‹ Repertoire general du theatre francais P. Corneille 3Chapitre 67 sur 187 · EPITRE M · texte numérisé non relu

EPITRE M

impressions que les rares qualités «l’un honnête homme font sur toutes sortes d’esprits, qui esl une façon de louer assez ingénieuse, et hors du commun des panégyriques. Mais j’aurois mauvaise grâce de me prévaloir d’un auteur arabe , que je ue connois que sur la foi d’une traduction latine; et, puisque sa paraphrase abrège le texte d’Aristote en cet article au lieu de l’étendre, je ferai mieux d’en croire ce dernier , qui ne permet point à cet ouvrage de prendre un nom plus relevé que celui de comédie. Ce n’est pas que je n’aie hésité quelque temps sur ce que je n’y voyois rien qui put émouvoir à Hre. Cet agrément a été jusqu’ici tellement de la pratique de la comédie, que beaucoup ont cru qu’il étoit aussi de son essence; et je scrois encore dans ce scrupule, si je n’en avois été guéri par votre M. Heinsius, <fe qui je ' viens d’apprendre heureusement que movere

RIStJM NON CONSTITUIT COMOEDIAM, SED PLEBIS AU-

curiuM est, et abusus. Après l’autorité d’un si grand homme, je serois coupable de chercher d’autres raisons, et de craindre d’être mal fondé à soutenir que la comédie se peut passer du ridicule. J’ajoute à celle-ci l’épithète d’héroique , pour satisfaire aucunement à là dignité de ses ^ personnages, qui pourroit sembler profanée par la bassesse d’un titre que j’amais on n’a appliqué si haut. Mais, après tout, Monsieur, ce n’est

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qu’un intérim, jusqu'à ce que vous m’ayez appris comme j’ai dû l’intituler. Je ne vous l’adresse que polir yous l’abandonner entièrement : et si vos Elzéviers se saisissent de ce poème , comme ils ont fait de quelques-uns des miens qui l’ont procédé, ils peuvent le faire voir à vos provinces sous le titre que vous lui jugerez plus convenable, et nous exécuterons ici l’arrêt que vous en aurez donné. J’attends de vous cctlc instruction avec impatience , pour m’affermir dans mes premières pensées, pu les rejeter comme de mauvaises tentations : elle^ flotteront jusque-là; et si vous ne me pouvez accorder la gloire d’avoir appuyé une nouveauté, vous me laisserez du moins celle d’avoir passablement défendu un paradoxe. Mais quand même vous m’ôtei'iez toutes les deux, je m’en consolerai fort aisément, parce que je suis très - assuré que vous ne sauriez m’en ôter une qui m’est beaucoup plus . précieuse , c’est celle d’être toute ma vie,

■ Monsieur,

Votre très-humble et très- . • obéissant serviteur,

P. Co RNEI LLE.

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