TOILETTE DE BAL
Le premier jour de mon arrivée à Paris on m'an-afilia deux dents, le lendemain on me mit deux miWc pajnllotfes^, le troisième, oa m'essaya un corps^ qui m'étouffait, et le huitième . . . Ah ! ce fut là le vrai supplice ... on me mena au bal. J'étais charmée d'aller au bal. Helas ! je ne le connaissais pas : on m'avait seulement parlé de danses et de collations ; je n'en avais pas demandé davantage, et j'attendais le jour du bal avec impatience. Enfin il anive, et l'on me dit que l'on va m'habiller en bergère. L'habit était bien choisi ; il me paraissait commode pom- danser. Mais ils ont à Paris une di-ôle d'idée des bergères; vous allez voir. D'abord on commence par m'établir suï la tête va. tuoime coussin : ils appellent cela une toque, puis on attache cette toque avec de grandes épingles longues comme le bras; ensuite on mit làdessus je ne sais combien de faux cheveux. Par-dessus cela, on plaça un grand chapeau, et par-dessus le chapeau de la gaze et des rubans, et par-dessus les rubans un boisseau de fleurs, et pardessus les flems une demi-douzaine de plumes, dont la plus petite avait au moins deux jîieds de hautem-. J'étais accablée sous le faix; je ne pouvais ni remuer, ni tourner la tête; le moindre mouvement me faisait perdre l'équilibre et m'entraînait. Ensuite on m'habilla : on mit mon corps à neuf, qui me seiTait à m'ôter la respu-ation; ensuite on me passa une considération. C'est une espèce de panier rempli de crin et fait avec du fer ; il est excessivement lom-d. On me para d'un habit tout couvert de guirlandes, et l'on me dit : " Prenez garde d'ôter votre rouge, de vous décoiffer, et de chiffonner votre habit, et divertissez-vous bien." Je pouvais à peine marcher. Ou m'étabht sur une banquette, oii l'on m'ordonna d'attendre qu'on vînt me prier. J'attendis longtemps. J'avais l'air si tiiste et si malheureuse, que personne ne s'avisait de penser que j'eusse la moindre envii de danser. A la fin pourtant je fus priée, mais la place était prise, et je revins à mu banquette. Au bal, les demoiselles qui courent le mieux, sont celles qui dansent le plus; elles vont retenu- leurs places. J'ai trouvé là des demoiselles qui étaient bien pis qu'impolies, elles étaient cruelles ; elles se moquaient de mon au* soufiîant et embarrassé ; elles me regardaient de la tête aux pieds avec une mine . . . ime vilaine mine, je vous assure, et puis elles riaient entre elles et aux grands éclats. J'étais sans doute ridicule, mais j'avais l'air timide et mal à mon aise. N'auraient-elles pas dû me plaindre et m'excuser? La place était
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toujours prise, et bientôt je fus entièrement délaissée par tous les danseurs. Il faisait dans la salle un chaud si insupportable, que, quoique immobile sur ma banquette, j'étais en nage^. Et voilà ce qu'ils appellent un grand plaisir, une fête.
jjme oj. Genlis. Théâtre d'éducation.
De Genlts {Stéphanie-Félicité Dcckest de Saixt-Aubix, comtesse de), Née en 1 746, morte en 1831. Cette femme célèbre, dont rélève.(Louis- Philippe I*^) naguère encore était sur le trône de France, nous a légué des ouvrages d'éducation du plus grand mérite. Au premier rang ou doit citer le Théâtre d'éducation et les Veillées du château.