La proposition suivante
“ La seule différence que l’on constate entre le traitement des directeurs et ‘ des professeurs employés dans les deux classes d'institutions suffit à expliquer la ‘“ prospérité des premières et les lourdes dépenses des dernières.”
Tout cela n’est pas très probant.
Les gros traitements peuvent augmenter la somme des dépenses ; mais ne sont pas la cause de ces dépenses.
Je ne vois pas en quoi la différence du traitement des professeurs dans les deux classes d'institutions explique les lourdes dépenses des écoles normales.
Après cela, on conclut ‘“ qu’à ce point de vue, le système suivi dans les écoles ‘ normales est défectueux et qu’il coûte trop cher.”
La conclusion est un peu éloignée des prémisses.
Pas l'ombre d’une preuve pour établir que de fait le principe de l'intérêt personnel règne dans les écoles normales. L’injure est attachée à la mémoire de deux évêques, dont l’un siège à côté de Mgr de Trois-Rivières au Conseil de l’instruction, de personnages aussi distingués que le Dr Dawson et M. Hicks, de professeurs qui croient avoir autant d'honneur que l’auteur du Mémoire.
Voilà pour l’ensemble du chapitre, passons aux détails.
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‘ Ce sont les écoles à bon marché et même gratuites des moines du moyen âge qui ont instruit et civilisé les barbares de l'Europe,”
Sans admettre que ces écoles ont civilisé les barbares parce qu'elles étaient à bon marché, je dis qu’à cette époque, les gouvernements ne s'occupant pas directe. ment de l'instruction, les religieux s'en sont chargés ; mais en y employant une partie de leurs biens, biens donnés le plus souvent par les princes et les seigneurs
Si aujourd'hui un gouvernement, éclairé et religieux, veut consacrer une partie de ses revenus à la même fin, il doit mériter des éloges analogues.
Afin que les pauvres et les déshérités de la fortune ne paient rien, il faut que d'autres paient pour eux, par des aumônes officieuses ou officielles.
C'est élémentaire.
Or c’est ce que fait le Gouvernement pour ceux qui veulent se consacrer à l'enseignement: 10, en n’exigeant qu'une faible pension ; 20. en accordant des bourses,
Donc les écoles normales aussi sont des écoles à bon marché.
En ce moment, j'entends, presque sous ma fenêtre, un grand nombre d'enfants pauvres et déshérités de la fortune : j'entends leurs paroles grossières et presque blasphématoires ; ils ont besoin du pain de l'intelligence plus encore que de celui du corps ; leurs parents sont trop pauvres, le quartier cest trop pauvre, les curés sont trop pauvres pour leur en donner. Il paraît que les écoles à bon marché coûtent trop cher.
Le Concile de Trente, prescris int aux évêques la formation de séminaires, leur prescrit par là d’y consacrer une partie de leurs revenus s'ils en ont, de s’en procurer dans ce but s’ils le peuvent, car enfin l’idée d'écoles qui ne coûtent rien à personne est une absurdilé.
“ Ce sont les écoles à bon marché qui ont fonclé dans notre heureux pays ces ‘magnifiques établ'sséements d'éducation que l’on appelle Séminaires, etc. ”
Oui, mais il a fallu que le Roi de France y contribuât par de nombreuses concessions de seigneuries et des dons en argent ; que des particuliers, comme les saints évêques Laval, St Valier, les membres du Séminaire de St-Sulpice, etc. y consacrassent des millions, formés par leur fortune personnelle et par les aumônes.
Aujourd’hui c’est le Gouvernement, c'est-à-dire tout le pays, qui veut et qui peut se montrer généreux pour une classe moins favorisée de la fortune, quand personne ne voulait ou ne pouvait le faire.
L'auteur ignore sans doute, mais le membre du Conseil de l'instruction, mais l’évêque sait comment les écoles normales ont été établies.
Personne ne répondant aux désirs du peuple et aux vœux des Pères du Concile de Québec, qui demandaient des écoles normales, le Gouvernement crut qu’il devait—et il avait raison—se charger de cette création. On s’adressa cependant aux Séminaires de Québec et de Montréal pour qu’ils prissent chacun la direction d’une des deux écoles catholiques. Des raisons très-graves les en empêchèrent.
Le Gouvernement se chargea des dépenses et de la direction :
Des dépenses, qui furent étudiées, prévues et fixées autant qu’il est possible de le faire : rien ne fut laissé au hasard ;
De la direction, maïs en la mettant sous le contrôle de l'Eglise, non seulement pour la Foi, mais encore pour la direction disciplinaire et intellectuelle.
Que pouvez-vous désirer de plus ? Pourquoi ce long réquisitoire auquel je suis obligé de répondre ?
Est-ce parce que les sommes, dont on exagère le montant, sont administrées par des mains qui ne vous plaisent pas? Aimez-vous mieux que cet argent n’aille qu'aux prisons et aux criminels ?
« Ce sont ces institutions bénies qui assurent l'avenir du pays en donnant à « l'Eglise son sacerdoce, à l'Etat la classe dirigeante. ”
Je distingue : assure d'une manière absolue, en sorte qu'il n’y ait plus besoin d’autres institutions, je le nie.
Dans une mesure, même considérable, je l'accorde.
Pour que vos collèges soient alimentés, il faut de bonnes écoles et par conséquent de bons maîtres.
Quand la masse du peuple est ignorante ou pervertie, la classe dirigeante n’a pas beaucoup d’inluence.
La comparaison du nombre de sujets que fournissent à l'Eglise et à l'Etat, au commerce et à l'industrie les collèges et les couvents, d’un côté, à celui que fournissent les écoles normales, de l’autre, est plus que singulière.
Les séminaires ont un but spécial ; les collèges, les couvents en ont un autre, et les écoles normales ont le leur bien défini.
Si les séminaires donnent 50 prêtres savants et zélés, et les couvents, 100 religieuses pleines de modestie et de vertu, peut-on conclure de ces nombres que les couvents sont plus eficaces et plus utiles que les séminaires ?
Cependant j'accepte cette nouvelle comparaison.
Ainsi les collèges classiques, les collèges industriels, les couvents réunis ont produit, en 19 années, 7302 sujets utiles à l'Eglise et à l'Etat : les écoles normales n’en auraient donné dans le même temps que 796 (1).
Or, comme il faut compter 101 collèges er couvents, (p. 14 du Mémoire), la production de chacun, par année, arrive à L'ÉNORME SOMME de 4 sujets, et encore il faut prendre la iraction pour un entier !
Chaque école normale, pendant le même temps, a donné 13 suers, je néglige la fraction. Voilà qui prouve combien elles sont inutiles.
Je me garderai bien d’accuser les intentions de ceux qui présentent ces chiffres à la confiance des personnes qui ne songent pas à les discuter. Mais l’auteur reconnaitra au MOINS QUE LES CHIF“RES CERTES ONT LEUR ÉLOQUENCE ET LEUR LOGIQUE (p. 8).
Je me garderai même de lui renvoyer sa conclusion : ‘ Voilà qui peut ‘ aider à juger avec connaissance de cause la valeur de ces deux systèmes d’édu- “cation.”
Mais que deviennent les conséquences du principe du dévouement dans l’œuvre de Péducation et Au principe de l’intérét personnel, du métier tels que l’auteur les entend ?
Poursuivons rt voyons jusqu'où peut conduire l'imagination frappée. On compare le salaire des professeurs des écoles normales à ceux des collègrr, les premiers recevan! $568 de plus que les seconds.
(1 A la page 10, la phrase est construite de manière qu’à la première lecture on croit que le total est 6176, pour les nns, et 770 pour les autres.
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