‹ Réponse à quelques attaques contre le Dictionnaire de l'ancienne langue françaiseChapitre 6 sur 11 · Entre deux voyelles · texte numérisé non relu

Entre deux voyelles

forme vulgaire en -izare (cf. festoyer, verdoyer, etc.) et qui n’est autre qu'apitoyer, a quatre syllabes, le second n’en a que trois. Qu’importe à M. Millet?

Arsin d 'arson. M. Millet n’a pas remarqué: 1° que les suffixes sont différents ; 2> qu 'arsin est un s. m. et arson un s. f.

Atir d'ator. Le premier est le substantif post-verbal d'atirer, et le second procède d'atorner par une formation analogue.

Avir d’am's. L’un rime en ir (avec vestir, baslir, etc.), l’autre en is (avec dis, devis , mis, etc.). Avis est le substantif verbal d’aviser. Avir (pour arvir ) représente le latin arbritrium (en prov. albir, même sens).

Braiel de braier. M. Millet aurait pu ajouter braieul, puisqu’il ignore la différence qui existe entre les suffixes de ces trois mots.

Datele de datile (lisez datil). Le premier est un mot féminin, le second un masculin.

Loisir de loisor. L’un est masc., l’autre fém. ; de plus loisir est le verbe loisir = licëre pris substantivement.

Descombler de descombrer. Comble et ses dérivés doivent être séparés de combre, bas-latin combrus, qui a été de bonne heure un mot à part. Cependant nous avons établi un Cf. de descombler à descombrer. Mais nous aurons encore plus d’une occasion de constater que M. Millet ne voit pas les Cf.

Aisil d'aisin, connil1 de connin, letril de letrin, melif de melin 2, accide {-ia atone) d 'accidie (-ia accentué)3, consonance de consonancie , detarder de detargier, estarder d'estargier, forniceor, s. m., de f or nie aire, adj. des 2 g., des de dis, envial d 'enviail, lignel de lignent, aleor de aleoir,

1. M. Millet a donc retrouvé ce mot connil ? Page 13 de sa brochure, il nous reproche d’avoir inséré le diminutif connillet sans le simple connil.

2. Nous supplions M. Millet de nous donner un exemple prouvant le changement de la spirante sourde f en la nasale n.

3. Voir Darmesteter, De la création actuelle de mots nouveaux dans la langue française, p. 186 et 235.

ciDRER de cidrier , larmer de larmier , etc. Il suffit de jeter un coup d’œil sur cette liste pour voir que M. Millet ne sait absolument pas ce que c’est qu’un suffixe. Nous ne pouvons donc nous étonner qu’il confonde : - alem et - aculum , -atorem et -atorium, -ellum {-ilium) et -olum, -are et -izare (ou - iare ), -arium et -atorem, etc. Mais, en vérité, sa phonétique est bien divertissante, pour employer une expression qu’il affectionne.

Nous aurions eu encore tort de séparer :

Agarder d ’agarer. Mais ce sont deux mots bien différents : garder zz v. h. ail. warten ; garer =z v. h. ail. warôn. Pourquoi les Dictionnaires de la langue moderne séparentils garder de garer ?

Alevier d’alegier. Le premier est un mot savant ; le second est le continuateur régulier d’alleviare1. De plus, dans alevier , i forme une syllabe.

Avvaignier d'ahaner. De plus en plus fort. Awaignier vient de a et gagner (v. h. ail. weidanjan) et ahaner de ahan (orig. inconnue).

Barbeor, de barbieor. Barbieor est un dérivé du verbe barbier où i forme syllabe.

Berseler de berseillier. Berseler est fait sur bersel , et berseillier sur un mot berseil hypothétique.

Blanderie de blangerie. Blanderie dérive de blander qui vient d’un verbe en -are, tandis que blangerie et blange sont formés sur blangier dérivé d’un verbe en -iare ou -izare.

