‹ Répertoires des prosateurs françaisChapitre 174 sur 320 · PEYRONNET · texte numérisé non relu

PEYRONNET

danger d'offenser les vieilles idolâtries des Francs. Les vérités du Christ se manifestaient à lui confusément et avec lenteur. Déjà incrédule aux idoles, il tardait à devenir croyant au seul Dieu^. La politique lui persuadait à la fois le christianisme, et l'en dissuadait.

Pendant qu'il doutait et délibérait, Chlotilde lui donnait un fils. La pieuse reine, profitant avec habileté de la joie du roi, exigea que l'enfant fût fait chrétien. Chlovis, déjà ébranlé, consentit. Il trouvait bon d'avoir cette occasion d'éprouver les dispositions de ses Francs. Le jeune prince eut donc le baptême. j\Iais, à qixelques jours de là il mourut, et le roi, troublé, retourna en arrière et se repentit.

Chlotilde eut un second fils. Elle insista encore,* et obtint encore pour lui le baptême. Mais voilà que l'enfant est tout à coup saisi du même mal que son frère. Chlovis éclate alors en reproches, s' imaginant que la colère de ses anciens dieux le poursuit. Chlotilde, deux fois malheureuse, est consternée et désespérée. Mère, elle pleure ; chrétienne, elle prie. Avec elle, prient aussi ses chrétiens. Enfin, la mort est fléchie, et l'enfant guérit. Chlovis, encouragé, commence à croire au Dieu de Chlotilde.

•^- D'autres événements survinrent. Sur le territoire enfermé entre le Danube, le Rhin et le IMein, deux peuples étaient étabhs, les Suèves et les Allemands^. L'exemple donné par les Francs, les Visigoths et les Bourguignons, les excitait à chercher à leur tour un meilleur établissement dans* de plus heureuses contrées, i^yant uni leurs forces, ils marchent, et, rencontrant au passage, les Rij)itaires^, alliés des Francs, et enfants, comme eux, des anciens Sicambres, ils font effort pour les surmonter. Ceux-

• Les Allemands, ainsi que les Francs, naguère rivaux de gloire et de puissance, avaient ravagé les Gaules pendant deux siècles. Restés seuls dans leur ancienne patrie, ils se regardaient comme exclus d'un héritage qu'ils croyaient devoir être commun, et combattaient pour le recouvrer.

•■ Les Francs étaient divisés en tribus : celle des Ripuaires et celle des Saliens, qui avaient Clovis pour roi, étaient les plus considérables.

Page 1