‹ Répertoires des prosateurs françaisChapitre 190 sur 320 · FRANÇOIS I · texte numérisé non relu

FRANÇOIS I

François 1^', roi de France, surnommé le Père des lettres, né à Cognac le 12 septembre 1494, succe'da à Lomj's Xlî", son beaupère, mort sans enfants mâles, en 1515. Son règne, célèbre par les événements politiques qui le remplirent, ne l'est pas moins par la renaissance des lettres et des arts, dont il se déclara le protecteur. Il moiu'ut en 1547, deux mois après Henri YIII, roi d'AngleteiTC, laissant le trône à sou fils Henri II, qui, comme lui, fut l'ennemi de Charles- Quint.

François \" avait le courage d'un soldat, l'enthousiasme d'un héros, la générosité d'un chevalier, la galanterie d'un Espagnol, la politesse et les vices d'un aimable courtisan, et la prodigalité d'un héritier du trône qui n'est jamais entré dans une chaumière. L'éducation n'avait pu corriger en lui vca discernement médiocre, le désir insatiable des conquêtes, l'amour de tous les plaisirs, un naturel impétueux et la témérité sans bornes unis à la faiblesse du caractère. Un mauvais génie lui opposa des rivaux que la prudence des conseils et leur situation défendaient contre lui^ ; il eut à lutter contre les plus ambitieux, les plus puissants et les plus fourbes des princes ; ses succès, ses revers, son administration, son règne enfin, tout est expliqué d'avance. S'il gagne avec beaucoup de gloire la bataille de ^larignan, il doit perdre celle de Pavie ou toute autres et rester prisonnier de son plus cruel ennemi ; une longue captivité ne changera pas son imprudence et ses desseins ; malgré des échecs multipliés, il voudra toujours reconq'uérir l'Itahe ; attaqué de toutes parts, il défendra la France avec le courage d'un lion ; mais, au sortir d'un péril, il la jettera dans un autre. Avec un tel guide, tout sera perdu en quelques aimées, s'il ne vient quelque se-

° Louis XII, roi de France, fils de Charles duc d'Orléans, était petitfils de Louis duc d'Orléans, frère de Charles VI, assassiné parle duc de Bourgogne. Voyez la page 300.

'' L'empereur Maximilien étant mort en 1519, François 1" et Charles- Quint se disputèrent sa succession. Les électeurs de l'empire donnèrent la préférence au dernier, et ce fut la source d'une rivalité qui ensanglanta €t désola l'Europe pendant trente ans.

c Ceci est comme une conséquence du caractère de François I*'.

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cours du dehors. Ce secours est trouvé dans le nouveau système d'e'quilibre qui commence à s'établir parmi les nations de l'Occident.

TissoT. Introduction des fastes civils de la France.

TissoT {Pierre-François),

Né à Versailles vers 17/0 ; auteur vivant; membre de l'Académie française et professeur au collège de France. Ses leçons peuvent être regardées comme des modèles de conversation noble et élégante, de bon goût, de grâce et d'urbanité.

LOUIS XII ET FRANÇOIS l" ^.

Louis. — Mon cher cousin, dites-moi des nouvelles de la France ; j'ai toujoui's aimé mes sujets comme mes enfants, j'avoue que j'en suis en peine. Vous étiez bien jeune en toute manière, quand je vous laissai la couronne. Comment avez-vous gouverné mon pauvre royaume ?

François. — J'ai eu quelques malheurs ; mais, si vous voulez que je vous parle franchement, mon règne a donné à la France bien plus d'éclat que le vôtre.

Louis. — C'est cet éclat que j'ai toujours craint. Je vous ai connu, dès votre enfance, d'un naturel à ruiner les finances, à hasarder tout pour la guerre, à ne rien soutenir avec patience, à renverser le bon ordi-e au dedans de l'État, et à tout gâter pour faire parler de vous.

François. — C'est ainsi que les vieilles gens sont toujours prévenus contre ceux qui doivent être leurs successeurs ; mais voici le fait : j'ai soutenu une horrible guerre contre Charles-Quint, empereur et roi d'Espagne ; j'ai gagné en Italie les fameuses batailles de Marignan contre les Suisses'' et de Cérisoles contre les impériaux"^; j'ai vu le roi d'Angleterre ligué avec l'Empereur contre la France'*, et j'ai

• Ce morceau est un dialogue supposé entre deux morts illustres jugeant mutuellement leur vie.

