‹ Réponse à quelques attaques contre le Dictionnaire de l'ancienne langue françaiseChapitre 8 sur 11 · Zeitschrift fur romanische Philologie , XII · texte numérisé non relu

Zeitschrift fur romanische Philologie , XII

faire étalage d’étymologie, ou, — pour parler plus exactement, — de devinettes étymologiques. Voyons un peu quels résultats il a obtenus. Quelques-unes de ses découvertes permettront déjuger de sa science en cette matière si difficile.

Dareson.' Si bizarre que soit cette forme placée sous desraison, le sens : chose contraire à la raison, au droit, n’est pas douteux. D’ailleurs dareson ne saurait venirde l’hypothétique anglo-saxon darran, défier, proposé par M. Millet.

Destor. Si c’était le substantif verbal de destorber , on aurait destorb, destorp. Et le sens d’obstacle, empêchement, se déduit naturellement de celui de : lieu détourné, puisque destorner signifie aussi: empêcher. Nous convenons que pour la troisième acception, « combat, comme estor », M. Millet a raison et qu’il eût fallu en faire un article à part.

Deluer. M. Millet dit qu’au sens de confondre deluer vient de delere !

Engregier, d 'ingravare au sens d’aggraver, et d 'ingrandire (!) au sens de se rendre plus grand. Non; dans les deux cas, engregier vient d’un type * ingreviare.

Eslaisier (écrit dans la brochure eslaissier ). Si M. Millet avait bien écrit ce mot avec la forme que nous avons choisie comme type, c’est-à-dire eslaisier, et s’il avait lu attentivement notre article, il aurait vu que la graphie avec s simple domine; alQrs il aurait dû conclure avec nous que les formes avec ss sont le résultat d’une confusion, et que, par suite, ex-{laxare, qui ne convient pas comme sens, ne convient pas mieux comme étymologie. Il aurait donc proposé non pas exlaxare , mais * exlatiare qui seul contient comme sens et comme étymologie. Dans l’exemple de Maizières, « le vin qui elaisse (lisez : elaise ) le cuer, » c’est bien le vin qui dilate le cœur. Dans la Nuit de Mai, Musset dit :

« Ce n’est pas un concert à dilater le cœur. »

Et dilater la rate , pour signifier réjouir, est une locution usuelle.

Eure, d 'augurium. Augurium a donné eür , s. m. Pour en tirer eüre , il faudrait admettre un pluriel neutre auguria devenu subst. fém. A la vérité, ce ne serait pas impossible, mais en tous cas, on n’aurait pas eure dissyllabique, mais eüre trissyllabique. Or, dans l’exemple de Berte , eure est indubitablement de deux syllabes. Au sujet du même mot, M. Millet ajoute : « Dans les autres exemples, il a le sens de : heure, moment ( hora ). » Nous ne l’avons jamais nié, et pour réparer autant qu’il était possible une erreur dans la distribution de nos matériaux, dont nous ne nous sommes aperçu qu’au dernier moment, nous avons ajouté cette note : Lire ici V article heure. Cela nous amène à constater une fois de plus : 1° que M. Millet n’a lu que très superficiellement le Dictionnaire dont il entreprenait la critique; 2° qu’il n’a pas une préoccupation suffisante de la métrique.

Fillage aurait deux sources d’après M. Millet: fîlum (?) et fîlia. Nous ne pouvons, nous, y voir qu’un mot unique formé sur filium avec le suffixe aticum.

Agruier viendrait d’agrarius !

Archancele, dérivé de archant, cimetière + cele, cellule, olfre, comme le disait M. Ch. d’Héricault1 à propos d’une étymologie de même valeur proposée par Tarbé, « un douloureux exemple des difficultés de la scienpe étymologique. »

Bay, de baubelari ?

Belier, de be -f- legereü Un verbe de la troisième conjugaison passant à la première ! Mais legere a donné lire et il ne peut donner autre chose.

Une foule d’étymologies proposées par M. Millet sont tellement fantaisistes qu’il suffit de les énumérer pour en démontrer l’inanité :

Cloche, de cochlearü

Coureure, de cursura!

1. Cité par M. G. Paris dans son article sur la locution avoir son olivier courant ( Romania , XVIII, 133).

Coussiege, de culcita + sedes!

Cureson, verrou, de currere!

Deflaté, de de priv. -|- angl. fiat , surface plane!

Desereter, de dis -|- heredare. M. Millet suppose probablement que le d de heredare , au lieu de tomber, s’est transformé en t; jusqu’à maintenant on avait cru qu 'heriter venait d 'hereditare.

Deschavigner (qui n’est pas au Dictionnaire) de de + ex + cap ut -j- are!

