‹ Répertoires des prosateurs françaisChapitre 172 sur 320 · TT7L · texte numérisé non relu

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Enfin il paraît, ce terrible Attila, au milieu des iiamines qui ont consumé la ville à'jiquilée^ ; il s'assied sur les ruines des palais qu'il vient de renverser, et semble à lui seid chargé d'accomplir en un jour l'œuvre des siècles. Il a comme une sorte de superstition envers lui-même, il est l'objet de son culte ; il croit en lui, il se regarde comme l'instrument des décrets du Ciel, et cette conviction mêle un certain système d'équité à ses crimes. Il reproche à ses ennemis leurs fautes, comme s'il n'en avait pas commis plus qu'eux tous ; il est féroce, et néanmoins c'est un barbare généreux ; il est despote, et se montre pourtant fidèle à sa promesse*^ ; enfin, au milieu des richesses du monde, il vit comme un soldat, et ne demande à la terre que la jouissance de la conquérir. Attila rempht les fonctions de juge... il prononce sur les délits portés à son tribimal d'après un instinct naturel, qui va plus au fond des actions que les lois abstraites dont les décisions sont les mêmes pour tous les cas. Il condamne son ami coupable de parjure, l'embrasse en pleurant, mais ordonne qu'à l'instant il soit déchiré par des chevaux^. L'idée d'une nécessité inflexible le dirige, et sa propre volonté lui paraît à lui-

* Attila, roi des Huns, surnommé le Fléau de Bien, mort en 453. Après avoir ravagé l'Orient, traversé la Pannonie et la Germanie, iL entra dans la Gaule, en 451, à la tête d'une armée formidable. Vainqueur plusieurs fois, il fut enfin complètement défait, dans les plaines de Châlons, par les armées combinées à'Aétius, de Mérovée et de Théodoric. Attila, quoique vaincu, aspirait à de nouvelles conquêtes ; Il passa en Italie, y exerça d'horribles ravages, et, de retour dans la Pannonie, il y mourut au sem des plaisirs.

*> Aquilée, viUe de la haute Italie, dont la richesse lui valut k surnom de Roma secundo (seconde Rome). Après la destruction de leur ville par Attila, les habitants se réfugièrent dans des îlots de l'Adriatique, où ils fondèrent la célèbre Venise.

Aquilée porte aujourd'hui le nom à'Aglar, mais elle est de peu d'iraportance, et n'a que 1500 habitants, qui s'adonnent à la pêche.

"^ Attila s'est montré très-rigoureux observateur de la probité politique et de la foi jurée, dans toutes ses relations avec Rome.

•^ M. Charles Nodier^Wc, dans ses Souvenirs de la Révolution et da T Empire, un trait de' Saint-Just, peut-être imité de celui d'Attila. A l'époque où ce membre du comité du salut public parcourait les lignes de l'armée commandée par le général Pichegru, en Alsace, il surprit nn

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