'' Cette bataille fut livrée en 1515, lorsque François P' entra dans le Milanais, pour faii-e valoir, par la force des armes, ses droits sur ce duché. ' Le 14 avril 1544.

" Henri VIII et Charles- Qtunf, qui unirent leurs intérêts en 1521.

314 FEXELON.

rendu leurs efforts inutiles. J'ai cultivé les sciences. J'ai me'rité d'être immortalisé par les gens de lettres. J'ai fait revivre le siècle d'Auguste au milieu de ma cour ; j'y ai mis la magnificence, la politesse, l'érudition et la galanterie. Avant moi, tout était grossier, pauvre, ignorant, gaulois ; enfin je me suis fait nommer le père des lettres.

Louis. — Cela est beau ; et je ne veux point en diminuer la gloire; mais j'aimerais mieux encore que vous eussiez été le père du peuple, que le père des lettres. Avez -vous laissé les Français dans la paix et dans l'abondance ?

François. — Non, mais mon fils, qui est jeune, soutiendra la guerre ; et ce sera à lui de soulager enfin les peuples épuisés. Vous les ménagiez plus que moi ; mais aussi vous faisiez faiblement la guerre.

Louis. — Vous l'avez faite sans doute avec de grands succès? Quelles sont vos conquêtes? Avez-vous pris le royaume de Naples ?

François. — Non, j'ai eu d'autres expéditions à faire.

Louis. — Du moins vous avez conservé le Milanais ?

François. — Il m'est arrivé bien des accidents imprévus.

Louis. — Quoi donc! Charles-Quint vous l'a enlevé? Avez-vous perdu quelque bataille ? Parlez : vous n'osez tout dire.

François. — Je fus pris dans une bataille à Pavie".

Louis. — Comment, pris! Hélas! en quel abîme s'est-il jeté par de mauvais conseils !

C'est donc ainsi que vous m'avez surpassé à la guerre? Vous avez replongé la France dans les malheurs qu'elle souffrit sous le roi Jean^. Pauvre France, que je te plains! Je l'avais bien prévu. Hé bien, je vous entends ; il a fallu rendre des provinces entières, et payer des sommes immenses. Voilà à quoi aboutit ce faste, cette hauteur, cette témérité, cette ambition. Et la justice... comment va-t-elle ?

» En 1525. C'est à cette occasion qu'il écrivit à sa mère : Madame, tout est perdu fors thonneur.

*• Le roi Jean fut fait prisonnier à la bataille de Poitiers, livrée aux Anglais eu 1356.

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François. — Elle m'a donné de grandes ressources ; j'ai vendu les charges de magistrature.

Louis. — Et les juges qui les ont achetées vendront à leur tour la justice. Mais tant de sommes leyées sur le peuple ont-elles été bien employées pour lever et faire subsister les armées avec économie 1

François. — H en fallut une partie pour la magnificence de ma cour.

Louis. — Je parie que vos maîtresses y ont eu une plus grande part que les officiers de l'armée ; si bien donc, que le peuple est ruiné, la guerre encore allumée, la justice vénale, la cour livrée à toutes les folies des femmes galantes, tout l'État en souffrance. Yoilà ce règne si brillant qui a efFacc le mien. Un peu de modération vous aurait fait bien plus d'honneur.

François. — Mais j'ai fait plusieurs grandes choses qui m'ont fait louer comme un héros, on m'appelle le grand roi François.

Louis. — C'est-à-dire que vous avez été flatté pour votre argent, et que vous voidiez être héros aux dépens de l'État, dont la seule prospérité devait faire toute votre gloire.

François. — Non, les louanges qu'on m'a données étaient sincères.

Louis. — Hé ! y a-t-il quelque roi si faible et si corrompu à qui on n'ait pas donné autant de louanges que vous en avez reçu ? Donnez-moi le plus indigne de tous les princes, on lui donnera tous les éloges qu'on vous a donnés. Après cela, achetez des louanges par tant de sang et par tant de sommes qui ruinent un royaume !

François. — Du moins j'ai eu la gloire de me soutenir avec constance dans mes malheurs.

Louis. — Vous auriez mieux fait de ne vous mettre jamais dans le besoin de faire éclater cette constance. Le peuple n'avait que faire de cet héroïsme. Le héros ne s'est-il point ennuyé en prison ?

François. — Oui, sans doute; et j'achetai la liberté bien chèrement. Fénelon. Bialogues des Morts.

{Voyez la page 2b.)

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