‹ Réponse à quelques attaques contre le Dictionnaire de l'ancienne langue françaiseChapitre 10 sur 11 · Le Moyen Age , II · texte numérisé non relu

Le Moyen Age , II

idée de la diffusion d’un terme ou d’une locution, et c’est là un point de syntaxe et même de lexicologie qui n’est pas quantité négligeable. »

Pour en finir avec toutes les justifications auxquelles nous avons été condamné, nous citerons encore un passage de l’article de M. Tobler sur les Études lexicographiques :

« A bien des égards, dit le savant philologue, l’auteur de cette critique est injuste. Sans doute il serait très agréable, par exemple, que les noms des personnes, des peuples, des localités qu’on rencontre dans la littérature poétique fussent catalogués quelque part, avec des renvois aux textes; mais ils n’ont pas lieu de figurer au dictionnaire de l’ancienne langue française : on pourrait souhaiter plutôt encore d’y voir accueillis les noms portés réellement par les Français d’autrefois et leurs habitations. Exclure les mots de provenance savante, qui remontent bien plus haut que fauteur ne paraît l’admettre, ne convient pas davantage; beaucoup d’entre eux sont naturalisés de très bonne heure dans la langue commune. On fera mieux de ne pas demander au dictionnaire toutes les formes dialectales, encore moins toute la richesse des figures diverses qu’un mot ne prend que pour les yeux seulement : nous ne serons pas en état, de bien longtemps encore, d’assigner chaque forme dialectale à un territoire déterminé; la phonétique — et il n’en est pas autrement de la morphologie — ne doit pas se confondre avec la lexicographie. »

Disons en passant que le travail sur les noms propres dont M. Tobler propose le plan a été conçu et exécuté par nous depuis de longues années : il formera l’un des Suppléments de notre Dictionnaire, et ce vaste catalogue onomatologique ne se contentera pas de renvoyer aux sources, il offrira, comme le Lexique lui-même, d’abondants textes de toute sorte.

Lorsqu’un critique peut, dans quelques pages, commettre tant de fautes et brouiller tant de choses, ne devrait-il pas avoir de l’indulgence pour les erreurs et les inadvertances échappées à l’auteur d’une des œuvres les plus vastes comme les plus difficiles qui aient jamais été entreprises? Et, pour peu qu’on soit capable de penser à la patience presque surhumaine dont il a fallu faire preuve, aux fatigues et aux sacrifices de toute nature qu’il a fallu subir pendant près de quarante ans

pour préparer et mener à terme ce travail colossal, nécessairement manié et remanié à plusieurs fois, tout en restant défectueux, enfin lorsqu’on sait que le forçat de la lexicographie a encore une tâche terrible à accomplir, pour le service de tous, comment peut-on se complaire contre lui à l’ironie, aux tours dédaigneux, aux expressions décourageantes ? M. Millet nous a sincèrement avoué ses remords : ils devront, pensons-nous, être augmentés par cette réponse, dont il sera forcé de reconnaître et la justesse et la modération. Quant aux anonymes qui, dans des comptes rendus de son libelle, se sont contentés de le copier ou de le démarquer, en supprimant ou en écourtant les éloges qu’il nous décernait et en ajoutant encore à l’àcreté de ses reproches même les moins mérités, nous plaignons leur légèreté.

Dans la conclusion de ce qu’il appelle sa « longue dissertation » , bien longue en effet pour ce qu’elle offre d’idées neuves ou vraies, M. Millet affirme que notre volumineux ouvrage « n’est pas le dictionnaire classique et portatif qu’il faut aux études et à l’enseignement ». La déclaration est naïve. Le livre classique à l’usage des maîtres comme des élèves, nous l’avons annoncé il y a bien longtemps déjà; nous n’avons cessé, quotidiennement, d’y donner nos soins les plus attentifs et les plus laborieux; c’est notre, travail privilégié, notre plus cher espoir, la consolation de toutes nos amertumes. Rien, rien absolument, ni temps, ni peine, ni argent n’aura été épargné pour que, malgré notre insuffisance, il réponde aux légitimes exigences de la philologie. Cet abrégé — qui par un côté, l’admission des mots conservés, sera plus complet que le grand Dictionnaire et contiendra déjà l’essentiel de nos futurs suppléments — cet abrégé renfermant toute la langue — de la littérature, des sciences, du droit, des arts, des métiers — depuis les origines jusqu’à la fin du xive siècle, ne paraîtra qu’après la révision de philologues sérieux, pour le plan et pour tous les détails de l’œuvre. Toutes les éditions autorisées auront été dépouillées à fond afin que leurs textes soient

substitués à des textes moins sûrs ou moins abordables, et afin que leurs interprétations remplacent les nôtres quand elles seront plus exactes. Enfin, toutes les revues, toutes les thèses, toutes les dissertations, toutes les publications françaises ou étrangères traitant de l’ancien français, auront été mises à contribution. L’on peut continuer de nous critiquer, avec courtoisie ou avec âpreté. Nous ferons notre profit de toutes les remarques utiles.

Malgré l’abrégé, le livre classique en deux volumes, qui ne tardera pas à s’imprimer, les dix tomes du grand ouvrage, que M. Wilmotte i, « en raison de la grandeur de l’effort et de l’immensité des recherches », a proclamé « un monument élevé à notre ancienne langue française », ces dix tomes, avec leurs divers compléments et suppléments et leurs errata définitifs, garderont toute leur utilité pour les élèves, pour les maîtres, pour tous les travailleurs.

M. Ant. Thomas, aujourd’hui professeur à la faculté des lettres de Toulouse, chargé de cours à la Sorbonne, a publié dans la Revue critique, au mois d’août 1882, un article d’ensemble très favorable au Dictionnaire de l'ancienne langue. Après l’article de M. Thomas, demeuré invariablement notre ami, a paru, dans le même recueil, sous le pseudonyme A. Jacques, une série d’études de détail dont le dernier a paru le 30 septembre 1889 (xxviii,187, 2e semestre 1889).

Les premiers articles étaient conçus dans un esprit de bienveillance et inspirés par un véritable amour de la philologie.

Les tomes I et II du Dictionnaire n’étaient pas examinés. On commençait au tome III, avec la lettre E.

Dans son premier article (xvm, 305, 2« semestre 1884) l’auteur disait :

« Ce dictionnaire de l’ancienne langue française laisse de bien loin derrière lui tous les travaux antérieurs du même genre et il

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