CHAPITRE TROISIEME Objections
Toute thèse a ses objections, tout dogme ses difficultés, tout mouvement populaire ses dangers; je consacrerai donc quelques pages à éclairer les esprits sur une cause qui a tant été calomniée.
Posons d'abord en principe qu'un mouvement politique ou religieux doit être étudié dans son objet, ses moyens et ses effets, et non dans certains faits extraordinaires et passagers, fruits de l'effervescence des idées chez quelques individus. Vouloir condamner la politique des papes, parce que peut-être quelques-uns d'entre eux, comme Jules II, sont allés trop loin ; condamner la répression des Albigeois à cause des excès de plusieurs
généraux catholiques, blâmer le système monarchique à cause du Parc -aux -Cerfs, seraient autant de méprises historiques qui indiqueraient un esprit étroit. Ainsi vouloir excommunier la Ligue nationale à cause des représailles et vengeances personnelles d'une centaine de tenanciers contre leurs propriétaires, et de l'assassinat duPhœnix-Park, serait une injustice.
L'objet de la Ligue nationale est l'indépendance législative de l'Irlande et la solution de la crise agraire. Or, nous avons vu que ce double but était légitime, nécessaire et possible. Les moyens employés pour réaliser ce plan ont été l'agitation constitutionnelle, le non-payement de rentes injustes, le boycottage et le soutien fourni par les fonds américains aux tenanciers évincés.
Personne ne peut nier la moralité d'une agitation légale, ni contester le droit de réunion quand il s'agit de condamner des lois infâmes et des actes atroces ; mais tout le monde sait que cela ne suffît pas. Je sais bien qu'en France
on se contente de cela, et lorsque l'orateur a reçu une triple salve d'applaudissements, les bons catholiques rentrent chez eux tout réjouis comme si la patrie était sauvée !
Mais en Irlande où les énergies sont doublées par la question « nationale » et où a pénétré Fesprit pratique anglais et américain, on a voulu unir l'action à l'éloquence. Les persécuteurs étant les propriétaires, c'est contre eux que les moyens pratiques ont été pris.
« Ne payons pas ces rentes injustes, exorbitantes, ne quittons pas notre patrie, et s'il faut mourir de faim, que ce soit chez nous, au milieu des propriétaires ruinés par leur tyrannie et notre héroïsme. Qu'ils dépensent le reste de leur fortune mal acquise à nous mettre à la porte des maisons que nous avons construites, où nos pères ont vécu; qu'ils s'entourent de toute la force britannique et qu'ils s'attendent à nous voir rentrer par la fenêtre quand ils nous auront chassés par la porte ! » Ainsi parlent les nationaux d'Irlande.
Comme un homme qui, poussé par son en-
nemi sur le bord d'un abîme, le saisait à bras le corps en lui disant : « Eh bien! alors, tu vas rouler avec moi ! 9 Ainsi le malheureux tenancier a enlacé le landlord et lui a dit : « Nous serons ruinés ensemble. Mais si tu cesses de me pousser à la mort, je te donne la vie. i> Il y a du désespoir dans cette théorie, mais il n'y a pas d'injustice.
Puis vint le boycottage. Etendons-nous un peu plus longuement sur ce moyen de défense — ou de punition.
Il consiste à priver une personne des choses utiles, nécessaires ou agréables à son existence. Ainsi une personne boycottée se verra refuser son argent par le boulanger, le boucher, l'épicier, etc., et se trouvera ainsi privée de tout moyen de subsister malgré ses richesses, et la vie lui devient impossible à moins qu'elle ne se soumette.
Ce genre de châtiment est très ancien dans l'histoire; il ressemble beaucoup à l'interdit jeté par l'Eglise sur une personne ou un pays. Lorsqu'un seigneur ou même un roi avait abusé
de son autorité et de son rang, cette punition le ramenait au bon sens et à l'humilité.
Les protestants, surtout en Irlande, employèrent ce redoutable moyen pour faire des prosélytes et forcer les catholiques à l'apostasie. Encore de nos jours, dans beaucoup d'endroits de la province d'Ulster, il est impossible à un catholique de trouver de l'ouvrage, même un gîte pour la nuit, à moins qu'il ne se dise protestant.
