‹ Répertoire méthodique et alphabétique de législation, de doctrine et de jurisprudence en matière de droit civil, commercial, criminel, administratif, de droit des gens et de droit public (volume 3)Chapitre 55 sur 116 · ASSOCIATIONS DE SECOURS MUTUELS · texte numérisé non relu

ASSOCIATIONS DE SECOURS MUTUELS

pagnons du dèvoli*: !• les Enfants de Salomon-, 2° les En . r.ts de luaUre Jacques (i); 3° les Enfants da père Soubise (:2). Ces (rois grandes divisions se sont adjoint chacune diflérents corps d'états.

Telle est l'une des traditions relatives à l'origine du compagnonnage. Nous verrons bientôt que cette tradition est contestée en ce qui concerne maître Jacques et le père Soubise , et qu*on donne à ces deux personnages , adoptés comme symboles par les compagnons , une origine qui les reporterait seulement à l'époque du moyen âge, vers 1265. — Y* le n<> suivant.

O. Nous venons de rapporter la version généralement admise par les compagnons. On comprendra aisément combien la certitude de cette version est contestable. La science historique, beaucoup moins naïve que la tradition populaire , doit évidemment hésiter à l'admettre. Cependant, comme le besoin d'association a dû se faire sentir dans l'antiquité aussi bien que de nos jours, surtout parmi les travailleurs , il n'y a rien de déraisonnable à penser que le compagnonnage ait pu naître et se développer au moment de quelques-uns de ces grands travaux (tels que l'érection du temple de Jérusalem) si célèbres dans l'histoire de l'Orient, et dont les ruines présentent encore, après tant de siècles écoulés, un si imposant spectacle.CommentetàquelIeépoque le compagnonnage passa-t-il de l'Orient en Europe, et y introduisit-il la légende qui se rattache à la fondation du temple de Jérusalem? Telle est peut-être la seule question que l'histoire puisse tenter de résoudre; c'est aussi la seule qu'elle ait abordée. Il parait que la tradition du compagnonnage passa, à l'époque des croisades, parmi les ouvriers européens , et que ces derniers , par le contact avec ceux de l'Orient, très-habiles dans l'art de construire , acquirent d'eux une science nouvelle et, de plus, des formes d'association qu'ils n'avaient jamais connues. Toutefois , l'élément chrétien n'y fut point compromis.

L'association se forma d'abord parmi les tailleurs de pierre, puis parmi les menuisiers et les serruriers. Ils reconnurent tous Salomon pour fondateur. Les premiers prirent la qualification de compagnons étrangers^ nom qui exprimait leur position dans les contrées lointaines; les seconds furent compagnons de la liberté, terme qui n'exprimait point sans doute alors le sens que nous y attacherions aujourd'hui , et qui se rapportait plutôt à l'idée de l'indépendance personnelle dont les associés jouissaient ou avaient besoin de jouir pour s'afBlier à la société. Après les croisades , les ouvriers constructeurs de monuments qui se répandirent en France portèrent les qualifications que nous venons d'indiquer.

Les compagnons étrangers ( tailleurs de pierre ) et les compagnons de la liberté (menuisiers et serruriers) vécurent longtemps entre eux en bonne union; mais, vers 1265, une scission éclata parmi les uns et parmi les autres. Les dissidents se mirent sous la protection de Jacques Molay, grand maître des templiers , et formèrent deux nouvelles associations : celle de tailleurs de

(1) Chaque société de compagnooDage fait un récit différent sur maître Jacqaes. Celui qui jouit da plus grand crédit fait naitro M* Jacques dans les Gaules, dans une petite ville nommée Carte , aujourd'hui Saint- Romilly. Il aurait voyagé dans la Grèce à l'époque de Salomon , y aurait appris l'architectfire et serait devenu un des principaux archilecles do Salomon. Revenu dans les Gaules, il se serait retiré à Sainte-Baume, où il aurait été assassiné par les disciples de maître Soubise.

(2) Suivant la tradition du compagnonnage, maître Soubise, Gaulois aussi, et savant dans l'art de l'architecture , aurait été, comme matlre Jacques , l'an des agents principaux de Salomon. Il revint ensuite dans les Gaules , fit scission avec maître Jacqaes et eut des disciples accusés d'avoir assassiné ce dernier.

(5) Les compagnons de la liberté ont toujours appelé ^e corps de leur doctrine le Devoir, et c'est pour cela qu'ils l'ajoutèrent par la suite au mot de liberté , ce qui fit compagnons du devoir de liberlé. Les compagnons tailleurs de pierre des deux partis appellent aussi lear code le Devoir. Les uns sont donc compagnons du devoir étranger, les autres compagnons du devoir passant; mais on ne les nomme habituellement que par les noms de compagnons étrangers et de compagnons passants. ( Livre du compagnonnage, 2* partie, p. 190.)

