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Les entre ses màins, ensuite qu'il y a à présent le P. Brisacier, Jésuite, que tient la place du R. P. Le Jeune, comme procureur de la mission du Canada (1).
Le P. Le Jeune était donc encore à Paris à cette date, 22 mai 1660. M. Gosselin en est étonné, et il y a de quoi, car il le veut, à tout prix, au Canada. Aussi exprime-t-il, avec une naïveté charmante, sa surprise (2) : « En lisant, dit-il, la lettre de M. Cramoisy aux hospitalières de Québec, en date du 22 mai 1660, on est surpris qu'elle ne fasse aucune allusion au voyage du P. Le Jeune. » Et, à force de chercher la raison de ce silence, il finit par la découvrir; elle vaut son pesant d’or : « 1! est évident, écrit-il, que M. Cramoisy ignorait encore lui-même ce voyage. Ce voyage parait avoir été fait dans des conditions extraordinaires de discrétion; et nous croyons qu’il fut entrepris, à la demande du roi et de la reine-mère, non pas tant pour les affaires énérales de la colonie que pour celles de Mgr de Laval (5)? »
Ce morceau a une saveur si exquise, qu'il faut vraiment avoir le palais très peu fin pour ne pas le goûter.
Et cependant que dire de cette réflexion : ZZest évident que M. Cramoisy iynorait encore lui-même le voyage du P. Le Jeune? L'abbé n’a-t-il pas l'évidence trop facile, quand il s’agit de sa cause”? Cette facilité d'évidence est un don que le ciel n'accorde qu’à ses privilégiés; nous aurions mauvaise grâce de nous en montrer jaloux.
Que dire aussi de ce voyage, qui parait avoir été fait
(1) PP. 41 et 42.
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— s'il a été fait, ce qui est la question — dans des conditions extraordinaires de discrétion? 11 y a là du Georges Dandin!
Que dire enfin de ces paroles : nous croyons qu'il fut entrepris sereine de l'abbé; mais, avant de croire que le voyage fut entrepris à la demande du Roi et de la Reine, ne serait-il pas préférable d'établir d'abord qu'il fut entrepris? M. l'abbé croit qu'il fut entrepris non pas tant pour les affaires générales de la colonie de Québec que pour celles de Mgr de Laval. Q'en sait-il?... Et que prouve-t-il pendant une longue page et plus (1), où il multiplie les voyages, on ne sait trop pourquoi ?
La lettre de M. Cramoisy lui suggère une autre idée géniale. « M. Cramoisy apprend, dit-il, aux hospitalières de Québec que le P. de Brisacier vient de remplacer le P. Le Jeune comme procureur de la mission du Canada, et il leur conseille de s'adresser à lui pour l'achat de leurs provisions. Pourquoi avait-on donné un remplaçant au P. Le Jeune comme procureur ? Pourquoi celui-ci avait-il confié à M. Cramoisy les deniers de l'Hôtel-Dieu, et réglé avec soin tous ses comptes ? Si ce n’est à cause de ce long voyage de la Nouvelle- France ? » (2).
Je ne voudrais pas être désagréable à M. Gosselin ; mais cette trouvaille est pure fantaisie. C'est une raison d'ordre intérieur et d'administration qui a motivé ce changement. Inutile d'appuyer, M. Gosselin me repro-
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cherait encore d’erhumer très indiscrètement de la poussière de nôs archives, des papiers de famille (1). Hélas ! le long voyage n’y est pour rien : la correspondance de 1659 et de 1660 entre Paris et Rome, en fait foi.
Le général Nickel ayant manifesté, en août 1659, son désir de donner le P. de Brisacier comme successeur au P. Le Jeune, les missionnaires du Canada le supplièrent de n’en rien faire et de maintenir ce dernier à son poste. De son côté, le P. Le Jeune exposa, dans une lettre fortement motivée (5 septembre 1659), les inconvénients d’un changement à l’heure actuelle, et surtout de son remplacement par le P. de Brisacier. Cette lettre et la supplication des missionnaires firent impression sur le général qui, cette année, ne donna pas suite à son projet.
