ACTE V, SCÈNE V
Et jouissant des maux que j’aimois à lui peindre , Elle en étoit la cause, et feignoit de me plaindre! C’est là mon désespoir. Pour avoir trop parlé',-. 'Je perds ce que déjà je tenois immolé.
. J £ l’ai portée à fuir, et par mon imprudence, Moi-même je me suis dérobé ma vengeance.
Dérobé ma vengeance! à quoipensé-je? Ah dieux ! L’ingrate! On la verroit triompher à mes jeux ! C’est trop de patience en de si rudes peines. Allons, partons, Nérine, et volons vers Athènes. Mettons un prompt obstacle à ce qu’on lui promet. Elle n’est pas encore où son espoir la met.
Sa mort, sa seule mort, mais une mort cruelle.... nérine.
Calmez cette douleur : où vous emporte-t-ellè? Madame, songez-vous que tous ces vains projets Par 1 éclat de vos cris s’entendent au palais ?
• ARIANE
Qu importe que partout mesplaintes soient ouïes ? On connoît, on a vu des amantes trahies ;
A d’autres quelquefois on a manqué de foi :
Mais , Nérine , jamais il n’en fut comme moi. .
Par cette tendre ardeur dont j’ai chéri Thésée Avois-je mérité de m’en voir méprisée?
De tout ce que j’ai fait considère le fruit.
Quand je fuis pour lui seul , c’est moi seulequ’il fuit. Pour lui seul je dédaigne une couronne offerte :
En séduisant ma sœur, il conspire ma perte.
. De ma foi chaque jour.ee sont gages nouveaux :
Je le comble de biens , il m’accable de maux ;
8*2 » T.^LniANE. . *.
Et par «ne rigueur jusqu’au bout poursuivie.
Quand j’empêche sa mort, il m’arrache'la vie.
Après l’indigne éclat d’un procédé si noir,
Jô ne m’étonne plus qu’il craigne de me voir : •
La honte qu’il eu a lui fait fuir ma rencontre.
Mais enfin à mes yeux il faudra qu’il se montre :
Nous verrons s’il tiendra contre ce qu’il me doit;
Mes larmes parleront, c’en est fait s’il les voit.
Ne les contraignons plus, et par cette foiblesse De son cœur étonné surprenons la tendresse.
Ayant à mon amour immolé ma raison ,
La peur d’en faire trop seroit hors de saison.
Plus d’égard à ma gloire; approuvée ou blâmée , J’aurai tout fait pour moi, si je demeure aimée.... m Mais à quel lâche espoir mon trouble me réduit l Si j’aime encor Thésée, oublié-je qu’il fuit ? Peut-être en ce moment aux pieds de ma rivale Il rit des vains projets où mon cteur se ravale.
Tous deux peut-être*. Ah ciel ! Nériue, ettipêçhe-moi D’ouïr ce que j’entends , de voir ce que je voi'
Leur triomphe me tue; et, toute possédée De cette assassinante et trop funeste idée,
Quelques bras quecontre eux ma haine puisse unir, Je souü’re plus encor qu’elle ne peut punir.