Ces explications indiquent assez clairement que le boycottage n'est en soi ni bon ni mauvais ; tout dépend de la raison pour laquelle on l'applique. Il y a quelques années, près Montréal, au Canada, une famille parisienne nous arriva avec une moralité douteuse et le goût du travail du dimanche. Le curé vint prier ces étrangers de se mieux conduire et de cesser de profaner le jour du Seigneur. Ces fils de la ville des lumières se moquèrent de lui. Le prêtre dit donc à ses paroissiens de boycotter ces infidèles d'outre-mer. Le lundi suivant ils se voyaient tout refuser, jusqu'au pain, à n'importe quel prix.
Ils partirent en maudissant cette terre encore ensevelie dans les horreurs du moyen âge !
Les Irlandais, se voyant refuser toute justice par les landlords et les tribunaux, eurent donc recours au boycottage, non pas même comme représailles^ mais comme unique moyen de défense. Ce moyen, la Ligue nationale Ta organisé et s'efforce de l'appliquer avec sagesse en prévenant les abus. Je défie tout moraliste au courant de la question irlandaise de condamner cette arme, et quant aux cas spéciaux, chacun d'eux demanderait une discussion spéciale, qui d'ailleurs se fait dans les comités des différentes branches de la Ligue.
Malheureusement tous les boycottages ne se font pas encore sous la direction de la Ligue.
En vain me parlerez-vous de patience, de résignation et de martyre. La question irlandaise n'est pas une question religieuse, mais une question nationale ; vous ne pouvez pas, vous ne devez pas exiger des actes héroïques de tout un peuple. Vous auriez mal fait, je crois,
de dire à Juan d'Autriche, à Sobieski, aux Vendéens, à Washington, de mettre bas les armes au nom de la douceur évangélique. N'exigez donc pas des Irlandais une vertu que vous mépriseriez chez les autres nations.
Les Irlandais boycottent donc leurs propriétaires et les misérables tenanciers qui osent prendre la place de celui qui a été injustement évincé par le landlord. Oui, ceux-là surtout ils les boycottent; peu importe que cet ignoble landgrabber (voleur de terre) soit catholique, s'il se fait le serviteur du landlord en payant un fermage exorbitant aux dépens de la vie, de l'exil, des souffrances du premier tenancier; il passera par le boycottage pendant sa vie et après sa mort.
Mais en France, penserez-vous, lorsque le tenancier est évincé, il tourne son intelligence, son énergie vers autre chose. Oui, en France il peut faire cela, mais pas en Irlande, parce qu'en Irlande il n'y a que la terre pour faire vivre l'homme. Sur une population de 5 millions, vous n'en avez que 80.000 engagés
dans les manufactures. Et les manufactures n'existent pas, d'abord parce qu'elles ont été supprimées en Irlande, ensuite parce que les landlords qui vivent grassement à l'étranger n'ont presque jamais voulu risquer leurs capitaux dans un pays que le gouvernement anglais ne protégeait pas.
Les landlords savent ces choses, et voilà pourquoi ils ne craignent pas d'augmenter leurs fermages, devinant qu'entre l'exil et la misère l'Irlandais bien souvent choisira la misère.
Enfin arrivons à ce fameux argent américain contre lequel tant d'honnêtes âmes gémissent. Vous êtes soutenus, disent-ils, par l'or des dynami tards, des meurtriers et des forçats.
D'abord la proposition est trop générale : i** S'il n'y avait que l'or de ces messieurs pour nous soutenir, nous n'aurions qu'à plier bagage ; 2"" vous ne pouvez pas citer un cas où nous ayons demandé à ces gens-là de nous secourir ; y si, de fait, plusieurs de ces criminels nous ont envoyé leurs offrandes, nous ne som-
mes pas, en acceptant leur aumône, plus coupables que vous dans le cas que voici.
Je suppose que vous ayez à Paris, à la Madeleine, un sermon de charité pour vos écoles libres. Vous expliquez votre cause et tendez la bourse.
La réputation de l'orateur, qui est grande , a attiré ce jour- là des paroissiens inattendus* Vous reconnaissez ou ne reconnaissez pas là des gens dont vous n'aimez ni l'honorabilité, ni la moralité, ni les opinions. C'est vous qui tendez la bourse; je vous le demande, refuserezvous donc l'argent de ces « suspects? > Non. Ils donnent, vous prenez. Et, en bon chrétien, vous espérez leur conversion. Ainsi faisons-nous, et nous espérons que ces égarés comprendront que nos moyens légitimes et constitutionnels sont plus sûrs que leur dynamite et leur poignard, (i)
I. La Ligue nationale aura toujours pour amis ceux qui ont souffert ou croient avoir souffert d'une injustice; elle aura toujours pour ennemis ceux qui bénéficient des souffrances d'autrui, même s'ils sont catholiques.
