PROGRES DES SCIENCES
Jeté faible et nu à la surface du globe, l'hoiame par?âssait créé pour vme destruction inévitable ; les maux l'assaillaient de toutes parts ; les remèdes lui restaient ■cachés, mais il avait reçu le génie pour les découvrir.
Les premiers sauvages cueillirent dans les forêts quelques fruits nourriciers, quelques racines salutaires, et subvinrent ainsi à leurs plus pressants besoins ; les premiers pâtres s'aperçurent que les astres suivent une marche réglée, et s'en servirent pour diriger leurs courses à travers les plaines du désert : telle fut l'origine des sciences mathématiques, et celle des sciences physiques.
Une fois assuré qu'il pouvait combattre la nature par elle-même, le génie ne se reposa plus ; il l'épia sans relâche ; sans cesse, il fit sur elle de nouvelles conquêtes, toutes marquées par quelque amélioration dans l'état des peuples.
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Se succédant dès lors sans interruption, des esprits méditatifs, dépositaires fidèles des doctrines acquises, constamment occupés de les lier, de les vivifier les unes par les autres, nous ont conduits, en moins de quarante siècles, des premiers essais de ces observateurs agrestes, aux profonds calculs des Newton^ et des Laplace^, aux énumérations savantes des Linnœus'^ et des Jussieu^. Ce précieux héritage, toujours accru, porté de la Chaldée en Egypte, de l'Egypte dans la Grèce, caché pendant des siècles de malheurs et de ténèbres, recoxivré à des époques plus heureuses, inégalement répandu parmi les peuples de l'Europe, a été suivi partout de la richesse et du pouvoir : les nations qui l'ont recueilli sont devenues les maîtresses du monde ; celles qui l'ont négligé sont tombées dans la faiblesse et dans l'obscurité. Cuvier.
CuviER {George-Léopold-Chrétien-Frédéric-Dagobert, baron),
L'un des quarante de l'Académie française, secrétaire perpétuel de l'Académie des sciences, professeiu* d'histoire naturelle au muséum du Jardin des Plantes, pair de France, et membre du conseil royal de l'Université de Paris.
Il naquit à Montbelliard, le 25 août 1769. Li\Té de bonne heure à l'étude de l'histoire naturelle, il ne tarda pas à faire une révolution dans cette science, et détruisit à jamais cette classification superficielle des êtres, qui n'était fondée que sur des appa-
^ Isaac Newton, philosophe et mathématicien anglais, est l'un des plus grands génies que le monde ait produits. C'est à lui qu'on est redevable de la découverte de l'attraction. Il mourut en 1727, à l'âge de quat^e-^^ngts ans.
Ce nom célèbre et celui du naturaliste français nous rappellent les vers du poëte Btgnayi :
" L'univers désormais s'explique tout entier : Les cieux avaient Newton, et la terre a Cuvier."
" Le marquis Pierre-Simon de la Place, fils d'un cultivateur, est devenu, par la force de son génie, l'un de nos premiers mathématiciens. Sa Mécanique céleste est un chef-d'œuvre. Ce céK-bre astronome, membre de l'Institut et pair de France, fut enlevé aux sciences le 6 mars 1827.
•^ Voyez la note *, page 20G.
^ Antoine de Jussieit, célèbre botaniste, né à Lyon en IC^G, et mort à Paris en 1738. Ses deux frères, Bernard et Josepft, ont suivi la même car-'ière avec distinction.
UTILITÉ DE l'histoire. 20-)
rences, et dans laquelle Pline et Buflfon substituèrent leur imagination à la réalité. Pour lui, la chaîne des êtres commence aux organisations les plus basses et les plus simples, et s'élève aux organisations les plus composées ; il fit plus, il découvrit un monde tout entier enfoui sous le nôtre avec ses habitants (les fossiles) ; il exhume, aitx yeux de l'Europe étonnée, les ossements gigantesques d'animaux inconnus aujourd'hui sur notre terre; et le reste de ces races détruites suffit à son regard intelligent pour les reproduire tout entières, telles qu'elles étaient avant le cataclysme" qui les ensevelit.
Nous avons de Cuvier une foule d'ouvrages, parmi lesquels on distingue V Histoire des progrès des sciences naturelles, son Anatomie comparée, ses Eloges historiques, etc.
Cet homme universel, aussi habile écrivain que savant naturaliste, expira le 13 mai 1832.
UTILITE DE L histoire.
L'Étude de l'histoire est la plus nécessaire aux hommes, quels que soient leur âge et la carrière à laquelle ils se destinent. Les exemples frappent plus que les leçons ; ils leur servent de preuves pour convaincre, ils les accompagnent d'images pour intéresser : l'histoire renferme l'expérience du monde et la raison des siècles.
Nous sommes organisés comme les hommes des temps les plus reculés ; nous avons les mêmes vertus, les mêmes vices. Entraînés comme eux par nos passions, nous écoutons avec défiance les censeurs qui contrarient nos penchants et qui nous avertissent de nos erreurs, de nos dangers. Notre folie résiste à leur sagesse, nos espérances se rient de leurs craintes.
Mais l'histoire est un maître impartial, dont nous ne pouvons réfuter les raisonnements appuyés sur des faits. Il nous montre le passé pour nous annoncer l'avenir : c'est le miroir de la vérité.
Les peuples les plus fameux, les hommes les plus célèbres sont jugés à nos yeux par le temps, qui détruit toute illusion,
" Cii/ac/y.çrwe, grande inondation. Dérivé du grec (cora/cXv^w ^^a/akluzo), j'inonde.