‹ Repertoire general du theatre francais P. Corneille 2Chapitre 180 sur 269 · acte rv, scexe ni. a-x · texte numérisé non relu

acte rv, scexe ni. a-x

Votre seule colère a fait notro-infortune.

Nous pci-dotis tout, Madame* en perdantïWogune: N ous l’adorons tous deux ; jugez en quels tourmeus Nous jette la rigueur de vos commaudcmens. ’* ' L’aveu de cet amour sans doute vous offense ; \> Mais enfin nos malheurs croissent par le silence •

Ft votre cœur, qu’aveugle un peu d’inimitié', ; S’ifignore nos maux, n’en peut prendre pitié. ' * Au point où je les vois, c’en est le seul remède.*

„ , ' ’V * ' CLEOPATRE

Quelle aveugle fureur vous-niome vons possède? Avez-vous oublié que vous parlez à moi? - Ou si.vous présumez être déjà mon roi? - , ANTIOCUUS.

Je tâchc avec respect à votis faire j.connoitre Les forces d’un amour que vous avez fait naître.

. c Léo PATRE,

Moi ! j’aurois allumé cet insolent amour ?

ANnocnus. •

Et quel autre prétexte a fait notre retour?

Nous avez-vous mandés qu afin qil’un droit d’aîuéssg Donnât à l’un de nous le troue et la princesse?

Vous avez bien luit plus , vous nous l’avez fait voir; Et c’étoit par vos mains nous mettre eu sou pquvuir. Qui de nous deux , Madame , eut osé s’en défendre /■ Quand vous nous ordonniez à tous deux d’y prétendre? Si sa beauté dès-lors n’eùt allumé nos feux,

Le devoir auprès d’elle eût attaché nos vœux y Le désir de régner eût fait. la même chose, èEt , daii$ l’ordre des lois qug la paix nou^iinq)osd)f

Tl

nonocunE.

Nous {levions aspirer à sa possession Par amour, par devoir, ou par ambition.

Nous 'avons donc aimé , nous avons cru vous plaire : Chacun de nous n’a craint que le bonheur d’un frère; Et cette crainte eufin cédant à l’amitié,

J’implore pour tous deux un moment de pitié.

Avons-nous dû prévoir cette haine cachée Que la foi des traités n’avoit point arrachée?

CLÉOPÂTRE

Non, mais vous avez dû garder le souvenir Des hontes que pour vous j’avois su prévenu’.

Et de l’indigne état où votre Rodogutic ,

Sans moi , sans mon courage, eût mis votre fortune. Je croyois que vos cœurs, sensibles à ces coups,

En sauroient conserver un généreux courroux;

Et je le retenois avec ma douceur feinte ,

- Afin que , grossissant sous un peu de contrainte , . Ce torrent de colère et de ressentiment Fût plus impétueux en son débordement.

Je fais plus maintenant , je presse, sollicite ,

Je commande, menace; et rien ne vous irrite.

Le sceptre , dont ma main vous doit récompenser, N’a point de quoi vous faire un moment balancer; Vous 11e considérez ni lui, ni mon injure;

L’amour étouffe en vous la voix de la nature :

Et je pourrais aimer des fils dénaturés!

ANTIOCHUS

La nature et l’amour ont leurs droits séparés;

L’un n’ôte point à l’autre une ame qu’il possède.

CLEOPATRE

Non , non ; où l’amour règne il faut que l’autre cède.

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