‹ Réponse a TolstoiChapitre 5 sur 6 · MYSTÈRE · texte numérisé non relu

MYSTÈRE

Car, il y a le mystère de tous et le mystère de quelques-uns ; il y a la religion et un autre domaine que gardent les Mères, em-

pire où l'intelligence adore l'absolu, et que Faust-Gœthe entrevoyait.

La calme majesté d'un dieu grec incite à la justice, mieux qu'un sermon, et qui ne sent une persuasion de douceur sortir du Tanagra, de la poupée d'argile, modelée selon la beauté.

Si l'ouvrage de Tolstoï était un rapport adressé au ministre des Beaux-Arts de Pétersbourg et s'intitulait : Considérations sur la sensibilité du peuple russe et partie culièrement des moujicks du district de,.., pour servir aux instituteurs primaires et aux popeSf cela resterait faux, mais acceptable.

Molière, s'il eût été facétieux à la Baudelaire aurait écrit un mémoire sur la nécessité pour récrivain de lire ses œuvres à ses domestiques : l'esthétique des Laforest eût mieux valu que celle de l'ancien officier ; elle eût dit des sottises mais par ignorance, Tolstoï a documenté les siennes. Ni bou- *■' tade, ni frénésie dans ce livre lourd et veule, ^* une calme démolition du Panthéon unir'^ versel pour y installer, sur des socles vidés*,- ^

les frères portiers des lettres et des arts en une papification des derniers custodes et sacristains.

La critique d'art de Diderot n'était pas de la critique, mais les impressions exprimées étaient d'un artiste; le jugemcntest plaisantin, mais il vaut lui-même une œuvre d'art à propos d'une autre.

Chez le russe, ni formules, ni métaphores, le langage de revue, banal, incolore, lent et tiède : les pasteurs protestants doivent écrire dç ce ton-là s'ils écrivent, car nul d'honnête ne le lit, les clergymans aux redingotes longues de sottise, aux lunettes fumées de bas instincts, aux mœurs pullulantes.

Protestant, car il nie la beauté ; musulman, car il nie la culture, Tolstoï vient au nom du divin crucifié arrêter la civilisa-tion pour l'épurer.

Le détail révèle la secrète nature et ce

,.^ russe a horreur du nu ; en province, c'est-à-

i:''^" dire à Lyon, à Lille, à Perigueux, les femmes

..^'^ honnêtes ne vont jamais aux musées de là

ville parce qu'il y a des nudités ; mais elles

fanent leurs jupes aux culottes. rouges delà

garnison, sous rœii approbateur de leurs mères.

Partout, le militaire approche librement la feune fille : mais la vue d'un marbre souillerait cette même jeune fille livrée aux propos des hommes les plus hardis et les plus bestiaux.

L'horreur du nu se complète par l'horreur de Tamour ; le russe n'y voit que Tadultère, le péché. Il ignore que Tamour est tout ridéal du plus grand nombre et, laissant l'amour, que la volupté a été un des plus grands facteurs des civilisations. Je sais qu'on la retrouve, déprimante dans les décadences ; mais parce que le vin engendre rivrognerie, est-il mauvais en soi ? Tabus ou le mauvais usage d'une chose changet-il sa nature ?

C'est dans les bras nus des reines que se sont convertis les rois barbares. On objectera que la cruauté s'allie à la luxure, mais j'ai dit volupté, non luxure ; la volupté c'est le plaisir qu'on donne, ce n'est pas le viol des français au Tonkin et à Madagascar des espagnols à Cuba.

t-lfil

Quel insensé nia du même coup la Beauté, la nudité et l'amour ?

Un russe I et dès lors toutes les absurdités nous viendront de la Newa, sans doute, car une pareille floraison d'illogisme chez un peuple neuf prometun bel avenir dedémence et comme ce peuple sera la glaive vainqueur il faut se hâter de lui fermer la bouche, avant que Notre Parâtre le Tzar ne vienne nous brancher aux lanternes.

Quand les fous sont sans armes, on les peut maîtriser ; il faut donc repousser la déraison russe avant d'entendre le Knout siffler et la lance du cosaque luire, autour du génie latin agonisant.

Tandis que les gouvernants exploitent les peujples sans méthode^ les écrivains mènent un mouvement progressif, mais qui remporte en résultat sur toutes les batailles du fait.

Actuellement, Tidéeévangélique s'incarne sous une forme imprévue ; un parti qui n'est pas celui deTEglise, un parti fait de socia« lisme et de douteux éléments, a été saisi tout à coup d'une sainte abomination pour la guerre, ses hommes et ses œuvres.

Il y a en France un anti-militarisme, c'est-à-dire des penseurs, des écrivains et des artistes qui détruisent le vieux prestige de l'épée injuste ; des salons où l'uniforme n'oserait paraître et des grandes dames qui se croiraient avilies d'aimer un homicide national.

Ce courant d'opinion a un aboutissement chrétien, malgré le point de départ différent, et ce courant est français, à l'honneur de ce pays qui fut si grand, si noble et qui est tombé à M. Faure.

Un mot terrible a été prononcé : « l'intellectuel », ainsi se nomme l'adversaire du sabre. Or, l'intellectuel est Thomme que Tolstoï menace dans ses plus légitimes jouissances.