Je passe maintenant à la dernière et à la moins forte des objections : l'article du Tt7nes sur M. Parnell.
D'après cet article, M. Parnell serait coupable d'avoir approuvé le meurtre de M. Burke, compagnon de lord Cavendish. Il aurait même écrit à ce sujet à une société fénianne, et se serait excusé d'avoir blâmé le crime du Phœnix Park, parce qu'alors il ne pouvait pas faire autrement. Comme preuve de cette assertion, un fac-similé de cette lettre fameuse était lithographie et circulait avec le journal.
En outre le Twies accuse les parnellistes d'être de connivence avec les fénians, les invincibles et les meurtriers, etc.
Graves sont ces accusations, et pourtant j'ai dit que cette objection est la moins forte.
Je m'explique.
Qui donc est l'accusateur? Car il est reconnu par la loi qu'une prostituée, qu'un forçat, qu'un parjure n'ont pas le droit de porter une accusation en justice, que le magistrat ne peut leur
déférer le serment, que leur parole ne peut avoir de poids devant les tribunaux et l'opinion publique.
Qui donc est l'accusateur ?
Le Times de Londres, la presse tory-orangiste.
C'est-à-dire ce même journal, cette même presse qui depuis un siècle ne cesse d'avilir la nation irlandaise, de ridiculiser les catholiques, d'attaquer la papauté, de faire circuler les mensonges les plus atroces sur la religion et les peuples. Je cite une série d'articles pour prouver mon assertion. Ensuite j'arriverai à la réponse directe à ces calomnies d'une presse sans conscience.
Le Times écrivait ces lignes le 12 janvier x86o : « Il y a encore dans le xix« siècle des classes qui en sont toujours au point où se trouvait la masse de l'humanité dans les siècles de ténèbres. C'est dans chaque pays catholique de l'Europe le pauvre paysan qui cultive la terre, mais qui est aussi grossier que
l'animal qu'il pousse devant lui ; dont la religion n'est qu'une superstition aussi brutale que le fétichisme des nègres ; qui a une sorte de courage physique semblable à celui du chien ou du coq de combat, et dont les bras sont au service du premier qui sait faire appel à ses instincts. Ce grossier troupeau de créatures ignorantes appuie maintenant de ses cris rauques les tirades fanatiques par lesquelles les prêtres attaquent les progrès pacifiques de la vérité. Ces misérables ont hurlé à l'apparition de chaque lumière nouvelle qui a brillé sur le monde ; ils ont hurlé contre la philosophie qui leur apprenait que la terre se mouvait ; ils ont hurlé quand la Bible a été lue par le peuple, et maintenant les voici qui hurlent contre la liberté. Aussi dès qu'on les entend, c'est un signe certain que quelque lumière va paraître, lumière dont la puissance qui les gouverne a horreur. »
C'est le même Times qui écrivait le 8 mars 1837, à propos de la cause des Canadiens-Français : « Il est donc bien clair que ce qui fait
crier la clique des Canadiens-Français, ce n'est pas le redressement des griefs, la correction des abus dans les limites du champ administratif, mais un véritable système de changement qu'ils voudraient organiser pour établir des relations entièrement nouvelles entre la Grande-Bretagne et le Canada, non pas les relations de mère patrie à colonie, mais celles de deux Etats indépendants. »
C'est le même Times qui écrivait à la princesse Victoria, le i" avril 1837 • ^ Q^^ votre Royale Altesse comprenne bien que ce Daniel O'Connell est une personne âgée et valide, qui ayant été élevée pour une vocation (la prêtrise) où il aurait gagné de quoi vivre, a abandonné sa caste, subsiste des aumônes de ceux qui veulent bien l'aider, et force les prêtres papistes de l'Irlande d'extorquer pour lui ce qu'ils peuvent des plus pauvres et des plus malheureux paysans du monde. Comme tous les gueux voluptueux, il est menteur, et sa bouche ne débite que des immondices. »
Oui voilà notre accusateur. Eh bien! nous récusons son témoignage, et comme M. Biggar Ta dit : « Je ne lis pas le Times et je ne me préoccupe pas de ce que le Times dit. i> (i)
Mais si M. Parnell et ses lieutenants ont refusé de poursuivre le Times, ils ont demandé en plein Parlement une enquête spéciale sur ses accusations. C'est-à-dire qu'ils ont nié les calomnies du Times; ils ont nié toute complicité ; ils ont dit au Times : D'après les règles de la logique, c'est à vous de prouver vos allégations ; nous ne vous intenterons pas d'action, parce que les tribunaux anglais, les jurés anglais sont prévenus contre nous, mais nous demandons une commission parlementaire pour nous juger.
