‹ Répertoires des prosateurs françaisChapitre 192 sur 320 · MORT DE COLIGNY · texte numérisé non relu

MORT DE COLIGNY

jours." Besme l'égorgé et le jette par la fenêtre ; le duc de Guise, qui l'attendait dans la cour avec des cris d'impatience, lui essuie le visage pour le reconnaître, le frappe du pied, et court «à d'autres meurtres. On coupe la tête de l'amiral et on la porte à la reine qui la fit, dit-on, embaumer et envoyer au pape. La populace se joua pendant trois jours des restes du cadavre, et finit par les attacher aux fourches de Montfaucon avec une chaîne de fer, au dessus d'un brasier. Le parlement eut la lâcheté d'imiter les fureurs de la multitude : il ordonna que l'effigie de l'amiral serait traînée sur la claie et pendue en place de Grève ; mais pour rendre cette infâme parodie digne du roi et de sa cour, qui y assistèrent, il y fit en même temps mettre à mort Briquemant, vieux gentilhomme, et Arnauld de Cavagnes, maître des requêtes, deux amis de l'amiral, découverts dans la retraite oîi ils avaient échappé au massacre. La mémoire de Cohgny ne tarda pas à être réhabihtée : celle du parlement ne l'a pas été.

On trouva dans les dépouilles de l'amiral des mémoires pour l'histoire de son temps, et plusieurs écrits qui attestaient ses grandes vues et son patriotisme. La cour se hâta de les brûler, par le conseil de Gondi^.

Au miheu des mouvements d'horreur que la Saint-Barthélémy excita en Europe, la perte d'un aussi grand homme que l'amiral fut particuhèrement ressentie. Le duc d'Anjou^, qui avait eu tant de part à cette nuit criminelle, put quelques mois après connaître le jugement de l'opinion publique En traversant l'Allemagne, pour aller s'asseoir sur le trône de Pologne, il s'était arrêté chez le comte palatin du Rhin ; entrant un jour dans le cabinet du prince, il pâlit à la vue d'un portrait en pied de Coligny. " Vous connaissez bien cet homme, monsieur," lui dit le comte. " Vous avez fait mourir en lui le plus grand capitaine de la chrétienté, et vous ne le deviez pas ; car il vous a rendu à vous et au roi de très-grands services." Le duc d'Anjou essayait de balbutier

" AHert de Gondi, dit le maréchal de Retz, était fils d'Antoine de Gondi, maître d'hôtel de Henri II. On lui reprocha d'avoir été l'un des conseillers de la Saint-Barthélémy.

'' Troisième fils de Henri II, et de Catherine de Médicis. Il succéda à son frère Charles IX en 1574, sous le nom de Henri III.

318 LES QUATRE HEXRI.

quelque apologie, quand le palatin l'interrompit sèchement par ces mots : — " Nous en savons toute l'histoire, monsieur." Le coupable Henri put lire sur tous les visages l'indignation que sa présence allumait, et il se crut un instant menacé du sort qu'il trouva plus tard sous le couteau d'un moine''.

P. E. Lemontey.

Lemontey {Pierre-Edouard),

Né à Lyon en 1762, mort à Paris en 1826. Membre de l'Académie française. Il a laissé des ouvrages en prose et en vers dont la plupart n'ont eu de son vivant qu'im succès de circonstauce.

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