DON A ISABELLE, D. MANRIQÜE, D. ALVAR, . D. LOPE
DOSA ISABELLE
Làissez-moi, don Alvar, leur parler un moment : Je n’entreprendrai rien à votre préjudice;
•' Et mon dessein ne va qu’à vous faire justice,
Qu’à vous favoriser plus que vous ne voulez. . •
* D. ALVAR
Je ne sais qu’obéir alors que vous parlez.
DON A ISABELLE, D. MANRIQÜE, D. LOPÈ.
' • VV " ' DOSSA ISAtfÉtLJi.^ ' •*’,
l'LESj'Ié ne veux.plus donner lieu qu^n murmure '■ choisir par autrui c’est me faire unerinj ufej
.Et, puisque de myi mâii^î&e^j^ sera plus ^ Je Veux choisir moi-meme, dk reprendre l’anneSi.
Je«ferai plus pour vous : des. trois qu’on.mie'propose, "l’en eXtlus ddh Alvar ; vous eu savez 15 cause ;• -
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A C.T F. III, SCENE IV. *6f
Je ne veux point gêner un c.œur plein d’autres leux ,' JEt vous ôte un rival pour le rendre à ses voeux. ■
Qui n’aime que par force aime qu’on le néglige j Et mon refus du moins autant que vous l’oblige'.
Vous êtes donc les seuls que je veux regarder;
Mais, avant qu’à choisir j’ose me hasarder,
Je voudràis voir en vous quelque preuve certaine Qu’en moi c’est moi qn’on aime , et non 1 éclat de reifte. L’amour n’est, ce dit-on , qu’une union d’esprits^ .
Et je tiendrois des deux celui-là mieux épris **
Qui favoriseroit ce que je favorise, * J .
Et ne mépriseroit que ce quç jç méprise ,
Qui pi'endroit en m’aimant mqme^caMir f même$’yeux! Si vous ne m’entendez , je Vais m’expliquer mieux. Aux vertus de Carlos , j’ai paru libérale : , f
Je voudrois en tousMeux voir une estime égalé-,
Qu’il trouvât même honneur , même justice en vous': Car ne présumez pas que je prenne un époux Pour* m’exposer moi-m<yuc à ce hpnteux outrage Qu’un roi fait de ma main détruise mon ouvrage.;*' * N’y. pensez l’un ni l'autre, à moins qu’un digne elfet Suive de .votre part ce que pour lui j’ai fait j • * *
Et que par cet aveu je demeure assurée . ^ - Oue tout ce'qui m’a plu doit être de durée.
d. ma^-r iqtjE.
, Madamif! êttoùjours son bonheur
Fait depôndre de lui le nôtre et votre- coeur! #
Mais puisque c’est par là qu’il faut enfimyous plairo, Vous-même apprenez-nous ce que rfous pouvons faire Nous l’estimons tons deux un des braves, guerriers A qui jamais la guerre ait donné des lauriers : ?■
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iGor BoV SANCBE.
Notre liberté même est due à sa vaillance , \ , • '
Et, quoiqu’il ait tantôt montré quelque insolence^, Dont nous a dù piquer l’honneur de notre rang, Vous avez suppléé l’obscurité du sang:
Ce qu’il vous plaît qu’il soit, il est digue de l’être.
Nous lui devons beaucoup , et l’allions reconuoitre, . 1
L’honorcr en soldat \ et lui faire du bien ;
Mais après vos faveurs nous ne pouvons plus rien : Qui pouvoit pour Carlos ne peut plus pour un comte J Il n’est rien en nos mains qu'il en reçut sans honte : *
. Çt vous ayez pris soin de le payer pour nous.
DOSA ISABEILÏ. *v »
Il est entre vos mains des présens assez doux .Qui purgeroient vos noms de toute ingratitude,
Et mon ame pour lui de toute inquiétude;
Il en est dont sans lionte il seroit possesseur :
En un mot , vous avez l’un et l’autre une sœur;
Et je veux que le roi qu’il me plaira de fairç,»
En recevaut ma main, le fasse son beau-frcrc;
Et que par cet hymen son destin affermi ^
• Ne puisse en mon époux trouver son ennemi.
*Ce n’est pas après tout , que j’en craigne la haine ;
Je sais qu’en cet état je serai toujours reine ,
Et qu’un tel roi jamais, quel que soit jon projet ,
Ne sera sous ce nom que mon premier sujet ;
Mais je ne me plais pas à contraindre personuç ,
• Et moins que tous un cœur à qui le mien se donne. Répondez donc tous deux : n’y conscutezrvous pas ?
D. MA N RI QUE
Oui, Madame , aux plus longs et pins cruels trépas ,
». - ^ ACTE III, SCENE IV.. f fJ3
^Plutôt qu’à voir jamais de pareils liyménées Ternir en un moment l’éclat de mille années ; *.
Ne cherchez point par là cette union d’esprits :
Votre sceptre, Madame , est trop cher à ce prir ; •• Et jamais ' ■’
DONA ISABELLE, v '
Ainsi donc vous me faites connoître * Que ce que je l’ai fait il est-digne de l’être, 4
Que je puis suppléer l'obscurité du sang? f • n. M A N R i que.
Oui bien pour l’élever jusques à notre rang.
^Jamais unsoûverain ne doit compte à personne *
Des dignités qu'il Aiit , et des grandeurs qu’il doune : S’il est d’un sort indigne ou l’auteur ou l’appui, Comme il le fait lui seul, la honte est toute à lui. - * Mais disposer d’un sang que j’ai reçu sans tache ! Avant que le souiller il faut qu’on me l’arraclie ;
. J’en dois compte aux a’ieux dont il est hérité,
A toùte leur famille, à la postérité.
, * D ON A I S ABEL LE
Et moi,Manrique, et moi, qui n’en dois aucun compte J’en disposerai seule /et j’en aurai la honte. -,
Mais quelle extravagance a pu vous figurer ,
Que je me donne à vous pour vous déshonorer ;
Que monsceptle en vos mains porte quelque infamie ? # Si je suis jusque-là de moi-même ennemie, •
En quelle qualité , de sujet ou d’amant , . •
M’os.ez-vous expliquer ce noble sentiment?
Ah ! si vous n’apprenez à parler d’autre sorte....
D. L O PE
.Madame , pardonnez à 1’ardcur qui l'emporte;
.l£4 DON S4NCHI.E.; , W %
I! de.voit s’excuser avec plus de douceur. * ^ * Nçlus avons eu effet l’uu et l’autre uqe sœiir Ma fs , si j’ose eu parler avec quelque franchise',
A d’autres qu’au marquis l’une et l’autre est.promise
DONA ISACEL LE.
A (jui , don Lope ? . • ■
D> manriqüè.’
. A moi , Madame. * . ‘
Et l’autre? .
'M^’> s D. LOPE.
DONA ISABELLE
donetôrt parmi vous <le vouloir faire uù roi.
Allez., lueurcux amans , allez voir vos maîtresses ; |
Et , parmi les douceurs de vos dignes caresses, V * S’oubliez pas de dire à ces jeuues esprits -, ,
. iQue vous faites du trône un généreux mépris. *
Je vous l’af d éja dit , je ne force personne ^ « <
^ Et rends ^ràcc à l’Etat des amans qu’il mfe donne. j
D. LOPE
EcQulez-hous , de grâce. • ' „
DONA ISABELLE