(A) Beaucoup de gens ont cru que les compagnons étaient des hommes qui n'avaient ni feu ni lieu et menaient une vie toujours vagabonde, toujours insouciante. Ceux-là n'ont point connu le compagnonnage. Les jeunes Artisans des nombreuses contrées de la France, ceux surtout qui, ayant le

pierre, compagnons passants ^ en opposition aux compagnon étrangers , et celle de compagnons menuisiers du devoir, en op* position aux compagnons de la liberté (3). Le compagnonnage fut alors partagé en trois grandes catégories bien distinctes : l'une, composée des compagnons étrangers et de la liberté, marcha sous la bannière de Salomon ; l'autre , composée des compagnons passants et du devoir, sous celle de Jacques Molay, connu sous le titre de matlre Jacques (Liv. du compagnonnage, 2* part., p. 190) quant à la troisième fraction des compagnons , celle des charpentiers, dite des Enfants du père Soubise , on la rattache aussi au moyen âge , par celte raison qu'à mesure que la civilisation pénétra dans les contrées du Nord , où le gros bois abonde, l'art du charpentier y devint plus important et s'y perfectionna. Alors le droit de cité fut conquis par les charpentiers; le père Soubise, moine bénédictin , s'occupa d'eux , leur donna des lois et les unit au compagnonnage. — II résulterait de ce qai précède que maître Jacques et le père Soubise ne se rattacheraient point à Salomon, et seraient des personnages beaucoup plus récents que ceux que l'autre tradition prétend trouver en eux; au reste, le nom du dernier rend cette tradition invraisemblable. Celle que nous venons d'exposer est donc préférable.

9. Il n'était peut-être pas inutile de placer les renseignements historiques qui précèdent sous les yeux du lecteur, afin de lai faire connaître l'origine et les formes d'une association dont chacun de nous peut avoir à s'occuper dans la pratique Journalière des afTaires, d'une association qui exerce une influence puissante sur la masse des travailleurs français , les plus énergiques et les plus actifs, et qui, sous ce rapport, met en cause les plus précieux intérêts de l'État (i).

8. Voyons maintenant par quels liens le compagnonnage se rat* tache au principe de l'assoclatiod de secours mutuels dont nous nous occupons ici. Voici à cet égard les renseignements qui nous sont fournis par l'auteur du Livre du compagnonnage que nous avons déjà cité : « Quand un compagnon arrive dans une ville , on l'embauche (on le conduit chez un maître pour travailler); s'il n'a pas d'argent, il a du crédit; si des affaires pressantes exigeaient son départ, étant, lui, dépourvu d'argent, la société lui accorderait des secours de ville en ville , jusqu'à ce qu'il fût rendu à sa destination. — Si un membre de la société esl mis en prison pour des faits non dégradants, on fait pour lui tout ce qu'on peut faire; s'il tombe malade, chacun va le voir à son tour et lui porte tout ce qui peut lui être utile : dans certaines sociétés on visite moins fréquemment le malade, mais on lui paye dix sous par jour dont le montant lui est remis dès qu'il sort de l'hospice. — Si un membre meurt, la société lui rend le dernier service en l'accompagnant jusqu'à sa dernière demeure. Au bout d'un an , son souvenir est rappelé à la mémoire de ses frères. — Si la société d'une ville éprouve des malheurs et demande des secours , les sociétés des autres villes ne sont point sourdes à sa

plus d'intelligence et de courage, sentent le désir, le besoin de voyager, de voir et de s'instruire, partent de leurs villes ou villages, vonl s'aflilier à une société de compagnons , font leur tour de France , et après deux, trois, quatre ans de voyage, rentrent dans leurs foyers auprès de leurs parents où ils s'établissent. Le compagnonnage actif qui peuple les Tilles de devoir , telles que Lyon , Avignon, Marseille, Nfmes, Montpellier, Toulouse, Nantes, Bordeaux, Paris, etc., et tant d'aulres villes plus ou moins grandes, qu'on appelle villes bâtardes, par la raison que les codes compagnonnauxet sacrés n'y sont pas déposée, se compose en grande partie d'ouvriers de dix-huit à vingt-cinq ans. H se renouvelle sans cesse ; c'est une Glière , c'est an moule par où la classe ouvrière passe sans interruption. Xes formes bonnes ou mauvaises qu'elle contracte là ne s'effacent jamais entièrement; elles sont portées en partie par ceux qui les ont prises dans les familles , dans les ateliers et dans tous les coins de la France. — La jeunesse qui se retire du compagnonnage actif, non de cœur, mais corporellement, est remplacée par une nouvelle jeunesse, qui vient continuer la tradition et les formes anciennes. Le compagnonnage , c'est l'armée de l'industrie. Si l'armée française des champs de baladle, recrutée parmi les paysans, les artisans, les marchands et les rentiers, se compose en temps ordinaire de deux à trois cent mille soldats , l'armée française des ateliers s'élève, quoique les congés soient là volontaires, et par conséquent beaucoup plus courts, au moins à cent mille ouvriers. Ainsi on peut compter que tous les trois ans cent mille ouvriers passent par celte filière. Le compagnonnage , quoi qu'on en dise , est très-fort et très-vivacc; il exerce une action puissante sur l'esprit et les mœurs dft la France. (Livre du CMnpagnonnage, t. 2, p. 67 et 68.)

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