LA ROYAUTE DU PAPE
Rome, 7 août.
L'Eglise catholique romaine se compose de 200 millions d'individus , en y comprenant , bien entendu , le jeune Mortara baptisé par l'imprudence de son père, et M. About, qui croit pieusement appartenir à cette Eglise et la respecter quand il dit mille horreurs des prélats , des cardinaux et du . Pape.
D'un trait de plume, M. About supprime 71 millions d'individus. Mais ce n'est là qu'un détail. On pardonne ces légères erreurs de chiffres à des comptables comme lui. Ces deux cents millions de catholiques sont gouvernés par le pape et par huit cents évoques. Les cardinaux sont les conseillers et quelquefois les délégués du pape. Le pape est le chef de l'Église. Il institue et dépose les évêques. Il crée ou supprime les diocèses, assemble les conciles^, les transfère et les dissout. Il reçoit les appels de toutes les causes ecclésiastiques et juge en dernier ressort. Il définit môme les dogmes de foi.
Ainsi, 200 millions de catholiques, riches, pauvres , savants , ignorants , peuple. , nobles , princes, rois et empereurs reconnaissent le Pape pour leur chef spirituel. De tous les points de l'univers on vient le consulter et le vénérer dans la ville où saint Pierre , par une inspiration divine , fixa le siège de son autorité. Les fronts les plus illustres se courbent devant lui. Il en fut ainsi dans tous les temps et même aux siècles de persécution, quoi qu'aient dit les jansénistes et les protestants. L'autorité dont le Pape est revêtu, le respect qu'il inspirait excitèrent la jalousie des empereurs romains. Les premiers successeurs de saint Pierre moururent tous de la main du boureau , et au prestige d'un pouvoir sans bornes vint se joindre l'auréole des souffrances et du martyre. Les empereurs crurent qu'une autorité si grande ne pouvait subsister à côté de la leur, ils s'acharnèrent à la
détruire. Mais Constantin converti à la foi chrétienne honora la papauté , lui abandonna Rome , sembla lui transmettre la souveraineté de cette ville en lui cédant avec le palais de Latran, la demeure impériale, et il alla fonder une nouvelle Rome sur les rives du Bosphore. Il donna au Pape des palais , des villas et des terres dans toutes les provinces de l'empire. Les fidèles imitèrent cet exemple et firent de grandes largesses à l'Eglise romaine. Le Pape devint ainsi le premier citoyen de Rome. Or, le premier citoyen d'une ville est bien près d'en être le prince. L'éloignement des empereurs , les malheurs des temps , l'invasion des barbares, la difficulté où l'on était de trouver des chefs et des défenseurs pour les villes que l'ennemi menaçait , consolidèrent le pouvoir moral du Pape sur Rome et son territoire. Il acquit donc insensiblement le pouvoir souverain. Nous voyons au cinquième siècle saint Léon-le-Grand et le Pape Gélase* commander en maîtres dans Rome. Cent ans après , saint Grégoire-le-Grand , esprit éminemment organisateur, régularisa cette domination temporelle des Papes.
Les Lombards ayant menacé l'indépendance du Saint-Siège, Pépin et Charlemagne passèrent en Italie , détruisirent la puissance des Lombards et reconnurent le Pape comme le souverain légitime de Rome. Au patrimoine de Saint-Pierre ils ajoutèrent l'exarchat de Ravenne et la Pentapole.
Louis-le-Débonnaire , Charles-le-Chauve et les autres successeurs de Charlemagne confirmèrent
ces donations. M. About s étonne que ces princes aient donné au Pape des terres et des hommes , suivant l'usage de ce temps-là , où r homme étant Iç mobilier vivant de la terre ^ se donnait pardessus le marché. Fallait-il faire sortir de Texarcliat de Ravenne tous les habitants avant de le donner au Pape? C*est une idée neuve.
// n'y a que les princes naïfs du moyen- âge , ajoute M. About , qui aient fait au Pape de grandes libéralités. Pépin et Charlemagne des hommes naïfs ! mais Constantin et Théodose étaient-ils aussi des hommes naïfs ? Le congrès de Vienne qui fit comme Charlemagne et Pépin , rendit au Pape le patrimoine de Saint-Pierre , la Pentapole et l'exarchat de Ravenne n'était-il composé que d'hommes naïfs? Ceux qui, en 1 849, enlevèrent à la Révolution pour les rendre aux Papes Rome et les Légations étaient donc des hommes naïfs !
