.jrl'lI · texte numérisé non relu

ACTE II, 8CF.jrl'lI

’tu, vis comme il-y fit des efforts superflus:

Je fis beaucoup alors , et ferois encor plus

S’il.étoit quelque voie , infâme ou légitime

Que m’enseignât la gloire, ou que m’ouvrit le crime,

Qui me pût conserver un bien que j’ai chéri Jusqu’à verser pour lai tout le sang d’un mari.

Dans l’état pitoyable où m’en réduit la suite ,

Délice de mon cœur , il faut que je te quitte ;

On m’y force , il le faut : mais on verra quel fruit En recevra bientôt celle qui m’y réduit.

L’amour que j’ai pour toi tourne en haine pour elle : . * Autant que l’un fut grand , l’autre sera cruelle ;

Et, puisqu’en te perdant j’ai sur qui me venger ,

Ma perte est supportable , et mon mal est léger.

eaonice. . - . jp

Quoi! vous parlez encor de vengeance et de haine Pour celle dont vo us-môme allez faire une reine !

CLEOPATRE

Quoi! je ferois un roi pour être son éponx ,

Et m’exposer aux traits de son juste courroux f. N’apprendras-tu jamais , ame basse et grossière ,

A voir par d’autres yeux que les yeux du vulgaire?

Toi qui connois ce peuple, et sais qu’aux champs dé Mars Lâchement d’une femme il suit les étendards ;

Que, sans Antiochus , Tryphon m’eût dépouillée ;

Que sous lui son ardeur fut soudain réveillée;

Ne saurois-tu juger que si je nomme un roi ,

C’est pour le commander et combattre pour moi ?

J’en ai le choix en main avec le droit d’aînesse ; ’

Et , puisqu’il en faut faire une aide à ma loiblesse ,.

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Que la guerre sans lui ne peut se rallumer ,

J’userai Lien du droit que j’ai de le nommer.

On ne montera point au rang dont je dévale , .

Qu’en épousant ma haine au lieu de ma rivale :

Ce n’est qu’en me vengeant qu’on me le peut ravir ;

Et'je ferai régner qui me voudra servir.

• . IAOMCE.

Je vous connoissois mal.

CLEOPATRE

,• , Connois-moi toute entière.

Quand je mk Rodogune en tes mains prisonnière.

Ce ne fut ni pitié , ni respect de sou rang ,

Qui m’arrêta le bras, et conserva son sang.

La mort d’Antioclius me laissoit sans armée )

Et d’une troupe en hâte à me suivre animée Beaucoup dans ma vengeance ayant fini leurs jours M’exposoient à son- frère , et foible, et sans, secours : Je me voyois perdue à moins d’un tel otage.

U vint, et sa fureur craignit po&cc cher gage :

Il m’imposa des lois , exigea des sermens ; *

Et moi , j’a'ccordai tout pour obtenir du temps.

Ee temps est un trésor plusgrand qu’on ne peut croire ; J*en obtins , et je crus obtenir la victoire.

J’ai pu reprendre haleine j et, sous de faux apprêts.... Mais voici mes deux fils que j’ai mandés exprès. Ecoule , et tu verras quel est cet hyménée Où se doit terminer cette illustre journée.

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