Descusu, de discussus! Cette étymologie viole la règle la plus élémentaire de la phonétique romane, celle de la persistance de l’accent.

De suture, de delictum!

Desfauceler, de de -f- ex -j- fasciolus -f- are! Comment fas serait-il devenu fau?

Desgentir (pour degentù •), de dis -{- gentilis -f- ire! Si le sens proposé par M. Millet était exact, le type latin serait dis + genitus + ire.

Devens, s. m., de defensio , s. f. !

Duge, de ductile!

Enquigné, d 'inquinatus !

Eniudemmer, d ’enjus, part, péjor. -f- v. fr. damner! Cet en jus, part, péjor., nous est complètement inconnu.

Enurer, de in usum -f- are , « r = s comme dans avir , avis ». Le changement de s en r ne se produit que dans des conditions tout à fait particulières, quand s est suivie d’une consonne, spirante ou liquide (varlet, harle, etc.).

Escalipe, du v. h. ail. scalja!

Esgardée, de warta! Il était pourtant bien simple de voir dans ce mot un substantif participial d 'esgardcr.

Esnual, d’inguinalis!

Espave, d 'expavere!

Frasier, de * frigium !

Freolé, de frivolus !

Gaaille, de gab avec syncope de b!

Foc, de faix!

GARGASSANE, de rapyapstov!

Hemille, s. f., de hamulus, s. m. !

Langemain, papier, mot formé sur parchemin!

Lazeine (qui n’est pas au Dict.), tiré de lucerna !

Maerisme, de maleriamen!

Malecherie (pour malescherie), de male-excadere !

Remarquons à ce propos que M. Millet n’a pas lu les errata publiés à la fin de chaque volume. Il faut en effet supprimer l’art, malescherie et lire male lescherie. Pour d’autres mots (: montebanqae [lis. montenbanque ], etc.) nous avons constaté également que M. Millet rectifiait ce que nous-même avions corrigé dans X erratum.

Pour clore cette trop longue liste d’étymologies inimaginables, citons :

Mesquerance, qui viendrait de male-\-quaerere !

Esteme, d’un stira que nous ignorons absolument.

Enfin Dieusar, de Dei ara !

Concluons avec M. Gaston Paris, dans l’article déjà cité de la Romania (XVII, 639), que « les étymologies données par M. Millet montrent combien l’auteur du Dictionnaire a été sage de n’en pas proposer » i.

Les définitions de M. Millet.

M. Millet attaque longuement nos définitions :

Nous n’avons pas la prétention d’avoir toujours réussi à donner une interprétation exacte de textes très souvent fort obscurs, presque incompréhensibles, et sur un grand nombre desquels personne ne s’était jamais exercé; et nous sommes reconnaissant à M. Millet de quelques rectifications que

1. M. W'ilmotte (te Moyen Age , II, 14) dit de son côté, avec quelque indulgence, que « les étymologies de M. Millet sont loin d’avoir toujours l’exactitude voulue ».

ses Études lexicographiques nous ont permis d’apporter à notre Dictionnaire ; mais le sévère censeur est lui-même tombé — on l’a vu déjà — dans de graves erreurs contre lesquelles nous devons prémunir ses lecteurs et les nôtres1.

Adveiz, — céréales pendantes par la racine. — Le lecteur serait curieux de savoir dans quel autre texte M. Millet a rencontré ce mot et pour quelle raison il lui donne un sens si déterminé. Puisque notre critique trouve si facilement des étymologies, c’eût bien été le cas d’en proposer une.

Anche, — cuve. — Si M. Millet avait lu soigneusement l’exemple, il aurait'certainement renoncé à cette explication. Une cuve qui siet derier une maison et que l’on peut tenir a tous jourz , qu’est-ce que cela signifie? Le contexte d’ailleurs n’éclaircit rien, et il faut probablement lire ouche , étudié sous le type osche.

Anradie (et non auradie) — injure. — L’ex. avait été corrigé à l’art. Enresdie, t. III, p. 220, col. 1, et un erratum avertissait de la correction.

Arquoy, — parure. — Si M. Millet avait lu la note finale (cf. Admenez ), et s’il s’était reporté au mot admenez , il se serait moins pressé de donner une définition d’un mot aussi douteux que arquoy.

Arsoné, — brûlé. — Voilà une définition plus que hasardée. L’exemple, qui est de Gace de la Bigne, porte :

« Et dit qu’il n’est pas bien soupé S’il (l’ostrucier) n’a d’un hairon arsonné Mais qu’il soit mengé verdelet. »

M. Millet aurait-il voulu donner brûlé comme synonyme de rôti ? Ce serait peu admissible. Ce qu’il eût été rai-

1. Comme notre critique, nous désignerons par M. P. le mot précédent et par M. S. le mot suivant, et nous mettrons entre — ■ — les définitions de M. Millet.