L'année suivante, il le reprit, le mit à exécution et en écrivit aussitôt au P. Jérôme Lalemant, alors Supérieur de la mission du Canada. Celui-ei en fut vivement affecté, mais, en religieux obéissant, il répondit au R. P. Nickel, le 18 août 1660 : « Accepi quas placuit Paternitati vestræ ad me dare litteras, quibus negat posse se acquiescere petitioni nostræ de P. Paulo Le Jeune, in procuratione hujus missionis confirmando ; acqniescendum itaque nobis voluntati Paternitatis vestræ. Sed si aliquid ipsi oceurrat in diem, quo ab hâc sententià dimoveri possit, gratum admodüm nobis faciet (2), »
Résumons. D’après la lettre de M. Toussaint Guenet, le P. Le Jeune est à Paris, en mars 1660 : ct, d’après la
(1) P. 51 du Mémorre.
(2; Vis, Sid,
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lettre de M. Cramoisy, il y est encore, jusqu’à preuve du contratre, à la date du 22 mai.
M. Gosselin apporte une troisième preuve, tirée cellelà d'une autre lettre (4) de la Mère de l’Incarnation. Avant de la citer, il est bon de la faire précéder de er ques lignes du Mémoire.
Il y est dit, p. 41 : « La nouvelle Compagnie marchande expédia en 1660 trois vaisseaux qui arrivèrent successivement à Québec le 12 juin, le 4 août, le T septembre, et quittèrent le Canada pour retourner en France le 7 juillet, le 48 octobre, le 5 novembre. » Ces données sont en tout conformes à celles du Journal des Jésuites de Québec (2).
Voici maintenant ce que la vénérable mère écrit à son fils dans cette autre lettre, datée de Québec le 17 septembre 1660 (nous disons bien : 17 septembre 1660) : « Je vous ai déjà écrit une lettre bien ample par le premier vaisseau, parti au mois de juillet, une autre plus courte par le R. P. Le Jeune, et une troisième par un autre navire (3). »
Il n'est parti qu’un vaisseau avant le 17 septembre, à savoir le T juillet; et c’est par ce vaisseau que la vénérable Mère a écrit une lettre bien ample à son fils. Par quel vaisseau sont parties l’autre lettre plus courte et la troisième ?.. Je laisse à l'abbé le soin de répondre. Il élude cette difficulté dans son Mémoire, où il se contente de
(1) P. 37, (2) PP. 284, 286, 287, 288 de ce Journal.
(3) La quatre-vingt-dixième lettre spirituelle dans les Lettres de Marie de l'Incarnation.
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conclure avec satisfaction : « Il faut donc admettre que le P. Le Jeune était à Québec en 1660, et qu’il repassa en France de bonne heure, certainement avant le 17 septembre (1). » Ceci ne résout pas la difficulté. Quand M. Gosselin aura expliqué clairement la lettre assez énigmatique de la révérende Mère, je risquerai, à mon tour, une explication qui ne semblera peut-être pas à tous invraisemblable et ne sera certainement pas en faveur de sa thèse.
En outre, il voudra bien nous montrer comment le P. Le Jeune, qui se trouvait à Paris le 22 mai — le contraire n’est pas prouvé — a pu débarquer à Québec le 42 juin, jour d'arrivée du premier vaisseau de France, cette année 1660.
En définitive, le seul document sérieux que devait invoquer M. Gosselin, c’est la lettre du 2 novembre de la Mère Marie de l’Incarnation. Il est regrettable pour lui que la passion de lPinédit — nous ne voudrions pas lui
(1) P. 37. — Si le P. Le Jeune est parti cerlainement avant le 17 septembre, il est parti le 7 juillet, puisqu'il n’y a eu que ce départ avant le 17 septembre. Pourquoi M. Gosselin écrit-il donc (p. 41): « Qu'on ne saurait dire sur lequel de ces navires prit passage le P. Le Jeune? » — En outre, il dit (p. 37) : « Quelques Canadiens passent en France dans l'automne de 1660..., et le P. Le Jeune y va, lui aussi ». Et p. 38 : « Les Leltres de la Vén. Marie de l’incarnation font foi qu'il était à Québec en 1660, et qu'il repassa en France dans le cours de l'été. » — P. 43, note, il dit : « Il est probable que le P. Le Jeune partit pour le Canada avant le 22 mai »; or, le fait devient certain, p. 46, où il affirme que le P. Le Jeune était à Québec le 13 juin : « C’est probablement sur la recommandation du P. Le Jeune, alors à Québec, que Mgr de Laval écrivit le 13 juin 1660 à la Propagande.. » Le P. Le Jeune était donc arrivé le {2 juin, sur le premier vaisseau, et dès lors il était certainement parti de France avant le 22 mai, en supposant, d’après l'abbé, qu'il ait quitté la France en 1660, ce que nous ne croyons pas. — En outre, le P. Le Jeune s'était bien hâté, il faut l'avouer, de faire écrire Mgr : il arrive le 12 et Mgr écrit le 13; et la lettre de ce dernier ne devait partir que le 7 juillet...
