‹ Répertoires des prosateurs françaisChapitre 77 sur 320 · DB SAUSSURE · texte numérisé non relu

DB SAUSSURE

pêtes et les grandes neiges, et à découvrir les passagers qui se sont égarés. Souvent les religieux remplissent euxmêmes cet otËce pour donner aux voyageurs des secours temporels et spirituels ; ils volent à leur aide toutes les fois que le marronnier ne peut seul suffire à les sauver, ils les conduisent, les soutiennent, quelquefois même les rapportent sur leurs épaules jusque dans le couvent. Souvent ils sont obligés d'user d'une espèce de ^-iolence envers les voyageurs, qui, engourdis par le froid et épuisés par la fatigue, demandent iiistamment qu'on leur permette de se reposer ou de dormir un moment snr la neige ; il faut les secouer, les arracher de force à ce sommeil perfide, qui les conduirait infailliblement à la congélation et à la mort. Il n'y a qu'un mouvement continuel qui puisse donner au corps une chaleur suffisante pour résister à l'extrême rigueur du froid. Lorsque les religieux sont obhgés d'être en pl^ air dans les grands froids, et que la quantité de neige les empêche de marcher assez vite pour se réchauffer, ils frappent continuellement leurs pieds et leurs mains contre les grands bâtons ferrés qu'Us portent toujours avec eux ; sans quoi ces extrémités s'engourdissent et se gèlent sans que l'on s'en aperçoive.

i^Ialgré tous leurs soins, il ne se passe presque pas d'hiver où quelque voyageur ne meure, ou n'arrive à l'hosipice avec des membres gelés. L" usage des liqueurs fortes est extrêmement dangereux dans ces moments-là, et cause souvent la perte des voyageurs ; ils croient se réchauffer en buvant de l'eau-de-vie, et cette boisson leur donne en effet pour quelques moments de la chaleur et de l'activité ; mais cette tension forcée est bientôt suivie d'une atonie^, et d'un épuisement qui devient absolument sans remède.

C'est aussi dans la recherche des malheureux passagers qui ont été entraînés par les avalanches et ensevelis dans les neiges, que brillent le zèle et l'activité des bons rehgieux. Lorsque les victimes de ces accidents ne sont pas enfoncées bien profondément sous la neige, les chiens du couvent les découvrent ; mais l'instinct et l'odorat de ces animaux ne peuvent pas pénétrer à une grande profondeur. Lors donc qu'il manque des gens que les chiens ne peuvent

Page 1