Nous ne nous occuperons pas des observations contenues dans les pages 16 à 23 des Études lexicographiques, parce que l’absence d’exemples leur ôte toute espèce de valeur scientifique.

sonnable de faire remarquer, c’est que arsonné est peut-être une faute du manuscrit pour reciné , dîné, goûté, ou même une forme de reciné.

Balanste, balanstie, — châtaigne, marron. — Il faut lire balausle, balaustie, fleur desséchée du grenadier. Déjàla rectification existait à notre Supplément, et les ingrédients employés dans les remèdes dont il s’agit n’auraient pas dû tromper un docteur en médecine.

Belier, — regarder de côté, de travers. — Cette traduction ne peut en aucune façon s’appliquer au premier exemple, puisque les Normands — n'avoient mieesgardé — le fossé qu’ils ont passé en beliant. Elle ne convient pas mieux au second exemple :

Quant li dame s’en vait offrir De la teste vait coliant,

Apres reswarde en beliant.

( Poët . fr. avant 1300 , IV, 1324, Ars.)

Belier signifie probablement aller de biais, marcher en se retournant. Cf. Besliver.

Bibeloux, traduit aventureusement par : d’ivrogne, est probablement une faute pour bubeloux , couvert de bubons.

Calamiton, — scribe. — Si, avec l’exemple, M. Millet avait lu la note qui le suit, il se serait dispensé de sa définition. Il faut lire, en ajoutant une virgule: clercz, calamitous, et définir par: probablement enfant de la charité.

Canabasseur — qui demeure dans une baraque, de canaba, avec changement de n en b , — et alors de b en n ! ! car nous ne connaissons que cabana ou plutôt capanna. Le sens exact figure au Supplément ; c’est : tisserand de toile de chanvre (cannabis).

Capitel1 d’après M. Millet « au lieu d’être un — diminutif « de chapitre — en est un doublet, sans changement de l

1. Lisez chapitel. Capitel , qui figure aussi au Dictionnaire, est un mot savant.

« étymologique en r ( capitulum ). » D’abord chapitel, auj. chapiteau , est une forme mi-savante dérivée de capitellum et non 'de capitulum. Ensuite, si l’on avait pris la peine de consulter un liturgiste, ou simplement de lire l’art, chapitre dans Littré, on aurait appris que chapitre est quelquefois synonyme de capitule, et notre définition, qui s’applique à un verset de l’Ecriture plus court que le chapitre, n’aurait pas choqué.

Cloche de merlu, — cuillerée de morue. —Une cuillerée de quatre doigts !

Coussiege, — siège rembourré. — Il suffit de lire l’exemple pour se convaincre que cette définition par analogie de son est absolument erronée.

Cuidable, — que l’on peut concevoir. — Non, mais: en quoi l’on peut avoir confiance, par opposition à decevable.

Delacerer, déchirer, — dilacérer. — M. Millet me fournit les termes les plus propres à caractériser sa traduction : ces prétendus mots correspondants « ont souvent des nuances de signification différentes de celle du mot à traduire et donnent des sens impropres. »

Descatillier, — dépouiller quelqu’un de son capital. — Cette traduction ne tient pas à la lecture de l’exemple.

Descroiage, — action de blanchir, de nettoyer au moyen de la craie. — Essayez l’usage de la craie sur un parchemin, vous n’arriverez qu’à le salir.

Desereter, — se ruiner. — Une rivière qui se ruine !

Desroyne, blessure? — opération du trépan. — Il s’agit dans l’exemple unique, tiré des Anciennes coutumes de Bretagne , d’amendes prononcées contre celui qui aurait frappé un homme ou une femme à la tête, et plus il y a de desroynes, plus l’amende est forte. M. Millet a donc traduit ici « avec une inexactitude et une impropriété de termes qui frisent le contre-sens. » Mais, fait plus grave encore, il nous attribue une définition — action de rogner — que nous n’avons pas donnée.

Desse ( hdulte ) — haute lisse. — Cette définition remplaçant dais, proposé par nous interrogativement, n’a aucun sens.

Empuré, qui n'a que sa chemise. La définition bornée à : qui n'a que , serait incomplète et elle n’aurait pas permis de comprendre cette locution si fréquente : en pure sa chemise , étudiée dans l’art, pur auquel un cf. renvoie.

