Zeitschrift fur romanische Philologie , XII
même ne le sont nullement. Chemin ferrin, défini par chemin ferré , fait beaucoup rire M. Millet. Pourquoi pas, s’écrie-t-il, un chemin de fer, une strada ferrata, comme disent les Italiens? Puisque M. Millet ignore ce que c’est qu’un chemin ferré, nous le renvoyons à Littré, verbo Ferré, ée, part, passé, n° 4.
Escamelle, traduit par petit banc , rend fort joyeux notre censeur à qui cette expression semble « prise au vocabulaire des ouvreuses de loges ». Faut-il croire que les ménagères de Beaucaire ne connaissent pas les petits bancs ?
M. Millet a trouvé dans le Dictionnaire « des définitions si drolatiques qu’on ne comprend pas d’où l’auteur a pu les tirer ». Parmi ces définitions, il range Entasselure (tas, amas) et Entasselé (disposé par tas, en marqueterie) qu’il définit à son tour par garniture de tassels et garni de tassels , ajoutant qu’en notre qualité de lexicographe, nous aurions dû savoir que tassel signifie gland. Eh bien, en sa qualité de critique de lexicographie, il devrait savoir que tassel signifie, non pas gland, mais agrafe, fermoir, mors de chape. Il en verra de nombreux exemples du xne et du xme s. dans notre Dictionnaire, quand cette partie sera publiée. En attendant, il peut consulter avec fruit Ducange, et Laborde, Glossaire de la notice des émaux.
Citons encore :
Favonin (d’occident) que M. Millet écrit favorin et traduit par favorable. Or favonin est tout simplement un dérivé savant du latin favonius.
Aguyon, que nous avons traduit par vent doux , est rectifié en : vent du Nord , aquilon , par M. Millet qui ne se préoccupe pas plus de l’exemple que de la note de l’édition Jacob1.
1. Voici l’exemple : « Feut voille faicte au serain et délicieux aguyon , en grande allaigresse. *> (Rabel., IV, 29.) L’aquilon n’est pas un vent serein et délicieux. La briefve déclaration d’aucunes dictions, etc., citée par Jacob, dit : « Aguyon , entre les Bretons et les Normands mariniers, vent doux, serein et plaisant. »
Croche a été défini par crochet. D’après M. Millet, — qui donne cruke , c’est-à-dire la forme picarde, comme la vraie forme du mot — c’est une cruche, un pot de terre. Alors (voy. le second ex.), un fauchet (c’est-à-dire une faucille) serait une cruche servant à faucher les blés ! !
Enhouldré, mis à la broche. M. Millet estime qu’il faut y voir un dérivé de heut (!) et remplace notre définition par celle-ci : transpercé d’une épée jusqu’à la garde. Il s’agit d’un chapon rôti ! !
Estreille signifie couverture. Un mauvais rapprochement avec esteule amène M. Millet à le traduire par paillasse. Or, l’exemple dit: « estreille en lieu de drap ». Il n’est donc pas question de paillasse. L’art, se termine par un Cf. estrel, que M. Millet n’a pas voulu apercevoir.
Habillier est défini par: préparer, apprêter, équiper, armer, soigner. M. Millet le traduit par rhabiller, rebouter. D’abord rhabiller est le réitératif d’ habillier. Il ne peut donc convenir. Ensuite, voyez-vous rebouter une anguille qu’on fait cuire, rebouler le pont de Clareaul , etc.?
Nous avons négligé plusieurs des reproches de l’auteur des Etudes lexico graphiques. Es reproche, par exemple, de n’avoir pas mis en tête de chaque article absolument toutes les graphies du mot et d’avoir omis quelques appels, lorsque d’autres trouvent que nous les avons trop multipliés. Nous dirons quelques mots seulement d’une chicane sur laquelle le pointilleux critique aime à insister.
Nous avons, déclare-t-il, multiplié les exemples avec profusion en leur faisant occuper une place qui aurait pu être mieux employée. Un philologue très sagace répondra pour nous : « M. Godefroy, dit M. Wilmotte1, a une excuse prête pour donner tous les exemples : on ne peut autrement se faire une