‹ Repertoire general du theatre francais P. Corneille 2Chapitre 215 sur 269 · P II U S I A'S · texte numérisé non relu

P II U S I A'S

La plus mauvaise excuse est assez pour un pcrc;

Et sous le nom d’un fils toute faute est légère :

Je ne veux voir en vous que mon unique appui. Tieccvez tout l’honneur qu’on vous doit aujourd'hui. L’ambassadeur romain me demande audience ;

Il verra ce qu’cn vous je prends de confiance ;

Vous l’écouterez, Prince , et répondrez pour «foi.

Vous êtes aussi bien le véritable roi ;

Je n’en suis plus que l’ombre, et l’àge ne m’en laisse Qu’un vain titre d’honneur qu’on rendàma vieillesse;'

Je u* ai plus que deux jours peut-être ale garder. L’intérêt de l’Etat vous doit seul regarder; • Prcnez-en aujourd’hui la marque la plus haute :

Mais gardez-vous aussi d’oublier votre faute;

Et , comme elle fait brèche au pouvoir souverain.

Pour la bien réparer, retournez dès demain.

Remettez en éclat la puissance ab^luc:

Attendez-la de moi comme je l’fr reçue,

Inviolable, entière; et n’autorisez pas De plus médians que vous à la mettre plus bas.

Le peuple qui vous Voit, la cour qui vous contemple , Vous désobéiroient sur votre propre exemple : Donnez-leur -en un autre, et montrez a leurs yeux Que nos premiers sujets obéissent le mieux.

wcomède. i - >

J’obéirai , Seigneur, et plus tôt qu’on ne pense; " Mais je demande un prix de mon obéissance.

La reine d’Arménie est due à ses Etats ,

Et j’en Vois les chemins ouverts par nos combats. * ) ;

33 O NICOMEDE. *. •

Il est temps qu’en son ciel cet astré aille reluire-:

De grâce accordez-moi l’honneur de l’y conduire.

ÎRIISUS.

Il n’appartient qu’à vous, 'et cet illustre emploi Demande un roi lui-même, ou l’héritier d’un roi. Mais pour là reQvoyer jusqu’en son Arménie,

Vous savez qu’il y faut quelque cérémonie :

. Tandis que je ferai préparer son départ ,

Vous irez dans mon camp l’attendre de ma part.

NICÔ ME DE. '

Elle est prête à partir sans plus grand équipage.

PRl’SUS.

Je n’ai garde à son rang de faire un tel outrage. Mais l’ambassadeur entre-, il le faut écouter;

Puis nous verrons quel ordre on y doit apporter.

S cfe’N.Elil.'

rRUSIAS,*l.GOMÈDE, FLAMINIUS, ARASPE.

- c ■ ’ jt . •

- . FLAMINIUS

. "Sur le point de partir, Rome , Seigneur, me mande ’ Que je vous fasse encor pour elle une demande.

Elle a nourrj vingt ans un prince votre fils ; >•

. Et vous pouvez juger des soins qu’elle en a pris Par les liautos yertus et les illustres marques Oui font briller en lui le sang de vo é monarques. Surtout il est instruit -en l’art de bien régner:

C’est à "vous de le croire , et.de le témoigner. • •

Si vous faites état de cette nourriture,

Donnez ordre qu’il règne : elle vous en conjure ;

■*<ÏTE II, SCÈNE ru. 33 j

Et vous offenseriez l’estime qu’eHe en fait,

Si vouÿ le laissiez vivre et mourir en sujet.

1‘ ai tes dont; aujourd’hui que jé lui puisse dire Où vous lui destinez un souverain empire.

phusias.

T-æs soins qu’ont pris de lui le peupleret le sénat JN e trouveront en moi jamais un père ingrat :

Je crois que pour régner il en a les mérites ,

J^t n eu veux point douter après ce que vous dites. Mais vous voyez, Seigoeur, le prince son aîné, Dont le bras généreux trois fois m’a couronné Il ne fait que sortir encor d’une victoire,

Et pour tant de hauts faits je lui dois quelque gloire, Soulfrez qu’il ait l’honneur de répondre pour môi.

NICOMEDE

Seigneur, c’est à vous seul de faire Attale roi.

PRUSIAS

C’est votre intérêt seul que sa demande touche.

NJCOMÈDE.

Ce vôtre toutefois m’ouvrira seul la bouche. .

De quoi se mêle Rome? et d’où prend le sénat,

\ ous vivant, vous régnant, ce droit sur votre Etat? Vivez, régnez, Seigneur; jusqu a la sépulture,

Et laissez faire apres , ou Rome , ou la nature. ' ’

PRUSIAS

Pour de pareils amis il faut se faire effort.

* NICOMÈDE

Qui partage vos biens aspire à votre mort;

Et de pareils amis, en bonne politique....

p r us I AS.

Ah! ne me brouillez point avec la république;

■sft

33 a nico,mèdç.

Portez pludMe respect à de tels alliés. +*

.ML'OMEDE. J .

Je ne puis voit sous eux les rois humiliés ‘

Et, quelque soit ce fils que Rome vous- renvoie,

‘ Seigneur , je lui rendrois son présent avec joie. S’il est si bien instruit çn l’art de conuiiander, C’est un rare trésor, qu’elle devroit 'garder ,- Et conserver chez soi sa chère nourriture,

Ou pouf le consulat, ott pour la dictature.

ruMisius/è Prusias.

Seigneur, dansrte discours qui nous traite si mal, Vous voyez utçefTet des leçons d’Annihal; Ce'perfide ennemi de la grandeur romaine N’cn a mis en son cœur que mépris et que haine.

ni c o M È D E.

Non ; mais il m’a surtout laissé ferme en ce point, D’estimer beaucoup Rome, et ne la craindre point. On me croit son disciple, et je le tiens à gloire;

Et quand Flaminius attaque sa mémoire,

• Il doit savoir qu’un jour il me fera raison D’avoir réduit mon maître au secours du poison, Et n’oublier jamais qu’au trefois ce grand homme Commença par son père à triompher de Rome.

FLAMINIUS

Ah! c’est trop m’outrager.

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