En s'attaquant à l'aristocratie cérébrale, le réformateur russe s'est privé d'expansion» Les Revues inséreront toujours ses articlés, mais nul, du corps spirituel, ne souscrira à sa formule : il s'est privé de toute collaboration et le bien foncier de sa pensée restera improductif.

La préoccupation de Tolstoï ne lui est pas propre ; d'autres esprits, qui ont le tort d'être français et peu écoutés, déclaré-»' rent avant lui une égale charité.

L'art n'étant considéré qu'en moyen de pacification, c'est le sens chrétien de Tolstoï qu'il faut admirer et non ses divagations.

Marius Descrîspe ( i ) dans son Congrès de l'Humanité f avait déjà exprimé et mieux ces mêmes tendances vers l'universelle fraternité et avec une autre envergure que le pseudo-penseur russe.

Cette sommation idéale agit-elle sur la passionnalité ? Non.

Voulez-vous attaquer la guerre ? exaspérez rinstinct maternel, créez les furies de la maternité et quand vous aurez tiré de leur odieuse indifférence les mères de famille, vous aurez levé une armée contre toutes les armées. Voulez-vous vaincre les gens de guerre ? attaquez*les non pas avec des boutons de tunique qu'ils vous renvoient en plombs mortels^ dissuadez les femmes de les aimer, de les épouser, de jamais les subir, même en commerce.

Les Féministes jusqu'à présent n'ont fait que du briiit : pour de la besogne il fau^ draît créer un courantanti-militaire et d'un internationalisme chrétien. La femme a

(i) Le Congrès de VhnmanîtéfpAr M. Descrespe.Chamuel, Ï897.

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perdu, certes, son crédit avec son prestige.

Elle reste, en espèce, l'être .expansif par excellence.

Malheureusement, les meilleures entreprises échouent faute de logique.

Une idée absurde fut présentée,le congrès des religions ; on eût compris celui des philosophes ; car la philosophie ne se perd pas à se transformer, elle se constitue de son acquisivité comme de sa variabilité.

Le dogme ne souffre rien de semblable, on ne démontrera pas la Madone au protestant, ni la Trinité au musulman, les religions sont irréductibles : on ne conjugue virtuellement que des passions de même nom ou des intelligences de même série.

Ce qu'il faut cultiver c'est l'horreur du sang répandu ; l'œuvre chrétienne par excellence c'est de dévoiler les massacres opérés journellement par les chrétiens en Orient : toute parole est secondaire à côté de cela. Dévoiler ensuite l'horreur de la tyrannie militaire, les mystères des prisons, des hospices : défendre le faible, défendre l'humble, défendre le malade : voilà la

chevalerie et ce rôle est laissé aux démolisseurs, à ceux qui détruisent. Le parti de Tordre est sans cœur, il a l'âme de Thiers, Tâme qui présida à la répression de la commune, âme vraiment coloniale.

Le ciel et la terre ont également soif de justice : ce sont les crimes qui empêchent les œuvres de florir, et, avec les mœurs immondes des chrétiens, il y a trop de charniers au soleil pour que les Muses puissent apparaître et inspirer.

Au cœur de l'homme, il n'y a pas place pour les œuvres de beauté et les œuvres de carnage, simultanément tant que l'Occident sera une hémisphère de bandits hypocrites, une caverne de brigands, il n'y aura pas d'autre art que celui des individualistes, des Moreau et des Villiers.

Rien n'est indifférent ou neutre et les êtres et les œuvres sont bons ou mauvais.

La chose d'art agit donc à l'état plus ou moins dilué, comme remède ou toxique de la sensibilité, et envisagée selon le problème moral, que devient la puérilité de Tolstoï :

il veut exciter l'apitoiement mais par de banales infortunes. Philoctète, à Lemnos, Hercule Furieux, Léar désespéré sont des sujets lettrés ; il veut le sujet peuple et le sujet paysan.

Cet écrivain d'art n'a pas mentionné une seule fois la sculpture, il veut sans doute la statue habillée!

11 impose les faits les plus insignifiants, les plus communs de la vie, et il vante in globo, les Hollandais, les plus ennuyeuses gens de toute la peinture : à l'épaisseur graisseuse si énorme que l'âme, ne peut

percer. Quel artiste ne se souvient avec horreur du musée de Harlem, le musée des trognes I Quelques intérieurs de Van deer Meer de Delft sont plein d'air quelques satins de Terburg bien cassés, mais quel rêve naîtra d'une hollanderieî

Ces béats du confort, ces matrones du luxe bourgeois, ces cavaliers qui ne vont à "aucune aventure et ces femmes sans nimbe, qu'inspirent-ils àl'imagination sinon les idées plus mesquines les plus égoïstes et les plus physiques I

Tranquillité, bien-être, médiocrité plantureuse, honnêteté sans mérite, luxe sans goût, voilà la sentimentalité hollandaise !