Engraigne, — syn. de engaigne , engin de guerre, arme de trait, r est parasite. — Mais il y a une variante englaigne. Il faudrait donc aussi supposer une l parasite. Cette explication par des lettres parasites n’est guère scientifique, et, dans le cas actuel, il aurait fallu prouver l’existence du mot engaigne , engin de guerre.

Engros, — grossier. — Engros est un terme de coutume qui n’a aucun rapport avec grossier.

Enquignié, — fourbu. — Pourquoi ? La note qui termine notre article a du rnoin^ l’avantage de rappeler l’étymologie du mot.

Eschaillon n’est pas un — diminutif, — mais un dérivé d’échelle.

Estipot, — esquipot. — La consonance a amené cette définition :

« Ne com Ilersens fit l’estipot. »

Donc la femme de Renard fit la tirelire. A quoi cela rime-t-il?

Fenereus, — usurier. — Que l’on prenne la peine de lire la longue phrase de la Coutume de Bourges où le mot se rencontre, et l’on verra que le contexte ne se prête nullement au sens d’usurier.

Foc, — serpe munie d’un long manche, destinée à couper les herbes d’un fossé. — J’admire comment M. Millet peut en savoir si long sur un mot dont il n’y a qu’un seul exemple, dans une énumération. D’ailleurs il ne fait que donner une mauvaise définition de faux.

Galleiiaudise, — maison de débauche. — M. Millet paraît voir dans gallehaudise un composé de galer , s’amuser, dont notre Dictionnaire offre toute une famille, et de l’allemand

haus, maison. C’est supposer un type de composé qui n’existe pas en français ; et haus formant haudise nous étonnerait beaucoup.

Geute, — vue, perspective, étendue de la vue. Définition par le M. P.

Graverin, graverauche, — arbrisseau qui croît sur la grève d’une rivière, particulièrement l’osier. — Je me demande ce qui peut justifier cette définition véritablement « empirique et fantaisiste » . L’exemple de graverauche porte : « graverauche d’ouzier ». Graverin, graverauche et osier ne peuvent donc être synonymes. M. Millet a défini par le M. S.

Guimart, — nom propre. — Il n’y a pas de personnage de ce nom dans le Mystère de la nativité. Traduction par divination. Les paroles citées sont dites par Riflart, dont l’interlocuteur s’appelle Gobelin.

Indigabunde, — indigent, — n’a auGiin sens dans cette liste de défauts. L’exemple porte :

Inconstante, mobile, vagabonde,

Improbe, vaine, avare, indigabunde.

( De la Femme, Rec. de Poés., ras. Soisscms 187, f° Ie.)

L’indigence est un état pénible, mais non un vice. Indigabunde est peut-être une faute du manuscrit pour nidignabunde, facile à s’irriter.

Jullerie, — joaillerie ; — Jullier, joaillier. — C’est impossible. Les julliers, d’après l’exemple, « vendent draps d’or et d’argent, velours, satins, damas et autres draps de soyes ». Il ne s’agit donc pas de joaillerie. Traduction par rapprochement de forme et par divination.

Langemain, — papier. — Le M. S. est « parchemin ».

Langre, — plateau d’une balance. — Non, mais peut-être aiguille de la balance (lingula). En langre formerait une locution dont le sens précis est encore à trouver.

Nous n’avons relevé qu’un très petit nombre des explications inadmissibles de M. Millet. Les autres erreurs, évidentes par elles-mêmes, ne méritent pas de nous arrêter.

Quand M. Millet a voulu « traduire à son tour en termes précis nos définitions vagues », il a quelquefois rencontré juste. Mais souvent la signification qu’il préfère est tout à fait arbitraire. En voici quelques preuves parmi beaucoup d’autres que nous pourrions produire1 :

Apointon, arme pointue, probablement une sorte de poignard, — esponton. — Remarquons tout d’abord que l’esponton ne fut guère d’usage avant le règne de Louis XIV ; or notre premier exemple est du xme s., notre dernier du xive. M. Millet n’est donc pas autorisé à nous reprocher (p. 57) d’appliquer l’anachronisme au langage. D’autre part, une ordonnance du

10 mai 1690 fixait à 7 pieds et demi, environ 2 mètres 45 cent., la longueur de l’esponton. Or, dans les exemples d 'apointon,

11 est question d’une arme de dimension beaucoup moindre :

Une espee et un apointon Sont si pou long que escremier Ne peut loing

(Dist de la fleur de lys.)

L 'appointon muchoit

Derrière li.

(Deguilleville.)

(Le jugleur) jeue ... d 'apointon (J. de Salisbury.)

N’est-ce pas encore l’identité des sons, apointon, esponton, qui a suggéré une rectification si singulière ? Donc, d’une part, anachronisme, de l’autre, irréflexion.