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supposer d’autres sentiments — l’ait forcé de recourir à des pièces, nullement probantes, défavorables même à sa Cause.
Avant de m'expliquer sur la lettre du 2 novembre, qu'on me permette d'exposer les motifs sur lesquels mon opinion se fonde, car je ne crois pas au long voyage du P. Le Jeune au Canada, en 1660.
D'abord, le Journal des Jésuites de Québec qui relate, cette même année, avec un soin minutieux, l’arrivée des Pères en cette ville et leur départ, ne souffle mot du retour de France du P. Le Jeune, ni de son départ du Canada. Cependant ce Père n'était pas le premier personnage venu; ses confrères l'estimaient grandement et l'aimaient, et 1l avait laissé d'immenses regrets dans la Nouvelle-France. M. Gosselin me répondra sans doute qu'el est évident pour lui que, ce voyage se faisant dans des conditions extraordinaires de discrétion, 1 eût été imprudent de le coucher par écrit sur le Journal de la maison. Alors, pourquoi Marie de l'Incarnation, cette vénérable Mère, n’a-t-elle pas eu la même discrétion dans sa lettre du 2 novembre?
En second lieu, le P, Lalemant entretient, cette annéelà, avec le Général de la Compagnie, une correspondance où il parle longuement de tout, de Mgr de Laval, de l'abbé de Queylus, du gouverneur de la colonie, des affaires religieuses et politiques du pays, des missionnaires et de leurs ministères. Rien, pas un seul mot sur le voyage du P. Le Jeune. Le 18 août, comme nous l'avons vu plus haut, il exprime au Général ses regrets sur le rem-
placement du procureur de la mission. L'occasion était, ce semble, naturelle, exceptionnelle, pour glisser quelques lignes sur le fameux voyage. Et cependant, silence absolu. Quelles conditions extraordinaires de discrétion !
Cette même année encore, avant et après le départ du premier navire pour la France (7 juillet), les PP. Paul Ragueneau, Claude Pijart, Francois Lemnercier, tous les consulteurs de la mission écrivent à Rome. Pas une allusion au mystérieux voyage. Rien non plus dans la correspondance entre Paris et Rome. Quelles conditions extraordinaires de discrétion !
Nulle part, ni dans le Journal des Jésuites, ni dans la correspondance des missionnaires, ni dans les lettres de Rome, le moindre mot sur le voyage du P. Le Jeune. Voilà les motifs, el on ne peut nier leur valeur, qui nous portent à ne pas y croire. Faut-il ajouter que la lettre de M. Toussaint Guenct et celle de M. Cramoisy ne font que fortifier notre croyance (1). Si, cependant, il nous est jamais démontré par une pièce authentique que ce silence général a été voulu et commandé, que seule Marie de l’Incarnation a été autorisée à le violer, nous nous rangerons volontiers à l'avis de M. Gosselin. Quel intérêt pouvons-nous avoir, dans le cas présent, à soutenir un sentiment contraire au sien ?
Mais alors, comment expliquer la lettre du 2 novembre”? Car, dans cette lettre, la vénérable Mère dit que le R. P. Lejeune va en France pour demander du secours au roy contre nos ennemis.
(1) M. Gosselin prétend, p. 39, que ces lettres confirment le fuit du voyage du P. Le Jeune, en 1660 ; maïs il a l'évidence si facile |...
Faut-il donner un démenti à Marie de l’Incarnation ? Oh! je m'en garderai bien. Aussi, ai-je dit seulement dans l’histoire de la Nouvelle-France qu’i/ y avait une erreur au sujet du P. Le Jeune. Sur ce, l'abbé part en ‘guerre et s’écrie : « Voilà un démenti donné bien leste ment à la vénérable Mère de l’Incarnation (1) ! » Et plus loin : « N'est-il pas /éméraire de venir lui (à cette Mère) dire : Vous faites erreur; vous êtes dans l'illusion ; vous croyez avoir vu le P. Le Jeune ; il n’est pas venu, il ne peut pas être venu à cette époque au Canada (2). » Ceux qui comprennent les nuances trouveront certainement que l’abbé met dans tout cela plus du sien que du mien ; peut-être aussi penseront-ils qu’il dépasse les bornes d’une discussion loyale. Mais passons.