Tolstoï, au lieu de réfléchir quinze ans sur Tart, aurait mieux fait d'aller un mois en Italie : il n'est pas honnête de juger ce qu'on ignore. Or, il ignore tout et Saint- Ouen et Karnach et le Parthenon et les châteaux de la Loire et les cathédrales. Un chef-d'œuvre ne se suppose pas, il faut le connaître ou se taire : mais en simple métaphysicien, il eût pu écrire:

La mission de V art est d'améliorer l'âme:

et r œuvre est bonne qui augmente en fions la vie morale ; il faut donc y employer des thèmes supérieurs à la vie moyenne et surtout actuelle.

Que fait la religion, par ses rites et ses sacrements ? Elle nous soulève au-dessus de la réalité. L'art a le même devoir, il nous hausse au sentiment d'une vie supérieure.

Certes, cultiver la pitié est œuvre sainte ; mais Niobé, Antigone, Alceste, Andromède ne sont-elles pas de beaux sujets de pitié ; comment une barynia dont le tzar aura envoyé les fils en Sibérie, ou la sœur d'un nihiliste qui voudrait rendre les honneurs funèbres à son père, ou l'épouse dumoujick qui se dévoue pour son mari, ou la jeune fille livrée à la prostitution seront-elles plus pitoyables, étant moins nobles? En outre, les emprunts à la vie réelle ont Tinconvénient d'exciter des haines directes, vivantes, aux dangereux effets.

Si on montrait aux cinématographes les scènes des guerres coloniales, un officier ne pourrait plus traverser la rue.

Surtout dans le domaine des revendica-

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tions delà pitié, il faut des formes anciennes pour empêcher Témotion d'aller jusqu'au désordre.

Créer la contagation, telle la formule de Tolstoï ; mais si elle est trop vive, et elle sera trop vive chez le slave, l'art constituera une excitation au désordre ou une résignation immorale obtenue par le vodka et le Knoutt, mélangés.

Enfant ou ivrogne, tel est le moujick e^ cette nature puérile, si candide, si belle au sens chrétien, devient formidable, quand cette puérilité s'enivre d'une idée.

Celui qui sortirait de chez lui avec l'idée de dire, des malhonnêtes gens, ce qu'ils sont, serait vite assommé ou assommeur : et cependant, démasquer le mal est excellent en soi.

Moralement, l'art doit éviter la trop vive contagion, car il incarnerait l'esprit de révolte et de violence. La colère Israélite est le parfait spécimen de ces mouvements intransigeants de l'âme, avec l'impériosité odieuse de l'inquisition et les complicités actuelles de la propagation de la Foi. Malheur à celui

qui voudra réaliser l'abstrait ; quelle que soit sa vision, il commettra des crimes d'une généreuse origine, mais d'autant plus effroyables. Les guerres religieuses dépassent les autres, en atrocité : Simon de Montfort et les légats du pape sont dignes des Négriers, des Dodds et des Archinard, ces héros, aux faciles conquêtes de peuples désarmés et surpris.

Même la gloire, aujourd'hui, diminue de valeur : et comme dans l'ordre social il n'y plus d'honneurs qu'un honnête homme accepte, il n'y a plus de palmes véritables et c'est une raison pour conserver les anciens thèmes héroïques, éternelles pièces de concours du génie humain.

Plus la contagion est intensBy mieux est rart, indépendamment de son fond. JZeci est italique, dans la traduction de Halpérine- Kaminski. Traduite, cette phrase doit signifier que l'excellence de Tart est dans la violence de l'impression produite, quelle que soit la nature de cette impression :

théorie immorale certes et aboutissant à ceci.

La plus belle figure de femme sera celle qui contagionnera de la façon la plus sexuelle, indépendamment des sentiments que celte figure exprimera ; et dès lors, Messalline, Poppée et les courtisanes étant d'une contagion plus intense que les madones et les princesses, mieux sera Tart.

L'esthétique non cosaque dirait :

« L'excellence de Tceuvre d'art réside dans ridéalité des sentiments qu'elle trans-

met et non dans l'intensité de cette transmission, d

Il est plus difficile techniquement et moralement préférable de représenter Athéna, déesse de Tintelligence, que la vivandière Catherine II.

UArt agit sur les hommes, indépendamment de leur développement intellec-tuel : voilà un autre arcane cosaque.

Supposons l'homme indéveloppé et voyons l'art qui agira sur lui M. Zola, qui est devenu un héros comme homme, est le type de Tindéveloppé ; il comprend ce que comprendrait le cher moujick, et quand M. Zola ramène au Louvre sous les traits d'une noce d'ouvriers, Tindéveloppé a compris,., la Kermesse de Rubens, des hommes saouls bousculant des femmes saoules!

Que comprend encore Tindéveloppé, le tableau militaire, les petits soldats, l'image d'Epinal; ajoutons pour quelques-uns l'image de piété et ce sera tout. Mais Tolstoï propose à l'indéveloppé les hymnes des Vedas il oublie qu'en dehors des volumes rares deLanglois et du premier mandala, de Bur-

nouf publié dans la Haute science^ la langue française ne possède pas de traduction et je ne crois pas la russe plus avancée : comment donc a-t-il expérimenté Le Rig sur rindéveloppé ?