Arele (lisez arele 1), partie de la charrue, la charrue ellemême 2, — soc. — Dans trois exemples c’est la charrue ; dans deux autres, il est impossible de déterminer exactement la partie de l’instrument; dans le sixième, est-ce la charrue ou une partie de la charrue?

Aride, cri de guerre, — à cheval. — M. Millet explique par l’anglais, et le sens qu’il propose ne serait admissible que dans un texte écrit en Angleterre.

1. Nous mettrons en italiques la définition du Dictionnaire et entre deux — celle du critique.

2. M. Millet supprime cette seconde partie, essentielle, de notre définition.

Armeri, plante odoriférante , — œillet. — Si M. Millet avait lu le : Cf. armerie, qui termine l’article, il n’aurait pas tranché avec autant d’assurance une question fort douteuse.

Berge, sorte d'oiseau , — bergeronnette. — Yoit-on un aubergiste donner des bergeronnettes à ses hôtes pour leur souper, et surtout un aubergiste qui veut bien traiter ses clients? Définition par analogie fantaisiste.

Canel, terme de tisserand , — bobine de navette. — Toujours d’après le même procédé d’assimilation de forme, M. Millet a confondu canette avec canel , qui, dans l’exemple, est synonyme de trame.

Crovisie, sorte de poisson, — écrevisse. — L’exemple porte: rouges crovisiezü M. Millet veut-il rivaliser avec Zola qui parle de crevettes roses au fond de la mer, ou avec J. Janin qui appelait le homard le cardinal des mers? L’ordonnance citée ne s’occupe d’ailleurs en aucune façon des écrevisses.

Cruzelin, sorte de pot , — cruchon. — Prouver cette assertion n’eût pas été superflu.

Desculer, renverser , — acculer. — Traduction inadmissible, puisque desculer fait antithèse avec acculer qui est le M. S.

Desraier, arracher , — déraciner. — Cette rectification repose sur une fausse étymologie. C’est arracher qui dérive de radicare, non desraier.

Encarreler, garnir de carreaux , — carreler. Il s’agit de carreaux d’arbalète. Les exemples n’ont pas été compris.

Escarlet, sorte d'étoffe , — écarlate, drap rouge. — M. Millet n’a pas lu cet article. Un exemple, celui de Foulques Fitz Warin, porte: « e se vestirent de* un escarlet vert ». Ceci suffit à prouver que l’escarlet n’est pas du drap rouge. Un autre exemple, celui du Journal d'Aubrion , porte : « rouge escalret ». Si la couleur de cette étoffe avait été uniforme, on n’aurait pas été obligé de dire rouge escarlet. Enfin le Cf. Escarlate aurait fait réfléchir un lecteur attentif.

Escrevelle, sorte de bateau , — caravelle. — Il n’y a là qu’un rapprochement de sons.

Espointon, arme pointue , — esponton. — Voy. apointon. Si nous avions défini par esponton , on n’aurait pas manqué de dire que nous commettions un anachronisme.

Fumeraille, partie de la cheminée , — manteau de la cheminée. — C’est à l’intérieur de la cheminée et non sur le manteau qu’on suspend les viandes à fumer. L’exemple disant sur la fumeraille , l’explication proposée est inadmissible.

Lafre, sorte de maladie , — lèpre. — Dans le second exemple lèpre se trouve à côté de lafre. Il ne s’agit donc pas de la même maladie.

Larderele, espèce d'oiseau , p.-ê. la mésange , — alouette. — C’est le mot précédent. Et larderelle est en opposition avec aloes! Ajoutons que Littré donne larder on, petite mésange bleue.

Limonne, sorte de fruit , — citron. -- Cette explication est absolument erronée, puisque dans le premier membre de la phrase on énumère le citron, le limon, et d’autres fruits qui sont mis en opposition avec la limonne.

Livon, sorte d'animal , — rat des Alpes. — Se figure-t-on un rat des Alpes, une marmotte, emportant un enfant avec son berceau ? Nous rappellerons que notre censeur a écrit liron pour livon.

Concluons avec M. Tobler1 que, « si ce que M. Millet met à la place des définitions de M. Godefroy mérite quelquefois d’être admis, très souvent aussi la signification qu’il préfère est moins bien fondée que celle qu’il rejette ».

Il est inutile d’examiner en détail les chapitres v à vm. Nous y trouverions les mêmes critiques sous des formes peu variées. Tout en reconnaissant que certaines observations sont plus ou moins exactes, nous aurions encore à montrer que dans la plupart des cas ces critiques sont peu fondées ou

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