M. About altère l'histoire quand il nie que Charlemagne et Pépin voulaient rendre le Pape indépendant en augmentant son domaine. Chacun sait que ces deux rois passèrent les Alpes pour délivrer l'Eglise romaine de Toppression des Lombards.
Après les donations de Charlemagne et de Pépin, plusieurs villes de l'Italie centrale , comme Spolete et Narni , se donnèrent volontairement à l'Eglise romaine. La royauté temporelle du Pape était fondée.
Ce pouvoir est donc, ëans contredit, le plus légitime qu'il y ait en Europe* L'antiquité, une
longue possession, les donations des princes, le choix des peuples, sont les titres dont il s'appuie. M. About prétend que jamais le peuple n'a demandé ou accepté cette autorité. Il est dans Terreur. Chaque fois que les Papes sont rentrés à Rome après en avoir été bannis par les factieux, le peuple a confirmé leur autorité par ses cris de joie et ses applaudissements. Qu'on se souvienne de Grégoire XI , de Pie VII , de Pie IX lui-même rentrant à Rome au bruit des acclamations populaires. Il est vrai que Bologne , Ancône et Rimini s'étant révoltées contre les Papes , furent reprises par ruse , par force ou par capitulation. Rien de plus naturel , ces trois procédés étant les seuls en usage pour ramener au devoir les cités rebelles.
Mais cette royauté du Pape est-elle un danger pour l'Europe et l'Italie , un malheur pour l'Etat pontifical, comme on Ta prétendu? Tous ceux qui ont parcouru l'Italie , savent bien que les complots ne se forment ni à Rome, ni à Bologne, ni à Viterbe. Ce n'est pas de là que l'agitation se communique au reste de lltalie et de l'Europe. L'agitation vient de Gênes et de Turin. La trame des complots s'ourdit à Milan , à Pavie , à Florence , à Venise. C'est de là que les sociétés secrètes reçoivent le mot d'ordre et que partent les écrits incendiaires. Là se forment les révolutionnaires et les assassins politiques; là, une jeunesse exaltée par les plus coupables excitations , pousse des cris de joie quand le fer des parricides s'est levé sur un prince. Est-ce de Rome ou de Turin que sortent ces
feuilles audacieuses qui ne respectent rien,* ni les hommes les plus vénérables , ni les choses les plvis sacrées , et vont effrayer l'Europe par un cynisme que le Père Duchéne eût envié?
Je l'avoue, il y a quelquefois de ragitatiou autour de Rome et de son évoque ; mais c'est une agitation factice que la révolution calme ou soulève à volonté. Quand lord Minto paie les agitateurs , quand le Piémont envoie ses émissaires à Bologne , quand la Toscane fait passer des fusils et de la poudre à Pérouse , quand les ministres anglais prononcent au sein du Parlement les plus violentes philippiques contre le Pape , il règne à Rome uxic certaine agitation. Qu'une fois pour toutes on laisse le Pape gouverner en paix ses peuples, qu'on ne tente pas de lui prendre ses villes et d'écorne^:Son patrimoine , que la Toscane et le Piémont con^err vent avec lui des rapports de bon voisinage ^ et l'Etat pontifical jouira du calme. On laisse bien le pacha d'Egypte et le grand sultan gouverner à leur mode les plus beaux pays du monde , administrer des bastonnades , enlever aux chrétiens lQur;s garçons et leurs 'filles pour en faire l'ornement de* sérails! . i
Chaque fois qu'une révolte éclate dans l'jRtat pontifical , les étrangers sont à la tête des éiftçurt tiers. En 1 849, les Romains ne prirent aucunft pp-i^t aux actes de Mazzini. C'étaient des Frg;nçais.». 4^$ Lombards, des Génois et des Piémontais, cj^açunie sait, qui défendirent la ville, contre le géwsJl Oudinot. : *,',,, u '.il
Mais pcut-ôtrc le gouvernement du Pape est nuisible à l'Etat romain, peut-être le peuple y gémit sous la plus horrible des tyrannies , et trois millions cent vingt-quatre mille six-cent soixantehuit hommes , sans en excepter un seul , poussent de hauts cris dont M. About fut assourdi. Pour moi , j'ai vu -des hommes de toutes les conditions , je les ai entendus discourir des intérêts de l'Etat , et voici leurs plaintes :