Uiliade et Vodyssée^ sont encore des œuvres pour indéveloppés : mais ils n'y touchent pas. Où sont l'ouvrier et le paysan qui liront cespoëmes, et quel bien en résulterait-il. J'ai cité un passage de Platon qui s'élève contre des impiétés homérides ; je m'élèverai moi-même contre Achille : c'est une brute et c'est un sodomite. Quant à Ulysse il est immoral comme tout homme trop habile ; sa prudence est l'antithèse de l'héroïsme c'est un sage au sens le plus égoïste du mot ; héros de la ruse, il n'enfiévrera pas l'imagination, il fera penser l'homme développé qui y trouvera des leçons pratiques, positives :

Les MisérableSyCQ roman remplie d'idées fausses, d'une commisération confuse et sans jugement, ce feuilleton d'un Eugène Sue qui serait lyrique et coloriste, voilà le type rêvé de la littérature universelle.

Le suffrage du nombre, voilà Testhétique qui nous vient du pays le plus autocratique et avec des jugements rigoureux.

L'ex-officier russe me traite d'ignorant pour mon livre VArt idéaliste et mystique.

Je suis habitue k la méconnaissance^ à la blague, à la calomnie, mais l'accusation d'ignorance est une nouveauté ; et sur quelle formule mon ignorance éclate-t-elle?

Sur celle-ci :

< La Beauté est une des manifestations de Dieu. » Si l'ancien militaire m'avait lu, il aurait découvert que je connais la matière à pouvoir la professer, et que j'ai fait autre chose pour relever l'art contemporain que de recommander quelques croûtes sentimentales inconnues de tout le monde. Du reste l'honneur artistique c'est d'être enveloppé dans le même ostracisme que les demi-dieux, Wagner et Sophocle, et la louange de Tolstoï serait plutôt une honte, puisqu'il loue que ce nous, compétents, nous méprisons. L'insupportable, c'est qu'un slave enseigne les latins et que le prédicant des moujicks s'arroge le droit

de maltraiter nos dogmes et nos dieux.

Quand il attaque la guerre et l'armée il est apôtre et nous l'admirons, mais lorsqu'il accuse Tart de la brutalité même de l'époque, c'est qu'il trouve prudent de ne pas dénoncer le militarisme de sa race et Tidiotie de l'Eglise grecque !

Vraisemblablement, le Knoutt russe sifflera un jour prochain sur la place de la Concorde ; mais jamais un prêtre russe ne sera pris au sérieux par un homme des races latines : ou les forces slaves serviront l'Eglise ou leur essor sera endigué par leur religion, théologiquement ridicule, pratiquement vile, individuellement grotesque.

Et ce sera de par Saint-Esprit qui veille.

Ou catholique ou barbare, tel est l'horoscope russe.

4c L*Art a deux subdivisions : le supérieur accessible à toute l'espèce humaine, rinférieur accessible à une seule race ».

Ces lumineuses formules ne s'éclairent que d'elles-mêmes, sans exemple, car il serait introuvable.

Quelle est la forme dont la signification ne change pas avec les latitudes ?

Quand j'ai montré à un prince Annamite la colombe du Graal, il Ta comprise en analogie avec le dragon ; la Cène de Léonard de Vinci lui parut une réunion de mandarins, et le diable, une niaiserie pour enfants.

Les formes sur lesquelles l'interprétation ne peut changer sont les plus naturalistes :

l'animal caractérisé comme l'araignée, la pieuvre ; l'art supérieur sera donc l'art japonais, l'art des singes, l'art répulsif de

déformations et des choses dégoûtantes, un art de presse-papier, de bibelot, de souvenir de voyage, un art de bazar et de camelote où la qualité du bronze et quelques gardes de sabre ciselées sont tout le mérite.

La peinture japonaise, cette industrie, cette calligraphie du dessin, ce paraphe identique toujours, voilà Tart supérieur. Il faudrait voir les artistes japonais se passer les feuilles; l'un fait les arbres, Tautre les oiseaux, l'autre les montagnes, car chacun ne sait que quelques traits et quelques tons, et les kakémonos sont des produits usiniers comme les aiguilles.

Pour l'art national, c'est la Marseillaise :

tous les français savent que cette gueulerie signifie la canaille devenue reine : mais hors de cet hymne de boue et sang, quelle est la forme accessible à tous les français ?

Tolstoï veut que l'art unisse les hommes entre eux : or, toute forme nationale désunit, bonnet phrygien ou tricorne, fusil ou pique. Si on représente un calme intérieur, on exaspérera les gueux ; si la misère

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est peinte, elle signifiera pour les bourgeois de la propagande socialiste.

Les hommes ne peuvent s'unir que sur le terrain mythique, légendaire. Homère aveugle mendiant son pain suscitera la pitié, sans revendication sociale.

Vaudrait-il mieux représenter un général russe les yeux crevés, que Belisaire.

Pour continueras expressions de Tolstoï l'actualité, la contemporanéité suscitent des passions de division, des récréminations et des représailles.

Un tableau ignoré de Tinconnu Langley a frappé le russe : une femme a donné à manger à un petit mendiant : cela signifie pour un parisien que l'Assistance publique est une dérision et le pousse à crier : « Vive la sociale ».

Vraiment étrange est cette diatribe qui sert de socle à Dickens, le seul homme dont toute Tceuvre soit orthodoxe.