Comment donc expliquer, sans recourir au démenti, la lettre du 2 novembre? Mon Dieu ! l'abbé me fournit luimème les éléments de ma justification et le moyen de me tirer d'embarras. J'y avais pensé ; cependant, en la matière, son appui m'est singulièrement précieux.
Iécrit, p.37 : «N'y aurait-il pas ici une erreur de copiste? Ou bien, la Mère de l’Incarnation n'aurait-elle pas, par mégarde, écrit le nom du P. Le Jeune au lieu d’un autre? »
Pourquoi l'abbé s’arrête-t-il en si beau chemin, et ne se fait-il pas cette autre question? N'y aurait-il pas, dans l'imprimé, une erreur typographique, une substitution de nom propre, ou même un verbe pour un autre (5)?
(2) Ibid.
(3) Par exemple, est en France, pour va en France. Ce n'est pas la première fois que le P. Le Jeune sollicitait du secours : et la lettre de M. Toussaint Guenet ne favorise-t-elle pas cette interprétation ?
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De pareilles erreurs sont-elles si rares ? Lui-même veut bien m'en signaler très charitablement plusieurs, et, entre autres, une que je connaissais, il est vrai, mais qui a failli faire croire à un vénérable Sulpicien que le pape reconnaissait la juridiction au Canada de l'archevéque de Rouen (1).
Quant à l'abbé, en homme avisé qu'il est, il ne s'y est pas laissé prendre. 77 s'est donné la peine d'écrire au conservateur des archives du Ministère des Affaires étrangères, à Paris, et le conservateur a bien voulu éclaircir ce terrible mystère. Voici ce dont il s’agit. Aux Pièces justificalives du T. Il, p. 509, de l'Histoire des Jésuites au Canada, j'ai poussé la distraction jusqu'à laisser imprimer du pape au lieu du pays. Celte distraction, qui n’est pas la seule, malheureusement, est-elle pardonnable dans une histoire de trois gros volumes, où abondent les notes et les pièces justificatives? Heureux les correcteurs impeccables (2) !
Il. Arrivons au prétendu voyage de M. Queylus, en 1644.
Le P. de Charlevoix raconte, à la date de 1659: « Il y avait deux ans que ce séminaire (Saint-Sulpice) avait acquis tous les droits des premiers propriétaires de cette
(1) P. 45 du Mémoire, note.
(2) A la p. 45, même note, M. Gosselin dit : « Grâce à l'influence du cardinal Bagni, (et non Cagni, comme écrit le P, de Rochemonteix), ci-devant nonce à Paris. » Il a oublié d'ajouter qu’à la p.269 du même T. I, j'avais écrit : « Le nonce du Saint Siège à Paris, Mgr Bagni. » Simple distraction de sa part ! — Ceux qui ont fait leurs études classiques, savent que Mgr de Harlay de Champvallon n’est pas un Harlay de Champollion. (T, II, p. 208). .
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ile (Montréal). Plusieurs années auparavant (avant 1657), M. l'abbé de Quélus était venu à Québec, muni d'une provision de grand-vicaire de l'archevèque de Rouen ; mais comme la juridiction de ce prélat sur la Nouvelle- France n’était fondée sur aucun titre, et que les évêques de Nantes et de La Rochelle avaient les mêmes prétentions que lui, l'abbé de Quélus ne fut point reconnu en qualité de grand-vicaire, et s’en retourna en France. Il revint en 1657 avec des députés du séminaire de Saint- Sulpice (1). »
Or, dans mon travail, Les Jésuites et la Nouvelle- France, après avoir rapporté la plus grande partie de ce passage, j'ai ajouté, T. II, p. 205 : « Ceci se passait en 1644. Plus loin, p. 213, je disais : L'abbé de Queylus était venu à Québec vers 1644.