Les hommes du peuple disent qu'il n'y a pas de régime plus doux que le gouvernement paternel des Papes , que ce gouvernement n'a qu un but : le bonheur du peuple; que les Papes ont fondé des hospices, des collèges et des conservatoires oii les jeunes garçons et les jeunes filles sont reçus, nourris, élevés aux frais de l'Etat; qu'on leur apprend un métier sans qu'il en coûte rien à leurs pères; que les églises, les couvents et les confréries dotent les filles pauvres ; que l'enfant le plus indigent , s'il a des talents , peut arriver aux premières dignités de l'Etat , être prélat , cardinal et même ceindre la tiare, témoin Sixte-Quint, Clément XIV et Grégoire XVI lui-môme; qu'ils ne sont pas opprimés par lès riches , les chefs d'usine et les agioteurs, comme dans certains pays; qu'ils^ ont des médecins qui les visitent et des avocats qui plaident pour eux gratis; qu'enfin, la vieillesse venue , si la fortune ne leur a pas souri , ils sont reçus dans les maisons que les Papes ont ouvertes au malheur et à la vieillesse , asiles si riches et si commodes qu'on ne peut leur faire d'autre
reproche que l'aisauce et le calme où l'on y vit.
La plupart des princes disent que le gouvernement des Papes offre aux grandes fortunes toutes les garanties possibles ; que le rang , l'influence et la richesse ne font aucun ombrage à Tautorité ; que l'avenir de la famille et la durée des vieilles races est garantie par les plus sages lois, qu'un fou et un débauché ne peuvent dilapider les biens d'une grande maison , qu'on a une liberté entière pour acquérir la fortune ou l'augmenter, mais que les lois lient les mains à ceux qui veulent la dissiper ; que les plus grandes dignités de l'Eglise et de l'Etat sont promises à ceux de leurs enfants qui veulent servir l'Eglise; enfin qu'ils marchent de pair avec les familles souveraines, ce qu'ils doivent à la gloire que la tiare fit rejaillir sur eux , quand elle fut portée par un membre de leur famille.
Les bourgeois en général ont trop de bon sens et ils n'ont pas assez d'esprit pour accumuler les antithèses, et faire les belles tirades que M. About met sur leur bouche. Us disent tout simplement : que le bonheur, suivant la belle théorie de Montesquieu ^ , peut se trouver dans chaque pays , dans chaque gouvernement; qu'on ne peut se passer d'un pouvoir souverain , et qu'à tout prendre il ne répugne pas plus d'obéir à un prêtre qu'à un laïc ; que le Pape attire à Eome les étrangers et les richesses , que le commerce est plus solide et plus sûr dans les Etats pontificaux que dans certains
* Esprit des lois , préface.
Etats de TEurope , qu'on y ressent moins les crises financières qui, désolent à des intervalles périodiques , les places de New-Yorck , de Londres et de Paris, que le pays est préservé du fléau de la guerre par les traités et la nature du gouvernement ; que l'industrie et le commerce favorisés par les primes et les encouragements enrichissent une foule de familles, qu'avec un travail assidu et l'esprit de conduite tout homme et les marchands de campagne eux-mêmes peuvent devenir marquis et princes, ainsi que les Torlonia et lesGrazioli ; que l'immense majorité des emplois, les prélatures, les évôchés, les charges de juge , sont donnés à la bourgeoisie, que les trois quarts des cardinaux appartiennent à la bourgeoisie , que la caste privilégiée , le cierge ouvre ses rangs à qui veut y entrer, mais les ouvre de préférence à la bourgeoisie ; qu'il y a une marine et des chemins de fer dus à l'initiative du Pape , que la ligne de Bologne à Rome a été depuis long^temps cédée à une compagnie française , et que si elle n'est pas en circulation ce n'est pas au Pape qu'il faut s'en prendre.
