Tome II
d'Aquitaine 9 les comtes de Champagne, les ducs de Bourgogne, n'étaient devenus souverains que par usurpation. On ne peut donc pas argumenter ici de leur prétendue souveraineté.
* Que Ton nous permette une question ; à quelle époque et à quel titre Hugues-Capet était -il devenu roi de France ?
» L* époque est bien connue, c'est en 987 ; et tout le monde sait qu'alors il y avait déjà long-temps que les grands vassaux et Hugues- Capet lui-même, comme duc de l'Ile-de-France, comte de Paris et d'Orléans, étaient en* possession de tous les droits de la souveraineté, sauf l'hommage et le ressort. Dès le règne de Charles-le-Chauve , et en vertu de l'art. 3 du capitulaire de 877 , qui rendait les comtes héréditaires, desimpies officiers qu'ils étaient - précédemmerit, « les seigneurs de )» chaque province y jouissaient de tous les » droits que nos jurisconsultes modernes ap- » pellent régaliens , qu'on nommait alors » simplement seigneuriaux, et qui consti- 1» tuent en effet la souveraineté ». (Mably , Observations sur t Histoire de France, tome 1, page a83.)
» Quant au titre en vertu duquel Hugues* Capet parvint au trône, u ne cherchons point » à nous tromper; ce ne furent ni les lois, » qui ne subsistaient plus, ni la nation din visée , qui décidèrent entre Charles ( der- 1* nier rejeton des Carlovingiens) et Hugues- » Capet : la force seule fit le droit de celui-ci. » Il était , par ses possessions et ses alliances , * le plus puissant du royaume, et Charles » n'y possédait rien.... La nation française ne » déféra pas la couronne à Hugues-Capet t » comme elle l'avait donnée à Pépin. Les 5» historiens contemporains ne disent point » qu'il se tint à ce sujet une assemblée géné- » raie des grands; et quand ils le diraient, il w ne faudrait pas le croire. Ces assemblées j» étaient déjà fort rares sous le fils de Louis- » le-Débonnaire. Qui ne voit qu'elles étaient » impraticables, depuis que les comtes s'étaient » rendus souverains dans leurs gouvernement? » L'anarchie où le royaume était plongé, » prouve évidemment que toute puissance » publique y était détruite. Par quel prodige » se serait-il formé presqu'autant de coutu- » mes différentes qu'il y avait de seigneuries , » si la nation eût toujours tenu ses assem- » blées ? Comment toutes les lois auraient- » elles été oubliées? Pourquoi le gouverne- » ment féodal aurait-il été si long-temps à » prendre une forme constante?— D'ailleurs, » je demande en vertu de quel titre Hugues- » Capet, simple v»»sal de la couronne, aurait
BÀK.
ii convoque les états et ordonne à ae» pairs , » les vassaux immédiats du roi* de s'y ren-. j» dre? Mais ce qui tranche toutes les dlfficuix tés, c'est que l'intervalle de la mort de î» Louis V au couronnement de Hugues-Capet,' » fut trop court pour assembler les grands « du royaume. Hugues se confenta d'appeler, j» auprès de lui, ses parens, ses amis et ses » vassaux; il en composa, si l'on veuj, une i» espèce d'assemblée, telle que celles qui, ii ayaîent élevé Eudes et Raoul sur le trône, a» se fit reconnaître pour roi par ses partisans , » et se mit en état de défendre sa dignité j» contre les seigneurs qui épouseraient le» 3» intérêts du dernier Carlovingien,—- La preV si rogative royale était si peu de chose, et, 3> les grands tellement indépendant du prince, „ s» que l'élévation de Hugues-Capet et les drpits, 3i de son compétiteur ne pouvaient pas foi** 3» mer une question bien importante, lors» » qu'elle fut agitée. H paraissait presque 3> indifférent aux seigneurs français d'avoir » un roi pu 4e n'en point avoir *« (Mably, ibid. pag. Igq , 398 et 299. )