Voulez-vous un autre tableau de la Pinacothèque cosaque : il représente un bateau de sauvetage courant au secours d'un navire en détresse.

Pauvre comte, chaque salon annuel contient un millier de tableaux dont les sujets vous agréeraient, puisque vous ne voyez, comme les enfants, que les sujets, que rimage, dans son linéament grossier.

Un autre que vous n'aurait pas sorti du néant Morlon : il aurait cité le Radeau de la Méduse^ la barque le Don Juan.

« Ce qui était grand devant les hommes est devenu vil deviint Dieu ». L'idéal, ce n'est plus la grandeur du Pharaon ou de l'Empereur romain, -ce n'est plus la beauté du grec ».

Mais l'idéal n'a jamais été autre chose que l'idéal et les applications de l'art à la vanité des monarques ne change pas son essence. Conçu et honoré seulement par hommes supérieurs, il a été gardé intact tandis que les maîtres politiques édifiaient leurs vains monuments.

Est-ce l'idéal monarchique réalisé par Saint Louis, a changé du jour Mac-Mahon s'est assis en sa place ; est-ce que M. Hanoteau a opéré une différence dans la conception de l'homme d'état, est-ce que la

justice militaire, enfin a jamais représenté la justice, pour le penseur, malgré qu'elle ait fait plus de cadavres que l'ennemi ?

Les sentiments les plus élevés ne seront jamais les plus communs.

Le fil qui unit tous les hommes est celui des instincts et des besoins mais non pas un amour altruiste.

Même en religion le mystique s'appelle l'exception : la charité reste le plus artificiel des sentiments puisqu'il a été apporté du ciel en terre, par Dieu même.

ce L'éducation déprave le goût, et on est réduit à apprécier la valeur d'une œuvre par la raison et l'étude qui brouillent le discernement ».

Jusqu'ici, moi ignorant j'avais cru que l'éducation, sans épithète, formait le goût, et que la raison et l'étude aidaient le discernement et même le constituaient.

L'ancien officier veut l'impression pure, sans éducation, sans raison, sans étude :

et enfin si les barbares ou mieux si les sauvages raisonnaient ils ne différeraient pas d'expressions c'est le Grand Maître

de rignorance* qui lance ainsi sa bulle.

Connaissez-vous le pur ingénu, Tâme fraîche qui choisit sans se tromper les Misérables dans les œuvres du siècle, M. Morlon parmi les peintres et fait de Dickens, le Gœthe du christianisme ?

« Connaissez-vous le flair esthétique? Le paysan possède ce don merveilleux entre des œuvres d'art d'une égale exécution, il reconnaît l'excellente, la vraie œuvre d'art, au flair? »

J'estime que désormais il faut attacher un moujick a chaque musée afin d'être guidé non par l'étude, le raisonnement et la tradition, mais par cette nouvelle bête, le porc esthétique^ l'animal truffier des œuvres d'art, le moujick esthète !

Je sais bien que la crosse russe doit résonner dans la Cour du Louvre, mais j'espère encore que les moujicks laisseront la Joconde à sa place et ne l'ôteront pas pour y mettre un Morlon et qu'on ne forcera pas les lecteurs de Gœthe, à se nourrir de Dickens.

« Ceux qui vont laisser sur la terre de plus riches monuments n'en sont pas plus couverts de la justice de Dieu : ni les beaux vers, ni les beaux chants ne servent de rien devant lui. » Bossuet en ces termes dépasse sa compétence et s'avance sur le terrain réservé du Saint-Esprit : les œuvres sont des actes générateurs de mille vertus, un beau chant éveillera les âmes à l'idéal et chaque homme emporte de ce monde, au sacré tribunal, toute la conséquence, toute la postérité de sa pensée. Bonaparte subit, au moment de sa damnation la responsabilité de 1870, Wagner fut crédité devant Dieu, des nobles, des chrétiennes, des saintes pensées que son Parsifal devait inspirer à moi et à bien d'autres. Qui porte la lumière appartient à la lumière : et quiconque fut sauveur est sauvé. Dans ses

maximes sur la Comédie, Tévêque de Meaux traduit ce passage de Platon.

« La tragédie a donc tort et donne au genre humain de mauvais exemples lorsqu'elle introduit les hommes et même les héros, ou afflgés ou en colère, pour des biens et des maux aussi vains que sont ceux de la vie : n')^ ayant rien qui doive vériablement toucher les âmes, dont la nature est immortelle, que ce qui les regarde dans tous leurs états, c'est-à-dire dans tous les siècles qu'elles ont à parcourir. »

« Voilà, s'écrie l'évêque^ ce que dit celui qui n'avait par ouï les saintes promesses de la vie future et ne connaissait les biens éternels que par des soupçons ou par des idées confuses : et néanmoins il ne souffre pas que la trajédie fasse paraître les hommes ou heureux ou malheureux, par des biens ou des maux sensibles. »

Sans relever la dépréciation du Platonisme où révêque se croit obligé par fonctionnarisme, il est facile, non pas de réfuter le pathétique de Tolstoï, qui est audessous de la discussion, mais de lui mon-

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trer Tannhauser et Parsifal, comme des oeuvres où les hommes sont heureux ou malheureux, selon des mobiles divins de chanté et d'au-delà.

