‹ Répertoires des prosateurs françaisChapitre 234 sur 320 · M70 MIGNET · texte numérisé non relu

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de se plaindre des malheurs du temps, car c'était fairede procès du gouvernement ; crime de contre-révolution à la mère du consul Fusîks Géminus^, d'avoir pleuré la mort funeste de son fils.

Il fallait montrer de la joie de la mort de sou ami, de son parent, si l'on ne voulait s'exposer à périr soi-même. Sous Néron, plusieurs dont on avait fait mourir les proches allaient en rendre grâces aux dieux. Du moins il fallait avoir un air de contentement : on avait peur que la peur même ne rendît coupable. Tout donnait de l'ombrage au tyran. Un citoyen avait-il de la popularité? C'était un rival du prince qui pouvait susciter une guerre civile. Suspect. — Fuyait-on au contraire la popularité et se tenaiton au coin de son feu ? Cette vie retirée vous avait fait remarquer. Suspect. — Etiez-vous riche ! Il y avait im péril imminent que le peuple ne fût corrompu par vos largesses. Suspect. — Etiez-vous pauvre? Il fallait vous surveiller de plus près ; il n'y a personne d'entreprenant comme celui qui n'a rien. Suspect. — Etiez-vous d'un caractère sombre, mélancolique et d'un extérieur négligé ? Ce qui vous affligeait, c'est que les affaires publiques allaient bien. Suspect. — Un citoyen se donnait-il du bon temps et des indigestions ? C'est parce que le prince allait mal. Suspect. — Était-il vertueux, austère dans ses mœurs? Il faisait la censure de la cour. Suspect. — Etait-ce un philosophe, un orateur, un poëte? Il lui convenait bien d'avoir plus de renommée que ceux qui gouvernaient ! Suspect. — Enfin, s'était-on acquis de la réjmtation ii la guerre ? On n'eu était que plus dangereux par son talent. Il fallait se défaire du général ou l'éloigner promptement de l'armée. Suspect.

La mort naturelle d'un homme célèbre, ou seulement en place, était si rare, que les historiens la transmettaient comme un événement à la miémoire des siècles. La mort de tant de citoyens, imiocents et recommandables, semblait «ne moindre calamité que l'insolence et la fortune scan-

* Fusius Geminv.s, chevalier romain que Tibùre fit mourir comme -complice de Séjan.

CONQL'ÈTE DE LA HOLLANDE FAR LES FRANÇAIS. 37i

daleuse de leurs meurtriers et de leurs dénonciateurs. Chaque jour le délateur sacré et inviolable faisait son entrée triomphale dans le palais des morts, en recueillait quelque riche succession. Tous ces dénonciateurs se paraient des plus beaux noms, se faisaient appeler Cotta, Scipion, Eâgv.h's, Sœvius, Sévérus'^. Pour se signaler par un début illustre, le marquis Sérémis^ intenta une accusation de contre-révolution contre son vieux père déjà exilé, après quoi il se faisait appeler fièrement Bratus. Tels accusateurs, tels juges : les tribunaux, protecteurs de la vie et des propriétés, étaient devenus des boucheries, oii ce qui portait le nom de supplice ou de confiscation n'était que vol et assassinat^.

MiGNET. Histoire de la révolution française. ( Voyez la page 342.)

CONaUETE DE LA HOLLANDE PAR LES FRANÇAIS.

N'espérant plus rien, le prince d'Orange abandonna son armée, se présenta aux états rëunis à La Haye, leur déclara qu'il avait essayé tout ce qui était en son pouvoir pour la défense du pays, et qu'il ne lui restait plus rien à faire. Il engagea les représentants à ne pas résister davantage au vainqueur, pour ne pas amener de plus grands malheurs. Il s'embarqua aussitôt après pour l'Angleterre.

Dès cet instant, les vainqueurs n'avaient plus qu'à se répandre comme un torrent dans toute la HoUande. Le 28 nivôse (17 janvier 1795), la brigade Salni entra à Utrecht,

et le général Yandamme à Arnheim Les Français

étaient reçus à bras ouverts et comme des libérateurs ; on leur apportait les vivres, les vêtements dont ils manquaient. A Amsterdam, où Us n'étaient pas entrés encore, et où oa les attendait avec impatience, la plus grande fermentation régnait. La bourgeoisie, irritée contre les orangistes, voulait que la garnison sortît de la ville, que la régence se démît de

Célèbres Romains.

Tout ce discours rapporté Az.n&V Histoire de la révolution française de Mignet, est de la plume du célèbre Camille Desmojjlins.

son autorité, et qu'on rendît leurs armes aux citoyen», Pichegru^, qui approchait, envoya mi aide de camp pour engager les autorités municipales à maintenir le calme et à empêcher les désordres. Le l^"" pluviôse enfin (20 janvier), Pichegru, accompagné des représentants Lacoste, Bellegarde et Joubert, fit son entrée dans Amsterdam. Les habitants accoururent à sa rencontre, portant en triomphe les patriotes persécutés et criant : " Vive Pichegru ! vive la liberté!" Ils admiraient ces braves gens, qui, à moitié nus, venaient de braver un pareil hiver et de remporter tant de victoires. Les soldats français donnèrent dans cette occasion le plus bel exemple d'ordre et de discipline. Privés de vivres et de vêtements, exposés à la glace et à la neige, au milieu de l'une des plus riches capitales de l'Europe, ils attendirent pendant plusieurs heures, autour de leurs armes rangées en faisceaux^, que les magistrats eussent pourvu à leurs besoins et à leurs logements. Tandis que les républicains entraient d'un côté, les orangistes et les émigrés français fuyaient de l'autre. La mer était couverte d'embarcations chargées de fugitifs et de dépouilles de toute espèce.

Le même jour, l^"" pluviôse, la division Bonnaud, qui venait la veille de s'emparer de Gertruydemberg, traversa le Biesbos gelé, et entra dans la ville de Dordrecht, où elle trouva six cents pièces de canon, dix mille fusils, et des magasins de vivres et des munitions pour une armée de trente mille hommes. Cette division traversa ensuite Rotterdam pour entrer à La Haye, où siégeaient les états. Ainsi, la droite vers l'Yssel, le centre vers Amsterdam, la gauche vers La Haye, prenaient successivement possession de toutes les provinces. Le merveilleux lui-même vint s'ajouter à cette opération de guerre déjà si extraordinaire. Une partie de la flotte hollandaise mouillait' près du Texel. Pichegru, qui ne voulait pas qu'elle eût le temps de se détacher des glaces et de faire voile vers l'Angleterre, envoya des divisions de cavalerie et plusieurs batteries d'artillerie légère vers la Nord-Hollande. Le Zuyderzée était gelé: nos escadrons

» Picheffru (Charles), général français, né en 17G1, mort an 1801.

COURAGE CIVIL DE BOISSY-b'aXGLAS. 3/3

traversèrent au galop ces plaines de glace, et l'on vit des hussards et des artillem's à cheval sommer comme une place forte ces vaisseaux devenus immobiles. Les vaisseaux hollandais se rendirent à ces assaillants d'une espèce si nouvelle. Thiers. Histoire de la révolution française. ( Voyez la page 345.)

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