M. Gosselin cite, p. 54: Ceci se passait en 16%4. Il ne dit rien — est-ce un oubli ? — de vers 1644 (2).
Bref, le passage cité plus haut du P. de Charlevoix et ce que j'ai dit à la page 205 ne sont pas du goût de M. l'abbé. À ses yeux, le mattre (il appelle ainsi le P. de Charlevoix) (3) et le disciple sont en fort mauvaise posture, mais pour des raisons différentes. Il voit dans le voyage de M. de Queylus fixé par le disciple à 1644 — ou vers 1644 — le point de départ de toute une thèse (4) sur l'indépendance de l’église du Canada à cette époque (à).
(1) Histoire de la Nouvelle-France, T. Ier, p. 340.
(2) M. Gosselin m’accuse d’avoir fixé sans broncher la date de 1644 ; il voit que j'ai légèrement bronché.
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C'est, suivant ses habitudes, forcer les choses et en faire sortir ce qui n'y est pas. N'importe : il voit ou veut voir une thèse, il faut la démolir, et, pour cela, il est de bonne guerre d'attaquer d’abord Charlevoix, et il l'attaque.
Il écrit, à son tour, sans broncher : « Ce prétendu voyage (rapporté par Charlevoix) que M. de Queylus aurait fait plusieurs années avant 1657 n'a jamais eu lieu (1). »
Voilà qui est net!
Charlevoix, il est vrai, c’est l'abbé lui-même qui le raconte, a passé quatre ans en Canada, de 1705 à 4709, et «il y a recueilli les matériaux avec lesquels il écrira plus tard son histoire... Ces matériaux se composent de documents écrits, soit inédits, soit déjà publiés, ainsi que d’un grand nombre de témoignages précieux recueillis des contemporains qui avaient assisté aux événements ou les avaient entendu raconter par les témoins oculaires (2)... Il parle évidemment de M. de Queylus d'après les témoignages des contemporains qui l'avaient connu, et dont plusieurs vivaient encore de son temps, comme, par exemple, Mgr de Laval (3). »
À ces renseignements parfaitement exacts, M. Gosselin oublie — est-ce encore un oubli? — d'ajouter que Charlevoix a eu, en outre, à sa disposition la correspondance intime des missionnaires du Canada avec les Jésuites de France et le Général de la Compagnie.
Eh bien! l'historien de la Nouvelle-France, muni de
tous ces documents, a relaté le voyage de l'abbé de Queylus et l’a placé plusieurs années avant 1657. Cependant, d’après M. Gosselin, ce prétendu voyage n'a pas eu lieu. Pourquoi ? Parce qu’ « il n’en est question nulle part dans aucun document du temps (les connaît-il tous, et tous sont-ils connus ?), ni à Québec, ni à Montréal, ni dans les archives des Jésuites, ni dans celles des Sulpiciens (1). » Et puis, « M. de Queylus ayant fait le voyage de France au Canada, en 1657, 1661 et 1668 (sans compter celui de plusieurs années avant 1657), il était facile, à soixante ans de distance, de confondre les dates et de mêler un peu les circonstances des évènements (2). »
A-t-on confondu? A-t-on mêlé? Mgr de Laval, qui avait connu à ses dépens M. de Queylus, a-t-il fait aussi confusion ? Charlevoix ne possédait-il pas un document écrit, qui ne serait pas parvenu jusqu'à nous, ou quinous serait encore inconnu ? M. Gosselin est-il plus documenté que lui, et, à 240 ans de ce voyage, son génie clairvoyant y voit-il plus sûrement que Charlevoix, à soixante ans de distance ? Lui est-il plus facile aujourd'hui qu’à Charlevoix, au début du xvir* siècle, de ne pas confondre les dates, de ne pas méler un peu les circonstances des événements ? Autant de questions, indiscrètes peut-être, qui méritent une réponse.
Nous ne soutenons pas, bien entendu, que Charlevoix ne s’est jamais trompé. Tout le monde peut errer ; et, quand nous disons fout le monde, nous mettons en tête É l'auteur de l’histoire : Les Jésuites et la Nouvelle-France :
au xvn° siècle. Nous avons même le regret de ne pas excepter l'historien de Mgr de Laval. Nous l'avons montré dans notre travail sur le Canada ; indé iræ, croyonsnous. Seulement, quand on signale une erreur importante dans un historien de la valeur de Charlevoix, encore faut-il la prouver et la bien prouver.
M. Gosselin avoue cependant que « d’après M. Faillon, Charlevoix aurait mis à contribution un mémoire anonyme écrit lorsque Mgr de Saint-Valier était prisonnier en Angleterre, C. A. D. plus de soixante ans après la fondation de Montréal; » et c'est ce mémoire, ajoute M. Gosselin, qui l'aurait induit en erreur au sujet du pr'endu voyage de M. de Queylus (1).
