‹ Répertoire méthodique et alphabétique de législation, de doctrine et de jurisprudence en matière de droit civil, commercial, criminel, administratif, de droit des gens et de droit public (volume 3)Chapitre 56 sur 116 · ASSOCIATIONS DE SECOURS MUTUELS.— S · texte numérisé non relu

ASSOCIATIONS DE SECOURS MUTUELS.— S

Yoiiet la soulagent promptement et de toutes les maQières. Les lois da compagnonnage ne commandent que l'amour et l'abnégation. Si les compagnons en comprenaient le bon esprit, ils seraient non seulement les amis de ceux de leur catégorie , mais de tous les compagnons et de tous les hommes. »

9. Le compagnonnage n'a pas toujours eu l'approtKition des gouYornements. Plusieurs fois (notamment en 1645, suivant le père Helyot) , on a tenté de le détruire , mais on n'a pu que le forcer à se cacher et il a reparu pour se continuer jusqu'à nos leurs. Cette association , dont le principe fondamental est bon, puisqu'il a pour but un échange fraternel de secours entre des hommes qui ont tantbesoinde se soutenlrmutuellement, n'est pourtant pas, comme on l'a dit plus haut, n? 6, à l'abri de tous reproches. Comment ne pas déplorer, en effet, cet esprit sauvage et arriéré, qui a entraînés! souvent les compagnons des diverses catégories à engager, soit entre eux, soit avec des ouvriers non affiliés, des combats terribles et sanglants pour de vaines prééminences, pour des divisions futiles, pour de vaniteuses exclusions? Que dire aussi de ces usages grossiers et stupides qui se mêlent aux cérémonies de l'association, de cette habitude de faire intervenir le vin et trop souvent l'ivresse dans tous les rapports officiels des compagnons entre eux? Ce sont là des choses qui ne sont plus dignes de notre siècle , ni de la civilisation des travailleurs, et qu'il faut se hâter de faire disparaître de l'histoire future des associations ouvrières, au moyen de sages cpnseils et de l'intervention paternelle de l'autorité administrative. Au reste , les ouvriers intelligents eux-mêmes, nous en avons la preuve par le travail d'Agricol Perdiguier , appellent de tous leurs vœux la transformation do vieux compagnonnage en une association plus en harmonie avec les besoins présents , avec le progrès qui élève chaque Jour le rôle des classes laborieuses dans le grand mouvement des sociétés humaines (i).

10. La fraoc-maçonnerie, qu'on peut ranger aussi , sous certains rapports parmi les sociétés philanthropiques d'assistance et de secours mutuels, est d'une nature analogue à celle de la société des compagnons du devoir à laquelle elle se rattache par les traditions orientales. Toutefois il parait qu'elle ne se ôonstitua qu'à une époque postérieure à celle od fut fondé le compagnonnage. Suivant un ouvrage dans lequel on rencontre une étude attentive de ce point historique (l'Histoire de l'Allemagne par M. Lebas), la franc-maçonnerie prit naissance dans le treizième siècle parmi les ouvriers allemands qui bâtirent les cathédrales de Cologne et de Strasbourg. Us formèrent une confrérie qui se reconnaissait à certains signes et cachait au vulgaire les règles de son art. Ils se nommaient francs-maçoM , ou maçons francs , ou maçons libres (S), et se distinguaient en maîtres et en compagnons. L'association elle-même était divisée en associations particulières qui

(1) « Que le titre de compagnon, dit Agricol Perdiguier, p. 209, en terminant son ouvrage, ne nous divise plus... loin d^étre les ennemis des sociétés de compagnons qui se sont formées et de celles qni se forment , aidons-les plutôt de nos conseils. Que les mécaniciens, que les typographes, que les tailleurs, que tous les hommes qni travaillent pour satisfaire aux besoins de la grande société , s'associent si cela leur convient, et s^ils aiment à se parer du non de la liberté , qu^ils s'en parent; ce nom est beau et appartient à tout le monde; s'ils aiment à se parer du nom du devoir, qu'ils s'en parent encore; il n'y a que ceux qui comprennent bien leur devoir qui soient vraiment dignes d'exercer leurs droits. Ainsi, que Ton se pare du nom de liberté ou de celui du devoir, accueillons ceux qot se présentent sous de si beaux noms , sMls sont surtout dignes de les porter. Que le compagnonnage se grossisse , s'étende et se rende puissant ; qu'il soit l'école de la jeunesse et l'espoir des travailleurs : cela se peut si nous le voulons bien. Cessons sans retard d'appeler cliques ou race infernale les membres de tel on tel corps d'État... ces hommes ne sont-ils pas des ouvriers comme nous? — Ayant réuni les hommes d'un même état ^n on seul faisceau , il faut , je le répète , faire alliance entre tons les corps d^'état; on pourrait à des époques fixes et au moins trois ou quatre fois par an avoir dans chaque ville une assemblée générale , une espèce de congrès dans lequel chaque société d'état différent se ferait représenter par un OQ deux députés pris dans son sein. Ces représentants de l'industrie et' du travail, réunis de la sorte, connaîtraient parfaitement les crises de tous les états et les misères de tous les individus qui les exercent et porteraient à bien des maux des remèdes efficaces. Si on corps de métier soaffre pins qu'aucun autre, le congrès s'en occupera et saura sans violence aucnne équilibrer son gain avec sa peine. — Dans un temps comme celui ou noos sommes, temps où les ouvriers de la France, de l'Angleterre et de bien d^aotret pays sont également an bord d'on précipice, l'association