Boade de boage. Mais boade est un subst. fém. représentant un dérivé en -ata, et boage est un s. m. représentant un dérivé en -aticum. De plus boade est une forme dialectale du Limousin et de l’Auvergne, différant des mots proprement français par la conservation de Va, que le fr. change en e, et

1. Voyez l’ex. d’Oresme qui distingue bien les deux mots ' « Se leur tristesse est alegee ou aleviee. »

par l’affaiblissement en d du t latin qui disparaît complètement en français entre deux voyelles.

Contribuler de coïilribler. Mais ce sont là deux mots savants de dates différentes.

Desaloser de desalouer. Nous renverrons le critique au Dictionnaire étymologique de Diez. Il y verra que louer vient de laudare et loser de Los.

Descamper de deschapper. Si M. Millet avait consulté Scheler, Dict. étym., vis décamper et échapper , il aurait évité une lourde faute.

Despaisable de despaiable. Le premier est formé sur paisier, dérivé de paix (comme paisible) et le second sur paiable zz *pacabilem.

Enhiter d ’enliicier. Le premier est un verbe en -are, le second un verbe en -iare.

Esnetier d 'esneier. Esnetier a quatre syllabes et esneier est trissyllabique.

Guieor de guideor. La date si tardive des exemples de guideor ne permet absolument pas de le considérer comme une forme plus ancienne de guieor.

Nous sommes loin d’avoir relevé toutes les erreurs que M. Millet a accumulées dans ce chapitre VII1. Nous en avons cependant mis sous les yeux du lecteur un nombre suffisant pour démontrer que l’auteur des Études lexicographiques est singulièrement étranger aux règles qu’il nous reproche de méconnaître.

Comme complément à notre démonstration, qu’on nous permette de rappeler le passage (p. 13) où M. Millet donne gravement é, ef ( apem ) comme une forme dé abeille ( apiculam , * apiclam), eé ( œtatem ) comme une forme d’âge ( œtaticum ), ceaule

1. Ainsi M. Millet confond assens d’assenser avec assent d 'assentir, consens de consenser (forme hypothét.) avec consent de consentir ; despers (fém. desperse, adv. despersement) avec despert (fém. desperie, adv. despertement), le simple goffe avec le dérivé goffon 3 etc.

dissyllabique (desous la ciaule u cil manoit, D'un saint hermitte , Ars. 3527, f° 36b.) comme une forme de cellule trissyllabique, cucumere 1 (mot savant) comme une forme de concombre (représentation régulière de cucumerem ).

M. Millet ne sait pas davantage, quoi qu’il en dise à la page 10 de sa brochure, distinguer les mots savants et mi-savants des mots populaires qui ont toujours été dans la bouche des Gallo-Romans, ce que M. Grœber appelle Erbwôrter.

Ainsi, après avoir affirmé que nous avons fait fléchir la rigueur de notre système d’exclusion de plusieurs catégories de mots en faveur de certaines formes tourmentées devenues méconnaissables (é, eé, ceaule, carfou , cucumere!!!), il déclare que nous en avons « admis beaucoup d’autres si légèrement modifiées qu’il est facile de les reconnaître ». Ces formes, — disons plus exactement, — ces mots faciles à reconnaître sont : entencion1 2, que M. Millet confond avec intention , aorer qu’il prend pour le môme mot qu 'adorer, establer qu’il estime le même qu’établir , etc.

11 nous reproche ensuite comme une faute très grave d’avoir substitué un mot refait à un mot populaire de première formation. C’est ainsi que nous aurions inséré caduceateur , t. d’histoire rencontré seulement dans le traducteur Bersuire et dans Fauchet, sans mettre également caduceor. Mais, si nous n’avons pas enregistré caduceor , c’est tout simplement parce que nous ne l’avons pas rencontré et que nous ne possédons pas le talent inventif de M. Millet. D’ailleurs caduceor ne pourrait être un mot populaire, s’il existe, et nous ne croirons à son existence que quand nous verrons un texte ; caduceor ne pourrait être qu’un mot formé tardivement sur le mot savant caducée. Le second mot refait est causeur (celui qui est la cause de quelque chose), terme du xve siècle, substitué à causeor que les textes ne nous ont pas offert.

Page 1