MERVEILLES DE LA NATURE
fleur. Ils ont une autre chronologie que la nôtre, comme ils ont une autre hydraulique et une autre optique. Ainsi, à mesure que l'homme s'approche des éléments de la nature, les principes de sa science s'évanouissent.
Bernardin de Saint-Pierre. Études de la nature.
{Voyez la page 51.)
merveilles de la nature, meme dans les plus petits objets.
Prenez une loupe^, et voyez la nature redoubler, pour ainsi dire, de soins à mesure que ses ouvrages diminuent de volume. Voyez l'or, la pourpre, l'azur, la nacre et tous les émaux dont elle embellit quelquefois la cuirasse du plus vil insecte. Voyez le réseau chatoyant' dont elle tapisse^ l'aile du ciron*.. Voyez cette multitude d'yeux, ce diadème clairv'^oyant dont elle s'est plu à ceindre la tête de la mouche. Il semble à qui contemple la création sous tous ses rapports, que la délicatesse essaie partout de l'emporter sur la magnificence. L'œil de la baleine ou de l'éléphant présente i\ l'examen des détails que leur petitesse dérobe ù^ l'œil de l'observateur ; et ces détails ne sont pas, à beaucoup près, les derniers oii le travail s'arrête ; et ces mêmes parties, et celles dont elles se composent, se retrouvent dans la rétine^^, dans la cornée'''^ du moucheron, que dis-je ? de l'animalcule dont, avant les inventions de l'optique, on n'avait pas soupçonné l'existence !
A mesure que le microscope s'est perfectionné, on a vu la vie poindre de toutes parts. Les moindres atomes sont devenus des mondes habités, et les moindres gouttes de liqueur, des mers poissonneuses, et tous ces êtres imprévus ont des organes dont les moindres pièces sont à leurs masses totales dans les mêmes proportions que chez les animaux gigantesques : car enfin ils ont leurs besoins, leurs intérêts, leur instinct, leurs mœurs, leurs amours,
* RéthiP., sorte de lacis, formé dans le fond de l'œil par les filets du nerf optique, et sur lequel se peignent les objets.
^ La cornve est la tunique externe et la plus épaisse de l'œil.
LES DESERTS DE l'aRABIE-PÉTRÉE. S9
leurs guerres; ils s'agitent, ils se nourrissent, ils se conservent, ils se reproduisent. C'est un monde aussi réel que le nôtre, aussi ancien que le nôtre ; un monde qui a peut-être au-dessous de lui d'autres mondes qui lui sont ce qu'il est pour nous*.
Oserez-Tous croire, après cela, que la nature néglige quelque chose ? Non, elle est la même en tout ; et un tourbillon d'atomes confusément agités au gré du moindre souffle, n'est pas plus indifférent pour la puissance qui les régit, que tout un tourbillon solaire ; un grain de poussière est pesé aussi rigoureusement dans le devis^ de la création, que l'astre qui roule dans les cieux ; il presse, il cède, il résiste, il influe sur tout ce qui l'entoure ; U exerce, en raison de sa masse, tous les attributs qui appartiennent à la masse totale de la matière ; la nature ne l'abandonnera pas plûs au hasard que le globe de Jupiter ou de Saturne. En effet, supposez-le ce grain, de plus ou de moins dans la somme totale des choses, tout s'en ressent, tout est changé, et l'univers cesse d'être ce qu'il est. Boufflers.
BouFFLERS (le marquis de).
De l'Académie française, né en 1737, mort en 1815.