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la persuasion, quand on entend parler un homme de bien; tout ce qu'il dit semble être le langage de la droiture et de la vérité; on l'écoute avec le plus grand intérêt. Mais quelle différence lorsqu'il a la malheureuse réputation d'être capable d'en imposer! Quelque habile qu'il soit d'ailleurs , on ne voit plus en lui qu'un homme dangereux; on se roidit d'avance contre tout ce qu'il peut dire de plus éloquent; et dans ers moments où il enhardit le crime et fait trembler l'innocence, on voudrait, s'il était possible, le dépouiller de tous ses talents.
Du côté de l'esprit, il faut de la science, de la justesse et des ornements.
Sa science principale doit être celle que peut ac-
Erir une étude profonde des lois et de la jurispruce. Tout ce qu'il dit doit se rapporter à la loi, c'est i ce centre unique qu'il doit continuellement ramener ses juges et ses auditeurs. La loi doit toujours lui être présente à l'esprit; il doit la connaître dans tous ses rapports , dans toutes ses restrictions et ses modifications; en un mot, c'est la loi qui doit diriger ses plans et ses opérations.
Sa justesse doit être celle d'une logique exacte pour démêler la vérité du mensonge, pour faire une juste application des règles et drs principes, pour parvenir à son but, qui est la conviction.
Ses ornements doivent être ceux d'un homme familier avec les belles-lettres et les beaux-arts : il faut, pour nous servir de l'expression de l'illustre d'Aguesseau, que les anciens orateurs lui donnent leur abondance, leur sublimité ; les historiens leur ordre, leur simplicité; les poètes leur élévation dans le génie, leur vivacité dans les images, leur liardicssu dans l'expression , et surtout ce nombre caché, cette secrète harmonie du discours qui, sans avoir la contrainte de la poésie, en conserve souvent les douceurs et les grâces. 11 faut qu'il joigne la politesse des Français au sel attique des Grecs et a l'urbanité des Romains ; que, comme s'il était transformé dans la personne des anciens, on reconnaisse en lui plutôt leur génie et leur caractère, que leurs pensées et leurs expressions; et que l'imitation perfectionnant chex lui la nature, il parle comme Cioéron, lorsque celui-ci imitait Démosthène, ou comme Virgile, lorsque ce dernier s'appropriait adroitement les beautés d'Homère.
Mais tous ces talent» ne suffisent pas encore il faut de plus que la nature, comme nous l'avons dit, ait accordé a l'orateur certains avantages extérieurs sans lesquels il ne peut que difficilement réussir au Barreau. L'éloquence exige une prestance noble, une physionomie où viennent se peindre les aflèctions de l'âme; un geste naturel et bien dirigé; une voix flexible et sonore : et tous ces dons, lorsqu'on ne les a pas naturellement, ne peuvent guère s'emprunter. Heureux l'avocat qui les possède tous ensemble I Qu'il est beau de le voir au milieu d'un auditoire nombreux, déployer tons les traits d'une élocution noble, grande et majestueuse, pleine de fierté et de courage, en faveur de la justice et de la -vérité, affronter les dangers que peuvent former autour de, lui le crédit cl l'opulence, pour soustraire