Voilà ce que disent les sujets du Pape. Il en est cependant qui se plaignent de lui et désirent des changements. Ce sont les hommes perdus de dettes, les débauchés qu'un père prudent a déshérités , ceux qui avaient une fortune , l'ont perdue et voudraient la refaire en mettant au service de l'Etat leurs capacités financières, comme le marquis Pejloli, les Mazziniens qui rêvent une sociale universelle , les impies et les Voltairiens qui fré-
missent d'obéir à un prêtre , les modernes Lucrèces qui trouvent le droit canon trop sévère et le voudraient plus civil , la plèbe romaine qui n'a jamais pu supporter un joug quelconque , murmura contre les princes les plus doux et n'applaudit que Néron ; enfin , les marchands de campagne , ces tendres amis de M. About, qui ne voudraient qu'une bagatelle , le domaine des terrains immenses qu'ils tiennent à ferme dans la campagne romaine , patrimoine des églises , des couvents et des pauvres.
Voilà ceux qui crient contre le pouvoir temporel des Papes. Ces gens-là ont à Rome comme partout, le verbe fort liant. Us poussent de tels cris , ils font de telles plaintes , que l'Europe en est émue. Ils demandent des réformes, ils s'élèvent avec rage contre les abus du gouvernement pontifical, comme s'il y avait au monde un seul pays oii les pots-devin soient inconnus , où les fonctionnaires publics n'abusent pas un peu de leur autorité.
Cependant , • il faut dire à leur louange qu'ils ne tiennent pas l'horrible langage que leur prête M. About. Il les a calomniés. Avec im atticisme de langage que ce grand politique doit avoir appris à Athènes, il avance que les révolutionnaires, si l'Europe les laisse en tête-à-tête avec le Pape , commenceront par lui couper le cou. Ils le disent, M. About l'affirme. Mais je voudrais savoir s'il a entendu lui-môme ces sanguinaires propos. A-t-il assisté , sur le mont Aventin , à quelque conventicule de scélérats? A-t-il vu de nouveaux Catilinas,
s'apprêter à plonger le fer dans le sein du Père de la patrie ? A-t-il paru à quelque scène d'enfer, à l'un de ces conseils où délibèrent ensemble sur le choix de la victime , les Orsini , les Rudio , les Gomez? Non , jamais Saffi , Mazzini, Ciceruacchio n'ont tenu de pareils discours , n'ont nourri ces noires pensées. La haine des sectaires les plus envenimés contre le Pape ne peut aller jusqu'au parricide. Le poignard se leva sur Rossi , mais il épargna le Pontife , livré comme lui sans défense à la fureur de ses ennemis.
M. About ne connaît pas Rome quand il suppose que le Pape n'est pas tous les jours en tête-à-tête avec la Révolution. Il entretient sans témoins, dans son cabinet de 'travail , tout homme qui veut lui parler. Il va partout , il se montre partout , au Monte Pincio , à la villa Borghèse, sur la via Nomentana, sa promenade favorite. Il va en carrosse , et souvent il marche : un prélat et des gardes peu aguerris l'accompagnent. Il serait si facile à un sicaire de l'atteindre si l'on en vôulaitià ses jours. Mais non ; la foi , le respect , un reste d'amour peutêtre retient le bras des assassins. Le Pape le sait, il est plein de confiance , et il va toujours.
Il y a deux mois , on craignait un mouvement populaire : c'était le lendemain de la prise de Pérouse et le jour de la Fête-Dieu. Les Mazziniens frémissaient de colère. Les amis du Pape le suppliaient de ne pas se montrer dans la pompe religieuse de ce jour, crainte d'un attentat. Il répondit * qu'il ne craignait rien , que les anges du Dieu
tout-puissant étendraient leurs ailes sur lui pour le défendre, mais que dût-il mourir ce jour-là d'un coup de poignard ou des éclats d'une bombe fulminante , il serait heureux d'avoir le sort des martyrs ses prédécesseurs, et d'expirer tenant entre ses mains le corps adorable du Rédempteur. Le cortège sacré sortit de la chapelle Sixtine à l'heure accoutumée , descendit lentement l'escalier royal , traversa le pérystile de St-Pierre et la place Rusticucci, bordés çà et là de bancs et de chaises vides , la peur ayant mis en fuite les Romains. Les traits du Pape respiraient le calme : il tenait les yeux fermés , et ne les ouvrait par intervalle que pour contempler avec amour Tauguste Sacrement. Les martyrs allant au supplice montraient un front moins serein. Toute ma vie , je me souviendrai de ce spectacle. Il n'y eut ni cris, ni émeute, ni attentat , la crainte arrêtant peut-être le fer des parricides , ou Dieu couvrant son Pontife d'une protection miraculeuse; car on a remarqué que depuis les scènes sanglantes du mgyen-âge , on n'a jamais attenté aux jours d un Souverain-Pontife, De tous les rois de l'Europe , n'en déplaise à M. About , il est le seul contre qui le fer des assassins ne s'est jamais levé.