Par crainte d'agiter la vase qui est au fond des âmes, les écrivains ecclésiastiques les laissent crouper et devenir putrides. Ils ne voient au théâtre que l'exemple et le^ épaules, alors que le foyer familial présente d'ordinaire l'un et l'autre et plus déplorable et plus étalé.

N'y a-t-il pas aussi une obscure conscience que le théâtre, ce très puissant moyen d'action sensible, devrait comme les autres dépendre du pastorat des âmes et que l'église est lésée, par une sorte d'usurpation?

En effet, et si je puis me citer, c'est au théâtre que mon âme s'émeut le plus noblement, et, comme je ne puis écouter personnedeceuxqui prêchent, mon prêchec'est le théâtre classique et, chaque fois que j'entends Œdipe et Parsifal^ je me sens amélioré, purifié, j'ai reçu un sacrement de l'Esprit : Etun ancien officier vient me dire

PÉPONSE A TOLSTOÏ 23 J

que ma seule corruption me vaut ces purs et saints mouvements de 1 ame qui me ramènent à ceux de ma première communion !

La mission de l'art est de réaliser la fraternité entre les hommes : que peuvent des tableaux^ des statues et des partitions contre la frontière et la douane ? Ce qui désunit riiumanité c'est la Patrie. Le jour où les drapeaux ne signifieront pas plus que Toriflamme de Saint-Denis, la paix sera réalisée. Un grand nombre d'intérêts se nourrissent de la désunion humaine ; les hommes féroces ne pouvant plus être militairesy les hommes nuls ne pouvant plus exploiter leur pays, feraient un massacre plutôt que de renoncer à leur propre existence. Ce sont les tzars qu'il faut prêcher et non le peuple et les artistes; mais n'est-il pas singulier que le prédicateur de la paix soit un russe, c'est-à-dire un fils de la horde qui va, d'ici un siècle, tout submerger et que l'art soit rendu responsable de l'humaine méchanceté.

Le comte Tolstoï qui veut sincèrement

la paix a créé par son livre un courant d'hostilité irréductible entre deux races.

Ne connaissant les russes que par les princesses, les ambassadeurs et des amis enthousiastes de mon œuvre, je penchais de tout mon sentiment vers cette nation, escomptant sa protection pour de longs voyages, la France étant incapable de vous rien obtenir nulle part : mais je ne suis pas assez bas pour préférer mes amis à mes maîtres et il suffit que les génies latins aient été vilipendés pour que les grandes dames et les ministres, ne me cachent plus le ridicule de la religion grecque, l'ignominie diverse des Ivan, des Pierre et des Catherine.

L'Alliance franco-russe, qui se réduit à mettre une impératrice aux bras d'un vénérable de loge provinciale, portera le coup de hache du comte moujich/ et le parti intellectuel qui s'est constitué, le jour, où bancal de la soldalesque, a sonné sur la dalle de Thémis ; le parti intellectuel sera anti-russe, grâce à Tolstoï.

Si cet écrivain a un grand crédit en sa

RÉPONSE A TOLSTOÏ îSg

langue, il fera un mal énorme : j'imagine ce que seront des jeunes hommes qui auront Dickens pour grand écrivain et entreront dans l'étude avec Tidée de ne pas dépasser l'entendement du moujick.

Quelle tristesse de voir en un esprit le mariage de Tinsensé et du louable^ et de penser qu'on offrira la même mixture à d'autres esprits? il faut tant de siècles et de scolies pour donner à une vérité une certaine évidence, que les réformateurs sont d'abord malhonnêtes en attaquant l'ensemble de la tradition.

Enseigner que Tart a une mission sociale et qu'elle consiste à pacifier et à unifier, dans le sens chrétien, c'est bien dire : mais ne pas voir cette mission accomplie, cette pacification obtenue, cette unification réalisée dans lart grec c'est ne rien voir.

Le sublime effort de la Renaissance italienne a incarné l'âme chrétienne dans le corps antique et doté le parfait senjtiment d'une forme parfaite.

Pourquoi méconnaître la nature de l'art, parce qu'on souhaite en étendre l'action ;

comme un qui, persuadé que les beaux sentiments de VAstrée sont impossibles aux rustiques, dès lors voudrait qu'on ne les exprimât plus.

Il faut que le spectateur se hausse ou que Tart s'abaisse ; l'effort du spectateur sera toujours fructueux comme tout effort, rabaissement de Tart lui ôtera sa puissance : et à force de bonhomie et de charité, on aura des calices de bois pour monnayer aux pauvres ceux de métal', et le vertige de la simplicité s'emparant des esprits, on arrivera aux étonnantes formules du Traité de la concupiscence,

« L'écriture ne dédaigne pas de marquer et la figure et la matière de ce nouvel habillement (les feuilles^de figuier) il y en eut une cause plus secrète que le froid, que TEcriture enveloppe dans ces paroles pour épargner les oreilles et la pudeur du genre humain et nous faire entendre sans le dire, où la jebellion se faisait le plus sentir. »

«Ce ménagement de l'Ecriture nous découvre d'autant plus notre honte qu'elle semble n'oser la découvrir, de peur de

nous donner trop de confusion. Ce désordre a commencé dans nos premiers parents : nous en naissons, et cette ardeur démesurée est devenue le principe de notre naissance et de notre corruption tout ensemble. »

Quoi, la raison à défaut de la traduction pure et simple accepte ce tableau dérisoire.