I. C'est donc au Tîntes à prouver son accusation, non à M. Parnell à la réfuter. Le Times dit : « Intentez-moi une action. » Moyen habile de traduire un chef de parti devant un tribunal étranger, de l'obliger à répondre, sous peine de prison, à toute question curieuse de Pavocat de la Couronne sur un passé politique, sur toute une organisation qu'on veut supprimer. La ruse est trop visible; aussi M. Parnell laisse aboyer le Times,
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Cette commission que 85 membres demandaient, elle leur fut refusée. Lisez ces paroles magnifiques de l'un de ces membres (M. P. Healy), le 6 mai 1887 :
« Nous savons maintenant pour la première fois quelle idée nous, Irlandais, étrangers, nous devons nous faire de cette Chambre des Communes. N'importe quel sujet sous le soleil peut devenir l'occasion d'une enquête devant une commission spéciale ; mais lorsque 86 membres sont accusés de complicité dans des affaires d'assassinat , d'explosion de dynamite, de trahison contre la Reine, de vilenie humaine sous toute forme morale et politique, alors, dis-je, personne ne se préoccupe d'en référer à une commission spéciale. En ce qui nous concerne^ accordez ou refusez cette enquête, nous ne nous en préoccupons pas plus que d'un farthing ou d'une prise de tabac, mais nous ne la craignons pas non plus, cette enquête; bien mieux, nous la réclamons. (Applaudissements irlandais,) Je suis vraiment surpris de la manière dont l'Assemblée a traité
cette question. Ou vous croyez à ces accusations et pouvez les prouver, ou vous ne le pouvez pas. Sûrement si vous pouviez les prouver, vous seriez ravis de nous perdre. (Applaudissements,) Mais si vous les croyez sans preuves, combien n'êtes-vous pas indignes de la haute position que vous occupez, et combien bas et méprisable doit être votre caractère ! (Applaudissements nationalistes,) Combien misérable et odieuse doit être la carrière politique de ces messieurs qui vont quêter les votes des loges orangistes et ceux de la Ligue des Primevères (Association Tory), et empoisonnent l'opinion publique contre ceux qu'ils appellent leurs compatriotes, créant des luttes, des haines, des inimitiés, desquelles plusieurs d'entre vous savent tirer un ignoble profit. (Applaudissements .)
c( Et lorsque nous vous prenons à la gorge pour vous dire : Maintenant MM. Smith et consorts, c'est l'heure favorable; maintenant vous pouvez ruiner pour toujours ou du moins pour notre vie ce mouvement irlandais, cette question du Home-Rule; vous pouvez ruiner
ces alliés libéraux qui, grâce à Dieu, sont venus à notre secours. (Applaudissements,) Oui, maintenant, MM. Smith et consorts, c'est le moment favorable; et voilà que vous rentrez sous terre !
« L'honorable représentant de Bury demande quand est-ce qu'un juré anglais a failli à son devoir. J'en réfère à ce cas connu en Irlande sous le nom de cause des martyrs de Manchester.
« Cinq hommes alors accusés de meurtre eurent à subir leur procès (à Manchester, Angleterre), et tous les cinq furent convaincus et condamnés à mort. Or, l'un de ces hommes, Maguire, était bien loin, sur un vaisseau de guerre, lorsque la police fut attaquée à Manchester (cela est consigné dans le mémoire des rapporteurs du procès), et, néanmoins, Maguire fut jugé, il fut condamné à mort, et ce fut par un juge anglais ! (Applaudissements,) Pourquoi donc le secrétaire en chef ne ricane-t-il plus maintenant? (Rires) »
Comme je Tai dit .plus haut, malgré cet appel et ces énergiques paroles, l'enquête fut refusée, (i)
Chose étrange, en 1 88 1 , lorsque les membres irlandais étaient jetés en prison, lorsque leurs papiers étaient fouillés, leurs lettres lues dans les bureaux de poste, les salles de la Land-League investies par la police, on ne put rien trouver qui les compromît avec les invincibles et les autres désespérés.