» §i doue ce fut par usurpation que tas grands vassaux acquirent les droite de souveraineté dans leurs provinces, ce fut aussi par usurpation, que Hugues-Capet acquit sur eux, en prenant le titre de roi, le» droits d'hommage et de ressort que l'ordre des successions déférait au dernier. Çarloviugien 1 et sans doute, Us ne consentirent à le reconnaître pour roi , que sous la condition d'être euxmêmes maintenus dans tous les droits dont ils étaifnjt en possession. C'est aussi ce que remarque l'auteur q}ie nous venons de citer pages 399 et 3oo ; « Quelque irrégulière que fut 3» la manière dont Hugues-Capet était monté » sur le trône, il devint un roi légitime puréev que les grands du royaume, en traitant 3> enfin avec lui, reconnurent s* dignité, et m consentirent à lui prêter hommage et 4 v remplir à son égard les devoir* de Ja ? assa- » lité ; ce fut un vrai contrat entre le. prince 3» et ses vassaux. L'intention présumée de 3» ceux-ci, en se soumettant à reconnaître un 31 seigneur au-dessus d'eux, n'était pas sans i> doute de se (aire un ennemi qui eût le droit 3» de les dépouiller de leurs privilèges ; et 31 Hugues-Capet fut censé consentir à la con- » servation des coutumes féodales, que des 3> exemples réitérés et le temps commençaient 3» à consacrer »•
31 Une preuve sans réplique que les choses se passèrent ainsi, une preuve sans réplique cjue Hugues-Capet s'obligea « en recevant 1 hommage des grands vassaux, 4e leur conserver tous leurs droits de souveraineté, c'est
?iie, prés de trois siècle* après, les rois de ranoe traitaient encore les grands vassaux en . souverains 1 c'est que, sous S. Louis, In F ranoe était encore divisée, comme il le reconnaît lui-même dans ses Établissement, Uv. a, ebap. 10, », iS, etc., en pays de (obéissa+çe^le-rai, et en pays hors tobéissance~M-roi.
» L'habitude où le peuple avait ^t4 depuis) Charles-le*Chauve, dans chaque grand fief, 4e se soumettre aux ordres absolus du duc ou comte qui en avait la propriété, fit que Hugues-Capet, en montant sur le trône, exerça sans partage, comme sins contradiction, la puissance souveraine sur les provinces qu'il avait possédées auparavant comme doc et oomte. Aussi , -qnand ee prince et se» successeurs faisaient des ordonnances peur les paya de leurs domaines, ils n'eismasyaient que leur seule autorité; et c'est pourquoi ces paya étaient appelés pays de lobéissance-Uhroi.
3» H en était tout autrement dans* les terres» possédées par les leudatairea de la couronne r le roi n'y était considère que comme seigneur dominant 1 Je royaume n'était, à leur e%ard , qu'un grand fief; et aux marques de l'autorité royale que l'on y avait vues, sous Ckarlemagne, briller de toutes parts, était substitue un simple droit seigneurial.
n C'est de la qu'en 10^», Etienne et T%iba*t, fils d'Eudes H , comte de Champagne, prirent les armes contre le roi Henri £•* , et ne voulurent point} avant de se mettre en possession de leurs terres, en faire hommage à oe prince, suivant la loi des fiefs. lia se fondaient sur lu refus qu'il avait fait de secourir leur père contre l'empereur Conrad-le-SaJique. Le devoir en effet était réciproque entre se seigneur et le vassal ; si celui-ci était obligé da secourir le supérieur dans, la guerre, celui-là ne IVtait paa moins de donner secours à rânférieur pour défendre le fief qu'il tenait de lui. Ce n'est pas que cette raison put «voir lieu à l'égard d'JEudes ; l'empereur Conrad a'avait point, armé contre lui pour le dépouiller des provinces qu'il possédait à titre de vassal dé la couronne; il ne l'avait fiait, comme le reK marque l'abbé Vély dans son Histoire aVe France, que pour l'empêcher de s'approprier la Bourgogne, dont il avait été institue seul et» unique héritier. . Mais la pnétentioa des fila du comte d'Eudes prouve toujours que le roi n'était alors, relativement aux grande vassaux > qu'un simple auseraln.
>» Ce fut encore paceeque le royaume était gouverné comme un grand fief, que sous Louis IX, Pierre Mauclerc , duc de Bretagne, prétendit se retirer de l'hommage du rot,