Nous naissons d'un désordre? Singulier blasphème du grand théologien, aveuglé par la suggestion de son état. Ceux qui ont pour métier la continence ne voient plus sagement dans le métier contraire:

le péché grandit à leurs yeux en proportion de l'éloignement et la borne se dresse en obélisque : ce que les polissons appellent la petite aflfaire devient, pour les gens d'Eglise, la grande affaire. Saint Paul a dit aux Corinthiens « que les époux doivent vivre comme ne Tétant point, c'est-àdire, les uns et les autres sans être trop attachés les uns aux autres.;; Il semble alors que tout ce qui n'est point voué à cléricature devienne pécheur et qu'il n'y ait

d'autre salut que celui du célibat. Ce serait vraiment prendre le moindre. La mère de famille me paraît plus méritante que la religieuse et on a un peu trop diminué les mérites laïcs, par infatuation des mérites religieux. Il y a plus de mauvais prêtres que de mauvais parents et les œuvres des derniers sont plus dures et probantes que celles des autres.

L'homme qui parle en son f eul nom ne doit pas être écouté? Jésus, qui était Dieu, parlait au nom de son Père.

On a tiré de TEvangile la justification de la torture, du massacre et de toute atrocité; il manquait d'en tirer la négation du beau, afin que fût montrée une nouvelle fois la déraison humaine incapable de considérer longtemps une vérité sans en être hallucinée et dès lors la proposer comme unique : et parce que la paix est ridéal des mœurs, il faut que le moujick commande à la pensée humaine et fasse de ses besoins de demi-homme la règle des plus hauts esprits. L'art de l'avenir serait, selon Tolstoï, un art ignorantin allant de

la noix de coco à Timage d'Épinal pathétique, du cantique niais aux contes du chanoine Schmid.

L'Evangile défend d'humilier les humbles, il faut donc que les génies s'abêtissent et que les âmes géantes s'essayent aux sentiments nains.

Car pour le réformateur de la Newa, toutes les intelligences sont égales et cet homme sans religion, car il repousse tous les Cî^edOf a inventé un protestantisme qui triomphant viderait les musées et formerait le Phalanstère du médiocre pour la plus grande paix des âmes devenues stupides mais douces.

Vît-'

C'est manquer de puissance que d'être aveuglé par Tentour, Timmédiat et de laisser ses pensées se timbrer, comme les monnaies d'un pays, d'une date, d'un lieu d'un dynaste ; qui pense russe ou français ne pense point et c'est le cas de Tolstoï.

Retiré parmi des paysans, il croit l'univers peuplé de moujicks, et raisonne de l'humanité par son village : d'un coup, il échange sa qualité d'écrivain contre celle de pontife et de quelle église? La puérile, la niaise, il s'agit d'instruire en amusant les moujicks de M. le Comte.

Anecdotes, proverbes, devinettes, rondes et jeux d'enfants, voilà l'œuvre d'art de l'avenir. Une complainte qui touchera une image et une deviftette qui amuseront les moujicks, voilà l'immense et vier^ge domaine que le chambellan ouvre à l'artiste. « Quatre

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mesures sans accompagnement et faciles à retenir» voilà la musique et celle-là est bien plus difficile à écrire qu'un opéra de Wagner ou de Strauss. » De telles assertions ne relevant que du médecin et judiciairement de rinterdit, les revues unanimes les enregistrent avec un sérieux plein de respect!

Il n^estpas nécessaire, enfin, d'inciter les artistes pour une production qui existe, abondante. Le comte n'a qu'à pourvoir son village de serinettes avec « Au clair de la lune > et « J'ai du bon tabac » et à commander à Bonasse Lebel des chromos sur les oeuvres de miséricorde. Je n'oserais lui proposer la reproduction de la frise de Pistoia ; ce n'est pas assez chrétien pour les moujicks.

Un bon esprit part quelquefois d'une fausse prémisse, mais il la tient et la continue aux autres termes de la proposition.

L'art ne doit être ni un plaisir ni une distraction, il s'appelle pour moi le plus saint des mystères. Mais les devinettes^ forme moujickque du verbe, les devinettes

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rayon nouveau d'Apollon, je les avais crues, jusqu'à ce jour une chose bonne pour les bas de journaux. Les rondes et jeux d'enfant, ne sont-ce pas des plaisirs et des distractions?

Est-ce à dire que l'art doit amuser les paysans et non les citadins, les ignorants et non les instruits ? Car enfin, je ne vois pas comment une devinette ou une ronde fait passer « la conscience raisonnée dans le sentiment».

Vart doit suppléer aussi auxtribunauXj à la police y à la bienfaisance : l'art doit supprimer la violence^ l'art doit convaincre les hommes que leur bonheur est dans Vunion.

