‹ Réponse à quelques attaques contre le Dictionnaire de l'ancienne langue françaiseChapitre 7 sur 11 · Écrit cueumere dans la brochure · texte numérisé non relu

Écrit cueumere dans la brochure

2. Remarquez que le même article donne la forme tout à fait régulière entençon.

M. Millet nous reproche également d’avoir exclu des verbes défectifs, tels que chaloir , clore , condouloir, qui avaient anciennement une conjugaison complète. « Nous soustrayons, dit-il, à nos lecteurs, des temps, des modes, des personnes qui faisaient exclusivement partie de l’ancienne langue. » Ce n’est pas dans un dictionnaire, mais dans une grammaire que l’on va chercher des formes de conjugaison, et cependant les lecteurs attentifs pourront voir quel soin nous avons mis à multiplier les citations de manière à ce que le plus grand nombre des formes de conjugaison comme de déclinaison fût représenté.

Page 15, M. Millet dit : « Dans l’intérêt de son système, l’au- « teur dissimule le sens conservé sous de prétendus équiva- « valents ; mais si l’on consulte les exemples, il est facile de « découvrir le mot propre sous ces déguisements. » Voilà bien des insinuations malveillantes ; à quoi bon y répondre ? Mais il n’est pas inutile d’examiner quelques-uns des exemples que produit le bouillant critique. Ce sont :

Amenestrer, qui, d’après M. Millet, est le même qu'administrer.

Aapter, dont nous n’avons qu’un seul exemple, avec un sens un peu différent de celui d'adapter , puisque ce sont des mots de date différente.

Clore, qui n’est pas au Dictionnaire.

Cueillette, dont nous n’avons donné que les sens sortis de l’usage.

Depurer, qui n’a plus que des emplois techniques, etc.

M. Millet semble croire (p. 31, 32) que le passage de c + a à ch [ cailif , caitiveté, etc.) est postérieur à la Chanson de Roland. Cependant la graphie ch se trouve dans des textes plus anciens , le fragment de Valenciennes par ex. , et on fait remonter au vme siècle au plus tard ce changement dans la prononciation française du c -}- a. Le c des ex. cités est donc purement dialectal.

En voilà suffisamment, pensons-nous, pour prouver, comme

l’a dit M. Tobler, que « M. Millet laisse voir qu’il a l’esprit rempli des plus singulières erreurs ».

La Romania , t. XVII, p. 639, condamne également les théories étranges de M. Millet qui, remarque l’éminent auteur du substantiel article, « montre qu’il est étranger à la phonétique par sa manière de concevoir les mots populaires et surtout par sa liste de mots soi-disant identiques ».

M. Wilmotte (le Moyen Age , II, 14) déclare de son côté qu’il « trace des règles de phonétique très fantaisistes ».

Les étymologies de M. Millet.

Nous avons résisté à la tentation de donner des étymologies, parce que nous en connaissions tous les dangers ; mais nous ne l’avons jamais écartée de notre préoccupation et de notre étude, quand nous avons eu à définir des mots difficiles. Jusqu’à présent les critiques autorisés, notamment MM. G. Paris et A. Darmesteter, nous avaient félicité de notre prudente réserve. M. Millet professe une opinion différente. Il affirme carrément que : « pour avoir exclu de son ouvrage l’étymologie, M. Godefroy l’a exposé à des lacunes, à des inexactitudes et à des erreurs qu’elle aurait pu lui éviter. » (Pour parler français, il aurait fallu dire : lui faire éviter, ou lui épargner.) Mais M. Tobler fait une remarque importante :

« Que l’étymologie, dit-il, ait à nous éclairer sur le sens, on ne saurait l’accorder en théorie que là où il n’y a aucun doute relativement aux moyens employés à la formation d’un mot, c’est-à-dire là où des préfixes et des suffixes français se combinent avec des radicaux français. Dans tous les autres cas la signification doit être conclue de l’emploi, et une dérivation certaine du mot n’est possible que lorsqu’on en a reconnu le sens1. »

Pour prouver combien il lui aurait été facile de trouver mieux que nous, M. Millet s’est complu, dans son factum, à

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