Et ce gouvernement conservateur si scrupuleux n'est-il pas secouru, maintenu au pouvoir par les orangistes? l'orangisme, dont le toast favori était en 1835 : Puissent, disait-on en buvant au massacre de tous les catholiques, puissent leurs membres être déchirés en mille morceaux, et chacun de ces morceaux servir de clou au soulier d'une vieille femme (Duvergier
I . Au commencement de juillet la majorité de la Chambre des Communes décida, contre le gouvernement, qu'une enquête était nécessaire à propos de l'arrestation de M"® Cass, accusée faussement de prostitution. Mais cette demoiselle était anglaise et vivait à Londres. On peut accuser les Irlandais en toute impunité !
deHauranne, Lettres sur V Irlande, p. i8i); Torangisme qui de nos jours a organisé les émeutes de Belfast, et qui, au moyen du parjure organisé, défie toute condamnation pour ses membres (procès des Walker), et fait condamner les catholiques qu'il veut ! (Affaires duLurgan). (i)
Le Times, dans un article du 29 juillet 1844, décrivait ainsi la société orangiste :
« Cette étrange confusion de la paix avec la guerre, cette profession de christianisme avec les pratiques du Koran, la Bible avec la bataille de la Boyne, tel était le caractère principal de la religion de la minorité (protestante) en Irlande.
« Il y avait une classe dont les solennités religieuses étaient susceptibles de commencer avec tambours et fifres, de continuer avec
I. Les orangistes, du temps d'O'Connell à Armagh, tuèrent un jeune catholique sous les yeux de sa pauvre sœur et firent boire par leurs chiens son sang encore chaud ! ! ! — Grunly était le nom de la victime, et ce crime odieux fut commis le 12 juillet 1822. Personne ne fut condamné.
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des bouteilles et des verres, de se développer sous forme de cailloux et d'assommoirs, et de se terminer par des décharges de fusils de chasse, des listes de blessés et de tués, et d'obtenir son apogée par des sentences de jurés triés et un verdict de sectaires. »
C'est ce même orangisme que le Times patronne maintenant, ce sont les mêmes hommes qu'il pousse au pouvoir, ce sont les mêmes cérémonies sanglantes qui prédominent et dont il se déclare le pontife infaillible.
M. de Mandat-Grancey n'a pas jugé prudent de venir à Belfast étudier cette nouvelle religion, lors de son séjour à vol d'oiseau en Irlande. Il soupçonnait peut-être que les outrages dans le Sud n'avaient rien de dangereux pour lui, tandis qu'une balle orangiste aurait bien pu mal récompenser le zèle d'un ancien officier de marine pour les études sociales.
La Ligue nationale poursuit donc son œuwe
de régénération sans se souiller les mains par des assassinats.
Mais si l'Angleterre continue ses évictions cruelles, sa politique orangiste, la Ligue nationale, la religion catholique, seront impuissantes à empêcher des excès déplorables ; lorsque des remèdes sont trop tardivement appliqués, les patients tombent quand même dans des accès de frénésie.
Je me rappelle une jeune fille qui, sermonnée par son confesseur, parce qu'elle avait abandonné la communion fréquente, répondit :
« Les jours où je communie, mon maître me sachant plus patiente, plus résignée, m'accable d'ouvrage et me demande les services les plus injustes ; vous savez aussi que je ne puis pas quitter maintenant mon service : voilà pourquoi j'ai interrompu mes communions afin d'être moins tyrannisée. »
Hélas ! telle a été la conduite de l'Angleterre envers l'Irlande catholique ; elle s'est servie de de sa patience, de sa piété, de sa résignation pour l'opprimer davantage.
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Si, affolé pourtant par sa longue oppression et en dépit de son héroïsme de trois siècles, le peuple irlandais mettait de côté les lois d'une Eglise qui Tempêche d'imiter les nihilistes, j'en gémirais de tout mon cœur. Mais avant de le blâmer, je maudirais d'abord le gouvernement qui a fait ce mal; et le triomphe final de l'Angleterre, arrachant à l'obéissance catholique les fils d'Erin, serait puni par des attentats universels et par l'infamie qui la ruinerait.
Je dis ceci comme prêtre, avec la connaissance que j'ai de la nature humaine, de ses luttes, de ses victoires surnaturelles par la passion et la mort d'un Dieu crucifié, mais aussi de ses terribles réactions contre la main qui l'opprime. J'écris ceci comme témoin sacré de bien des pardons, de bien des cris étouffés, de larmes séchées et d'héroïsme, que l'avenue de Friedland (i) ne connaît pas.
Aucune mère irlandaise ne m'a bercé près