Mais, monsieur l'officier, allez donc convaincre vos anciens collègues de l'abomination de leur rôle d'aveugles tueurs, et que leur bonheur serait de renoncer à leurs grades et à leurs métiers : une moitié de l'humanité est accroupie sur l'autre et la dévore : dites au tigre ou à l'anglais, c'est même animal, de rétracter ses griffes, et vous entendrez la réponse, si les tigres et les anglais peuvent rire !

Ce ne sont pas des chromos et des complaintes qui accompliront la mission de Tart ainsi définie : la réalisation de Tunion fraternelle entre les hommes ; maisla pensée des hommes, les plus éloignés du moujick seule découvrira les moyens de lutter contre le mal.

Le mal, en Russie, c'est l'Eglise schismatique et sa connexité avec le bras séculier ; que le Comte s'escrime un peu sur la religion nationale au lieu d'insulter Michel- Ange : cela sera plus méritoire et plus fécond.

Au lieu de chicaner sur des petits vers bizarres et prétentieux, qu'il fasse de la lumière dans les casernes et les geôles de la Russie : qu'il éclaire, au flambeau de la Charité, toutes les horreurs qui doivent prospérer dans la pénombre théocratique. Skobelefî est couvert de sang, si Verlaine a un peu de boue au pied.

Au lieu de pleurer sur les choristes d'Opéra, qu'il dévoile les traitements subis par les soldats russes. Il n'y a pas quinze ans, la torture était encore officielle au pays

des moujicks. Je sais, bien qu'elle est pratiquée en France et dans toutes les colonies, mais au moins nul français n'a rendu l'art responsable des atrocités nationales.

Au contraire, cette jeune littérature a été courageuse, elle [a dit que la revanche la laissait indifférente^ elle a attaqué le militarisme, elle s'est détachée de cette idée de fonctionnaire : la Patrie. Car la France, odieuse comme administration et, comme telle, haineuse de l'idéal, contient toujours des générosités latentes ; il y a une presse et une littérature qui ne sont pas chrétiennes de nom, et qui le sont de sentiment. Les Urbain Gohier font une oeuvre sainte ; sans cesse ils crient à l'opinion les abus de la force, les cruautés de la routine: ils servent la cause du Christ, hélas, sans s'agenouiller ; mais ils combattent contre la cruauté, contre l'aveugle rage, ; ils sont les soldats armés contre la Patrie et le Saint- Esprit leur pardonnera quelques mécréantises, carils se battent bien et pour la Vertu.

« Dans la peinture moderne, il n'existe pas, surtout chez les peintres célèbres, d'œuvres qui communiquent le sentiment d'amour chrétien pour Dieu et pour son prochain ». Assertion russe.

A laquelle, malgré mon ignorance, j'opposerai d'abord l'œuvre de trois hommes, Flandrin,OrseletPérin ; ensuite le Jardin des Oliviers At Delacroix, la plus pathétique des toiles chrétiennes ; divers calvaires de Delacroix et de Gustave Moreau ; certaines œuvres d'Hébert, la Sainte^Geneviève de Puvis de Chavannes, des compositions de Merson et même Ary Scheffer, et même Delaroche et Sigalon. Voilà dix peintres, dix démentis qui surgissent, et si je cherchais, je les doublerais avec Chasseriau, Ziégler, le Samson de Decamps, et Leys et Pierre de Cornélius, Schnor, Kaulbach,

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Burnc Jones, Watts, Rosetti, Aima Tadéma. Voilà plus de vingt noms célèbres en démentis, et, malgré mon ignorance, je pourrais décrire les œuvres que j'invoque.

Je ne juge pas les écrivains russes, les ignorant, je sais seulement que Anna Karénine est au-dessous d'une page de d'Aurevilly, de Flaubert, et que cela ne vaut guère plus que du Maupassant ou du Bourget.

La Paix et la Guerre a une vraie valeur, mais non point telle que le Médecin de village de Balzac.

L'histoire de Joseph est un modèle d'art universel : soit ; à condition de la fausser et à la fois de ne pas la comprendre'.

C'est comme Ganymède, que les fils de Jacob vendent Joseph, joli début; quant à la femme de Putiphar, c'est la compagnie de Phut Phré, les jésuites de Tépoque qui dirigent la conscience du roi et qui, voyant la faveur de Joseph, le prièrent de se faire profès et, sur son refus, le voulurent perdre.

Il paraît que le moujick, le chinois et

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l'Africain, comprendront également ce fait moral qu'on vende un joli enfant pour le plaisir d'hommes corrompus et que les popes d'Egypte veulent perdre quiconque s'élève sans être de leur bande.

Ah I la belle moralité f

« Pas de détails, pas de descriptions d, le télégramme appliqué à la littéraire, ne quid nimis. Voici un conte.

Il était une fois un ancien officier qui avait le cœur chrétien, bien que ce soit extraordinaire chez un officier.

En lisant l'Evangile, il se dégoûta de traîner un morceau de fer à son côté et d'en frapper au hasard, suivant l'ordre d'un autre officier qui avait une passementerie de plus que lui sur la manche.

Pour donner l'exemple de l'humilité, cet ancien officier fit une paire de bottes^ mais il ne la donna point, il ne l'usa pas, il la mit dans une vitrine.

DEVINETTE l

Savoir si les bottes dans la vitrine sont une farce ou bien une niaiserie renouvelée

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