MORT DE COLIGNY
CoLiGXY est appelé à Paris, et comblé de faveurs par la reiue mère et par le roi ; Charles IX comprend que l'intérêt de la patrie est le seul moyen de séduire ce noble vieillard, et il feint d'être touché de ses utiles projets. L'amiral se serait cru sacrilège de soupçonner un jeune roi qui ie nommait son père et qui s'attendrissait avec lui sur les misères publiques. Cependant sa mort et celle de tous les réformés était déjà résolue. Le 22 août (15/2), à onze heures du matin, l'amiral quittait le roi, et se retirait chea lui en lisant une lettre, lorsqu'il est blessé à la main et au bras d'un coup d'arquebuse. Le coupable est un nommé Alaurevel, assassin aux gages de Charles IX, et vulgairement nommé le tueur du roi. On croit communément que Catherine de Médicis avait ordonné ce meurtre, dans l'espérance qu'il exciterait quelque trouble, et que, sous prétexte de l'apaiser, on exécuterait le grand massacre comme une chose fortuite. Mais Coligny étant paisiblement rentré chez lui, il fallut par d'autres perfidies prévenir la fuite des protestants. Charles, Catherine et ses autres fils vinrent aussitôt trouver l'amiral, feignirent de le plaindre, le consolèrent, lui promirent justice ; le roi redoubla de caresses, le jeune tigre pleiira. Il ne manqua pas, selon sa coutume, de demander ensuite à sa mère et à ses horribles conseillers s'il avait bien joué son rulet.
Deux jours après, Coligny fut la première victime du massacre ; Besme, domestique du duc de Guise^, et marié à une fille naturelle du cardinal de Lorraine, se présente à la tête des assassins: "Jeune homme," lui dit le vieillard, " tu devrais respecter mes cheveux blancs ; mais fais ce que tu voudi'as, tu ne m'abrégeras la vie que de fort peu de
' Coligny {Gaspard comte de), amiral de France, né le 16 juin 1516 à Châtillon-!>Qr-Loiug. Il occupe une grande et honorable place dans l'histoire du seizième siècle, comme homme d'État, homme de guerre et chef du parti protestant.
•> Henri de Lorraine, duc de Guise, ué en 1550, surnommé le Balafré; il était !e fils aîné de François de Guise. Les Guises étaient à la tête de la Liçue, c'est-à-dire l'association des catholiques qui chçrchait à détruire la religion protestante.