C'est ainsi que le Pape est à charge à ses sujets, et que son pouvoir temporel est une cause de trouble pour tous les Etats de l'Europe.
Cependant , l'Angleterre , la Russie et le Piémont n'entendent pas de cette oreille. Il est convenu entre ces puissances que le Saint-Père ne sait pas
gouverner ses Etats, qu'il est cause de tous les troubles de l'Italie et de l'Europe-, et de temps à autre on lui adresse des remontrances et des mémorandums.
Or, chaque fois que cette intervention se renouvelle ,. le Pape appelle son ministre , comme nous l'apprend M. About. Il le consulte , ils délibèrent ensemble , ils rédigent ensemble une réponse aux demandes collectives des cours. Mais tous les deux ont trop d'esprit pour faire aux souverains de TEurope , la sotte réponse que leur prête M. About. Quand on leur parle d'abus et de réformes , ils prient , avec une urbanité vraiment romaine , les cours de Londres , de St-Pétersbourg tit de Turin de ne pas s'en tenir aux généralités , de préciser les choses , de signaler les abus , d'indiquer enfin les réformes qu'on juge nécessaires : ce qui met dans quelque embarras la diplomatie. D'autres fois , le cardinal Secrétaire -d'Etat expose doucement* aux plaignants l'impossibilité où l'on est de les satisfaire tous , l 'Angleterre demandant qu'on lâche la bride au peuple , et la Russie qu'on la serre.
(( Vous n'avez point de police , dit M. de Cavour au cardinal Antonelli. Le cardinal répond : Notre police est si bien faite , que nous savons mieux que personne tout ce qui se passe en Italie et en Europe, et nous sommes toujours les premiers à dénoncer les complots. » « Vous êtes trop sévères pour les condamnés politiques, ajoute lord Palmerston, vous aveî5 fait bâtouner un homme sur la place du
Peuple, et vous n'avez pas de garde nationale . » Le Cardinal répond : « Qu'on exile , il est vrai , ceux qui se révoltent contre le Souverain, mais qu'on se garde bien de les pendre comme à Corfou , et de les placer à la bouche des canons , comme aux Indes. J'ai fait bâtonner une seule fois / pour l'exemple , sur la place du Peuple , un voleur incorrigible. Mais. vous en faites de même à vos étudiants et à vos matelots : tous les jours le gourdin retentit sur vos navires et dans vos Universités. Quand à la garde nationale , établissez-la d'abord chez vous , et vous viendrez ensuite m'en dire des nouvelles. »
Lorsqu'on réclame des franchises municipales et provinciales , le Cardinal démontre par des pièces authentiques qu'on en a- plus à Rome qu'ailleurs. A ceux qui lui demandent le Code Napoléon, il répond : « Nous avons un Code meilleur, c'est le Code Romain , qui gouverne encore l'Angleterre , l'Autriche , la Prusse et l'Espagne. Ce Code a servi de modèle au Code Napoléon. Ce qu'il peut avoir de défectueux fut corrigé par les constitutions admirables de saint Grégoire , d'Alexandre III , d'Innocent III , de Sixte-Quint , de Benoît XIV et de Pie IX lui-même.
Ainsi raisonne le cardinal Secrétaire -d'Etat. L'Angleterre , la Russie et le Piémont se taisent pour un temps, n'ayant rien à objecter. M. About lui-même garderait le silence , s'il était assez impartial pour comprendre les arguments du cardinal.