portaient le (Ure de loges, du nom donné à Thabltation de l'architecte près de chaque édifice en construction. Les statuts de la franc- maçonnerie étaient tenus secrets; avant d'ôtre reçus, les frères s'engageaient sous serment à l'obéissance et à garder un si* lence absolu sur tout ce qui concernait leur union. Les maximes de l'art ne devaient jamais être écrites; elles étaient exprimées par des figures symboliques empruntées à la géométrie ou bien aux instruments d'architecture et de maçonnage, et la connaissance de ces symboles n'était communiquée qu'aux seuls initiés... On n'étaitreçu franc-maçon qu'après avoir fait des preuves de maîtrise dans un examen d'autant plus sévère et d'autant plus scrupuleux que la confrérie répondait du talent de ses membres,désignant souvent les maîtres, les conducteurs, les compagnons qui devaient entreprendre un édifice, les encourageant, les réprimandant et les punissant, selon le mérite de leur ouvrage. Bientôt le contrôle de la société s'étendit sur la conduite privée de ses membres, qui put être soumise au jugement de deux tribunaux, l'un inférieur, l'autre supérieur, connaissant des délits et jugeant tous les différends. Mais sous l'influence de la renaissance , l'art architectural ayant été profondément modifié, puis, la richesse et l'esprit philosophique s'étant introduits parmi les membres de la francmaçonnerie, l'association se transforma peu à peu; d'industrielle qu'elle était, elle devint philanthropique et philosophique. Les symboles n'eurent plus le même sens; le tablier de peau de l'ouvrier devint l'emblème du travail, le compas celui de la justice, réquerre celui de la droiture, le niveau celui de l'égalité , le maillet celui de la puissance; Dieu fut appelé le grand architecte etc. Enfin, on forma un vocabulaire tout entier de nouveaux symboles. Le but de la franc-maçonnerie a été détourné plusieurs fois au profit de la politique; aussi a-t-elle eu à souffrir la répression et même la persécution de certains gouvernements. Mais, au fond , elle n'est qu'une louable association de fraternité et d'assistance mutuelle qui , à l'aide de la sublimité de ses principes essentiels et de la moralité de son but, s'est étendue de nos jours sur tous les points du monde, malgré l'espèce de puérilité dont paraissent maintenant marqués ses symboles (3).

1 1 . Indépendamment des associations de secours organisées dans le sein des corporations de métiers qui existaient autrefois, et des deux grandes associations du compagnonnage et de la franc* maçonnerie , il existe encore en France , depuis un grand nombre d'années , des associations de secours mutuels. Parmi les sociétés encore subsistantes à Paris , il en est une , dite société de Sainte-Anne, dont la fondation remonte à l'année 1694 ; douze autres ont pris naissance dans le 18" siècle.

Mais c'est surtout , dit M. Debouteville , dans un travail remarquable sur les sociétés de secours , p. 24 (4) , depuis 1800 que le mouvement de propagation s'est fait sentir en France :

que je demande est nécessaire, indispensable ici comme plus loin ; les gonvernements eux-mêmes doivent la désirer, elle mettra un frein à la concurrence impitoyable qui détruit tant d'existences ; elle sera la digue contre laquelle viendront se briser tant d'exploiteurs sans entrailles et sans cœur qui , pour un pen d'or, sacrifient la vie de tant de leurs semblables. L'urgence d'une pareille association n'atteste pas , je le sais , la perfection des institutions prônées outre mesure qui régissent la grande société. Mais qu'importe! elle peut empêcher beaucoup de mal et être d'un puissant secours en attendant qu'on nous donne mieux. — Les ouvriers ainsi associés, ayant remplacé le désordre par Tordre, la guerre par la paix, la haine par l'amour, pourront cultiver leur intelligence et donner un libre essor à leurs plus hautes facultés ; ils comprendront alors combien l'union est douce et puissante et influe sur le bien-être de chacun... Compagnons du tour de France , travailleurs laborieux , gravez dans votre cœni des paroles sorties du cœur de l'un de vos frères. L'union que je demande, puissiez-vous la réaliser ! Elle sera le prélude d'un changement profond dans l'esprit, dans les meurs, dans la vie, non-seulement d'une classe d'individus , mais dans la vie d'un grand peuple. Unissez-vous , personne ne peut calculer toute l'étendue du bien que vons pourrez faûe , et ce bien s'étendra sur l'hnmanité. »

(2) Le mot maçon dérive, à ce qu'il parait, du mot mace^ qui désignait l'espèce de marteau en fer on en bois avec lequel ceux qui taillaient la pierre frappaient sur leur ciseau (Dict. de Trévoux),

(3) Sur l'histoire de la Franc-maeonneric , V. l'ouvrage de F. T. B. Clavel , sur les Sociétés secrètes. — ^Paris , Pagnerre , éditeur.

(4) Recherches sur les sociétés de secours mutuels et de prévoyance.— - Paris, Gnillanmin , libraire , 1844*

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