La réflexion de l’abbé ne laisse pas que d'être louche (expression adoucie), puisqu'il dit immédiatement après : « Charlevoix, dans le passage que nous venons de citer, ne mentionne pas du tout le document en question, en supposant qu'il existe (2). »
Que de choses il y aurait encore à dire pour la justification de Charlevoix ! Mais il faut se borner.
Quel intérêt peut donc avoir M. Gosselin à nier le voyage de M. de Queylus? Lui-même nous l’apprend : « Le témoignage de Charlevoix n'est nullement probant ; et cependant le P. de Rochemonteix d'établir là-dessus toute une thèse (3). » Tout est là : le P. de Rochemonteix a établi une thèse sur ce voyage ; affirmons que ce voyage n’a jamais existé, et adieu la thèse !
(4) PP, 59 et 53.
D'abord, de thèse, il n’y en a pas; ou, s'il y en a une, ce n’est pas celle que suppose l'imagination de l'abbé. Elle est moins compliquée, importante toutefois; car, pour nous, la réception faite par le Supérieur de la mission à M. de Queylus, à son premier voyage au Canada, et l'échec de sa candidature à l’épiscopat de Québec, expliquent ses antipathies à l'égard des Jésuites et la guerre qu'il leur déclara plus tard, à son retour dans la Nouvelle-France, en compagnie des Sulpiciens. Pas d'autre thèse.
Mais pourquoi avons-nons placé ce voyage en 1644 ou vers 1044 ? Charlevoix ne fixe aucune date ; il se contente d'affirmer qu'il eut lieu plusieurs années avant 1657. Nous avons cherché à préciser cette date. La mettre après 1645, il ne fallait pas y songer : en effet, le Journal des Jésuites, qui s'ouvre vers le milieu de cette année, aurait noté ce voyage, dont l'importance n’échappe à personne, et il n’en parle pas. Sa place était donc indiquée vers 1644 (1). Si cependant, M. Gosselin découvre jamais une pièce fixant une autre date d’une facon définitive, nous l'en féliciterons volontiers.
IL. Quelques mots, avant de terminer, sur les parties du Mémoire qui n’ont aucun rapport avec les voyages de 1644 et de 1660. C’est, sans doute, pour se donner le plaisir de toucher un peu à tout, que M. Gosselin a inti-
(1) Nous répétons ici ce que nous avons dit dans notre histoire, T, II, p. 213 : Vers 1644. Si M. Gosselin tient à faire partir M. de Queylus pour le Canada, après son ordination (15 avril 1645), notre texte ne s’y oppose pas. M. de Queylus, né en 1612, avait alors 33 ans.
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tulé son travail : observations à propos de... Il a si bien usé de la latitude que lui donne cet à propos, que le sujet du Mémoire est à peu près perdu de vue. C’est uniquement par euphémisme que nous avons dit, à la première page, qu'on le réduirait de moitié, en supprimant les hors-d'œuvre. A cette réduction, il aurait certainement gagné en ordre, en suite, en unité. J’exprime ma manière de voir, car, après tout, chacun est libre de donner à l'expression de sa pensée la forme qu'il veut, et, le plus souvent, il donne celle qu'il peut.
Dans le cas présent, la suppression des hors-d'œuvre n’aurait-elle pas géné M. Gosselin, dérangé ses petits plans? Il n'est pas nécessaire de faire un grand effort d'imagination pour deviner que les voyages de 1644 et de 1660 sont un simple cadre. Heureuse invention que ce cadre ! Nous ne le nions pas. Il a permis à l'inventeur d'y enfermer un tableau des plus variés, aux scènes les plus disparates.
On y voit de tout sur ce tableau! À propos du P. Le Jeune et de M. de Queylus, à propos du voyage de 1660 et du prétendu voyage de 1644, on voit d'abord des choses inutiles, comme la plus grande partie de la lettre de M. Toussaint Guenet, et près de 60 lignes sur 70 environ de la lettre de M. Cramoisy, sans compter les notes abond'ntes et les réflexions (1). On voit ensuite défiler, les uns après les autres, beaucoup d'événements de cette époque. C'est un vrai Cinémaloscope.
M. Gosselin parle done, dans ce Mémoire, el du voyage