‹ Répertoire universel et raisonné de jurisprudenceChapitre 84 sur 164 · AUTORITÉS CONSTITUÉES · texte numérisé non relu

AUTORITÉS CONSTITUÉES

par an auteur qui ne s'attache qu'à connaître le juste et le vrai, mérite une attention particulière. 11 faut être bien sur de ses lumières, pour se persuader que ce que l'on pense, soit meilleur que ce qu'il a cru. Souvent c'est une présomption de soi-même dont il est sage de se défier. La jurisprudence est subordonnée à des lois et à des principes que l'on ne peut connaître que par une étude particulière. Le plus instruit est celui qui raisonne le mieux en suivant ces lois et ces principes. Ceux qui en ont fait l'objet de leur application , méritent donc, sans contredit , une estime et une confiance auxquelles n'ont pas droit de prétendre ceux qui ne sont connus que par des discussions auxquelles ils ne se sont livrés, le plus souvent, que par intérêt ou par prévention.

Il est vrai que les auteurs ne sont pas infaillibles, puisque nous les voyons souvent opposes les uns aux autres; mais aussi faut-il convenir que, jusqu'à ce que leurs opinions soient combattues par d'autres auteurs également accrédités , il est toujours plus sûr de se ranger de leur avis , que de s'en rapporter à son propre jugement. On doit présumer qu'ils ont aperçu les raisons qui nous frappent; et que <f autres raisons plus solides, que nous ne connaissons pas, les ont déterminés.

Ce n'est pas qu'il soit défendu à un avocat de combattre ouvertement les opinions des jurisconsultes même les plus célèbres, lors-

2u*il est en état de démontrer qu'ils ont donné ans l'erreur. Mais il faut que cette démonstration soit bien claire et bien établie : la présomption est toujours pour ceux qui ont traite la matière à fond. Les juges qui voient les choses sans partialité, se décident avec bien plus de confiance en suivant le sentiment d'un homme qui a les suffrages publics , qu'en suivant celui d'un avocat prévenu pour l'intérêt de son client.

Lorsque les auteurs se contrarient, ce n'est pas toujours l'opinion du plus grand nombre qu'il convient d'adopter. Les opinions, en pareil cas, s'apprécient et ne se comptent pas. Il peut se faire qu'un seul ait raison, pendant que dix autres auront erré. Cest alors, qu'aidé du savoir et de l'érudition, l'esprit peut montrer tout ce que peut la sagacité et la justesse du raisonnement : mais lorsque les auteurs sont unanimes, il faut être bien sur de ses talens, pour se flatter qu'on fera juger contre leur sentiment. Leurs suffrages accumulés font un contre poids puissant. C'est sou* vent même sur leur opini on que repose la tranquillité des familles. Si leur suffrage n'était d'aucune considération * il serait inutile de le» étudier. C'est cependant auprès d'eux Ton* II.

que l'on s'instruit tous les jours, et que les magistrats eux-mêmes cherchent un fondement à leurs décisions.

Mais en parlant des opinions, d'où vient qu'elles sont si diverses, pendant que la vérité n'est qu'une? L'orateur romain se serait-il trompé, quand il a dit que le droit est l'ouvrage delà nature, et non celui de l'opinion. Les causes de cette diversité viennent , comme nous le fait apercevoir un grand magistrat, de l'esprit qui se trompe, et du cœur qui se persuade ce qu'il désire : « L'esprit (dit il) v n'a pas toujours assez de lumières pour disj» cerner le vrai; souvent celles qu'il a acquises j» ne servent qu'à l'en éloigner; laVivacitc de » l'appréhension l'emporte à la subtilité, ou » le défaut de pénétration l'arrête à la pre- 5> miére lueur qui le frappe : ceux mêmes qui » sont d'égale force, n'envisagent pas toujours )» les objets des mêmes côtés; la conformité 5> d'avis résulte quelquefois de motifs opposés; ii l'un s'affecte de ce que l'autre ne voit qu'ait vec indifférence; celui-ci s'occupe de l'en- » semble, celui-là s'attache aux détails; un )» troisième croit entrevoir de nouveaux rap- » ports , et tous abondent dans leur sens ».

C'est au barreau surtout que se fait remarquer particulièrement cette diversité d'opinions. On commence par a'y permettre des doutes; un doute en fait naître un autre; les exceptions sont une ressource adroite pour combattre les règles; et quand une fois on s'est ainsi accoutumé à ne suivre que ses idées, il n'est presque point de cause que l'on ne trouve soutenante, en rejetant toujours sur l'ignorance ou la prévention des juges, les événemens malheureux que l'on ne doit qu'à une finisse présomption.

VIIL Comme les erreurs en jurisprudence sont dangereuses et souvent irréparables, on ne saurait donc trop prendre de soin à consulter les autorites qui peuvent conduire à une décision. Les lois, les arrêts, les coutumes et les usages doivent être notre première boussole : lorsque ce secours nous manque, et que nous sommes obligés de recourir à l'opinion, préférons toujours celle de ces savans, de ces hommes laborieux qui nous ont laissé le fruit de leurs recherches et de leurs méditations : leur suffrage est toujours le moins suspect. Au reste, erreur pour erreur, il est toujours moins fâcheux de s'être trompé sur la foi d'autrui, que d'après ses propres lumières. (M. Dàiiau.)*

[[ AUTORITÉS CONSTITUÉES. Ce sont les pouvoirs que la constitution de chaque peuple a établis pour le gouverner, faire res*

aôo

Page 1